Intelligence artificielle

Robotique : Quotas d’emplois humains et mention « made by human » bientôt nécessaires ?

Robots jobs
Une étude internationale prédit que le développement de la robotique va ouvrir la voie à une refonte radicale des pratiques du travail et des cadres juridiques actuels. Selon ce rapport publié par l’IBA, la puissante association internationale des juristes, l’innovation dans l’intelligence artificielle pourrait notamment obliger les gouvernements à légiférer pour imposer des quotas humains dans certains activités.
 
Le rapport de 120 pages, qui met l'accent sur les conséquences juridiques du changement technologique rapide, a été produit par une équipe d'avocats spécialisés de l'IBA, Association internationale du barreau, qui agit en tant que forum mondial pour la profession juridique.
L’enquête confirme plusieurs études déjà publiées qui prédisent qu’un nombre considérable d’emplois seront remplacés par des robots ou des logiciels, partout dans le monde. Dans cette perspective, les auteurs soulignent, comme une forme de mise en garde, que les cadres juridiques régissant actuellement l’emploi et la sécurité vont rapidement devenir obsolètes. De même, l’avantage concurrentiel acquis par certains pays émergents dans la production de biens par une main d’œuvre à bas coût risque de s’estomper significativement. Ils soulignent que le coût horaire du travail d’un robot se situe entre 5 et 8 €, et revient déjà moins cher qu’un travailleur chinois. Sans compter qu’un robot ne tombe pas malade, ne prend pas de vacances et ne fait jamais grève.
 
L’auteur principal de ce rapport, l’allemande Gerlind Wisskirchen, une avocate spécialisée en droit social à Cologne et vice-présidente de l'IBA, déclare au quotidien britannique The Guardian : « Ce qui est nouveau dans la révolution actuelle, c’est la rapidité avec laquelle les changements se produisent. Les emplois à tous les niveaux de la société, actuellement occupés par des humains, risquent d’être affectés par les robots et l’intelligence artificielle. Les législations en place actuellement pour protéger les travailleurs ne seront plus adaptées face à cette automatisation accrue. »
 
Face à ce phénomène, les auteurs estiment que les gouvernements seront obligés, par exemple, de décider quels emplois devront être exclusivement occupés par des humains : « L’État pourrait introduire une sorte de « quota humain » dans tous les secteurs et décider s’il faut apposer un label « made by human », fait par l’homme, sur les produits commercialisés. »
 
Ce rapport, rédigé par des juristes, met aussi l’accent sur les problèmes de responsabilité qui vont naître avec la généralisation des machines intelligentes. Un problème qui pourrait s’avérer « insurmontable » dans certains domaines comme celui des véhicules entièrement automatisés ou des machines autonomes dans les usines. Jusqu’à quel point conférer de l’autonomie aux robots ? Cette question pourrait trouver une solution, selon les auteurs du rapport, dans un principe militaire adopté par de nombreuses armées : « mettre toujours un humain dans la boucle » pour éviter que les armes et notamment de drones entièrement autonomes ne puissent sélectionner leurs propres objectifs et déclencher le feu sans qu’une décision humaine ne soit intervenue.
 
Au-delà de ces cas-limites, le développement des robots et de l’IA prend une allure exponentielle partout dans le monde. La nation la plus en pointe dans ce course à la robotisation est la Corée du Sud qui « emploie » 437 robots pour 10 000 salariés dans les industries de la transformation. Ce chiffre est de 323 pour le Japon et de 282 pour l’Allemagne. Tous les emplois sont concernés. Les avocats auteurs du rapport soulignent ainsi que certaines professions non industrielles sont aussi susceptibles d’être fortement impactées. C’est le cas des comptables, des greffiers, de certains employés des administrations fiscales et peut être même certains avocats qui risquent de se retrouver au chômage. Une étude menée en Angleterre par le cabinet d’audit Deloitte estime que 100 000 emplois du secteur juridique britannique seront automatisés dans les vingt prochaines années.  

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Même dans les services qui, jusqu’à présent, misaient sur la relation interpersonnelle, les robots prennent l’avantage. Le rapport cite ainsi le cas du Japon où des robots humanoïdes sont désormais déployés dans certains hôtels comme le Henn-na Hôtel de Sasebo. Non seulement ces robots parfaitement multilingues accueillent les clients, mais ils sont responsables du ménage des chambres, ils portent les bagages et, depuis 2016, font même la cuisine. Les responsables de l’hôtel ont planifié le remplacement de 90 % de leurs employés par des robots. Ne subsisteront plus que quelques humains pour des tâches de surveillance… des robots.
 
Face à cette révolution de la robotique et à son introduction partout dans la société, le droit et la protection des humains doivent être sérieusement envisagés. C’est le sens du rapport de l’IBA. Mais d’autres pistes sont évoquées un peu partout dans le monde et notamment celle du revenu universel porté aussi bien par des voix de gauche (par exemple Benoît Hamon dans la campagne présidentielle française) que de droite. C’est le cas de cette initiative lancée par plusieurs industriels français, dont certains sont des soutiens de François Fillon, pour affirmer que cette idée n’était pas si mauvaise que cela et qu’elle était même « plutôt » intelligente. En filigrane derrière ces affirmations, se profile le moyen de calmer les risques sociaux et de permettre un libre déploiement de la robotique dont l’une des vertus, ne l’oublions pas, est bien l’amélioration de la productivité et la fin de la contrainte humaine dans le processus de travail.
 
 

 

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