UP' Magazine L'innovation pour défi

manipulation génétique

Feu vert au design procréatique : demain, des bébés génétiquement corrigés

Deux académies américaines préconisent d’autoriser des essais cliniques de modification génétique selon la technologie CRISPR sur les gamètes humains ou les embryons précoces, afin d’éviter la transmission de maladies graves. Elles exigent de grandes précautions et la limitation de cette démarche à des pathologies ne laissant pas d’espérance de vie. Ce signal est un tournant majeur pour le recours à la « correction de gènes » chez l’enfant à naître auquel aspirent forcément tous les parents imparfaits de la terre !
 
Bientôt nous réparerons les bébés dès leur conception ! Nous ne sommes plus très loin peut-être de voir naître des enfants dont l’ADN aura été corrigé. La publication ce 14 février du rapport très attendu des deux organisations américaines - la National Academy of Sciences et la National Academy of Medicine - provoque des vagues. Intitulé « Edition du génome humain : science, éthique et gouvernance », ce document de 250 pages ouvre la porte à l’intervention génétique sur l’embryon à naître.
 
Ce tournant est historique : le principe de modifier le patrimoine héréditaire d’un être humain et donc sa descendance était considéré jusqu’à ce jour comme un interdit majeur. La Maison Blanche avait encore réaffirmé, en mars 2016, l’interdiction de toute intervention sur la lignée germinale humaine. Dans une note officielle, John Holdren, Conseiller du président pour la science et la technologie, avait ainsi déclaré que "la modification des gamètes humains à des fins cliniques est une ligne à ne pas franchir pour le moment et les choix faits dans un seul pays peuvent affecter tous les autres ». À l'heure actuelle d’ailleurs, la Food and Drug Administration (FDA) ne peut utiliser les fonds fédéraux pour faire réaliser les recherches dans lesquelles un embryon humain est intentionnellement créé pour le modifier génétiquement.

Feu vert à l’intervention génétique sur la lignée germinale

Le rapport américain s’inscrit dans une dynamique qui remonte à mai 2015, date à laquelle les deux académies américaines ont lancé l’Initiative sur l’édition du génome humain. Il s’agissait de s’emparer du sujet des usages à venir chez l’homme, de la technologie CRISPR-Cas9, qui permet de faire très vite, très facilement, de manière ciblée, et à bas prix des « modifications à façon » du support héréditaire des êtres vivants. Rappelons d’ailleurs que c’est la mise à disposition de tous des plasmides CRISPR par la firme Addgene qui a permis cet engouement… Face à l’explosion d'intérêt de ces techniques CRISPR et de leurs applications jugées faramineuses (corrections de maladies héréditaires graves comme la chorée de Huntington, l’anémie falciforme, la mucoviscidose ou les myopathies amyotrophiques ou de Duchenne ; nouvelles thérapies géniques ciblées ; approches anticancéreuses inédites…), les académies ont voulu établir les cadres et recommandations dans un contexte de fortes implications sociales, légales, éthiques et… économiques. Un comité composé d’une vingtaine d’experts a été mis en place. Les Académies chinoises et britanniques se sont associées à cet effort pour un colloque sur ces sujets en décembre 2015 à Washington. En février 2016, des auditions des associations de malades atteints de dystrophie musculaire ou de surdité ont permis de produire une « étude de consensus ». Enfin, un comité dit de consensus a organisé à Paris le 7 mars 2016 un forum avec la Fédération des académies européennes et l’Académie française de médecine, notamment pour examiner le contexte réglementaire en Europe.

Donner les cadres éthiques et réglementaires

Près de deux ans après le lancement de l’initiative, le travail a été présenté le 13 février par les deux co-rapporteurs, Alta Charo, professeur de droit et d’éthique à l’Université du Wisconsin, et Richard O. Hynes, de l’institut d’études médicales Howard Hughes du MIT.
Les positions des scientifiques sont nuancées, précautionneuses, mais ils veulent permettre d’amorcer des essais pour offrir aux parents qui sont porteurs de maladies génétiques la possibilité d’épargner à leurs enfants le fardeau de leur hérédité. Les chercheurs savent que la technologie – qui n’est pas mature aujourd’hui pour ces usages risqués - progresse très rapidement, ouvrant la voie à des essais sur les embryons, les ovules ou les spermatozoïdes qu’il faudra envisager avec beaucoup de prudence. Le comité d’experts indique qu’il faut que ce recours ne soit utilisé qu’en absence de tout traitement alternatif, uniquement pour des pathologies graves et selon un protocole de suivi et de réajustement stricts. Il insiste : « la prudence ne veut pas dire la prohibition ».
« La recherche sur l'édition du génome est un effort international et toutes les nations doivent veiller à ce que les applications cliniques potentielles reflètent les valeurs de la société et soient assujetties à une surveillance et à une réglementation appropriées », a déclaré Richard Hynes, « Les principes généraux que nous donnons et les responsabilités qui en découlent devraient se refléter dans la communauté scientifique et les processus réglementaires de chaque nation ».
Comme d'autres organismes qui ont récemment examiné CRISPR et des méthodes plus anciennes d'édition du génome, le comité a également approuvé la recherche fondamentale en utilisant l'édition d'embryons pour étudier des domaines tels que le développement humain précoce. Le Royaume-Uni et la Suède ont tous deux approuvé de telles expériences, qui n'impliquent pas l'implantation d'embryons dans le but de produire un bébé.

Guerre des positions et spectre de l’eugénisme

La publication de ce rapport a fait ressortir des clivages marqués outre Atlantique. Il y a ceux comme David Baltimore de l’Institut californien des technologies qui voient l’intérêt de ce rapport quand il explicite « de manière claire les critères exigés pour de tels essais ». Inversement, d’autres reconnaissent dans « ces essais sous conditions, la porte ouverte à des usages dans des situations de moins en moins restrictives ».
On sait combien la hiérarchisation de la gravité des maladies (sous jacentes aujourd’hui dans le recours au dépistage préimplantatoire ou DPI) est délicate et peut produire une stigmatisation redoutable pour les familles de malades. Ainsi la ligne rouge à ne pas franchir entre maladies incurables ou générant de forts handicaps et pathologies gênantes ou prédispositions à des cancers ou maladies dégénératives sera toujours impossible à définir.
 
« N’éditez pas la lignée germinale » ont titré Edward Lanphier, médecin impliqué dans l’Alliance de médecine régénérative (et ses collaborateurs) dans un article paru dans Nature en mars 2015. Philosophe et directeur exécutif du Centre pour la génétique et la société à Berkeley (Californie) Marcy Darnovsky, critique sans ambages les recommandations des Académies américaines. « C'est vraiment un changement assez dramatique de l'accord existant et répandu à l'échelle mondiale que l'édition de la lignée germinale humaine doit être interdite, a-t-elle noté rappelant qu’en décembre 2015, le Sommet international sur l'édition du génome humain des Académies nationales avait conclu avec une déclaration qu'il serait irresponsable de procéder à la modification de la lignée germinale humaine tant que le «vaste consensus sociétal» n'aurait pas été atteint ».
La perspective de ces essais qui touchent au patrimoine héréditaire de l’espèce humaine, contrevient en effet à la convention d’Oviedo, ratifiée par la France et 28 autres pays européens en 2011.
"Ce rapport reconnaît bon nombre des risques largement reconnus, y compris la stigmatisation des personnes handicapées, l'exacerbation des inégalités existantes et l'introduction de nouveaux abus eugéniques, conclut Marcy Darnovsky. Mais, étrangement, il n'y a aucun lien apparent entre ces risques importants et la recommandation d'avancer ».
Le journal du Massachusetts Institute of Technology (MIT) a publié en mars 2015 une enquête montrant des débuts de manipulation génétique des cellules sexuelles (y compris aux Etats-Unis).
La crainte de ceux qui savent combien le moins disant éthique gagne toujours du terrain est de voir les cliniques de fécondation in vitro revendiquer le droit de recourir à ces techniques d’édition pour doter  des embryons de traits « souhaitables » (plus intelligents, plus forts ou plus attrayants…)  dès que les régulateurs auront approuvé un traitement d'édition d'embryon. Les gènes favorables à une vie longue pourraient aussi être ciblés, selon Philippe Kourisky, professeur honoraire au Collège de France.

Quand la chirurgie du génome va se banaliser

La course à la performance technique pour prouver la puissance de CRISPR afin de « corriger » des traits génétiques humains est lancée. En avril 2015, les équipes chinoises de Junjiu Huang (Université Sun-Yat-sen, Canton) ont tenté des transformations génétiques par CRISPR/cas9 sur 85 embryons.
 
Mais cette dynamique s’appuie surtout sur un socle d’expérimentations qui ne touchent pas la lignée germinale mais les cellules somatiques. Quantité d’entreprises ont été créées sur ce créneau, à commencer par celles des inventeurs de l’ingénierie CRISPR. CRISPR Therapeutics, où Emmanuelle Charpentier intervient, s’atèle notamment à la béta thalassémie, l’hémophilie, la myopathie de Duchenne ou des démarches d’immuno-oncologie.
Les essais sur l’homme de thérapies qui utilisent la technologie de modification de gènes CRISPR démarrent. Une autorisation a été donnée, en février 2016, au groupe britannique de Kathy Niakan, pour mieux comprendre le développement embryonnaire humain.  Plus récemment, des chercheurs de Pennsylvanie ont reçu le feu vert d'un panel représentant les National Institutes of Health (NIH) pour le premier test qui propose l'utilisation de CRISPR chez l'homme pour traiter le cancer.
 
Toutes ces démarches seront suspendues à une question cruciale : peut-on suffisamment sécuriser ces techniques pour éviter tout effet imprévu, immédiat ou à moyen ou long terme ? L’Académie française des sciences abordera certainement ces questions lors de la conférence-débat qu’elle organise le 21 février 2017.  Pierre Corvol , professeur émérite au Collège de France abordera précisément les enjeux éthiques de la modification du génome humain.
 

 

génétique germinale

Les américains donnent le feu vert à l’édition génétique de l’embryon humain

On craignait cette information : que des scientifiques, profitant des avancées spectaculaires de l’édition génétique permise notamment grâce à CRISPR, ne se mettent à vouloir apporter des changements génétiques aux embryons humains. Et que ces changements soient ensuite transmis aux générations suivantes. C’est chose faite.
 
L’intervention génétique sur l’embryon humain a jusqu’à présent été considéré comme un véritable champ de mines éthique. Nombreux sont ceux qui craignent que sous prétexte de combattre des maladies génétiques, on ne se mette à créer des humains ayant certains traits particuliers ou même des armées entières de soldats surdoués. Mais, pour la première fois, un groupe d’experts de deux des institutions scientifiques les plus reconnues aux États-Unis ont indiqué que ce processus, dénommé « édition germinale », devrait être sérieusement considéré comme une option future et ne devrait plus être interdit.
Pourtant, en décembre 2015, un sommet international de scientifiques avait déclaré qu’il serait « irresponsable de procéder à l’édition germinale » sauf si les questions de sécurité et de consensus social étaient résolues.
 
La nouvelle position, décrite dans un rapport publié cette semaine par l’Académie américaine des sciences et l’Académie nationale de médecine stipule que l’édition germinale (des embryons, des ovules ou du sperme) pouvait être désormais envisagée.
 
Cette décision, fruit du travail d’un comité de 21 membres, composé de scientifiques mais aussi de bioéthiciens, d’avocats, de défenseurs de patients ou d’entrepreneurs de biotechnologie, est bordée par un certain nombre de conditions : que l’intervention permette d’éviter une maladie grave ou une invalidité dans un cadre de critères stricts.
 
Le comité précise ainsi qu’aucun essai clinique d’édition de gènes ne devrait être mené, « à moins que » :
 - il n’y ait pas de « solution raisonnable » pour éviter « une maladie grave ou un état » ;
- il ait été « démontré de façon convaincante » que les gènes modifiés soient bien la « cause » ou « prédisposent fortement » les gens à cette maladie ;
- l’édition de gène ne soit utilisée que pour « convertir ces gènes à des versions connues pour être associées à la santé ordinaire » ;
- une recherche « préliminaire suffisante » ait été faite sur « les risques et les avantages potentiels pour la santé » ;
- il existe « des mécanismes de contrôle fiables pour empêcher l’extension à d’autres usages que la prévention d’une maladie grave ».
Le rapport de 261 pages conclut sur une exigence : « il serait essentiel que cette recherche soit abordée avec prudence et qu’elle permette de procéder à une large participation du public ».
 
Le professeur Richard Hynes, chercheur au MIT et qui a dirigé le comité d’experts déclare au New York Times : « Auparavant, il était facile pour les gens de dire ce n’est pas possible, donc inutile d’y penser. Maintenant, nous pouvons être en mesure de le faire, en s’assurant que cette intervention soit utilisée seulement pour les bonnes choses et non pour les mauvaises ».
 
Dans ce contexte, le comité d’experts envisage d’utiliser l’édition germinale pour prévenir des maladies héréditaires comme la maladie d’Huntington. Certaines critiques s’élèvent déjà pour alerter sur les risques aux conséquences incalculables de ce type de pratique. En effet, il serait possible d’introduire de nouvelles conditions héréditaires, des maladies ou des mutations qui ne deviendront évidentes qu’une fois que l’embryon sera devenu un être formé et viable.
Un autre risque serait d’ouvrir la porte d’une société où l’on pourrait choisir son bébé sur mesure, où les gens riches pourraient se permettre des manipulations génétiques alors que les plus pauvres resteraient sur la touche. Bienvenue à Gattaca !
 
La biotechnologiste Marcy Darnovsky qui dirige le Center for Genetics and Society, un groupe américain de surveillance en génétique, a déclaré à NPR : « Ce type de scénario a été considéré comme de la science-fiction, comme une hypothèse très lointaine. Mais en fait, c’est devenu une question de justice sociale d’urgence. Nous allons créer un monde dans lequel les riches déjà privilégiés pourront utiliser ces procédures de haute technologie pour donner des avantages biologiques à leurs enfants. Le scénario qui se joue n’est pas très joli ».
 
Afin de contrer ce type de dérives, le rapport du comité d’experts recommande que les techniques d’édition ne soient réservées que pour traiter une maladie ou un handicap et ne soient pas utilisées pour un renforcement de certains traits humains comme la force physique, l’apparence ou même l’intelligence, si une telle manipulation s’avérait un jour possible.
 
En d’autres termes, l’édition de super-humains n’est pas d’actualité et c’est tant mieux.
Eric Lander, qui dirige le Broad Institute du Massachusetts Institute of Technology et de l' Université Harvard se félicite au micro de NPR des conclusions et de la prudence du rapport : « Il est important d'être extrêmement prudent sur les technologies qui pourraient laisser une marque permanente sur la population humaine pour toutes les générations à venir ».  
Soit, mais, à partir du moment où l’édition génétique deviendra une pratique médicale plus banale, plus mainstream, on peut imaginer que les barrières éthiques ne se distendent.  Dès lors que l’on saura, par édition génétique, traiter ou prévenir une dystrophie musculaire dans une maladie du muscle par exemple, qu’est-ce qui empêchera de l’utiliser pour apporter plus de force musculaire à certains individus ? La frontière entre médecine préventive et amélioration est, dans certains cas, extraordinairement ténue.
On pourrait ainsi imaginer des cliniques de fertilité qui vanteraient, dans leurs publicités, leur capacité à donner à votre enfant un meilleur départ dans la vie.
 
Pour l’instant, la recherche en édition germinale reste interdite aux États-Unis par la Food and Drug Administration, en France et dans de nombreux autres pays à travers le monde à l’exception notable de la Chine. Mais si ces restrictions venaient à être levées comme le préconise le rapport du comité d’experts, un nouveau monde de possibilités génétiques serait ouvert aux scientifiques et aux patients. Il ne nous resterait plus qu’à espérer que cette hypothèse soit vraiment le monde dans lequel nous avons envie de vivre.
 
 
 

 

Neandertal

Si vous fumez, souffrez d'allergies ou êtes dépressif, c'est à cause de Neandertal

Longtemps, nous avons considéré notre cousin Neandertal avec mépris voire, condescendance. Il est vrai qu’avec sa mine patibulaire de brute épaisse, son front bas et son air un tantinet demeuré, il faisait un peu désordre dans notre tableau de famille d’homo sapiens distingués. Las ! c’était sans compter sur les progrès de la génétique. Il faut maintenant l’admettre, nous avons en nous beaucoup de lui. Nous avons tous du néandertalien caché au plus profond de nos gènes. Et c’est cette minuscule part d’héritage qui conditionne quelques-unes de nos faiblesses, maladies ou addictions.
 
Svante Pääbo, généticien suédois, Directeur de l’Institut Max Plank de Leipzig, a entrepris de se pencher sur le génome de Neandertal. Ses premières révélations remontent à 2012, année où il découvre dans nos gènes, des traces de Neandertal. 
 

Secret de famille

Révélation fracassante mais finalement, assez logique. Il y a en effet environ 50 000 ans, Sapiens et Neandertal cohabitaient sur les mêmes contrées d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Les rencontres étant inévitables, le métissage allait forcément bon train en cette époque où les distractions n’étaient pas courantes. Échanges, accouplements et grandes histoires d’amour aidant, nous avons donc tous en nous quelque chose de Neandertal : 1 à 4 % de nos gènes sont communs avec notre lointain ancêtre, disparu pourtant de la surface de la Terre il y a plus de trente mille ans. Svante Pääbo, que l’on cite volontiers dans la liste des futurs Prix Nobel, tient à souligner dans L’Express l’importance de cette découverte : « Nous partageons de 1 à 4% de nos gènes. Cela semble peu, mais c'est énorme …  Après s'être accouplé avec son cousin, l'homme moderne a continué sa route pour peupler le reste du globe. Jusqu'en Chine et en Australie, ce qui explique, par exemple, que les Australiens ont aussi des gènes de Neandertal, alors que ce dernier n'a jamais quitté l’Europe ».
 
Svante Pääbo étudie des séquences d'ADN ancien pour mieux comprendre notre histoire et celle de l'humanité. Photo : Olivier Colin, L’Express
 
Cette part de notre patrimoine génétique aurait pu rester enfouie dans la mémoire humaine, comme un secret de famille bien gardé. C’était sans compter sur les chercheurs de l'université Vanderbilt dans le Tennessee qui, poursuivant les travaux suédois, viennent de révéler dans un article publié dans Science du 12 février, la portée de cet héritage venu du fonds des âges. « Nous avons découvert que l'ADN de Neandertal exerce une influence sur de nombreux traits cliniques de l'homme moderne, sur le plan immunitaire, dermatologique, neurologique, psychiatrique », explique John Capra, généticien en évolution, responsable de cette étude.

La carte du génome révèle ses secrets

L’incidence de Neandertal est subtile mais non négligeable. L’étude a consisté à confronter la carte génomique de Neandertal avec le génome personnel et de dossier médical de 28 000 patients recensés à travers le réseau EMERGE (Electronical medical records and genomics network), fondé par l'Institut de recherche national pour le génome humain.
Les résultats de cette étude consistant à croiser et mouliner des centaines de milliers de données sont sans appel.  Ils ont retrouvé dans l’ADN de l’homme moderne plus de 135 000 variantes génétiques provenant des néandertaliens. Ils ont ensuite déterminé les liens entre ces variantes et des maladies et découvert que certaines de ces variations génétiques néandertaliennes étaient étroitement liées à un risque accru de douze maladies dont la dépression, l’infarctus du myocarde, des troubles sanguins, des allergies et un certain nombre d’addictions.
 
Ces traits transmis par notre vieux cousin étaient à leur époque des avantages concurrentiels. Ainsi par exemple, Neandertal avait un sang épais qui coagulait très facilement. Une caractéristique fort utile quand l’on doit chasser, combattre pour survivre. Un avantage qui devient néfaste et se transforme en risque d’AVC ou d’embolie pulmonaire quand on mène une vie sédentaire et que l’on se nourrit d’aliments très riches.  De la même façon, une équipe de l’Institut Max Planck, et une autre de l'Institut Pasteur, ont récemment démontré que nos allergies seraient aggravées par trois gènes venus de Neandertal. Ces gènes servaient à l’époque à doper le système immunitaire, avantage compétitif utile pour survivre en milieux hostiles. Aujourd’hui, ces moyens de défense se retournent contre nous sous forme d’allergies, d’asthme et de prédisposition au rhume des foins.
 
Autre exemple, l’ADN néandertalien affecte les cellules kératinocytes qui recouvrent l'épiderme et aident à protéger la peau des rayons ultraviolets et des pathogènes. Les chercheurs ont été surpris de découvrir que certains de ces gènes des néandertaliens accroissaient le risque d'accoutumance à la nicotine. Les fumeurs savent maintenant vers où se tourner pour trouver les causes de leur addiction…
 
 
Carte d'évolution de l'humanité
 
 
 

 

biotechnologies bleues

Biotechnologies bleues : cap sur la recherche appliquée à La Rochelle

Les océans représentent une mine d’innovations et de débouchés pour les biotechnologies : ce sont les biotechnologies bleues. Certains organismes marins comme les algues et microalgues, essentiellement, possèdent des propriétés étonnantes qui, comme matériaux de base, vont produire des services et des biens. Ils sont de précieuses ressources aux applications infinies, ouvrant de nombreuses perspectives pour la recherche médicale, la cosmétique ou encore la bioénergie. Raisons multiples pour lesquelles l’Université de La Rochelle crée le master 2 « Applied Blue Biotechnology » pour la rentrée 2017-2018.
 
Par l’extraction de molécules issues de sa biodiversité, la mer constitue un formidable réservoir propice à fournir durablement à l’homme de multiples composants à vocations médicales, cosmétiques, nutritionnelles, voire énergétiques : les biotechnologies marines et environnementales ou, plus couramment appelées en France, les biotechnologies bleues.
 
Plutôt méconnu, ce champ des biotechnologies a pourtant beaucoup à offrir, que ce soit en termes de perspectives de recherche, de possibilités industrielles et de développement économique.
Elles peuvent avoir des usages dans la cosmétologie (crèmes, soins du visage, thalassothérapie), l'industrie agro-alimentaire (compléments alimentaires, engrais issus du traitement des microalgues), l'énergie (biocarburants de deuxième et troisième générations) ou encore pharmacologie.
 
Depuis une dizaine d'années, le marché des biotechnologies marines croît de 10 % par an. Le responsable du département de biotechnologie et de ressources marines de l’Institut de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER) expliquait déjà en 2011 que « Cinq grands secteurs sont concernés : la santé, l’alimentation -notamment par l’optimisation des techniques d’aquaculture-, les biocarburants de seconde et surtout de troisième génération basée sur les microalgues, l’environnement et l’industrie, dans les procédés combinat chimie et biocatalyse. Il faut y rajouter d’autres activités comme la cosmétique. »
Si pour l'instant, la plupart des projets français dans le secteur sont encore en phases de R&D ou de tests, l'intérêt croissant que porte le pouvoir public pour les biotechnologies bleues peut laisser présager un développement important de ce domaine dans les années à venir.
 
Avec plus de 75 % de ses frontières bordées par les mers et l'océan (soit près de 13 000 kilomètres de côtes en tout, territoires ultramarins compris), la France a clairement un rôle à jouer dans le domaine des biotechnologies bleues. Quelques pôles de recherches existent (essentiellement en Bretagne et dans la région PACA), autour desquels des clusters d'entreprises spécialisées dans ce secteur ont été montés.
La France se positionne en leader européen dans les bioraffineries de macro-algues avec, notamment, le lancement ce 24 janvier 2017 du projet européen Horizon 2020 « GENIALG, GENetic diversity exploitation for Innovative macro-ALGal biorefinery » à la Station Biologique de Roscoff. Ce projet vise à développer la valorisation des cultures des grandes algues marines dans les bioraffineries, à renforcer la compétitivité des filières d'exploitation et à promouvoir des méthodes de production durable. 
 
Cependant, en comparaison avec les Etats-Unis (notamment en Californie), la Chine, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, notre pays est en retard. Les étudiants en biotechnologies ont donc tout intérêt à s'intéresser aux possibilités offertes par les ressources maritimes. Le secteur n'en n'est qu'à ses balbutiements et les projets portés, par exemple, par l'IFREMER, autour de la cosmétologie (cette industrie étant un des symboles de la France à l'international) ou des biocarburants (la production annuelle possible d'huiles à base d'algues dépassant la somme de celles de palme, de tournesol, de soja et de maïs à l'échelle mondiale), lui laissent entrevoir un bel avenir.
(Source : blog supbiotech.fr)

Cap sur la recherche appliquée à La Rochelle

L'Université de La Rochelle étend une nouvelle offre de formation pour la prochaine rentrée universitaire 2017-2018 : Le master 2 « Applied Blue Biotechnology ». Actuellement en projet, il sera dispensé à la Faculté des Sciences et Technologies.
 
 
Ce projet de création de formation a remporté l'appel à projets « Carrières Bleues » lancé par la Direction Générale des Affaires Maritimes et de la Pêche de la Commission Européenne. L'idée est de soutenir les projets européens participant au développement des compétences et des savoirs liés à l'économie bleue. Le projet est soutenu à hauteur de 80% (soit 666 000€) du budget total.
La Région Nouvelle Aquitaine, déclencheur de la mise en marche du projet, joue également un rôle clé dans sa construction notamment avec la participation du groupe de travail Innovation issu de la Commission de l'Arc Atlantique.
 
L'objectif de ce master 2 « Applied Blue Biotechnology » consiste en l'étude et l'utilisation des ressources marines aux fins d'élaborer de nouveaux produits ou composants à vocations médicales, cosmétiques, nutritionnelles, voire énergétiques.  Le projet vise la création d'un Master 2 de « Biotechnologie Bleue Appliquée : molécules bleues pour la santé et l'alimentation ». Il sera conçu et développé en coopération étroite avec les PME et entreprises du secteur des biotechnologies bleues et pourra inclure une part d'apprentissage. Aussi, l'objectif est de proposer une formation répondant le mieux aux attentes et besoins  des entreprises.
Ce diplôme en anglais s'adresse à tous : à la fois aux étudiants (en parcours classique ou en alternance) ainsi qu'aux salariés souhaitant s'y inscrire dans le cadre d'une formation continue. Stéphanie Bordenave-Juchereau, responsable du master, indique qu'il ouvrira à douze étudiants issus principalement des quatre pays européens participants au programme (Portugal, Espagne, Royaume-Uni et France).
 
Un projet tant européen que local : Différentes universités européennes s'associent à des entreprises pour faire vivre cette formation : l'Université Catholique de Valence et Pharma Mar (Espagne), l'Université de Stirling et Xanthella (Royaume-Uni) ainsi que le Centro Interdisciplinar de Investigação Marinha e Ambiental et Marinnova (Portugal). La véritable plus-value est que chacune de ces universités travaille main dans la main avec des partenaires industriels locaux afin de répondre aux problématiques rencontrées. Ces partenaires industriels participeront aux cours dispensés par la formation. 
 
Concernant l'Université de La Rochelle, le département de Biotechnologies, la Maison de la Réussite et de l'Insertion Professionnelle et le Pôle Alternance, se sont rapprochés de la start-up rochelaise Valbiotis, spécialisée en biotechnologies. Le projet s'appuie également sur la Commission Arc Atlantique de la Conférence des Régions Périphériques Maritimes qui assure la promotion et la communication de ce projet.
 
 

 

bioéconomie

Bioéconomie : placer le vivant au coeur du moteur de l'économie

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a présenté ce 18 janvier la stratégie française pour soutenir la bioéconomie. Le terme de bioéconomie désigne la production et la transformation des biomasses d'origine agricole, forestière, marine ou issue de déchets. Ces ressources peuvent être utilisées non seulement pour nous nourrir mais aussi pour bâtir, rouler, nous vêtir, nous guérir ou fabriquer toutes sortes de matériaux biosourcés pour faire des pneus, des plastiques ou des habitacles automobiles...
Mal connue, la bioéconomie propose pourtant un cadre vertueux englobant qui permet d’envisager une vision intégrée et circulaire des productions en tenant compte du vivant et de sa régénération. La vouloir vraiment, exige des signaux politiques : taxe carbone, subventions, incitations, achats publics… pour sortir d’une concurrence déloyale avec les énergies fossiles.
 
Nous l’avons oublié : l’économie est le fruit de nos écosystèmes. Oui, les ressources fossiles – en permettant une industrialisation basée sur les moteurs à combustion et  la chimie de synthèse – nous ont fait perdre de vue notre dépendance aux ressources vivantes. Mais l’épuisement du pétrole, le déni des externalités négatives (CO2, pollutions, éreintement des réserves…), l’effondrement des capacités de résilience des milieux et le réchauffement de la planète…  obligent les entreprises à changer de cap.
Contrairement à ses voisins allemands, hollandais, finlandais ou britanniques et aux engagements européens depuis 2012 en matière de bioéconomie, la France a tardé à afficher sa feuille de route. C’est chose faite après un travail initié en 2015 associant les ministères de l’économie, de la recherche, de l’environnement et de l’agriculture, en lien étroit avec les institutions et les acteurs industriels et associatifs concernés, notamment pôle industries agroressources (IAR) et les syndicats et coopératives agricoles.

Faire du carbone renouvelable le socle de l'économie française

Le rapport publié définit les priorités que le gouvernement entend assumer en matière de bioéconomie. Cette « économie de la photosynthèse, et plus largement du vivant  repose sur la production, la mobilisation accrue et la valorisation optimisée de la biomasse. Il s’agit de miser sur une ressource à la fois abondante, renouvelable et gratuite", selon Stéphane Le Foll qui souligne que la biomasse constitue déjà la moitié du mix des énergies renouvelables.
Diagramme des principales filières de conversion énergétique de la biomasse
 
Mais cette mine n’est pas pour autant illimitée. Tout l’intérêt de la bioéconomie est d’adopter une vision industrielle systémique et cohérente. Si l’on prend l’exemple des pailles, de multiples débouchés se créent avec l’usage comme isolant dans la construction ou pour l’énergie. Mais ces nouvelles filières sont à penser en adéquation avec les équilibres organiques des sols (besoin de retour au sol d’une partie des pailles). On saisit combien le sujet des arbitrages va être crucial pour un développement soutenable de la bioéconomie. La feuille de route française pointe ainsi des zones de friction et de controverse à aborder en lien étroit avec les acteurs : les compétitions d’usage des terres (alimentation versus chimie ou énergie), le recours aux biotechs blanches (microorganismes modifiés) ou vertes (OGM), les biocarburants (à partir de quelle matière première ?) ou le biocontrôle (organismes auxiliaires) et son cadre règlementaire…
 
 
Pour porter ces préoccupations et établir les priorités d’action, un Comité stratégique, rassemblant les acteurs déjà auditionnés, sera mis en place au printemps 2017. La question des relations avec la société sera au centre de sa mission afin de faire connaître les atouts de la France, l’intérêt du biosourcing et pour explorer ce que l’on veut collectivement faire faire à la bioéconomie.
 
Car tout l’enjeu de la diversification des usages du vivant va être d’agir de manière soutenable. C’est pourquoi le Conseil économique, social et environnemental s’est auto-saisi l’an dernier sur ce thème Vers une biéconomie durable. De nombreuses auditions ont été réalisées et le rapport devrait être publié au printemps. Pour Jean-David Abel, co-rapporteur de ce travail, « les concurrences d’usages vont aller croissant et nécessitent une interaction pérenne entre les acteurs concernés ». C’est l’objectif poursuivi par le Forum BioRESP qui, à la suite du Festival vivant 2016, fédère ses partenaires pour faire vivre une plateforme de dialogue pour une bioéconomie viable et désirable. Le programme européen BioStep explore les voies pour promouvoir l’engagement des parties prenantes et la prise de conscience des enjeux de la bioéconomie pour sa gouvernance.

Des marchés considérables en émergence

En Europe, la bioéconomie devrait constituer un marché de 2 000 milliards d’euros à l’horizon 2020. Près de 200 000 nouveaux emplois pourraient être créés dans cette filière… En 2014, a été mis en place un Partenariat Public-Privé (50 % industriels – 50 % Commission Européenne) pour les industries biosourcées (BBI). Cet effort s’est traduit par un milliard de subventions accordées par l’Europe pour la période 2014-2020, dont 600 millions sont affectés à des unités industrielles de démonstration ou étendards.
 
Les initiatives se multiplient. De nombreux projets concernent les bioraffineries du futur comme EuroBioRef vise à mettre au point une nouvelle génération de bioraffinerie, traitant l’ensemble du processus de transformation de la biomasse : de la production de cultures non-comestibles, jusqu’aux produits finaux (carburants, intermédiaires chimiques, solvants…), afin de développer une bioraffinerie durable. Actuellement en Europe, 37 bioraffineries ont été montées.
Certaines des plus performances sont en France. Par exemple l’ensemble industriel Bazancourt-Pomacle (près de Reims) représente 1,2 milliard d’euros d’investissement cumulés, 700 millions d’euros de chiffre d’affaires et 1 200 emplois directs. Cette plateforme est le résultat des efforts des coopératives Vivescia (base blé) et Cristal Union (base betterave à sucre qui rassemblent 12 500 exploitants agricoles de la Champagne-Ardenne. On peut aussi mentionner la bioraffinerie de Lestrem (Pas-de-Calais) du Groupe Roquette qui utilise des pommes de terre, et des pois.
 
Site de Bazancourt-Pomacle
 
Mais c’est certainement dans la chimie du végétal que les ruptures les plus marquantes sont attendues. Car la capacité à transformer la biomasse (les matériaux organiques issus du végétal) en biocarburants, polymères (l’équivalent du plastique), solvants, etc., est sans doute la solution future pour échapper à la dictature du pétrole qui rentre dans la constitution de 95 % de nos produits manufacturés.
Des substitutions reprenant la chimie des hydrocarbures sont réalisées (par exemple l’isobutène de Global Bioenergies) ou le farnesene (carburant issu du sucre de canne) produit par Amyris (Californie) en utilisant des usines cellulaires (levures). On peut aussi créer de nouvelles molécules d’intérêt, comme l’isosorbide (non accessible à partir du pétrole) qui constitue une nouvelle plateforme chimique à partir de laquelle on peut faire des polycarbonates, des polyuréthanes, des polyesters, ou des dérivés tels que les diesters. Un bel exemple de passage du pétrosourcé au biosourcé concerne le pneu : le projet Biobutterfly (52 M€) qui implique Michelin, l’Ademe, Axens et Tereos, doit aboutir à la création d’une filière de caoutchouc synthétique à partir du butadiène biosourcé. Ces avancées seront au cœur du prochain sommet de Lille, le Biobased Summit du 25 au 27 avril 2017.
 
Dans cette nouvelle économie, les biodéchets deviennent des ressources à ne pas négliger. Le sujet est au cœur du programme BioREG coordonné par le Cabinet rouennais CEDEN.

Pas de transition sans volonté politique

Malgré ce vaste paysage des « possibles », la bioéconomie ne pourra pas jouer son rôle d’ajustement de notre économie aux limites naturelles, sans un engagement politique de transition. Car, il ne peut y avoir compétitivité de la bioéconomie avec un baril de pétrole à moins de 80 euros. De plus, les distorsions de concurrence sont en place pour continuer le business as usual : les énergies fossiles sont subventionnées à hauteur de près de 500 milliards de US dollars (2014, OCDE) ; si l’on ajoute les impacts environnementaux, on atteint un appui préférentiel de 6 000 milliards de US dollars (FMI).
 
Dans son ouvrage qui vient de paraître « Compétitivité et soutenabilité de la bioéconomie à l’horizon 2050 », l’économiste Pierre-Alain Schieb explicite trois scenarios d’avenir peu réjouissants. « Si nous ne faisons rien et restons avec un baril de pétrole à 45 dollars, nous voyons à l’horizon 2050 le recours au charbon doubler en Europe, la production de betterave se réduire de 43% et les importations de biomasse devenir massives (pellets de bois, huile de palme…) ». Le modèle utilisé, basé sur le Global Change assessment model (GCAM) du département de l’énergie des Etats Unis, corrobore des tendances mises au jour par la FAO.
 
Dans une interview donnée à The BioJournal, John Bell directeur de la bioéconomie à la DG Recherche et innovation de la Commission européenne, discute « de la nécessité de sortir notre économie de sa dépendance à l'égard des ressources fossiles ». Le journaliste italien Mario Bonaccorso évoque  la distorsion de concurrence entre pétrole et bioéconomie dans laquelle nous sommes. John Bell souligne l’importance des parties prenantes et des territoires pour réaliser les transitions. Il est aujourd’hui aux manettes pour la révision de la stratégie bioéconomie européenne. Quel pourra être le signal puissant pour faire décoller la bioéconomie, à l’heure où Exxon investit 8 milliards dans les gazs de schistes ?
 
 
 

A LIRE AUSSI : "Bioraffinerie 2030: Une question d'avenir" par Pierre-Alain Schieb - Edition L'Harmattan, Paris, 2014

 

 

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