Santé : le corps sous protection

Une thérapie génique révolutionnaire donne des espoirs de réparation des lésions de la moelle épinière

Moelle épinière
Ce qui est problématique avec la moelle épinière c’est qu’on en a qu’une et qu’en cas de lésion, les médecins ne peuvent la réparer ; ils peuvent seulement essayer de réduire les dégâts. Les conséquences pour les blessés sont graves et les rendent la plupart du temps handicapés sévèrement et fortement dépendants.  Mais une nouvelle thérapie génique pourrait changer cette triste fatalité. Des médecins sont en effet parvenus à restaurer une moelle épinière et à redonner le parfait usage de leurs membres à des rats paralysés. Du rat à l’homme il y a un grand pas que les médecins entreprennent de franchir avec confiance et optimisme.
 
Lorsque la moelle épinière est endommagée par un accident traumatique par exemple, le contrôle d’une partie ou de la totalité des membres devient impossible. Cette situation intervient parce que, typiquement, une cicatrice empêche les cellules nerveuses de la colonne vertébrale de communiquer entre elles et les muscles qu’elles contrôlent. Un tissu cicatriciel dense se forme en effet, faisant barrière entre les nerfs sectionnés lorsque la colonne vertébrale a été brisée.
 

Un vecteur viral transgénique

La nouvelle thérapie va cibler ces cicatrices pour les décomposer. La recherche a été menée au King’s College de Londres et a fait l’objet d’une publication dans la revue Brain la semaine dernière. Dans l’expérience, au bout de deux mois, des rats dont la colonne vertébrale avait été traumatisée et qui était totalement paralysés, ont recouvert l’usage de leurs pattes et ont pu se déplacer et grimper sur une échelle pour aller chercher leur nourriture.
Les animaux qui ont reçu le traitement ont produit une enzyme, la chondroitinase, qui décompose le tissu cicatriciel et permet aux nerfs brisés de se reconnecter les uns avec les autres.
 
Pour comprendre comment les chercheurs ont opéré, il faut passer par quelques explications techniques.
Selon les médecins qui ont mené l’expérience, la chondroïtine favorise la neuroplasticité fonctionnelle, après une lésion de la moelle épinière, en dégradant les inhibiteurs de la matrice extracellulaire. L'administration efficace de la chondroïtine à la moelle épinière d'un mammifère blessé a été obtenue par un vecteur viral transgénique. Cette approche module considérablement la pathologie des blessures et rétablit les fonctions sensorimotrices.
Cependant, le développement clinique de cette thérapie était limité jusqu’à présent par un manque de capacité à exercer un contrôle sur l'expression génique de la chondroïtine. Les plateformes expérimentales antérieures de régulation génique étaient susceptibles d'être incompatibles avec la réponse immunitaire adaptative non évolutive qui se produit à la suite d'une lésion de la moelle épinière. Par conséquent, les chercheurs ont appliqué dans leur nouvelle expérimentation un système immuno-évasif à double vecteur innovant, dans lequel le gène de la chondroïtine est sous un commutateur de régulation inductible à la doxycycline, en utilisant un transactivateur chimérique conçu pour échapper à la reconnaissance des cellules T.
En utilisant ce nouveau système de vecteurs, les médecins démontrent un contrôle temporel serré de l'expression du gène de la chondroïtine ABC, en éliminant efficacement le traitement par élimination de la doxycycline. Cela permet de comparer les paradigmes de thérapie génique à court et à long terme dans le traitement des lésions cervicales d'importance clinique chez les rats adultes.
Les chercheurs du King’s College ont ainsi révélé que le traitement transitoire (2,5 semaines) est suffisant pour favoriser l'amélioration de la conduction axonale sensorielle et de la performance de la marche en échelle. Cependant, dans les tâches nécessitant une bonne maîtrise de la prise en main, un traitement à plus long terme (8 semaines) conduit à une amélioration significative de la fonction, avec des rats capables de saisir et de récupérer avec précision des pastilles de sucre.
 
« La thérapie génique nous a permis de traiter de grandes zones de la moelle épinière en une seule injection », a déclaré au quotidien britannique The Guardian, Elizabeth Bradbury, qui a dirigé la recherche au King's College London. « C'est important car la moelle épinière est longue et la pathologie s'étend sur toute sa longueur après une blessure. »
 
Bien que d'autres études sur les animaux soient nécessaires avant que la thérapie ne soit mise à l'essai chez l'humain, les chercheurs espèrent qu'en fin de compte, le traitement aidera les personnes atteintes de lésions médullaires qui ont perdu la capacité d'accomplir les tâches quotidiennes, comme l'utilisation d'un couteau et d'une fourchette, la saisie d'une tasse et l'écriture. « Récupérer l'utilisation des mains est la priorité absolue pour la majorité des personnes vivant avec des lésions de la moelle épinière. Cela leur permettrait d'accomplir des tâches quotidiennes et cela changerait leur vie », a-t-elle ajouté.
 

Un « impact » significatif espéré pour les tétraplégiques

Dans leur publication, les scientifiques expliquent que la thérapie pourrait avoir un « impact significatif » sur les personnes atteintes de paralysie tétraplégique, pour qui la reprise du contrôle de la main pourrait signifier une amélioration majeure de l'indépendance. La plupart des blessures à la colonne vertébrale, comme celles infligées par les accidents de la circulation, endommagent le cou et affectent donc les quatre membres. Il n’existe pas aujourd’hui de moyens d’inverser ces dommages chez l’homme. Il s’agit pourtant d’une priorité chez les médecins qui n’ont à leur disposition que des thérapies physiques ou l’usage de prothèses pour récupérer autant de fonctions motrices que possible. L’inversion de la lésion nerveuse elle-même est encore un Graal que cherchent les médecins. Avec cette expérimentation de thérapie génique, il semble que l’espoir de redonner une vie normale à ces malades, puisse enfin renaître.
 
Il reste pour les chercheurs du King’s College encore de nombreuses étapes à franchir pour savoir si leur traitement est applicable sans risque et avec efficacité sur l’humain. Les chercheurs devront démontrer qu'il fonctionne en toute sécurité chez les grands animaux ayant subi des blessures accidentelles. Ils doivent également trouver un moyen d'arrêter complètement la thérapie génique une fois que la colonne vertébrale est guérie. Actuellement, l'enzyme qui brise les cicatrices est encore produite à de faibles niveaux lorsque la thérapie est désactivée. « Bien que nous ayons de l'espoir, nous savons qu'il reste encore beaucoup à faire pour ajouter d'autres éléments de sécurité à la thérapie génique avant qu'elle ne puisse être utilisée chez l'homme », confie Elizabeth Bradbury.
 
Un long marathon s’engage mais la confiance est de mise chez les médecins quand ils observent que les petits rats de leur laboratoire courent et grimpent allègrement pour récupérer quelques boulettes sucrées. Quelques semaines auparavant seulement, ils étaient encore paralysés.
 
 

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