Bio innovations

Des organismes vivants seraient d’origine extraterrestre. Certains virus et la famille des pieuvres en sont la preuve.

pieuvre alien
Depuis la nuit des temps, débats et controverses s’affrontent sur l’origine de la vie. Des scientifiques viennent de publier un article accumulant les indices d’une origine extraterrestre pour certaines espèces vivant sur Terre. C’est le cas de certains virus et des céphalopodes qui présentent des caractéristiques génétiques que l’on ne retrouve dans aucune autre espèce vivante.
 
La question de la panspermie, c'est-à-dire de la vie qui proviendrait de l’espace, est éminemment brûlante. Elle agite les scientifiques depuis des siècles. De nouveaux indices viennent d’être apportés par une équipe de 33 chercheurs, généticiens, paléobiologistes, biochimistes et astrobiologistes d'universités et d'instituts du monde entier, dans un article publié dans la très sérieuse revue Progress in Biophysics and Molecular Biology. Selon eux, certaines virus et espèces animales n’ont pas d’origine terrestre. Leur analyse richement documentée appelle à un changement de paradigme qui aura des implications majeures dans la recherche sur le vivant, aussi bien que dans la surveillance des grandes pandémies.
 

De Darwin à la vie cosmique

« Cet article implique une remise en question radicale du consensus scientifique actuel sur les causes qui sont appelées pour expliquer l'histoire de la vie sur Terre. » John A Schuster, historien et philosophe des sciences, co-auteur de l’étude est formel. Nous sommes en train d’assister à une révolution copernicienne. Les mécanismes darwiniens actuellement acceptés, liés aux meilleures analyses de l'histoire géologique de la Terre, ne sont pas remis en question Ils sont cependant placés dans un nouvel ensemble théorique plus large fondé, d’une part, sur les dernières avancées en astrophysique et en astrobiologie, et d’autre part, dans les derniers développements en virologie et en biologie moléculaire.
 
Jusqu’à présent, les lois du vivant étaient établies sur des processus darwiniens convenus, opérant toujours dans un univers de réflexion précis : la Terre. Les recherches sur l’évolution du vivant opèrent comme des équations qui décrivent un système. Les changements brutaux, créant des ruptures puissantes dans le processus évolutionnaire, étaient considérés comme des faits du hasard. Or, pour les auteurs de l’étude, de nombreux changements dans le fil du vivant seraient causés par des intrants astrobiologiques soudains.
 
Les auteurs de l’étude ont accumulé un ensemble impressionnant de données multifactorielles dans toutes les disciplines du vivant. Cette investigation les porte à assurer que la vie a été semée ici sur Terre par des comètes porteuses de vie dès que les conditions sur Terre lui ont permis de s'épanouir ; et des organismes vivants tels que des bactéries résistantes à l'espace, des virus, des cellules et organismes eucaryotes plus complexes, peut-être même des ovules fertilisés et des semences de plantes, peuvent avoir été livrés en continu depuis lors à la Terre, contribuant ainsi à faire progresser l'évolution biologique terrestre. Ce processus, depuis l'époque de Lord Kelvin (1871) et de Svante Arrhenius (1908) porte le nom scientifique de "Panspermie". Longtemps ce terme a senti le soufre et causé des controverses souvent violentes entre scientifiques. Mais aujourd’hui, les données sont de plus en plus nombreuses pour accréditer l’idée d’une vie cosmique. La dernière décennie a vu croître chaque jour le catalogue d’exoplanètes dites « habitables ». Les astrophysiciens affirment que le total estimé de planètes semblables à la Terre dans notre seule galaxie, la Voie lactée, s’élève au chiffre astronomique de 100 milliards !
 

Panspermie

La résistance à l’idée de panspermie vient de notre culture la plus ancienne, à débuter par le paradigme aristotélicien de la génération spontanée de la vie. Au XIXe siècle, Pasteur, en observant la fermentation du vin et l’acidification du lait, découvre que toute vie vient de la vie -"Omne vivum ex vivo". Cette découverte aurait pu abonder les théories de la panspermie. Il n’en fut rien car l’antagonisme récurrent aux implications panspermiques était inébranlable : la vie venait d’une soupe primitive qui a évolué au fil du temps. Les découvertes plus récentes sur les structures moléculaires extrêmement complexes impliquées dans les protéine et l’ADN auraient dû nous mettre la puce à l’oreille. Mais cela ne s’est pas produit.
 
En 2017, une étude menée par des scientifiques apporte des preuves de vie microbienne dans des roches canadiennes qui se sont formées il y a 4,1 à 4,23 milliards d'années. La vie à cette époque Hadéenne était impossible : il faisait trop chaud, même pour que de simples molécules organiques puissent survivre et encore moins évoluer vers une complexité vivante. En revanche, cette époque est celle de bombardements intensifs d’astéroïdes et de comètes. Ce sont ces corps célestes qui auraient vraisemblablement transporté dans leur voyage spatial les premiers microbes jusqu’à la Terre.
 
Il y a trois décennies, on pensait que les premières preuves de la vie microbienne dans les archives géologiques se présentaient sous la forme de fossiles de cyanobactéries datant d'il y a 3,5 milliards d'année. À partir du moment de la formation d'une croûte stable sur la Terre il y a 4,3 milliards d’années, à la suite d'un épisode d'impacts violents avec des comètes (l'époque Hadéenne à laquelle nous avons déjà fait référence), il semblait y avoir une période de 800 millions d'années pendant laquelle la soupe primordiale canonique dite « Haldane-Oparine » a pu se développer. Des découvertes très récentes ont cependant montré que des zircons détritiques, sorte de cristaux érodés, situés dans des roches appartenant à un affleurement géologique dans la région de Jack Hills en Australie occidentale, contenaient des sphères de graphite de taille micrométrique avec une signature isotopique de carbone biogène. Ces inclusions peuvent donc être considérées comme une preuve plausible et sans équivoque de l'existence d'une vie microbienne sur Terre avant 4,1 milliards d’années, à l'époque de l'impact des comètes et des astéroïdes. La pensée abiogène orthodoxe, celle qui estime que l’origine de la vie ne peut être que terrestre, estime qu'une transformation essentiellement instantanée de la matière organique non vivante en vie bactérienne s’est produite. Pour les auteurs de l’article publié dans Progress in Biophysics and Molecular Biology, cette hypothèse se situe au-delà des limites de la crédibilité. Une possibilité beaucoup plus plausible est que des micro-organismes pleinement développés, et peut-être d'autres organismes eucaryotes, sont arrivés sur Terre par l'intermédiaire de comètes qui se sont ensuite carbonisés et piégés dans des conglomérats de grains minéraux qui se sont condensés. Il est de plus en plus clair qu'il existe des centaines de milliards de planètes et d'autres corps planétaires qui ressemblent à la Terre, et que des échanges de matériel entre eux (météorites, bolides cométaires) doivent avoir lieu régulièrement.  
 
Sans remettre en cause les théories darwinienne ou lamarckienne, les auteurs de l’étude appellent donc à reconsidérer la biosphère terrestre comme une partie infinitésimale d’un système beaucoup plus grand qui est le cosmos. Les deux systèmes sont inextricablement liés : « On est donc forcé, à notre avis, de conclure que l'ensemble de la galaxie (et peut-être notre groupe local de galaxies) constitue une biosphère connectée unique  » écrivent les auteurs de l’étude.
 

Virus et rétrovirus

Parmi les éléments de vie apportés des étoiles, les virus et rétrovirus ont une place de choix. Les rétrovirus sont des virus constitués d’ARN. Ils sont capables de le transcrire (par rétrotranscription) en ADN, afin de s’intégrer au génome de cellules étrangères et d’apporter un important potentiel de modification génétique. La taille nanométrique de ces organismes vivants leur aurait permis, selon les auteurs de l’étude, de traverser l’espace à l’abri des rayonnements ionisants. Ces rétrovirus auraient joué un rôle important dans la diversification génétique majeure qui s’est produite il y a 541 millions d’années, pendant une période d’explosion de la vie sur Terre que les scientifiques appellent « l’explosion cambrienne ». À cette époque et très soudainement, la vie unicellulaire se transforme en une vie multicellulaire complexe et entame un processus de diversification génétique en mode accéléré.
 

La pieuvre, un alien ?

Preuve de cette évolution génétique accélérée venue du fin fond de l’espace : la pieuvre. Les céphalopodes possèdent un génome dont la complexité est hors norme par rapport à la grande majorité des espèces vivant sur Terre. Il contient 33000 gènes codants de plus que le génome d’homo sapiens. Son évolution remonte à 500 millions d’années avec des zones d’ombres qui interrogent les scientifiques depuis toujours.
 
Comment expliquer que la pieuvre soit dotée d’une sophistication organique aussi complexe ? Cet animal a été doté dès son origine, sans passer par toutes les étapes de l’évolution, d’un cerveau énorme, d’un système nerveux sophistiqué, d’un dispositif oculaire dynamique digne des meilleurs caméras HD actuelles, de tissus souples et hyper-résistants, d’une capacité très avancée de camouflage instantané, etc. Cette transformation génétique excessivement rapide entre l’ancien nautile et le calmar actuel ne se retrouve chez aucun être vivant. Elle défie les lois du darwinisme.
 
Pour les auteurs de l’étude, il ne fait aucun doute : la pieuvre possède des gènes d’origine extraterrestre. Ces gènes uniques auraient été apportés par des comètes ou des astéroïdes, soit via l’ARN contenue dans des rétrovirus, soit directement par des œufs de pieuvres cryoconservés. Seule cette hypothèse pourrait expliquer la fulgurante émergence de la complexité génétique des pieuvres. Et surtout l’émergence soudaine de ces animaux dans le règne animal.
 

Le règne du vivant terrestre serait-il façonné par le cosmos ?

Le grand voyage de microorganismes et de virus transportés par des corps célestes depuis l’espace a possiblement façonné une grande partie du règne du vivant sur Terre. Mais cet approvisionnement cosmique ne s’est pas arrêté à l’époque cambrienne. Il continue encore aujourd’hui. Certains aspects de l’évolution darwinienne et ses divers facteurs terrestres non darwiniens sont donc très probablement causés par l'approvisionnement continu de nouveaux virions et micro-organismes de l'espace avec leurs événements d'impact génétique écrits sur l'ensemble de nos génomes. En effet, l'évolution des hominidés peut être justifiée par une longue séquence de pandémies virales, chacune d'entre elles étant un appel à l'extinction totale d'une lignée en évolution. Les gènes les plus importants pour l'évolution des hominidés, comme toutes les espèces de plantes et d'animaux, semblent, dans de nombreux cas, être d'origine externe, étant transférés à travers la galaxie en grande partie sous forme de virions riches en informations.
 
Les données des études cométaires continuent aujourd’hui d'être étayées par la récupération de matériel microbien dans la stratosphère (dans des conditions où la contamination terrestre par remontée d'eau peut être exclue de façon plausible). Des entités biologiques allant de microbes viables mais non cultivables à des agrégats inexpliqués d'entités biologiques microscopiques continuent d'être récupérées à des altitudes de l'ordre de 30 à 41 km dans la stratosphère. Les entités sont composées de carbone et d'azote et présentent une symétrie bilatérale et des morphologies de type organisme. Les preuves ont été interprétées pour montrer qu'elles sont conformes à la conclusion plausible que ces entités semblables à des micro-organismes arrivent de l'espace vers la Terre, probablement transportées par de petites comètes. La survie probable des matériaux biologiques descendant dans l'atmosphère terrestre a été démontrée dans des météorites de l'ordre du micron. Les premières preuves de la présence de micro-organismes fossilisés à l'intérieur des météorites carbonées sont bien établies, et le scepticisme à l'égard de la contamination terrestre est maintenant fermement combattu. La découverte la plus récente de fossiles microbiens dans des météorites tombées au Sri Lanka en 2012, et la détermination sans équivoque (sur la base des données sur les isotopes de l'oxygène) que les roches ne sont pas d'origine terrestre fournit d'autres preuves solides de panspermie. Un autre phénomène connexe concerne les pluies rouges enregistrées tout au long de l'histoire, mais plus récemment au Kerala, en Inde et au Sri Lanka en 2012. Toutes les preuves disponibles indiquent la présence d'organismes pigmentés rouges qui sont peu susceptibles d'avoir une origine terrestre.
 

Pandémies cosmiques

Les ravages que les épidémies et grandes pandémies ont infligé à l’humanité jalonnent son histoire. Toutes sont apparues soudainement, laissant les humains désemparés et sans aucune préparation. La grippe espagnole de 1918, plus récemment le VIH, étaient inattendus. Ces grandes épidémies trouveraient-elles leur origine dans la biologie cosmique ? Les auteurs posent la question et incitent à élargir notre champ de vision : « Une biologie cosmique omniprésente signifie que de nombreux nouveaux micro-organismes et virus à l'origine de maladies émergentes présenteront des relations phylogénétiques avec les espèces et genres viraux existants, car nous envisageons maintenant un "pool de gènes cosmiques" sous ce point de vue. Nous devrions alors supposer, comme première réponse réactive, qu'ils sont venus de l'espace - même s'il existe aussi d'autres explications terrestres plausibles de la première cause, c'est-à-dire que la cause cosmique devrait faire partie du mélange possible d'explications causales à exclure soit à l'intérieur, soit à l'extérieur ».

LIRE DANS UP : Sommes-nous préparés à une pandémie majeure ? Rien n’est moins sûr.

Prendre en compte le facteur cosmique dans l’évolution du vivant implique un changement de paradigme violent : « Il est important que nous ne permettions pas que la science soit étouffée par un règne d'autorité dogmatique qui s'efforce de restreindre ses progrès selon des lignes conservatrices étroites. La situation actuelle rappelle de façon frappante le Moyen Âge en Europe - les épicycles ptolémaïques qui ont retardé l'acceptation d'un système planétaire centré sur le Soleil pendant plus d'un siècle. » Les auteurs ajoutent : « Les preuves actuelles suggèrent que nous venons de l'espace, que nous sommes faits de gènes viraux et qu'éventuellement notre héritage évolutif reviendrait à pleine mesure dans l'espace. Cela achèvera la deuxième et dernière phase de la révolution copernicienne qui a commencé il y a plus d'un demi-millénaire ».
 
Les scientifiques qui ont rédigé cet article sont conscients que leurs hypothèses doivent pour certaines d’entre elles continuer à être étayées par des recherches approfondies. Ils veulent ouvrir de nouvelles perspectives tout en sachant que leur démarche comporte de nombreux défis. Des défis scientifiques mais aussi religieux et philosophiques sur la nouvelle place de l’Homme dans la nature.
 
 

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