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Oh couleurs ! Le design au prisme de la couleur

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Le musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux organise une exposition sur les liens entre la couleur et le design, qui se tiendra du 29 juin 2017 au 5 novembre 2017. Dans l’hôtel de Lalande, qui accueille le musée des Arts décoratifs et du Design, la couleur est partout présente, des boiseries vertes et or du Salon de Gascq aux boiseries jaunes de la Chambre jonquille. C’est cette identité très colorée du lieu qui a suscité le thème de l’exposition.
La forme est aussi couleur. Sans couleur, il n’y a pas de forme. Forme et couleur ne font qu’un. »
Johannes Itten, peintre, enseignant à l’école du Bauhaus (1919-1923)
 
Alors que les historiens du design ont privilégié les questions liées à la forme, à la fabrication, aux matériaux et aux nouvelles technologies, peu d’entre eux se sont intéressés à la couleur. Pourtant elle influence directement notre perception des objets et la façon dont on interagit avec eux. La couleur participe également de la définition des périodes et des styles. Autant d’aspects que les visiteurs pourront découvrir à travers des exemples constitutifs de l’histoire des objets et du design : les couleurs des Tupperware ; la place de la couleur dans l’oeuvre du designer Verner Panton ou encore le rôle méconnu de la décoratrice Paule Marrot pour la firme automobile Renault.
 
Paule Marrot
 
Le parcours donnera également à voir des objets d’une histoire oubliée ou méconnue du public occidental, comme ces boro japonais, vêtements populaires faits de morceaux de tissus assemblés, teints à l’indigo de façon artisanale.
Le musée étant voisin de la Cité Frugès de Le Corbusier, à Pessac, l’exposition fera une incursion du côté de l’architecture pour montrer le rôle qu’a joué la polychromie architecturale dans l’oeuvre de ce dernier, expérimentée pour la première fois en extérieur lors de la construction de cette cité ouvrière, dans les quartiers de Pessac, au sud-ouest de Bordeaux (1924-1926).
La couleur existe-t-elle ? ... Qu’est-ce que la couleur ? Les couleurs ne sont pas seulement présentes dans la lumière, ni seulement présentes dans la matière des objets éclairés, en fait, la couleur n’existe que s’il y a un spectateur pour en faire l’expérience. »
Verner Panton, conférence au Bella Center, Copenhague, 1982
 
Si le sujet est souvent écarté de l’histoire du design, c’est qu’il est insaisissable. La couleur n’existe pas en soi, elle n’est perceptible que dans la lumière et varie selon sa quantité, le support qui la reçoit et l’oeil qui la regarde.
 
Martin Szekely, vase Jaune-froid Marseille, 1988 - Réalisé dans le cadre de la commande publique 30 vases au Cirva
© Patrick Faigenbaum
 
Ainsi, rien de définitif ne peut être dit sur la couleur. Le parti pris de cette exposition sera donc de l’interroger à partir de différents points de vue, en donnant notamment la parole à des spécialistes des domaines du design, de la mode, de l’industrie et de la sociologie. Ils mettront en évidence l’ambiguïté du concept, sa plasticité au regard des objets, de leur processus de fabrication et de leur perception.
Mise en scène par le designer Pierre Charpin (créateur de l’année, Maison & Objet 2017), l’exposition prendra place dans un lieu exceptionnel, l’ancienne prison municipale de la rue Boulan, située à l’arrière du musée et construite au XIXe siècle par la Ville pour les services de police occupant alors l’hôtel de Lalande. Transformée en lieu de stockage pour les réserves du musée dans les années 1980, elle a été vidée afin d’ouvrir ses portes au public en septembre 2016.
Oh couleurs ! sera la première exposition présentée dans cet espace atypique.
Vernissage : le mercredi 28 juin à 19h
 

Commissariat de l’exposition : Constance Rubini, directrice du musée des Arts décoratifs et du Design (madd)

A son arrivée au madd, en 2013, Constance Rubini a sollicité le Haut Conseil des musées de France pour faire évoluer le nom du musée en « musée des Arts décoratifs et du Design » , portant déjà le projet de l’exposition Andrea Branzi, première rétrospective de cette figure tutélaire du Design. Une nouvelle identité de l’institution se dessine alors afin de rendre visible la volonté du musée de devenir un important lieu de diffusion de la culture du design en France.
Après un premier parcours dans le marché de l’art, en France et en Angleterre, Constance Rubini a rejoint le musée des Arts décoratifs à Paris en 1999. Elle y organise différentes expositions, parmi lesquelles Jean Royère, décorateur à Paris (1999-2000), Nobody’s Perfect, by Gaetano Pesce (2002-2003), Inga Sempé (2003) et Dessiner le design (2009-10) qui réunit les grands noms du design international sur la thématique du processus de création, manuel et numérique. En 2010, elle est commissaire générale de la Biennale Internationale de Design de Saint-Etienne, et commissaire de l’exposition La Ville Mobile.
 
Historienne du design, elle est, pendant cinq ans (2005-2010), rédactrice en chef de la revue de design et de recherche Azimuts publiée par la Cité du Design, et participe à différents ouvrages collectifs et revues. Professeur à l’Ecole des Arts décoratifs à Paris, maître de conférences à Sciences Po Paris, dans le Programme Cartographie de Bruno Latour, elle enseigne aujourd’hui à l’ECAL, à Lausanne.
En 2016, elle est nommée présidente du conseil d’administration du Cnap (Centre national des arts plastiques).

Scénographie de l’exposition : Pierre Charpin, designer

Né en 1962, diplômé de l’école des Beaux-Arts de Bourges en 1984, Pierre Charpin se consacre principalement, depuis le début des années 1990, au design de mobilier et d’objets, et aborde la couleur de façon jubilatoire. Entre 1993 et 1994, il séjourne à Milan dans le studio de George Sowden (ex-membre du groupe Memphis) et obtient, à son retour en France, une carte blanche du VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement). Dès lors, son travail s’articule autour de projets de recherches (le CIRVA en 1998/2001, le CRAFT en 2003/2005, la Design Gallery Milano avec les séries Stands en 2002 et Oggetti Lenti en 2005) mais également d’éditions avec des sociétés de renom telles que Alessi, Cristallerie de Saint-Louis, Hermès Maison, Japan Creative, Ligne Roset/Cinna, la Manufacture nationale de Sèvres, Pamar, Tectona, Venini, etc.
En 2005, il entame une collaboration avec la galerie Kreo qui édite ses pièces en série limitée. Plusieurs collections y font l’objet d’expositions personnelles : Platform en 2006, All‘aperto en 2008, 8 1/2 en 2009, Ignotus Nomen en 2011, Marbles & Clowns en 2015 à Londres...
 
Pierre Charpin est également scénographe. Il met en scène ses propres expositions monographiques au MUDAC, au Grand-Hornu Images et à la Villa Noailles, mais également des expositions thématiques comme Les sixties mode d’emploi (Musée de la Mode et du textile, Paris), Mobiboom (Les Arts Décoratifs, Paris) et Quali Cose Siamo, troisième édition de la Triennale Design Museum de Milan, organisée en 2010 par Alessandro Mendini.
Parallèlement à ses activités de designer, il enseigne de 1998 à 2008 à l’École supérieure d’Art et de Design de Reims et, depuis 2006, au sein du département Design industriel de l’École cantonale d’Art de Lausanne (ECAL).
Pierre Charpin a été désigné créateur de l’année 2017 à l’occasion du salon Maison & Objet.

Des personnalités du design, de la mode et des sciences sociales

Irma Boom, illustratrice et typographe néerlandaise
Irma Boom est une des figures majeures du graphisme international, maintes fois couronnée par de prestigieux prix, conceptrice de plus de 250 livres dont beaucoup sont devenus des références internationales et plus de 50 font partie de la collection permanente du Museum of Modern Art de New York. Pour Irma Boom, le livre n’est pas seulement un objet, il transmet des idées, des histoires qui parlent à tous les sens de l’humain. En écho à son ouvrage Colour - Based on Nature, intrigante exploration graphique de la couleur inspirée par les 80 sites naturels inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, Irma Boom crée pour l’exposition un papier peint inspiré des couleurs de
Bordeaux, une analyse qui révèle avec subtilité la beauté de la ville.
 
Massimo Caiazzo, designer, consultant en couleur et vice-président de l’IACC Italia
(International Association of Colour Consultant)
Professeur en chromatologie à Vérone et à Milan, il collabore avec l’Atelier Mendini de 1990 à 2006 et quelques-unes des plus grandes sociétés internationales (Fiat, Lancia, Philips, Swatch, Alessi...) pour leur apporter son expertise en matière de couleur. Son travail porte essentiellement sur « des nouvelles perceptions du son et des couleurs ».
Designer engagé, il participe à de nombreux projets singuliers à but non lucratif tels que le réaménagement chromatique de la prison Milan- Bollate en 2008 ou de la cathédrale Santa Maria Maggiore à Mirabella Eclano en 2010.
Depuis 2015, il participe aux travaux de recherche sur la couleur des boiseries dans l’hôtel de Lalande. Pour cette exposition, il proposera une installation lumineuse inédite.
 
Olivier Saillard, historien de la mode et directeur du Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris
Nommé directeur du musée Galliera de Paris en 2010, Olivier Saillard, né en 1967, est historien de la mode. Il a organisé des expositions de mode parmi les plus innovantes. Salué par la critique pour son exposition Madame Grès, la couture à l’œuvre en 2011, il est également, en 2012, l’initiateur de la rétrospective Comme des Garçons : White Drama, des expositions Cristóbal Balenciaga, collectionneur de modes sur les Quais de Paris, à la Cité de la mode et du design, et The Impossible Wardrobe, présentant des tenues portées par Marie-Antoinette, Napoléon et Elsa Schiaparelli, au Palais de Tokyo.
 
Plus récemment, il a été commissaire de l’exposition Louis Vuitton : Voguez, Volez, Voyagez au Grand Palais (2015-2016).
Pour cette exposition, il présentera sa collection personnelle de baisers, empreints de rouge à lèvres. Des baisers laissés sur le papier qui sont comme autant de signatures intimes, dans des rouges tous différents témoignant de recherches chromatiques sophistiquées.
 
Michel Pastoureau, historien médiéviste, spécialiste des couleurs, des symboles et des animaux
Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE), Michel Pastoureau occupe, depuis 1983, la chaire d’histoire de la symbolique occidentale. Il a été élu, le 28 avril 2006, correspondant français de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Il est membre de l’Académie internationale d’héraldique et président de la Société française d’héraldique et de sigillographie. Il a publié une quarantaine d’ouvrages, dont certains traduits dans plusieurs langues, consacrés à l’histoire des couleurs, des animaux et des symboles.
 
Le 3 novembre 2010, il reçoit le prix Médicis essai pour son ouvrage Les Couleurs de nos souvenirs. Il publie, la même année, un catalogue de 350 photographies, Couleurs, pour inaugurer un rapport différent à la couleur, à travers l’image. Il passe en revue le blanc, le rouge, le noir, le vert, le bleu et le jaune. À chacune de ces couleurs correspondent une cinquantaine de photographies qui en évoquent les valeurs et les significations, sans aucune légende.
Dans le cadre de l’exposition, il enrichit, de son point de vue de spécialiste, la section dédiée aux drapeaux, ces objets en deux dimensions qui véhiculent par leurs couleurs, l’identité entière d’un pays.
 
Arthur Rüegg, architecte, professeur à l’École polytechnique fédérale de Zurich (1991-2007), Suisse,spécialiste de l’oeuvre de Le Corbusier.
Diplômé de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) en 1967, il crée son propre bureau d’architecture en 1971. Enseignant à l’EPFZ de 1991 à 2007, il publie de nombreux ouvrages sur l’architecture moderne, la couleur et les aménagements intérieurs du Mouvement Moderne, et plus particulièrement sur Le Corbusier dont il devient un des plus grands experts : Polychromie architecturale : Les claviers de couleurs de le Corbusier de 1931 et de 1959 (1997), Le Corbusier : photographs by René Burri/Magnum : moments in the life of a great architect (1999), Le Corbusier : meubles et intérieurs 1905-1965 (2012).
Conscient de l’impact à la fois physique et psychologique de la couleur, Le Corbusier l’a placée au cœur de sa vision de l’architecture moderne. La collaboration avec l’entreprise de papier peint suisse Salubra lui offre l’opportunité de diffuser son approche de la polychromie architecturale à travers deux collections de papiers peints, les Claviers de couleurs, produites en 1931 et en 1959.
En raison de la proximité géographique avec la Cité Frugès - Le Corbusier à Pessac, ce travail de polychromie architecturale sera présenté dans l’exposition. Des visites seront également organisées sur place en collaboration avec la Ville de Pessac.
 
Annie Mollard-Desfour, linguiste-lexicographe et sémiologue
Annie Mollard-Desfour est chercheuse associée au laboratoire « Lexiques, Dictionnaires, Informatique », CNRS-Universités Cergy-Pontoise-Paris 13 Villetaneuse. De 1975 à 1992, elle a fait partie de l’équipe de rédaction du dictionnaire Trésor de la Langue Française, dictionnaire de la langue française des XIXe et XXe siècles. Spécialisée dans le lexique des couleurs, elle publie, depuis 1998, les différents volumes du Dictionnaire de la Couleur. Mots et expressions d’aujourd’hui (XXe et XXIe siècles). Ses diverses publications font d’elle une spécialiste reconnue du lexique chromatique français.
Elle est également rédactrice en chef de la revue Primaires (éd. Centre Français de la Couleur) et rédactrice en chef et éditrice de la revue Couleurs plurielles.
Présidente du Centre français de la Couleur de 2004 à 2016, elle est présidente fondatrice de « Couleurs vagabondes. Langage - Art - Société », membre d’Honneur du Comité Français de la Couleur et membre fondateur de l’ Académie de la Couleur.
Dans le cadre de cette exposition, elle apporte son expertise dans l’espace dédié au jaune méditerranéen, sur les liens étroits qui existent entre couleur, géographie, climat et lumière.

Autour de l’exposition

Les Vitrines Oh couleurs ! Le design au prisme de la couleur aux Galeries Lafayette par la designer Ionna Vautrin. Du 4 juillet au 31 juillet, la designer Ionna Vautrin investit deux vitrines des Galeries Lafayette pendant un mois pour présenter la collection Zoo, produite par Kvadrat en 2012, éditée par Elements Optimal en 2016.
À travers une collection de peluches colorées et surdimensionnées pour petits et grands, Zoo exploite de nombreuses nuances du tissu « Hallingdal 65 » proposé par Kvadrat. Des coussins aux formes simples et moelleuses sont vêtus de larges masques d’animaux : un toucan, un panda et une baleine.
Chacun de ces animaux mesure un mètre d’envergure, à la hauteur d’un enfant ils créent une présence distrayante, familière et amicale.
Au fil du temps ce petit zoo pourra s’agrandir avec de nouvelles espèces... À suivre !
Des ateliers pour enfants seront également proposés au sein des Galeries Lafayette.

Parcours hors les murs

La Maison Frugès - Le Corbusier, à Pessac, présente un ensemble de documents d’archives en lien avec la couleur, exposé autour de la grande maquette de la Cité Frugès réalisée par Henry Frugès et sa femme Christiane, en 1967.
Maison Frugès - Le Corbusier, 4, rue Le Corbusier - Pessac. Ouvert du mercredi au samedi de 10h à 13h et de 14h à 19h ; dimanche : de 14h à 19h. Plus d’infos : 05 57 93 65 40 ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 
Les couleurs de Bordeaux :
- L’architecture : un parcours développé par Bordeaux Patrimoine Mondial, Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine avec des visites et des ateliers proposés à partir du mois de septembre autour des couleurs de l’architecture de la Ville de Bordeaux.
- Les décors cachés : un parcours développé par l’Office de Tourisme et des Congrès de Bordeaux Métropole
Plus d’infos : 05 56 00 66 00
 

Oh couleurs ! Une exposition présentée dans un lieu atypique : l’ancienne prison de la rue Boulan située à l’arrière du musée

Comme beaucoup de ces beaux hôtels particuliers, l’hôtel de Lalande a, en effet, été construit entre cour et jardin.
Mais lorsqu’en 1880 la municipalité de Bordeaux achète cet hôtel particulier, elle y installe l’hôtel de la police municipale et rase le jardin pour y construire une prison. Femmes, hommes, enfants, marins, marchandes, femmes publiques y sont incarcérés dans l’attente d’un jugement par le Petit Parquet, installé alors dans les anciens salons de l’hôtel particulier, aux côtés des services de la Police et des Mœurs.
En dépit de l’ouverture d’un premier musée en 1924, la prison à l’arrière de la parcelle demeure en activité jusque dans les années 1960. Réaménagé en réserves visitables en 1983, l’édifice évolue aujourd’hui afin d’accueillir les nouveaux espaces d’expositions temporaires du musée. Ce bâtiment est une belle architecture fonctionnelle. Les deux cours de promenade, symétriques, ont été couvertes dans les années 1980. Elles sont entourées par les anciennes cellules des prisonniers. De nombreux graffitis sur les murs évoquent encore ce passé.
L’exposition Oh couleurs ! Le design au prisme de la couleur sera la première exposition présentée dans ce nouvel espace.
 
Le musée des Arts décoratifs et du Design
Le musée est installé dans un hôtel particulier, l’hôtel de Lalande, construit à Bordeaux entre 1775 et 1779 pour le conseiller au parlement Pierre de Raymond de Lalande. Cette maison va changer de statut au fil du temps.
En 1880, elle est rachetée par la Ville qui y installe tout d’abord les services de police et y construit une prison, à l’arrière de l’hôtel, à l’emplacement du jardin. Puis la Ville établit un premier musée d’Art ancien, en 1924, qui sera transformé en musée des Arts décoratifs en 1955. En 1984, le musée est réaménagé pour évoquer une riche demeure aristocratique, emblématique du siècle des Lumières bordelais.
Récemment, en 2013, l’institution est renommée musée des Art décoratifs et du Design, signifiant ainsi la volonté d’en faire un lieu majeur de diffusion de la culture du design.