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Lancement du Forum BioRESP : pour une transition bioéconomique

Après le Festival Vivant organisé en septembre 2016, le volet français du programme européen Synenergene continue de proposer des événements destinés à aborder et faire connaître les différentes facettes de la bioéconomie.
Ainsi, le jeudi 1er juin 2017 verra l'organisation de la toute première édition du Forum BioRESP à AgroParisTech (Paris 15e). Objectif : devenir une interface de dialogue multi acteurs et de rencontres pensées pour remettre le vivant au cœur de l'économie et forger une bioéconomie viable et souhaitable, à travers la tenue de nombreux ateliers, conférences et tables rondes. UP' Magazine est partenaire de l'événement
Illustration ©Golnaz Behrouznia
 
Le Forum BioRESP s’inspire du Forum NanoRESP qui, depuis 2013, permet d’accompagner les acteurs concernés par les nanotechnologies vers des pratiques responsables.
Ce nouveau Forum propose d’aborder les déterminants et les effets divers de la révolution bioéconomique émergente ; on sait, en particulier, que l’effacement progressif des ressources fossiles va accroître la pression sur les ressources de biomasse et obliger à une entente face aux concurrences de leurs usages pour arbitrer entre des priorités : alimentation, énergie, chimie, matériaux…

Remettre le vivant au cœur de l’économie, tel est l’enjeu de la bioéconomie

Il s’agit de produire de plus en plus à partir des processus vivants : biogaz plutôt que carburants fossiles, matières renouvelables plutôt que minérales.
C’est aussi penser la production de manière « organique » et donc sortir du schéma classique : exploitation de ressources, transformation, consommation, mise en déchet.
Cette « transition bioéconomique » peut être une opportunité pour les parties prenantes et les citoyens de se réapproprier le développement de leur territoire.
Pour être fructueuse, cette perspective exige un dialogue suivi entre acteurs concernés pour envisager collectivement les dilemmes (externalités, compétitivité, concurrence d’usages, biodiversité, accès aux biomasses, incitations…) et les résoudre. Dans ce contexte, le Forum BioRESP, catalyseur du dialogue entre parties concernées propose d’activer les interactions et les liens, et d’aider à la cohérence des dynamiques.
Cette première séance du ForumBioRESP vise à rassembler, dans la diversité de leurs intérêts et de leurs attentes, les acteurs concernés (monde agricole, industriel, académique, associatif, pouvoirs publics, étudiants et start-upers…) afin de recueillir les enjeux de chacun et les dilemmes qui seront mis au programme des prochaines séances.
Le Forum BioRESP constitue un outil pour anticiper collectivement les reconfigurations de la société et des chaînes de valeur que la bioéconomie va engendrer. Il propose d’examiner collectivement les opportunités et les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) des usages du vivant et leurs controverses associées.
Le Forum propose un cadre pour susciter un dialogue entre les acteurs (agriculteurs, producteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs, autorités publiques, investisseurs…) afin qu’ils partagent entre eux, connaissances, initiatives concrètes, incertitudes et attentes, sur des thèmes de controverses pertinentes. Ce processus vise à aider les acteurs à progresser librement «  en meilleure connaissance de causes ».
 
Ce projet s’ancre dans une dynamique initiée par les trois éditions des Assises du Vivant tenues à l’UNESCO (2012-2015) et, plus récemment, par le FESTIVAL VIVANT (sept 2016), volet français du programme européen Synenergene qui a mobilisé quinze partenaires.
Le processus BioRESP est porté par un Comité de pilotage constitué de sept Collèges réunissant les pouvoirs publics, des chercheurs, des industriels, des représentants d’associations et citoyens, des représentants territoriaux, ainsi que des étudiants et startupers.
Financé par une Alliance d’opérateurs publics et privés (cotisants annuels) dont l’ADEME, SUPBIOTECH, la Fondation Paris-Reims et la Maison des sciences de l’homme Paris-Saclay, il est soutenu par AgroParisTech, Entreprises pour l’environnement (EpE) et l’association OREE.

Comment ça marche ?

Le dialogue multi-acteurs pour des pratiques d’innovation responsable.
Le Forum BioRESP inscrit ses travaux dans l’esprit des programmes RRI (« responsible research & innovation) développés en Europe. Ceux-ci interrogent les logiques d’innovation dès l’amont de leur conception du point de vue des produits et services envisagés, en intégrant leurs impacts (cycle de vie, dégradation, usages, utilité…).
Le dialogue multi-acteurs constitue un des outils de choix pour faciliter le questionnement mutuel et l’expression de la diversité des conceptions et des intérêts. Il permet de faire émerger des controverses et progresser l’ajustement des logiques d’innovation et la robustesse des projets industriels ultérieurs.
Ainsi, l’ambition de l’enceinte de dialogue BioRESP est d’entretenir un processus d’apprentissage où chacun contribue à soutenir une « vigilance commune ».
Cela suppose de s’appuyer sur des expertises pluralistes, des approches sociotechniques diverses, des pratiques de respect et d’écoute aptes à cultiver la confiance.
Le Forum BioRESP propose donc à tous les acteurs concernés une veille sur les initiatives et les formes diverses que peut prendre la bioéconomie, Ils pourront inspirer à chacun des stratégies plus adaptées, par une meilleure conscience de l’écosystème vivant et industriel.
 
Un modèle encouragé par les pouvoirs publics
Ce type de dialogue pour l’innovation responsable a été clairement encouragé par :
•  La Stratégie française pour la bioéconomie – parue en janvier 2017 - qui souligne le besoin d’un dialogue permanent des acteurs dans ce domaine.
• La Commission européenne : les exigences en matière de recherche et d’innovation responsables se font de plus en plus explicites au niveau européen, notamment au sein du programme Horizon 2020.
• Le manifeste signé à Utrecht en 2016 par les acteurs impliqués dans la bioéconomie
• Les engagements internationaux (17 objectifs du millénaire de l’Agenda 2030).
 
Modalités
Le Forum BioRESP organise quatre rencontres par an. Les projets et les comptes rendus des travaux sont disponibles sur le site : www.bioresp.eu
 
Tous les deux ans, se tiendra un FESTIVAL VIVANT (sur le modèle du FESTIVAL VIVANT 2016) afin de valoriser les initiatives des acteurs impliqués dans la transition bioéconomique.
 
C’est la société Anthropocène qui est mandatée pour coordonner et organiser les séances BioRESP. Les deux chargés de mission sont Dorothée Browaeys et Pierre-Alain Schieb.

Programme du 1er Juin

14h Accueil
Mot d’introduction de Gilles Trystram, directeur d’AgroParisTech
Présentation de la séance par Dorothée Browaeys, cofondatrice du Forum BioRESP
 
14h15 Comment forger une dynamique cohérente pour la transition bioéconomique ?
Prospective : au risque de l’inaction par Pierre-Alain Schieb, coauteur de Compétitivité et soutenabilité de la bioéconomie à l’horizon 2050 (L’Harmattan)
 
14h35 Réactions des acteurs, issus des diverses communautés concernées :
Monde industriel : Laetitia Gerbe, responsable des partenariats, Tereos
Monde agricole : Maximin Charpentier, président de la Chambre d’Agriculture de la Marne, président du cluster Agroressource et Bioeconomie demain et de la Ferme 112
ONG et société civile : Jean-David Abel, coauteur du rapport Vers une bioéconomie durable au CESE, vice-président de France nature environnement (FNE)
Pouvoirs publics : Bertrand Rigal, directeur du développement économique et de l’enseignement supérieur, communauté urbaine du Grand Reims, membre du Bioeconomy Panel de la Commission européenne
Territoires : Dominique Plumail, fondateur de CEDEN, Cabinet de valorisation des biomasses, coordinateur du projet européen BioREG
Pôle innovation : Yvon Le Hénaff, directeur général de l’ARD (Agroressources recherches et développements)
Monde académique : Jean-Marc Callois, directeur du département Territoires à l’IRSTEA
 
15h45 Comment la bioéconomie peut recomposer les interdépendances ? par Françoise Roure, présidente de la section sécurité et risques du Conseil général de l’économie -ministère de l’Économie et des finances
Présentation des ateliers par Dorothée Browaeys : thèmes, objectifs et manières de faire.
 
16h Pause
 
16h30 Ateliers : Partages d’expériences pour cerner les enjeux, les préoccupations, les tensions à traiter collectivement.
Ateliers sous forme de World Café : chacun suit deux ateliers successivement
 
Atelier 1 - Performances, externalités, comptabilité environnementale
avec Alexandre Rambaud, responsable de la chaire de comptabilité environnementale d’AgroParisTech
Animation : Pierre-Alain Schieb, cofondateur du Forum BioRESP
 
Atelier 2 - Compétitivité des démarches biosourcées et concurrences d’usages avec Jean-Marie Chauvet, directeur de la Fondation Jacques de Bohan
Animation : Claire Tutenuit, déléguée générale d’Entreprises pour l’environnement (EpE)
 
Atelier 3 - Biodiversité et services écosystémiques avec Cécile Claveirole, rapporteur au CESE (gestion des sols, agroécologie), FNE
Animation Hélène Leriche, responsable biodiversité et économie à l’association OREE
 
Atelier 4 - Accès aux biomasses, organisations (écologie industrielle) et interdépendances avec André Torre, équipe ProXimités AgroParisTech/INRA, MSH Paris-Saclay
Animation : Cecile Nivet, responsable de la valorisation des recherches au GIP Ecofor
 
Atelier 5 - Incitations, indicateurs, fiscalités et réglementations vertueuses avec Catherine Moreddu, économiste senior, direction des échanges et de l’agriculture, OCDE
Animation : Virginie Le Ravalec, Service Forêt alimentation bioéconomie de l’ADEME
 
17h45 Restitutions avec Muriel Hamon du Cabinet Succeed Together
 
18h15 Prochaines étapes BioRESP
 
Conclusion : Julien Dugué, bureau bioéconomie, Ministère de l’Agriculture, de la mer et de la forêt
 
Cocktail
 
Inscription (gratuite mais obligatoire)
 
Forum BioRESP : 1er juin 2017, de 14h à 19h - AgroParisTech, 19 av du Maine, Paris 15e
 
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A Lille, les chimistes du végétal surenchérissent pour inventer des productions écologiques

La nature pour inspirer les usines ! A l’occasion du Plant Based summit qui s’est tenu les 25 et 26 avril 2017 à Lille, les acteurs de la bioéconomie ont livré leurs trésors d’ingéniosité pour diversifier les marchés de la biomasse. La construction, la cosmétique, l’automobile, les secteurs des peintures, des emballages, du sport sont en pleine reconversion pour s’affranchir du pétrole : bois bionique, fibres végétales pour isoler les bâtiments ou mouler des portières de voitures, peintures biosourcées capables de capter le formol, acide polylactique (PLA biodégradable) issu du maïs pour remplacer les emballages non recyclables… Les défis sont de produire ‘à pas cher ‘ alors que le prix du baril de pétrole est dérisoire et que l’intérêt d’un bon bilan carbone n’est pas encore aujourd’hui monnayable !
 
"On ne peut plus continuer à produire les montagnes de plastique qui grossissent le 6e continent au milieu de l ’Atlantique ! " déclare John Persenda, fondateur de Sphère, entreprise fabricant des sacs plastiques depuis 1976. "Il faut des lois comme celle sur la transition énergétique pour changer nos modes de vie et entrainer tous les pays vers le biosourcé ". Sa société Sphère a créé la joint-venture Vegeos qui fournit des sacs biodégradables (en résine bioplast® fabriquée à partir de pommes de terre féculières) pour les rayons fruits et légumes ou les capsules de café. Un marché en forte croissance…

Remplacer les emballages plastiques

La mobilisation est la même du côté des responsables emballages des géants comme Nestlé ou Danone. Philippe Diercxsens du département des affaires réglementaires du groupe Danone rappelle que « nous produisons plus de 350 millions de tonnes de plastiques par an, soit 20 fois plus qu’il y a 50 ans. Avec quantités d’externalités négatives : il y a autant de morceaux de matières plastiques dans les océans que de poissons ! »
 
 
La part du plastique c’est 15% de l’empreinte totale de la planète (source Fondation Ellen McArthur). Aussi le groupe Danone a-t-il intensifié ses recherches pour sortir de cette fuite en avant désastreuse. Danone waters a signé un contrat avec Origine materials pour disposer de bouteilles biosourcées (PET à partir de fibres cellulosiques) à moyen terme.
 
Pour l’heure, les pilotes de cette mutation sont prudents car il ne faut pas induire des comportements contre-productifs. Il faut en effet bien distinguer les notions : biosourcé ne veut pas dire biodégradable, qui ne veut pas dire compostable… Le Centre européen de normalisation (CEN) a fourni des repères avec des définitions pour ces diverses propriétés.
Pour Philippe Diercxsens, « Danone ne souhaite pas promouvoir les filières de compost et de biodégradabilité pour le packaging ; en effet ces filières sont encore trop peu développées et prétendre à ces filières détourneraient ces emballages des filières de collecte de tri et de recyclage », estime-t-il. Il considère qu’il y a toujours un déficit de connaissance chez les consommateurs sur ce que ‘biodegradabilité’ veut réellement dire. Il précise : « Nous avions découvert que beaucoup de personnes comprennent le terme biodégradable comme une autodestruction rapide et totale dans des conditions normales alors qu'il s'agit d'un process extrèmement normé en temps, température et humidité, conditions qui ne se retrouvent pas dans nos environnements naturels externes ».

Produire de manière organique et équilibrée

La remarque illustre une caractéristique de cette bioéconomie émergente : complexité qui exige de trouver les équilibres. « La bioéconomie est une notion qui vise à décloisonner et à traiter les activités dans des écosystèmes. Elle change les relations entre les organisations et la répartition des valeurs », souligne Thierry Stadler, Président du pôle de compétitivité Industries et Agroressources (IAR) et vice-président de l’association Chimie du végétal (ACDV) à l’initiative du Plant Based Summit.
Les nouveaux produits sont peu perceptibles par le grand public car leurs clients sont des intégrateurs (B to B) qui ne mettent pas forcément en valeur les changements de composants (exemple : les tableaux de bord ou intérieurs des portières biosourcées fabriquées par Faurecia). « La valeur ajoutée du recours aux biomasses, c’est une moindre empreinte CO2, poursuit Thierry Stadler. Ce sont les modes de production des biomasses qui vont être déterminants : ils peuvent contribuer jusqu’à 50% aux bilans carbone ».
Cela veut dire que les analyses des cycles de vie (ACV) doivent être territoriales. L’Ademe a publié récemment une étude  intéressante comparant l’analyse du cycle de vie d’un panneau de portière de voiture biosourcé et celle d’un panneau pétrosourcé. Ces comparatifs sont rares car ils  se heurtent à la confidentialité de certaines données stratégiques des fabricants.
 
Fibres végétales utilisées pour la fabrication automobile chez Cavac Biomatériaux
 
La rencontre PBS Lille témoigne de démarches judicieuses en amont comme en aval. Les chimistes comme Arkema exposent des chaussures de sport où les polyamides issus du pétrole ont été remplacés par l’élastomère Pebax®, fait à partir de ressources renouvelables.
 
Solvay présente aussi sa gamme de produits faits à partir de graines de guar (Cyamopsis tetragonoloba taubl).
 
Chez Covestro spécialiste, notamment, des matières premières pour vernis, adhésifs et peintures, Jean-Claude Clergue souligne que « Covestro s’engage dans des démarches économes en matières. Nous optimisons les processus - en diminuant la consommation de solvants et d'énergie-  notamment pour la production en phase gazeuse du TDI (diisocyanate de toluène à la base du polyurethane) qui sert à faire des sièges automobiles, des matelas.... Nous utilisons aussi le CO2, considéré comme un déchet pour produire en partie des polyols (Cardyon®) », Covestro propose des solutions alternatives non pétrolières. Le Groupe a d’ailleurs sorti deux isocyanates biosourcés à partir de maïs non destiné à l’alimentation humaine : le Desmodur® eco N 7300 (réduction de 30 % de l’empreinte carbone par rapport à la référence pétrolière) et le Bayhydur® eco 7190.
A l’autre bout de la chaine, les recycleurs sont tout aussi créatifs. La start up KaeXa, basée à Montpellier, propose des solutions de valorisation des effluents ou rebuts. «Les coproduits que l’on peut générer dépassent parfois la valeur du produit », raconte Abdelkader Guellil qui défend de ce fait,  la notion d’économie hélicoïdale plutôt que circulaire.
 

Atouts du biosourcé et distorsions de concurrence

Pour saisir le foisonnement actuel des produits biosourcés, il faut se référer à l’Agrobiobase porté par le pôle IAR et qui recence plus de 300 produits aujourd’hui sur le marché. Globalement, le bénéfice environnemental donne un premium de 10 à 15% aux matériaux biosourcés par rapport aux produits pétrosourcés. D’autres atouts résident dans les fonctionnalités comme l’allègement des structures dans les transports (-30% du poids avec matières composites avec du chanvre ou du lin). « Les marchés les plus porteurs aujourd’hui sont ceux de la détergence, des biolubrifiants, des peintures biosourcées, insiste Thierry Stadler. Ce qui est important à souligner ce sont les nouveaux procédés (extraction, génie génétique et enzymatique…) qui permettent de déconstruire la lignocellulose pour récupérer des sucres, la lignine et des résines ».
 
 
« La bioéconomie c’est un outil de mise en cohérence, pour tenir tous les bouts de la soutenablilité, estime Pierre-Alain Schieb, prospectiviste, ancien chef de projet à l'OCDE, premier titulaire de la Chaire de Bioéconomie Industrielle de Neoma Business School. Les gens sont focalisés sur les questions climatiques ou les usage des sols et n’intègrent pas assez l’ensemble des exigences, ce qui conduit à des politiques qui ne sont pas robustes ».
Pierre-Alain Schieb pointe les subventions déguisées au secteur pétrolier : « La non taxations des carburants pour le transport aérien et maritime international constitue un manque à gagner pour la France de 6 milliards d’€ par an (70 Milliards d’€ pour le monde) ». Cet état de fait est le résultat de la Convention de Chicago (1954) qui exonère le transport international aérien de toute taxe sur les carburants.
Pour l’OCDE, cela représente une subvention directe au secteur pétrolier d’un montant de 350 milliards de dollars aujourd’hui. Le Fonds monétaire international estime que, si l’on inclut les coûts environnementaux afférents, le manque à gagner est de  5 000 milliards de US dollars.
« Si ces subventions aux ressources fossiles ne peuvent être supprimées, conclut Pierre-Alain Schieb, il serait logique de fournir des compensations en faveur des productions biosourcées dans les territoires ». On comprend l’importance des régulations et incitations pour ce secteur du biosourcé en pleine effervescence.

Les territoires doivent s’emparer de la bioéconomie

Après avoir lancé la stratégie française sur la bioéconomie en janvier 2017, Le ministre Stéphane Le Foll a ouvert le 25 avril, la consultation vers les parties prenantes sur le plan d’action en six axes qui a été proposé. La dimension territoriale apparaît comme un levier clé comme l’explicite l’article de Jean-Marc Callois, intitulé Pourquoi les territoires doivent s’emparer de la bioéconomie. Un propos martelé par Waldemar Kütt, directeur de l’unité des produits biosourcés de la DG recherche à Bruxelles : " La bioéconomie, c’est une opportunité unique de reconnecter l’économie, la société et l’environnement ".
 
 
 
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Pourquoi les territoires doivent s’emparer de la bioéconomie

La bioéconomie, c’est l’économie basée sur les ressources issues du monde vivant : agricoles, forestières, piscicoles ; mais aussi les déchets organiques et les produits de l’activité des micro-organismes.
L’usage croissant de cette notion, notamment dans les discours politiques, témoigne du fait que ces ressources du monde vivant (appelées « bioressources ») sont aujourd’hui en grande partie sous-exploitées. La moitié de l’accroissement naturel en forêt n’est par exemple pas valorisé (ce qui représente environ 50 millions de mètres cubes en France métropolitaine), tandis que les sols agricoles sont menacés de dégradation (on estime que 16 % des sols européens sont dégradés).

Plus ou moins durable

Historiquement, le terme de bioéconomie correspondait à une vision englobante visant à replacer la production au sein de l’écosystème ; une façon donc de promouvoir une économie soucieuse de préserver le fonctionnement des systèmes naturels.
 
Depuis, d’autres courants sont apparus, s’inscrivant pour certains à l’opposé de cette première définition. Ainsi, le Club des bioéconomistes propose-t-il l’optimisation du potentiel de production permis par la photosynthèse pour répondre aux besoins (notamment alimentaires) croissants, sans considération pour les aspects écologiques autres que ceux nécessaires au maintien de la production.
 
Depuis 2012, date à laquelle la Commission européenne s’est dotée d’une stratégie en faveur de la bioéconomie, nombre de pays tentent de s’approprier ces nouvelles perspectives.
 
En France, la bioéconomie s’entend comme « l’ensemble des activités liées à la production, à l’utilisation et à la transformation de bioressources. Elles sont destinées à répondre de façon durable aux besoins alimentaires et à une partie des besoins matériaux et énergétiques de la société, et à lui fournir des services écosystémiques ».

Une nouvelle organisation

Mais la bioéconomie, et sa recherche de durabilité, est avant tout une manière nouvelle de penser l’organisation économique.
Remettre le vivant au cœur de l’économie, ce n’est pas seulement préférer des produits directement issus des processus vivants (biogaz plutôt que carburants fossiles, matières recyclables plutôt que minérales). C’est aussi penser la production de manière « organique » et donc sortir du schéma classique : exploitation de ressources, transformation, consommation, mise en déchet.
La recherche de durabilité et d’efficacité implique à la fois de valoriser chaque fois que faire se peut les coproduits et de maintenir le potentiel de production des écosystèmes à l’origine des bioressources. C’est le principe à la base de l’agroécologie, qui vise à renforcer la résilience des systèmes agricoles sans remettre en cause leur productivité, par exemple en favorisant un couvert végétal permanent (qui maintient la qualité des sols) et en introduisant des légumineuses (qui diminuent les besoins en engrais).
 
Une telle démarche implique de chercher au maximum à réutiliser sur place des coproduits qui passent d’un statut de déchet à un statut de ressource. C’est le cas typique de la méthanisation qui, à partir de déchets organiques, peut permettre à la fois une production d’énergie et un digestat aux propriétés fertilisantes. Ce principe de « circularité » peut s’étendre à bien d’autres filières.
 
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Des unités de micro-méthanisation à la ferme (Actu-Environnement, 2015)

Des emplois peu délocalisables

Les implications de la bioéconomie sont profondes. Elles sont certes en grande partie technologiques (recherche de variétés végétales plus performantes, de nouveaux processus de transformation biologiques pour la chimie et les matériaux, développement de capteurs et de systèmes de monitoring fin des processus industriels), mais aussi organisationnelles et sociales.
 
Le développement à grande échelle de l’approche bioéconomique implique en effet un changement d’attitude tant de la part des producteurs (organisation circulaire de la production) que des consommateurs (changement de regard sur certains produits ayant le statut de déchets, comme les digestats issus de méthanisation).
 
Au-delà des aspects environnementaux, les enjeux économiques et sociaux sont considérables pour nombre de territoires qu’ils soient ruraux ou urbains : en recherchant l’efficacité par la circularité, l’emploi créé est par nature très peu délocalisable.
 
Le cas de l’énergie illustre bien l’ampleur du potentiel que représente le développement de la bioéconomie. Les bioénergies (bois-énergie, méthanisation, biocarburants) représentent à ce jour près de la moitié des énergies renouvelables et leur potentiel de développement est loin d’être pleinement exploité. Or, en France, l’énergie « perdue » dans les processus de transformation et de transport correspond peu ou prou à notre déficit commercial dans ce secteur.
 
Même si ce déficit est impossible à supprimer à court terme grâce aux bioénergies – pour des raisons à la fois structurelles (place des carburants fossiles et du nucléaire), économiques (coûts relatifs des énergies) et physiques (pertes lors des transformations énergétiques) –, une valorisation plus efficace de la chaleur et la poursuite du développement de ces bioénergies permettraient des créations d’emploi non négligeables.
 
Ainsi, le rapport 2016 du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux estime qu’un emploi direct peut être créé pour une production supplémentaire de 140 tonnes d’équivalents-pétrole. Ceci sans compter les emplois indirects et les gains possibles par une récupération plus efficace de la chaleur dissipée dans l’environnement (la chaleur représentant environ la moitié des besoins en énergie). Et l’on pourrait tenir des raisonnements similaires de même sur les pertes alimentaires, qui sont de l’ordre de 30 %.

LIRE AUSSI DANS UP' : Une nouvelle vision du vivant au Plant Based Summit 

Repenser le lien au territoire

Mais pour être pleinement capté, ce potentiel de création d’emploi nécessite d’adopter une approche systémique de la transition vers la bioéconomie.
La bioéconomie n’est pas la simple juxtaposition d’une agriculture plus durable, d’un secteur forestier plus développé et d’une meilleure valorisation des déchets organiques. Elle nécessite de penser les liens entre ces différents secteurs et les interactions avec les politiques d’aménagement et de formation nécessaires. C’est donc avant tout au niveau des territoires que se jouera cette transition, par la création d’infrastructures (réseaux de distribution notamment) pensées pour améliorer la circularité des filières, par une capacité à faire dialoguer les différentes parties prenantes (entreprises, résidents, associations) pour gérer les nuisances (réelles ou supposées), par une valorisation de toutes les compétences, des plus pointues aux moins qualifiées. Le rôle des acteurs publics locaux sera donc essentiel.
 
Car l’un des principaux effets de la bioéconomie n’est ni économique ni environnemental : il s’agit de pouvoir repenser le rapport au territoire et de remettre du lien social au cœur de l’économie.
 
Jean-Marc Callois, irstea
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation 
 
Pour aller plus loin :

Lancement du 1er Forum BioRESP

 
 
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Insectes cyborgs

Des insectes cyborgs pour remplacer les abeilles ?

La disparition qui semble implacable des abeilles et autres insectes pollinisateurs met en danger notre alimentation, notre santé et notre économie. L’usage intensif des pesticides et néonicotinoïdes a contribué dans une large mesure à cette extinction. Face à ce phénomène, des chercheurs s’activent pour trouver des parades. Certains en viennent même à fabriquer des insectes cyborgs génétiquement modifiés pour polliniser nos cultures.
 
Des chercheurs japonais du National Institute of Advanced Industrial Science (AIST) de Tsukuba avaient déjà réussi à fabriquer un drone miniature doté des mêmes facultés que des abeilles pour collecter et déposer le pollen des fleurs.  C’est au tour maintenant des bioingénieurs de la startup Draper de développer, en partenariat avec l’université de Cambridge, un projet encore plus délirant : créer des libellules génétiquement modifiées, télécommandées comme des drones pour remplir leur tâche pollinisatrice.
 
Ce projet dénommé DragonflEye repose sur la création de libellules modifiées génétiquement sur lesquelles les scientifiques apportent un appareillage électronique. Chaque libellule est équipée d’un mini sac-à-dos alimenté à l’énergie solaire. Ce sac contient ce que les chercheurs appellent une « optrode », c'est-à-dire une sorte d’électrode connectée avec certains neurones de la libellule. L’optrode agit comme une interface optique qui utilise la lumière soit pour stimuler des neurones, soit pour surveiller l’activité neuronale de l’insecte. En introduisant dans la libellule une protéine spéciale qui réagit en fonction des couleurs à laquelle elle est exposée, les chercheurs pensent pouvoir ainsi « téléguider » la bestiole et l’orienter avec précision vers des cibles choisies. Les chercheurs parlent ainsi de « contrôle à distance » de l’insecte.
 
 
Objectif affiché de cette recherche : concevoir des colonies de libellules cyborgs qui pourront être orientées sur certaines plantes-cibles afin de les polliniser. Objectif moins avoué : cette recherche intéresse l’armée américaine qui y voit les germes de forces hybrides de surveillance de l’ennemi.  
 
L’intérêt de ce type d’expérimentations est dans l’efficacité que représente l’utilisation d’un animal vivant plutôt que la production d’objets électroniques nécessairement très sophistiqués. Tous les objets ont besoin d’une alimentation pour fonctionner et leur autonomie est de facto limitée. Avec un insecte comme une libellule par exemple, plus besoin de ravitaillement. C’est l’insecte qui se nourrit tout seul et produit sa propre énergie.  De surcroit, pour les ingénieurs, cet insecte possède une « avionique » inégalable. Alors pourquoi s’efforcer de la remplacer. La seule intervention est de mettre en œuvre un système de navigation contrôlable à distance. Cela semble être désormais possible avec les travaux des chercheurs de Draper.
 
Toutefois, au-delà des prouesses technologiques, ces innovations de plus en plus nombreuses en matière d’insectes robots ou cyborgs, ne doivent pas occulter le véritable enjeu du déclin des pollinisateurs naturels. Déjà en 2014, l’ONG Greenpeace s’insurgeait contre ces recherches : « Le déclin des abeilles ne relève pas de la science-fiction, c’est une réalité. Les remplacer par des robots ? Ce n’est pas notre vision pour l’avenir de l’agriculture… Il est urgent d’agir et de faire face au vrai problème : les pesticides sont hors de contrôle. » Il est vrai que depuis les années 1990, les abeilles, partout dans le monde, souffrent d’un déclin qui alarme les spécialistes. Environ 30 % des colonies d’abeilles disparaissent en France chaque année, si bien que, depuis dix ans, 15 000 apiculteurs ont dû arrêter leur activité. Ce désastre ne concerne pas seulement la production de miel, mais menace tout notre système agricole. On estime que près d’un tiers de l’alimentation mondiale dépend de la pollinisation effectuée par les abeilles domestiques ou d’autres insectes pollinisateurs.
Source : Seeker
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bioéconomie

Bioéconomie durable : le CESE s'engage

La bioéconomie est en plein essor. Pourrait-elle enfin devenir un réel projet de société au vu de la diversité de ses composantes (pouvoirs publics, entreprises, société) fortement intéressée par cette approche ? Cela semble être le cas depuis que le Conseil économique, social et environnemental a voté son avis « Vers une bioéconomie durable » fin mars.
Peinture de  Pierre Maxo (Haïti) "lLe paradis terrestre"
 
Fondée sur l’utilisation de la biomasse, la bioéconomie semble porteuse d’alternatives au modèle actuel de développement car elle permet de remplacer en partie des ressources finies par des ressources renouvelables et porte un fort potentiel de développement économique, d’innovation et de création d’emplois. Tous les besoins de nos sociétés modernes (alimentation, chimie, transport, énergie, construction, logement, habillement…) sont concernés. « Le développement de ce modèle économique constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour la France » déclarait en janvier dernier Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, évoquant en premier lieu une limitation de la dépendance aux énergies fossiles et une contribution à l’atteinte des objectifs ambitieux fixés dans le cadre de la COP 21.
 
A partir de l’utilisation des ressources naturelles, agricoles et forestières, la bioéconomie impacte dans le même temps les écosystèmes et la biodiversité. Elle peut générer des risques de surexploitation des ressources naturelles, d’atteintes à la sécurité alimentaire ou d’importations de biomasse créant des déséquilibres pour les pays du sud. Sa durabilité dépend de sa capacité à les préserver. Pour être reproductible par les générations futures, elle doit s’inscrire dans les limites biogéochimiques de la planète (climat, écosystèmes, biodiversité…).
 
Alors que la France vient de se doter d’une stratégie nationale bioéconomie, des différences persistent dans l’analyse des conditions de sa durabilité. Elles nécessitent d’être examinées et précisées. Partant de ce constat, le CESE rappelle que pour relever ces défis sans remettre en cause le fonctionnement des cycles bio-géochimiques et la qualité de vie future des populations, il faut adopter de nouveaux modes de production et de consommation intégrant l’enjeu de la soutenabilité : « La bioéconomie d’aujourd’hui doit être bien plus qu’une évolution de pratiques d’hier, ou un palliatif à l’abandon des ressources fossiles. Fondée sur les ressources naturelles, agricoles et forestières mais aussi les biodéchets, elle en prévoit des usages différents et d’une intensité nouvelle. Son développement donne des perspectives à de nouvelles filières ».
 
Il a donc présenté des propositions pour un déploiement écologiquement, socialement et économiquement soutenable de la bioéconomie.

Quatre préconisations 

L’exigence d’une bioéconomie durable
 
Le CESE préconise une série d’outils pour orienter très concrètement les pratiques et susciter une forte mobilisation des acteurs engagés pour la durabilité.
• Les outils : critères de durabilité à fixer au niveau national et européen, études d’impact sur la biodiversité, orientation des incitations et des financements publics vers les usages les plus efficients, règles comptables adaptées, projection dans des scenarii prospectifs et chiffrés, harmonisation des objectifs de différentes stratégies (biodiversité, mobilisation de la biomasse...). Le CESE préconise l’usage d’une série de vecteurs pour tendre résolument vers une bioéconomie durable.
• Les acteurs : le CESE souligne l’importance de l’articulation entre les différents acteurs mobilisés sur ce terrain – INRA, Agence française pour la biodiversité (AFB), Observatoire national des ressources en biomasse (ONRB), Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) au sein d’une « task force bioéconomie durable ». Par ailleurs, la France devra défendre cet objectif de durabilité tant au sein de l’UE qu’au niveau international.
 
L’effort de recherche en bioéconomie
 
Le CESE préconise la consolidation d’un cadre européen propice à la recherche dans la biotechnologie.
En son sein, la formation des personnels, la coordination de la recherche et sa valorisation seraient confiées à un groupement d’intérêt public (GIP) recherche idoine, préalable nécessaire à la création d’un Institut français de la bioéconomie.
Enfin, le Conseil souscrit aux recommandations du Conseil général de l’alimentation, l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) et préconise de développer l’éducation et la communication relatives à la bioéconomie, et de réaliser des études sur l’évolution quantitative et qualitative des emplois actuels vers la bioéconomie.
 
Le développement de l’industrie et de l’emploi
 
Autre proposition :  inviter les pouvoirs publics à considérer le développement de bioraffineries comme une priorité, à plusieurs conditions, notamment de fixer des objectifs, des critères rigoureux de durabilité et des études d’impact quant à la préservation de la biodiversité. Cette opportunité majeure suppose dans le même temps la mobilisation de l’enseignement agricole pour une adaptation des formations aux spécificités des emplois de la bioéconomie.
 
La gouvernance territoriale et les instances de pilotage
 
Le CESE considère que le territoire est le niveau privilégié pour le développement de la bioéconomie :
- La région est l’échelon où les outils de formation correspondant à l’ambition bioéconomie peuvent et doivent être déployés ;
- Un schéma régional bioéconomie peut être efficacement mis en œuvre, avec un plan d’actions concertés, des outils développés et des expérimentations ;
- La convergence entre les dispositifs régionaux devrait être organisé à l'occasion de l'élaboration du plan d'actions de la stratégie nationale bioéconomie (SNBE).
 
 
Le CESE recommande enfin la mise en place d'un Conseil National de la bioéconomie, instance consultative auprès des ministres concernés, lieu de mise en commun des réflexions et expériences pour la construction d'appuis à la prise de décision.
 
 

 
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