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La nouvelle quête d'impact environnemental et social des investisseurs décryptée par Novethic

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Novethic (1) publie une note d’analyse des démarches d’impact social et environnemental qui voient le jour dans le champ de l’investissement responsable. Souvent articulées autour de la contribution aux Objectifs de Développement Durable, leur positionnement rapproche les catégories traditionnelles de l’investissement responsable et de l’impact investing (investissement à impact social).
 
L’investissement responsable est entré dans une nouvelle phase, sous l’impulsion d’investisseurs toujours plus nombreux à afficher une volonté explicite de générer des impacts sociaux et environnementaux positifs. C’est pourquoi, dans la continuité de son étude du marché de l’ISR de conviction publiée en juin, le centre de recherche de Novethic propose une analyse de cette quête d’impact, qui conduit les investisseurs à développer de nouveaux cadres.
Depuis leur adoption par les 193 États-membres de l’ONU en septembre 2015, les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) s’imposent comme le nouveau référentiel des entreprises et des investisseurs qui souhaitent rendre compte de leurs impacts sociaux et environnementaux. Les engagements collectifs pris par de grands institutionnels, en majorité d’Europe du Nord, et le lancement à Paris des Principes pour la finance à impact positif en janvier 2017, marquent deux étapes importantes de ce mouvement. 
 
 
Pour Anne-Catherine Husson-Traore, Directrice Générale de Novethic : « L’idée qu’il faut transformer la finance pour transformer l’économie est de plus en plus partagée au sein des institutions financières et politiques. L’investissement responsable est entré dans un temps de la preuve, marqué par le leadership de grands investisseurs qui souhaitent démontrer leur contribution à une économie inclusive et bas-carbone ».
 
Qu'est-ce que l'initiative apporte aux investisseurs responsables ? Selon Tatiana Bosteels, Directrice de la responsabilité et de l’investissement immobilier responsable chez Hermes Investment Management, impliquée dans l’initiative Positive Impact, il faut remettre en question les définitions des risques et de la responsabilité fiduciaire : « C’est ce que nous avons fait chez Hermes IM. Nous évoluons vers la réalisation de rendements holistiques, c’est-à-dire que nous regardons les conséquences de nos investissements au-delà de la performance financière. Nous avons besoin de fournir des rendements financiers, mais nous ne pouvons pas non plus isoler un investissement de son environnement. Et nous devons donc étudier comment nous pouvons aussi fournir des impacts positifs dans le monde réel pour nos clients et nos bénéficiaires, qui incluent un grand nombre de fonds de pension et de petits bénéficiaires. Je pense que les impacts positifs sont basés sur trois principes clés : 1) L’intentionnalité – les objectifs en termes d’impacts réels, et les buts et indicateurs utilisés pour y parvenir 2) Le suivi des résultats 3) Le développement de la confiance à travers la transparence, y compris la vérification et la certification. L’engagement avec les entreprises est aussi un moyen essentiel pour parvenir à des impacts positifs. Dans les groupes de travail de l’initiative Positive Impact, nous développons des définitions communes et des cadres sur ces sujets, et travaillons sur des méthodologies d’évaluation et des indicateurs de mesure d’impact. » 

Innovations autour des Objectifs de Développement Durable et de l’ESS

Novethic recense 87 institutions financières engagées dans des initiatives récentes autour des Objectifs de Développement Durable (ODD), promouvant l’investissement en faveur des Objectifs de Développement Durable. Les besoins de financement sont estimés à 2500 Mds $ supplémentaires par an. Ces initiatives voient collaborer des investisseurs (fonds de pension, assurances, sociétés de gestion), des banques et des banques de développement. De nouveaux produits voient le jour, par exemple les obligations sociales. En France, des investisseurs institutionnels orientent des fonds vers l’économie sociale et solidaire grâce au développement des fonds d’impact. Ces investisseurs ont pris conscience que les cadres traditionnels ne suffisent pas pour développer massivement les investissements dans des projets et des entreprises qui démontrent de forts impacts sociaux et environnementaux.
 
Pour répondre à ces nouveaux besoins, les produits et les méthodologies d’évaluation d’impact se multiplient. Si ce mouvement est porteur d’innovation, il reste confronté à de nombreux défis de crédibilité. Les investisseurs font face à la difficulté de démontrer le lien entre leurs placements financiers et des bénéfices sociaux ou environnementaux tels que le nombre d’emplois d’insertion créés, de micro-entrepreneurs financés, de personnes ayant eu accès à des produits de base ou encore les tonnes de déchets et de CO2 évitées.
L’investissement responsable entre dans une nouvelle période où la seule intention de prendre en compte des critères environnementaux et sociaux ne suffit pas. Il faut l’assortir d’objectifs chiffrés, mesurés dans le temps. Cela provoque un décloisonnement entre l’investissement responsable d’une part, adopté par des investisseurs qui intègrent les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur gestion financière, et le marché dynamique mais plus resserré de l’impact investing d’autre part, fondé sur la recherche active d’un retour social et environnemental sur investissement, traditionnellement grâce au financement d’entreprises non-cotées. L’impact investing, voit ainsi se rapprocher des grands investisseurs aux exigences nouvelles.

Les démarches d’impact doivent se renforcer et se crédibiliser

Harald Condé Piquer, l’auteur de l’étude publiée par Novethic, souligne : « Pour que les démarches d’impact soient crédibles, elles doivent reposer sur des objectifs clairs et des indicateurs crédibles. Ce n’est pas le cas de tous les produits qui affichent une volonté de financer un développement plus durable ».
 
L’objectif de cette nouvelle étude est d’identifier les meilleures pratiques d’investissement à impact dans un contexte foisonnant. Comme l’explique Dominique Blanc, Directeur de la recherche, l’étude « propose une nouvelle contribution à notre décryptage des démarches d’investissement responsable novatrices, qui proposent des méthodologies et des portefeuilles différents des grands indices traditionnels. Le marché de l’investissement responsable évolue et nous continuons à accompagner le mouvement, pour aider ceux qui n’y participent pas encore à se repérer ».
 
 
(1)  Créée en 2001, cette filiale de la Caisse des Dépôts s’adresse aux influenceurs économiques. À travers des articles, des études, des formations et des conférences, Novethic propose des clés de compréhension sur l’intégration de dimensions Environnementales, Sociales et de Gouvernance (ESG) dans l’économie et la finance. Spécialiste de l’investissement responsable, son centre de recherche labellise des produits financiers sur des critères ESG.

 

 

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