Santé : le corps sous protection

L’humanité est en danger

pollution de l'air
Trois informations sont publiées quasiment en même temps ces dernières vingt-quatre heures. L’ONU, dans son état de la planète nous annonce qu’un quart des morts et des maladies dans le monde sont causées par les pollutions et les dégâts environnementaux ; une étude d’ampleur réalisée par des chercheurs allemands révèle que la pollution de l’air tue deux fois plus que ce que l’on nous laissait croire jusqu’à présent. Enfin, le dernier rapport de l’institut d’études démographiques français constate que la courbe de l’espérance de vie a cessé pour la première fois d’augmenter. Les coûts humains des dégâts environnementaux et de notre incurie face aux dérèglements de la planète se chiffrent désormais par millions de morts et de malades chaque année. Il ne s’agit plus seulement d’un écocide. Un génocide à l’échelle du monde ?
 
Un quart des morts prématurées et des maladies à travers le monde sont liées aux pollutions et aux atteintes à l'environnement causées par l'Homme, a mis en garde l'ONU ce mercredi 13 mars dans un rapport sur l'état de la planète. Les émissions responsables de la pollution de l'air, les produits chimiques contaminant l'eau potable et la destruction accélérée des écosystèmes nécessaires à la survie de milliards de personnes causent une sorte d'épidémie mondiale qui entrave aussi l'économie, selon le texte.
 

9 millions de victimes des pollutions par an

Le rapport sur l'environnement mondial (Global Environment Outlook, GEO), publié mercredi 13 mars, qui utilise des centaines de sources de données pour calculer l'impact de l'environnement sur une centaine de maladies, compile une série d'urgences sanitaires liées aux pollutions de toutes sortes. Des conditions environnementales "médiocres" sont responsables « d'environ 25% des morts et maladies mondiales », selon le texte, qui parle d'environ 9 millions de morts liées aux pollutions environnementales en 2015.
 
Faute d'accès à l'eau potable, 1,4 million de personnes meurent chaque année de maladies évitables comme des diarrhées ou des parasites liés à des eaux contaminées. Les produits chimiques évacués en mer provoquent des effets négatifs sur la santé « potentiellement sur plusieurs générations », et 3,2 milliards de personnes vivent sur des terres dégradées par l'agriculture intensive ou la déforestation.
 
Quant à l'utilisation débridée d'antibiotiques dans la production alimentaire, elle risque d'entraîner la naissance de bactéries super-résistantes qui pourraient devenir la première cause de morts prématurées d'ici le milieu du siècle.

LIRE DANS UP : Les superbactéries déferlent sur le monde prévient l’OCDE. Nous entrons dans l’ère post-antibiotiques.

Ce rapport sur lequel ont travaillé 250 scientifiques de 70 pays pendant six ans, souligne également un fossé grandissant entre pays riches et pays pauvres : surconsommation, pollution et gaspillage alimentaire au Nord précipitent famine, pauvreté et maladies au Sud.
 
« Des actions urgentes et d'une ampleur sans précédent sont nécessaires pour arrêter et inverser la situation », indique le résumé à l'attention des décideurs qui accompagne le rapport. Sans une réorganisation de l'économie mondiale vers une production plus durable, le concept de croissance pourrait devenir vide de sens face aux morts et aux coûts des traitements, estiment les auteurs.
 
La publication de ce rapport pendant l'Assemblée générale du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) à Nairobi devrait alimenter le débat sur la question de la responsabilité des dommages causés à la Terre. Selon des sources proches des négociations, certains pays riches, Etats-Unis en tête, menacent de ne pas "accueillir favorablement" le rapport, un mauvais signe dans l'espoir d'un éventuel futur accord sur la réduction des gaspillages, de la surconsommation et des pollutions.
 

Respirer tue 8.8 millions de personnes par an

La pollution de l'air pourrait être deux fois plus meurtrière que ce que l'on pensait : une étude parue mardi 12 mars la juge responsable de près de 800.000 morts par an en Europe et 8,8 millions dans le monde. Entre 40 et 80% de ces décès prématurés sont dus à des maladies cardiovasculaires, estiment les chercheurs, qui publient leurs travaux dans la revue European Heart Journal.
 
« Cela veut dire que la pollution de l'air fait plus de morts chaque année que le tabac, responsable de 7,2 millions de décès en 2015 selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) », a affirmé l'un des auteurs, le professeur Thomas Münzel de l'université de Mayence (Allemagne). « On peut éviter de fumer, mais on ne peut pas éviter d'être soumis à un air pollué », a-t-il ajouté.
 
Les chercheurs estiment à 790.000 le nombre de morts dus à la pollution de l'air en 2015 dans l'ensemble de l'Europe, dont 659.000 dans les 28 états de l'Union européenne. Cette estimation est nettement supérieure à celle de l'Agence européenne de l'environnement (AEE).  En effet, dans son rapport annuel publié en octobre 2018, elle jugeait que la pollution de l'air aux particules très fines (PM2,5), au dioxyde d'azote (NO2, émis par les moteurs diesel) et à l'ozone (O3) était responsable en 2015 de 518.000 décès prématurés dans 41 pays d'Europe, et 480.000 dans l'UE.
 
L'étude publiée mardi est essentiellement consacrée à l'Europe, mais ses auteurs ont également appliqué leur méthode de calcul à l'ensemble du monde. Ils arrivent au chiffre astronomique de 8,8 millions de morts causés par la pollution de l'air en 2015 sur l'ensemble de la planète, dont 2,8 millions pour la Chine. De précédents travaux chiffraient plutôt le total mondial à 4,5 millions.
 
Pour réviser ces chiffres, les chercheurs allemands ont utilisé un nouvel outil statistique.
Ils ont estimé l'exposition aux polluants en se basant sur un modèle simulant la façon dont les gaz atmosphériques interagissent avec les composés chimiques issus de l'activité humaine (production d'énergie, industrie, transports, agriculture...). Ils ont appliqué ces données à un nouveau modèle statistique combinant les taux de mortalité et l'exposition.
« Nous avons utilisé de nouvelles analyses des risques, basées sur des données épidémiologiques beaucoup plus larges qu'auparavant et provenant de 16 pays », a indiqué à l'AFP l'un des scientifiques, Jos Lelieveld.
 
En moyenne, la surmortalité mondiale attribuée à la pollution de l'air par cette étude est de 120 décès par an pour 100.000 habitants. Ce taux est supérieur en Europe (133), bien que les contrôles y soient plus stricts que dans d'autres régions. « Cela s'explique par la combinaison d'une piètre qualité de l'air et d'une forte densité de population, qui aboutit à une exposition parmi les plus élevées du monde », selon le professeur Lelieveld.
 
L'Europe de l'Est est particulièrement touchée, avec 36.000 morts par an pour la Roumanie ou 76.000 pour l'Ukraine, soit des taux supérieurs à 200 décès pour 100.000 habitants. Pour l'Allemagne, le taux est de 154 décès pour 100.000 habitants, contre 98 au Royaume-Uni ou 105 en France.
 
Les auteurs de l'étude jugent "urgent" de baisser les seuils d'exposition aux particules fines. La limite annuelle moyenne pour les particules très fines, les PM2,5, fixée par l'Union européenne est de 25 microgrammes par mètre cube, soit 2,5 fois plus que les recommandations de l'OMS. « Dans la mesure où la plupart des particules fines et des autres polluants de l'air en Europe proviennent de la combustion des énergies fossiles, il est urgent de passer à d'autres sources d'énergie », a plaidé le Pr. Lelieveld.
 
Ces travaux « semblent montrer que le risque cardiovasculaire lié à la pollution de l'air a été sous-estimé, et ce constat me paraît pertinent », a commenté à l’AFP une scientifique qui n'a pas participé à l'étude, le docteur Holly Shiels, de l'Université de Manchester. « Auparavant, on se concentrait sur les risques de cancer liés à la pollution de l'air ou les effets immédiats sur l'appareil respiratoire. Désormais, on comprend mieux le lien avec les problèmes cardiaques, les effets sur le cerveau ou les questions de reproduction », a déclaré à l'AFP le patron de l'AEE, Hans Bruyninckx, dans un entretien indépendant de la publication de l'étude.

LIRE DANS UP’ : La pollution atmosphérique altèrerait significativement l’intelligence et Des nanoparticules de pollution retrouvées dans le cerveau seraient en lien avec Alzheimer

L’espérance de vie en panne

Une étude de l'Institut national d'études démographiques (Ined), publiée ce mercredi 13 mars, fait état d’un tassement des courbes d’espérances de vie. Elles augmentaient de 0.3 an par année depuis la deuxième moitié du XXe siècle, soit environ trois mois d’espérance de vie gagnée par an. Les derniers chiffres enregistrent une augmentation de 0.1 an seulement, à peu près égale pour les hommes et pour les femmes.
Pour les chercheurs de l’Ined, ce tassement serait dû, en France, à des épidémies de grippe saisonnière particulièrement meurtrières ces dernières années. Le tassement touche aussi d’autres régions du monde et notamment les États-Unis où l’obésité, la consommation d’opioïdes et les inégalités dans le système de santé contribuent à faire stagner la courbe d’espérance de vie.
 
Malgré les progrès médicaux et d’hygiène qui ont permis de gagner plus de quarante ans d’espérance de vie au cours du dernier siècle, la machine à gagner des années de vie semble s’être grippée. Les cancers, les maladies neurodégénératives et les maladies cardiovasculaires contrarient tous les efforts faits pour reculer la mort. Les chercheurs de l’Ined ne font pas référence aux causes liées aux pollutions et aux risques environnementaux dans leur analyse. Pourtant, leur contribution doit être significative et méritera d’être mesurée attentivement par les démographes.
 
 
Ces trois études mettent des chiffres précis sur des phénomènes qui sont en train de se produire sous nos yeux. Les activités humaines ne modifient pas seulement le climat, ne détruisent pas seulement la biodiversité, ne compromettent pas l’intégrité des océans, de la faune et de la flore. Il est maintenant acté qu’elles impactent l’homme directement, dans sa santé, dans sa vie, dans son espérance de vie. Cette situation n’est pas irrémédiable disent certains. Mais, pour enrayer la mécanique infernale qui est actuellement en route, il faudra plus que des belles paroles, des marches et des incantations.
Tous les décideurs savent que la réorganisation de l’économie mondiale est en jeu. Le concept de croissance va vite se heurter à un problème de sens face aux morts et aux dégâts qu’il occasionne. Comment le laisser intact dans ce contexte ? De même, comment laisser filer nos émissions de CO2, l’utilisation des pesticides et le gaspillage alimentaire face à l’ampleur des décomptes macabres qu’ils produisent ?
Certes, nous savons qu’il faudra changer nos mentalités, nos habitudes alimentaires, nos comportements les plus quotidiens. Question de survie. Mais cela semble encore un Himalaya à franchir.
On peut comprendre que devant l’étendue des risques, certains préfèrent se voiler la face. Pourtant, les vérités doivent être dites.  En matière de pollution de l’air on nous a menti et on continue de le faire. Respirez, il n’y a rien à voir, semblent dire certains édiles confrontés à un air de plus en plus invivable dans leurs villes. Les particules fines (PM2.5) sont mises sous le tapis, échappent à leur contrôle mais entrent pourtant dans les moindres recoins de nos poumons, franchissent la barrière encéphalique et s’installent dans nos organismes. Un poison qui touche et tue tout le monde riche ou pauvre, jeune ou vieux. Une égalité de l’ordre du fatal.
 
 
Source : AFP
 

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