arts et cultures
  • Catégorie : ARTS & CULTURE
  • Publié le jeudi 8 Juin 2017 18:58
  • Le public est confortablement installé devant l’immeuble dans des transats rouges, tel un parterre d’opéra. Plus de 50 musiciens viennent s'installer avec leurs instruments sur les balcons d'un immeuble, ce dernier se transformant alors en un nouvel espace orchestral. Chacun sur son balcon est séparé des autres musiciens, privé de direction musicale mais porteur d'un casque binaural, il devient alors l'interprète unique d'une partition commune. C’est Grand Ensemble, une partition musicale d'environ 50 minutes qui mêle écriture symphonique et toute la profusion sonore de la vie quotidienne d'un immeuble, dans un quartier animé et populaire de la ville. Première mondiale le 6 juillet !
     
    Un immeuble, comme il y en a tant d’autres dans les quartiers et les faubourgs des villes de France et d’Europe. Des balcons, des escaliers, des antennes paraboliques, du linge aux fenêtres, des vélos d’enfants. Des petits espaces privés donnés au regard de tous. Des bruits, des sons, de la musique s’échappent par les fenêtres. Un enfant pleure, une télévision ronronne, un chien aboie, un couple se querelle, une casserole tombe, une chasse d’eau ponctue, un vide-ordures dégouline…
    Autant de signaux sonores des habitants qui vivent si loin si proches de leurs voisins pour des gens qui passent devant cet immeuble. Un puzzle sonore cher à Georges Perec et à sa Vie mode d’emploi, ou issu tout droit du film de Jeunet et Caro, Delicatessen.
     
    Sur les balcons de cet immeuble vont prendre place une cinquantaine de musiciens classiques. Un orchestre symphonique au grand complet avec ses signes distinctifs — en costumes de scène —, ses sonorités bien reconnaissables, ses instruments emblématiques — harpes, timbales… Le public est confortablement installé devant l’immeuble dans des transats rouges, tel un parterre d’opéra. Pour ces cinq cents à mille personnes, le décor est planté, les deux protagonistes sont présents, l’immeuble avec ses habitants et ses rumeurs du quotidien, l’orchestre avec ses codes et son histoire. La partition les unit. Le dialogue peut commencer…

    Un extraordinaire dispositif de création dans l’espace public

    Grand Ensemble est pensé, conçu et spatialisé autour de la présence d’un orchestre symphonique en réponse à un immeuble d’habitation et son architecture, avec le foisonnement sonore de ce lieu de vie et de ses habitants.
     
    Tous sons mêlés : une partition musicale de la diversité Grand Ensemble est une partition musicale d’environ 50 minutes qui mêle écriture symphonique et toute la profusion sonore de la vie quotidienne d’un immeuble, dans un quartier animé et populaire d’une ville. Le matériau musical est donc double : bruits domestiques, sons familiers, voix, cris, murmures, paroles des habitants de l’immeuble croisent les sonorités et les tonalités des instruments des musiciens d’un orchestre symphonique. Ainsi, le public entendra les noms des habitants comme support rythmique, les sonneries des téléphones portables en base harmonique, les talons des chaussures martelant l’escalier comme tempo, les vocalises sous la douche comme soprano coloratur, les pleurs des bébés comme mélopées.
     
    Un immeuble musicien au cœur de la ville. Composition à chaque fois spécifique, Grand Ensemble crée une orchestration spatialisée ouverte sur la rue, la place, le quartier, un environnement urbain. Une cinquantaine de musiciens viennent s’installer avec leur instrument sur les balcons d’un immeuble, à tous les étages. Chacun, sur ce balcon, accueilli dans l’intimité des habitants, se trouve dans une situation inédite d’un nouvel espace orchestral, à la fois séparé de l’ensemble des autres musiciens, privé de direction musicale mais, porteur d’un casque binaural, il devient interprète unique d’une partition commune. Cette scénographie, qui met en tension créatrice tout un immeuble en en faisant un acteur musical et sonore à part entière, permet des effets orchestraux spectaculaires et inventifs : étages se répondant les uns aux autres, mélodies circulant de fenêtre en fenêtre, rythmiques découpées par cages d’escaliers, harmonies de timbres, motifs répétitifs traversant les pupitres…
     
    Un concert adapté à son contexte. Dans ce dialogue immeuble-orchestre, l’immeuble tient une place essentielle. À Paris, l’immeuble qui se trouve au 13/15 de la place d’Aligre dans le 12e arrondissement, a la particularité d’avoir une incurvation qui lui donne l’allure d’un amphithéâtre dans l’espace public. Le célèbre marché d’Aligre en fait un endroit très fréquenté, très mélangé, incroyablement populaire et animé. Le travail de captation sonore des bruits de l’immeuble, croisés avec des paroles d’habitants, fait partie intégrante de l’œuvre. Les résidents deviennent acteurs de la création en accueillant les musiciens sur leurs balcons, mais aussi en apportant une partie du matériau sonore et musical. Place d’Aligre, c’est l’Orchestre de chambre de Paris qui va participer à la création de Grand Ensemble en interprétant pour la première fois la partition. À Marseille, c’est l’Orchestre régional d’Avignon-Provence qui interprétera la partition de Grand Ensemble. Le spectacle aura lieu dans l’immeuble de la rue Paulet, dans le huitième arrondissement.

    La création de Grand Ensemble

    Ce projet s’est construit à trois entre la Coopérative De Rue et De Cirque, à l’initiative de la rencontre entre Pierre Sauvageot et l’Orchestre de chambre de Paris.
     
    L’Orchestre de chambre de Paris : Créé en 1978, l’Orchestre de chambre de Paris est considéré comme l’un des orchestres de chambre de référence en Europe. Avec Douglas Boyd, son directeur musical depuis 2015, l’orchestre recherche la plus haute exigence artistique à travers la mise en valeur de plus de quatre siècles de musique de chambre. Animé d’une nouvelle vision de la musique et de son rôle dans la cité, il forme une communauté de quarante-trois artistes engagés à Paris dans le renouveau de la relation entre un orchestre et sa ville. En quarante années d’existence, l’Orchestre de chambre de Paris a collaboré avec les plus grands chefs d’orchestre et solistes. Il fait vivre et défend un vaste répertoire depuis la période baroque jusqu’à la création contemporaine. Très impliqué dans le renouvellement du rapport aux publics, l’Orchestre de chambre de Paris propose un programme complet d’expériences participatives et immersives. Il développe une politique digitale dynamique sur des projets pédagogiques et ludiques.
     
    Avec plus d’une centaine d’actions culturelles chaque saison, sa démarche citoyenne est nourrie par la volonté de partage et l’ambition de nouer des liens entre tous au moyen de la musique. Associé à la Philharmonie de Paris, l’Orchestre de chambre de Paris se produit dans la Grande salle Pierre Boulez, dans la Salle des concerts de la Cité de la musique. Il se produit également au Théâtre des Champs-Élysées, dans sa propre saison de concerts. Il est régulièrement présent dans des productions lyriques à l’Opéra national de Paris, au Théâtre du Châtelet et à l’Opéra Comique. Une volonté de proximité l’amène à se produire aussi au plus près des Parisiens, au Centquatre, à la cathédrale Notre-Dame, au Théâtre 13 ainsi qu’à la salle Cortot. Grand Ensemble est emblématique de cette volonté affirmée de sortir des salles traditionnelles pour faire entendre dans l’espace public la musique symphonique.
     
    La Coopérative De Rue et De Cirque (2r2c). Grand Ensemble sera le « bouquet final » de la saison de rue 2017 de la Coopérative De Rue et De Cirque qui aime imaginer des rencontres improbables, des croisements étonnants, des échanges entre des univers singuliers et un public le plus large possible. Ce projet de conjuguer les usages d’un orchestre, les exigences d’un compositeur, les contraintes d’un site, la diversité des habitants d’un immeuble fait directement écho à la mission artistique de 2r2c.
    Créée en 2005 et dirigée aujourd’hui par Rémy Bovis, De Rue et De Cirque est une coopérative de diffusion artistique pour les arts du cirque, de la rue et de la ville, à Paris et en Île-de-France. Les propositions s’immiscent dans les quartiers et arrondissements pendant les saisons de printemps et d’automne chaque année. Au-delà de la nécessité d’une programmation sur la durée des arts de la rue, en dehors d’une logique événementielle, 2r2c soutient le cirque de création et les compagnies qui font le choix du chapiteau lors du Village de cirque. Cette mobilité est rendue possible grâce à des partenariats développés avec d’autres structures culturelles ou organismes qui nous soutiennent dans cette démarche. Scène conventionnée pour les arts de la rue et du cirque pour l’accompagnement de la création par la DRAC Ile-de-France, 2r2c soutient la création par la diffusion des œuvres, la mise en place de résidences de création et l’accompagnement des compagnies. 2r2c s’engage également auprès des spectateurs de demain et des professionnels qui les accompagnent tout au long de l’année au travers d’ateliers ponctuels et de parcours d’actions culturelles et artistiques imaginés sur la durée.
     
    Lieux publics, pôle européen et centre national de création en espace public à Marseille, dirigé par le compositeur Pierre Sauvageot. Depuis 2001, Pierre Sauvageot dirige Lieux publics, centre national de création en espace public, à Marseille, qui s’attache à inventer, à réfléchir et à développer de nouvelles relations, rencontres, entre l’art et l’espace public, entre les artistes et la ville, entre les artistes et les habitants.
    Lieux publics est l’une des principales institutions culturelles dans le domaine de l’art en espace public. Du territoire d’Aix-Marseille-Provence à l’échelle européenne, il contribue à l’invention d’un « nouvel art de ville », exigeant et populaire. Laboratoire de création installé à la Cité des arts de la rue, organisateur de rendez-vous artistiques singuliers sur le territoire de la métropole Aix-Marseille, comme le rituel urbain Sirènes et midi net, Lieux publics est une structure nationale de référence dans le champ de l’art en espace public, pluridisciplinaire, ouvert et pionnier dans l’accompagnement et le renouvellement des esthétiques de ce secteur.
     
    Depuis 2016, Lieux publics assume la direction artistique de la ZAT, événement de la Ville de Montpellier. Lieux publics vient d’être labellisé « pôle européen de création », reconnaissant l’essor et le développement majeur de la plateforme européenne IN SITU, dont Lieux publics est le chef de file, fédérant aujourd’hui vingt-cinq partenaires issus de 17 pays européens autour de l’art en espace public, avec le soutien renouvelé depuis 2003 de la Commission européenne.
     
    Compositeur éclectique et atypique, Pierre Sauvageot invente des objets sonores en espace public : il a fait de l’espace public le texte, le contexte et le prétexte de son travail. Après les fanfares militantes des années 70 et dix ans de free-jazz, il s’associe en 1985 à Michel Risse pour créer Décor Sonore qui servira de cadre à la création de nombreux spectacles musicaux : Ballet Mécanique pour hélicoptères et engins de chantier (1990), Grand Mix (avec les Tambours du Bronx, les voix bulgares de Trakia et l’Orchestre philarmonique des Pays de la Loire (1992), Des Corps sonores (1994), octuor de haut-parleurs.
    Parallèlement, il accompagne les créations de la chorégraphe Jany Jérémie (Black Label, 2000 ; J’voudrais être blanche, 2004 ; Kiosque Nègre, 2006). À la fin des années 90, Pierre Sauvageot décide de travailler dans et avec l’espace public, et fonde en 1997 Allegro Barbaro, orchestre symphonique de ville. En 2002, il crée Concert de public, interprété par les spectateurs eux-mêmes ; en 2006 oXc (Odyssée), opéra urbain et méditerranéen pour grande place, et en 2010 Champ harmonique, marche symphonique pour 500 instruments éoliens et public en mouvement, cette création à la fois musicale et plastique est présentée dans toute l’Europe et à Marseille dans le cadre de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture. En 2013, Pierre Sauvageot crée Igor hagard, à partir de la partition du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky, réorchestrée avec des sons de voyages contemporains et mixée avec le long poème de Blaise Cendrars La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France.
     
    Pierre Sauvageot : composition
    Jany Jérémie : mise en espace
    Nadine Estève : partitions
    Guillaume Bonnet : informatique musicale
    Josëf Amerviel : collecte sonore
    Fabienne Aulagnier : production
    David Mossé : direction technique
    Drazan Kuvac : régie son
    Avec les oreilles complices de Roland Hayrabédian, chef d’orchestre de l’ensemble
    Musicatreize, de Philippe Carrese, réalisateur et auteur.
     
    Horaires : Jeudi 6 juillet à 21h - Vendredi 7 juillet à 19h et 21h
    Durée du spectacle : 50 min.
    Accès libre et gratuit : RDV devant les 13/15 place d’Aligre, Paris 12e
     
    En tournée :
    -les 23 et 24 septembre 2017 en Belgique, dans le cadre des 50 ans de Dommelhof, partenaire d’IN SITU, plateforme européenne pour la création artistique en espace public : 23 septembre à Neerpelt, 24 septembre à Genk, première festival des arts transdisciplinaires à Genk : C-TAKT#1.
     -les 7 et 8 octobre 2017 à Marseille, Immeuble Negresko (VIIIe ) présenté par Lieux publics avec l’Orchestre régional d’Avignon- Provence.
    -Tournée 2018 au festival La Strada à Graz (Autriche), à Copenhague (Danemark), à Philadelphie (USA).