ARTS & CULTURE

Hors Cases, le 9ème art contemporain

arts et cultures
Cet été et jusqu'au 15 octobre, l'exposition insolite « Hors cases, le 9ème art contemporain », à la maison de la culture d'Amiens, vous ouvre les portes d'un univers poétique alliant la Bande Dessinée et l'art contemporain. Autour des œuvres de neufs artistes, émergents ou de renommée internationale, venus de France, d'Italie, de Belgique et d'Allemagne, elle propose aux visiteurs de s'échapper des cases du 9ème art pour rejoindre le monde de l'art contemporain pour sortir de soi, de l’espace, des lignes et des couleurs, ou les métamorphoses de l’image.
Illustration : Florent Ruppert et Jérôme Mulot ou les métamorphoses du mouvement
 
L’exposition « Hors Cases, le 9ème art contemporain » organisée par On a Marché sur la Bulle se déroule jusqu’au au 15 octobre 2017 à la Maison de la Culture d’Amiens. Cette exposition majeure met en scène l’univers de neuf artistes, émergents ou de renommée internationale, venus de France, d’Italie, de Belgique et d’Allemagne qui ont choisi de sortir de la case ou de la planche, de la bande dessinée elle-même, pour créer un espace hybride, dans lequel toutes les formes artistiques sont invitées à se croiser et à raconter des histoires. Remettant en cause l’idée de frontière entre bande dessinée et art contemporain, ces artistes jouent avec les supports et les matières. Ils les combinent pour créer des univers plastiques et narratifs, passionnants et oniriques.
 
À travers les productions de ces artistes, l’exposition interroge cette dimension transformative de la bande dessinée et propose une relecture des codes qui lui sont propres. Chaque auteur invente un labyrinthe de métamorphoses au sein duquel l’œil et l’esprit peuvent s’égarer : la forêt sombre côtoie le jardin lumineux d’une mystérieuse attente, les souvenirs d’enfants prennent la forme de contes énigmatiques. Le spectateur est invité à y entrer, y déambuler et s’y perdre. Comme dans une arborescence un peu folle et désordonnée, leurs œuvres envahissent l’espace de la Maison de la Culture pour réinventer en profondeur notre vision du 9e Art.
 
Stéphane Blanquet, Ludovic Debeurme, Christelle Enault, Dominique Goblet et Kai Pfeiffer, Lorenzo Mattotti, Fanny Michaëlis, Ruppert & Mulot s’interrogent, chacun à leur manière et à travers différents supports sur la dimension transformative de la bande dessinée. À travers plus d’une centaine d’œuvres exposées, ces artistes-auteurs questionnent les notions de narration, de forme et de personnage, pour inventer des croisements singuliers avec d’autres médiums : peinture, graphisme, installations, sculpture, scénographie, tissage ou multimédia.
 
Florent Ruppert et Jérôme Mulot
 
Le tandem Florent Ruppert et Jérôme Mulot a construit une étrange tour qui résume à elle seule, avec un humour décapant, l’évolution de l’humanité, depuis les premières formes de vies aquatiques jusqu’au cercueil qui culmine à presque deux mètres de hauteur.
Gravissant péniblement chaque marche vers le néant final, une série de figurines en papier s’illumine dans la pénombre d’une lumière stroboscopique qui troue l’obscurité. Ce cortège donne au spectateur l’illusion de personnages titubant, se relevant puis marchant un instant pour chuter encore, un peu plus loin, un peu plus haut.
Par ce subterfuge en carton, métal, câbles électriques et courroies, Florent Ruppert et Jérôme Mulot poursuivent, par d’autres moyens, ce qui fait la spécificité de la bande dessinée : être un art séquentiel, c’est-à-dire justement une suite d’images qui porte avec elle l’illusion du mouvement. En ce sens, ils poussent ici la logique jusqu’à son terme et posent une question : que se passerait-il si la bande dessinée n’était plus simplement une séquence faite de juxtapositions, si le mouvement simulé dans les pages sortait littéralement de la planche et venait réellement prendre possession de l’espace ?
Cette installation accueille également la série Spiderman, épopée loufoque d’un acrobate de cirque qui tente, plus ou moins maladroitement mais avec beaucoup de poésie, d’occuper l’espace fragile d’une piste.
 
À LIRE SANS RÉSERVE :
Safari Monseigneur, éd. L’Association.
Panier de singe, éd. L’Association.
Irène et les clochards, éd. L’Association.
Les Week-ends de Ruppert et Mulot, éd. Dupuis.
La Technique du périnée, éd. Dupuis
 
Ludovic Debeurme ou les métamorphoses de l’émotion
 
Chez Ludovic Debeurme, le corps est le théâtre où prend forme la narration et où se pose la question de nos émotions, de nos hésitations et de nos tremblements. Encore reconnaissables pour quelques instants par leurs traits doux et presque hésitants, les personnages de Ludovic Debeurme courent le risque de s’effacer à tout moment et de se recomposer sans cesse ailleurs. Les corps prennent des aspects multiples, flottent dans l’espace, leurs membres se déforment ou disparaissent. Les personnages prolifèrent de mille et une manières différentes et abandonnent peu à peu la stabilité pour rejoindre l’improbable et l’indéfinissable.
Entre psychanalyse et conte fantastique, l’univers onirique de Ludovic Debeurme donne naissance à un peuple de mutants, un peuple touchant, déboussolé et parfois drôle. Cet univers ne cesse de nous questionner d’un regard en coin et semble demander sans répit aux spectateurs : et vous, où en est votre corps à vous, se peut-il qu’il devienne aussi incertain que le nôtre, ne formant plus qu’une légère trace sur le papier, sur la pellicule ou dans la lumière ?
 
À LIRE SANS RÉSERVE :
Un Père vertueux, éd. Cornélius.
Trois fIls, éd. Cornélius.
Le Grand Autre, éd. Cornélius.
Ludogie, éd. Futuropolis.
Lucille, éd. Futuropolis.
 
Fanny Michaëlis ou les métamorphoses du conte
 
Avec son dessin clair, fin et rayonnant, Fanny Michaëlis n’écrit et ne dessine pas pour les enfants sages. Dans un univers aux allures de conte, elle dessine pour donner forme aux peurs de notre enfance. Pour inventer un monde où il deviendrait possible, par la magie du dessin, de dialoguer avec le mystère et de lui donner la légèreté d’un trait au crayon, presque invisible. Les pères redeviennent ainsi des enfants sans défense perdus au sein de la forêt, et les rivières cachent des visages au fond de l’eau stagnante. Chez Fanny Michaëlis, le papier devient le réceptacle imperceptible de nos inventions, de nos métamorphoses intimes, celles du corps et celles de l’âme. A l’instar de ces énigmatiques toiles d’araignée que les Indiens d’Amérique appellent Dream Catchers, l’artiste attrape nos rêves, délicatement, elle les retient un moment pour les coucher, toujours fragiles, sur une page, puis dans l’espace de l’exposition. Elle les fait alors revivre en volume et, comme au sortir d’un rêve, nous déambulons dans son univers, encore à moitié endormis.
 
À LIRE SANS RÉSERVE :
Le Lait noir, éd. Cornélius.
Géante, éd. Cornélius.
Avant mon père aussi était un enfant, éditions Cornélius.
Peggy Lee, éd. Bd Music, label BD Jazz.
 
Stéphane Blanquet ou les métamorphoses de l’esthétique
 
L’œuvre de Stéphane Blanquet peut être comprise comme une tentative radicale et profondément joyeuse de contamination : contamination du support par la multitude infinie des traits qui viennent l’occuper; contamination des corps par la folie des désirs et la recherche insatiable de leur satisfaction; contamination d’un environnement qui se contorsionne et qui impose ses propres règles. Confrontés que nous sommes à cet envahissement de l’art par le foisonnement de la vie et des formes, Stéphane Blanquet nous interroge sur l’essence même de la beauté et de ses codes imposés. Tout au long de son parcours créatif, qui explore une multitude de disciplines, dont notamment des expériences remarquables dans le champ de la bande dessinée, Blanquet partage avec les défricheurs de l’art, l’avant-garde, cette volonté extrême de coller à la réalité du monde qui passe pour lui par l’accumulation : accumulation des formes, des histoires, des traits, des noirs. Très loin de la ligne claire, assurément, Stéphane Blanquet invente la ligne sombre, les lignes d’un voyage merveilleux qui roule à tombeaux ouverts vers la quintessence du dessin.
 
À LIRE SANS RÉSERVE :
La Vénéneuse aux deux éperons, éd. Cornélius.
La Nouvelle aux pis, éd. Cornélius.
Bouquet bonheur, éd. Cornélius.
Donjon Monsters, T.4 (scénario Joann Sfar et Lewis Trondheim), éd. Delcourt.
Chocottes au sous-sol !, éd. La Joie de lire.
 
 
Une coréalisation de l’association On a Marché sur la Bulle, organisatrice des Rendez-vous de la Bande Dessinée d'Amiens, et de la Maison de la Culture d’Amiens, dans le cadre des 22es Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens.
Commissariat : Marie-Luz Ceva-Mériaux, Pierre Rousson et Justin Wadlow, pour l’association On a Marché sur la Bulle.
 
bd.amiens.com
 
 

 

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