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Groenland

Le Groenland fond à vitesse exponentielle et pourrait faire monter le niveau des océans de sept mètres

Le niveau des océans montait en 2014 à une vitesse supérieure de 50% à celle de 1993, la fonte de la calotte glaciaire du Groenland étant désormais à l’origine de 25% de cette hausse, contre 5% il y a 20 ans, selon une étude parue lundi 26 juin.
 
Ces conclusions risquent d’accroître encore l’inquiétude des scientifiques qui redoutent que le niveau des océans monte plus vite que prévu il y a encore quelques années, avec des conséquences potentiellement désastreuses. Des centaines de millions de personnes vivent dans des zones situées sous le niveau de la mer. D’importantes villes côtières sont menacées et de petites îles se préparent à être submergées.
En 2014, le niveau des océans augmentait d’environ 3,3 mm/an contre 2,2 mm/an en 1993, précisent les chercheurs dans la revue Nature Climate Change.
 
« Ces conclusions sont importantes » parce que le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont les travaux font autorité sur le climat) «fait une projection très prudente de la hausse du niveau de la mer d’ici à la fin du siècle, 60 à 90 centimètres », a réagi Peter Wadhams, professeur de physique des océans à l’Université d’Oxford, qui n’a pas participé à l’étude.
 
Cette estimation, ajoute-t-il, suppose que la vitesse à laquelle les océans montent va rester stable.
« Il y a pourtant des preuves convaincantes - dont l’accélération de la fonte du Groenland et de l’Antarctique - que cette vitesse est en fait en train d’augmenter, et d’augmenter de manière exponentielle », souligne-t-il.
À lui tout seul, le Groenland contient assez d’eau gelée pour faire monter le niveau des océans d’environ sept mètres. « La plupart des scientifiques s’attendent désormais à ce que la hausse totale dépasse largement le mètre d’ici à la fin du siècle », selon M. Wadhams.
 
Cette nouvelle étude réconcilie pour la première fois les résultats de deux méthodes distinctes de mesures du niveau de la mer.
La première consiste à examiner la contribution à cette hausse de trois éléments: la dilatation de l’océan due au réchauffement climatique, les modifications dans la quantité d’eau stockée sur terre et la fonte de la glace provenant de glaciers et de la calotte glaciaire au Groenland et en Antarctique.
La seconde, l’altimétrie satellitaire, consiste à mesurer la distance entre un satellite et la surface de la mer.
 
Jusqu’à présent, les données fournies par l’altimétrie montraient peu de changements dans les niveaux de la mer ces vingt dernières années, même si d’autres mesures laissaient peu de place au doute quant à une hausse du niveau des océans.
Les chercheurs ont « corrigé un biais, petit mais important, dans les données satellitaires de la première décennie », explique à l’AFP Xuebin Zhang, professeur au National Laboratory of Marine Science and Technology à Qindao (Chine).
 
Au début des années 1990, la moitié de la hausse s’expliquait par la dilatation due au réchauffement, contre 30% 20 ans plus tard, selon les chercheurs. Le Groenland contribue en revanche désormais pour 25% contre 5% il y a 20 ans.
 
Source : AFP
 
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Tibet

La Chine engloutit le Tibet au nom du climat

Pékin construit des barrages à tour de bras dans les régions de l'ouest de la Chine, peuplées notamment de Tibétains, avec l'ambition de réduire sa dépendance au charbon. À Lianghekou, c'est une muraille de béton haute comme la Tour Eiffel qui prend forme dans les montagnes boisées du sud-ouest de la Chine. Mais ce barrage géant, censé aider à lutter contre le réchauffement climatique, est un choc pour la nature et la population tibétaine des environs.
 
Le colossal chantier situé à Lianghekou, dans la province du Sichuan, avale trois rivières. Lorsqu'il sera achevé en 2023, cet ouvrage de 295 mètres presque aussi haut que la tour Eiffel, sera le troisième barrage hydraulique du monde par la hauteur, avec une puissance de 3.000 mégawatts. Mais pour ceux qui habitent en amont, l'édifice est surtout synonyme d'engloutissement de maisons, monastères bouddhistes, terres fertiles et montagnes sacrées.
 
Pékin construit des barrages pour réduire sa dépendance au charbon, énergie fossile dont la consommation massive a fait du pays le premier pollueur mondial. La Chine produit environ 24% des rejets mondiaux de CO2. Le pays a ratifié en septembre l'accord mondial sur le climat conclu à Paris fin 2015 et s'est engagé à limiter ses émissions de gaz à effet de serre, à l'heure où il tire encore l'essentiel de son électricité du charbon.

"La montagne s'est vengée"

Objectif : développer l'hydroélectricité. La Chine n'avait que deux barrages en 1949 mais en compte quelque 22 000 aujourd'hui, soit près de la moitié de ceux qui existent dans le monde.
Mais, problème : les montagnes et les rivières sont sacrées pour le bouddhisme tibétain. L'édification du barrage de Lianghekou entamée en 2014 sur le Yalong, un affluent du Yangtsé, inquiète les habitants, qui pensent que leur vie ne sera pas tranquille si la nature n'est pas protégée. "L'an passé, un feu de forêt a éclaté. Les gens disent que c'est parce qu'on a creusé une route dans la montagne à l'explosif et que celle-ci s'est vengée", explique Tashi Yungdrung, une villageoise tibétaine, en faisant paître un troupeau de yaks. La plupart des gens n'oseraient même pas ramasser un simple caillou de cette montagne nommée Palshab Drakar, un important site de pèlerinage, souligne-t-elle.
 
Aujourd'hui, les villageois de la région s'attendent à des expropriations massives. Depuis le début des années 90, plus d'un million de riverains du Yangtsé, le plus long fleuve de Chine, ont été déplacés pour faire place au barrage des Trois Gorges (centre), le plus grand du monde en termes de puissance avec 22,5 gigawatts, soit l'équivalent d'une quinzaine de réacteurs nucléaires récents.
Ce projet des Trois Gorges avait été lancé en 1993 et la première turbine mise en fonction dix ans plus tard. Le barrage a atteint sa pleine puissance en 2012. Mais des milliers d'habitants déplacés n'ont pas pu se réadapter et vivent toujours dans la pauvreté.

"Nous n'avons plus de terres"

Sur le chantier de Lianghekou, une carte indique que 22 centrales électriques seront construites le long du Yalong, d'une puissance totale de 30 gigawatts.
Li Zhaolong, un Tibétain du village de Zhaba, affirme avoir reçu des autorités 300 000 yuans (39 000 euros) pour financer la construction d'une nouvelle maison sur les hauteurs, dans laquelle il emménagera l'an prochain. Mais les 28 000 yuans (3 700 euros) complémentaires obtenus pour chaque membre de sa famille seront vite dépensés lorsque leurs cultures seront englouties: "Avant, nous étions paysans. Maintenant, nous n'avons plus de terres", peste M. Li. "On ne peut pas déménager en ville. On n'a pas reçu suffisamment d'instruction et on ne pourra pas gagner notre vie là-bas".
 
Au total, 6.000 personnes seront déplacées par le barrage, selon un site internet lié à l’État et spécialisé dans l'énergie. Cinq monastères ont été ou seront reconstruits, mais leur importance spirituelle sera amoindrie avec l'éparpillement programmé des fidèles, déplore un lama nommé Lobsang. "Le gouvernement est grand, et la vallée très petite. Tant de choses seront perdues, mais nous ne pouvons pas résister ou nous battre", explique-t-il. "Quand quelqu'un dit quelque chose pour essayer de protéger sa terre, le gouvernement le traite de séparatiste".

Quels risques ?

Environ 80% du potentiel hydroélectrique chinois est situé sur le plateau tibétain, dans le sud-ouest de la Chine. Mais les habitants en bénéficient peu : une fois générée, l'électricité est acheminée essentiellement vers les grandes villes de l'est de la Chine, régulièrement frappées par la pollution atmosphérique, souligne l'association écologiste américaine International Rivers.
 
Certains experts remettent en cause l'intérêt de cette frénésie de barrages. Fan Xiao, du Bureau des ressources minérales du Sichuan, souligne, études à l'appui, que les lacs de retenue de la province émettent d'importantes quantités de méthane et de dioxyde de carbone. Ces deux gaz à effet de serre sont produits par la matière organique piégée sous l'eau durant les crues, explique-t-il.
 
Ingénieurs et militants écologistes ont en outre une autre crainte : le Sichuan, qui recevra d'ici 2020 un tiers de l'investissement national dans l'hydroélectricité, est un foyer d'activité sismique, laquelle pourrait endommager barrages et centrales. Pour certains géologues, la pression exercée par l'eau des réservoirs peut provoquer des séismes. Des ruptures de barrages ont déjà fait des centaines de milliers de morts par le passé en Chine.
Mais une fois lancés, les chantiers hydrauliques sont pratiquement impossibles à arrêter, souligne Fan Xiao. Selon lui, "le fait de savoir si un ouvrage va créer de réels bienfaits et avantages lorsqu'il sera achevé n'est guère une question que se posent les fonctionnaires en poste actuellement".
 
Source : AFP
 
Image d’en-tête : photo Matthieu Ricard
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le vin surchauffe

Le vin aussi surchauffe

La reine Élisabeth a fait planter 16 000 ceps de pinot noir, pinot meunier et chardonnay sur son domaine de Windsor afin d’y produire son propre Champagne. Un signe qui démontre royalement comment le changement climatique impacte la vigne et déplace les grands vignobles vers le nord. Alors que se tient à Bordeaux le grand salon Vinexpo, les vignerons du monde entier se posent des questions et tentent de trouver des solutions face au temps qui change.
 
Tailler la vigne, encourager la biodiversité, développer les cépages résistants... Des vignerons, réunis à Vinexpo, font assaut d'imagination pour sauver leur vin et mobiliser le monde viticole face aux catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique.
Incendies, comme en Australie ou au Chili, grêle, gelées tardives comme en France fin avril : ces aléas climatiques devraient s'accentuer, prédit John Holdren, président de la Faculté sciences de l'environnement à Harvard, affirmant que la canicule de 2003 sera un été normal en 2040 et un été frais en 2060.
 
Même une faible hausse des températures affecte grandement le vignoble : "Les vignes sont des plantes très sensibles, elles sont comme un thermomètre", souligne Gaia Gaja, copropriétaire du domaine Gaja dans le Piémont (Italie), l'un des plus grands noms du vin.
Tous les vignobles sont concernés par le réchauffement, qui peut rendre les vins plus puissants et moins complexes aromatiquement avec des taux d'alcool plus élevés, pouvant facilement atteindre 16 à 17 degrés, ainsi qu'un manque d'acidité qui nuirait à leur équilibre.
"Nous avons besoin de grands changements", a annoncé l'Espagnol Miguel Torres, président de Bodegas Torres, lors d'une conférence consacrée à ce sujet. "Que pouvons-nous faire ? Nous pourrions créer un groupe mondial regroupant les domaines viticoles pour agir sur la réduction des gaz à effet de serre (...) et mener un changement qui serait suivi par d'autres entreprises".
Après l'accord de Paris, des viticulteurs ont montré qu'ils pouvaient agir individuellement et ont appelé à s'unir pour notamment faire pression sur les décideurs.
La profession possède un argument de poids, note John Holdren: "de nombreux dirigeants influents dégustent des grands crus. Si nous pouvons leur faire comprendre que leurs grands crus sont en danger, nous aurons une forte influence !", sourit-il.

Cépages plus tardifs

Les viticulteurs ont tôt fait de s'adapter avec des initiatives individuelles, et parfois collectives comme dans la Napa Valley en Californie, mais cela a un coût.
La Maison Torres, qui a investi 12 millions d'euros dans la recherche, tente de transformer le CO2 de différentes manières -- des algues au méthane -- à recycler l'eau et à baisser de 25% sa consommation énergétique.
Des cépages plus tardifs reviennent aussi au goût du jour comme le petit verdot à Bordeaux qui arrivait auparavant difficilement à maturité. Au Liban, le château Kefraya replante du cinsault, plus tardif et plus acide, pour faire face à une augmentation des températures de deux degrés en 10 ans.
La sélection génétique de cépages plus résistants à la sécheresse est expérimentée, mais la qualité n'est pas encore au rendez-vous pour faire de grands vins, selon plusieurs professionnels.
 
Autre conséquence du changement climatique : la géographie des vignobles. Certaines régions viticoles pourraient disparaître et d'autres faire leur apparition. Déjà, les domaines s'organisent : la Maison Torres, présente au Chili, a acheté des terres dans le sud du pays, près des lacs, tandis que le champagne Taittinger a investi en Angleterre pour y produire dans quelques années du vin effervescent.
 
Des vignerons changent complètement leurs méthodes de travail, parfois aidés de scientifiques, pour faire pousser des "vignes résilientes", comme les qualifie Gaia Gaja. Dans ses trois domaines italiens, aucun produit chimique n'est dorénavant utilisé, l'herbe, les féveroles ou encore l'orge sont cultivés entre les rangs pour contenir l'humidité ou favoriser la biodiversité.
Une vraie révolution que la jeune femme résume ainsi : "Notre travail ces quinze dernières années n'est plus de prendre soin des vignobles mais de prendre soin de la vie".
 
Source : AFP
 
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droit mondial de l'environnement

Vers un droit mondial de l'environnement ?

Depuis la fin du XVIIIe siècle, nous sommes entrés dans « l’anthropocène », une nouvelle ère caractérisée par le fait que l’homme est devenu une force géologique majeure ; cette ère connaît une forte accélération depuis 1945. Les changements climatiques que nous connaissons ou encore l’effondrement brutal de la biodiversité l’illustrent. Le droit n’est qu’un outil, mais un outil fondamental, dans la tentative de limiter ces bouleversements, pour retrouver un espace de fonctionnement sécurisé, assurer la résilience des écosystèmes et leur capacité à fournir des services essentiels. En tant qu’outil de coopération et d’harmonisation des législations nationales, le droit international est tout particulièrement sollicité dès lors que les menaces sont globales.

Le droit international face aux menaces globales

En 1992, la Conférence de Rio a impulsé une belle dynamique de ce point de vue avec l’adoption des Convention sur la diversité biologique et Convention-cadre sur les changements climatiques, ainsi que de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement.

L’année 2017 marque le 25e anniversaire de cette déclaration. Depuis 1992, les législateurs, juridictions et acteurs non étatiques du monde entier ont progressivement contribué à la diffusion et à la mise en œuvre des principes fondamentaux qu’elle a consacrés. L’importance et le rôle de ces principes pour la protection de l’environnement au niveau local ou mondial sont indiscutables.

Renforcer les principes de Rio

Le moment est venu de revivifier cette coopération internationale, de consolider – et sans doute aussi de clarifier – les principes consensuels posés à Rio dans un nouveau « Pacte mondial pour l’environnement ».

De portée obligatoire contrairement à la Déclaration de Rio, cette nouvelle convention internationale, transversale par son contenu, globale par son champ d’application universel, viendrait renforcer la portée des principes de Rio.

Elle pourrait fournir l’ossature d’un droit international de l’environnement aujourd’hui peu efficace car fragmenté en centaines de conventions internationales fonctionnant de manière autonome et sans « tuteur ». Diplomates, législateurs, juges internationaux et nationaux, et plus largement tous les acteurs publics et privés, doivent pouvoir s’y référer.

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La gouvernance du climat : quel bilan ? Quels futurs ? (IFRIS, avril 2015).
 

Dans l’esprit de la Commission Brundtland

L’idée d’un Pacte mondial pour l’environnement n’est pas nouvelle : elle est portée par la communauté internationale des juristes depuis plus de 30 ans. Elle trouve ses origines au lendemain de la Charte mondiale de la nature adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1982.

La nécessité d’un passage progressif du droit souple au droit dur était déjà soulignée par les juristes. La Commission Brundtland en 1986 recommandait la préparation d’une Déclaration universelle et d’une Convention internationale pour la protection de l’environnement et le développement durable.

Dans le prolongement de cette recommandation, en 1995, un projet de convention, le « Draft International Covenant on Environment and Development » était adopté par la Commission du droit de l’environnement de l’Union internationale pour la conservation de la nature, en coopération avec le Conseil international pour le droit de l’environnement (International Council of Environmental Law, ICEL). Le projet de l’UICN constitue une référence majeure en la matière.

Un avant-projet déjà mis au point

Convaincu de sa nécessité, Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel de la République française, ancien ministre des Affaires étrangères et président de la COP21, a pris l’initiative de porter la proposition de Pacte mondial pour l’environnement sur la scène internationale.

L’adoption en septembre 2015 des Objectifs du développement durable (ODD) et en décembre 2015 de l’Accord de Paris sur le climat a créé un élan capable de susciter l’adhésion pour un tel projet.

La démarche a consisté, dans un premier temps, à engager un travail juridique, préalable indispensable avant la phase politique et diplomatique. Depuis plusieurs mois, avec la « Commission environnement » du Club des juristes – qui regroupe de grands spécialistes français du droit de l’environnement –, nous avons travaillé pour mettre au point un avant-projet de Pacte mondial, en lien avec un réseau international d’experts représentant près de 40 nationalités.

{youtube}uwyDKM28dyU{/youtube}
Les objectifs du millénaire pour le développement (Eco Plus, 2015).
 

L’environnement comme droit fondamental

Ce texte sera finalisé vendredi 23 juin 2017 lors d’une réunion d’experts présidée par Laurent Fabius avant d’être présenté samedi 24 juin lors d’une manifestation ouverte au public qui aura lieu à la Sorbonne, en présence personnalités (Ban Ki-moon, Mary Robinson, Laurence Tubiana, Jean Jouzel notamment) ainsi que d’éminents juristes et magistrats de cours constitutionnelles ou cours suprêmes du monde entier.

Le projet de Pacte mondial sur l’environnement a vocation à être adopté par l’Assemblée générale des Nations unies dans les années à venir, pour devenir la pierre angulaire du droit international de l’environnement.

Après les deux Pactes internationaux de 1966 – l’un relatif aux droits civils et politiques, l’autre relatif aux droits économiques, sociaux et culturels –, ce nouveau Pacte consacrerait une troisième génération de droits fondamentaux, celle touchant à l’environnement et au développement. La communauté internationale a plus que jamais besoin de franchir cette nouvelle étape et donner un nouvel élan à l’action internationale en faveur de notre environnement.

Sandrine Maljean-Dubois, Directrice de recherche Centre d’études et de recherches internationales et communautaires (CERIC), Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et Yann Aguila, Professeur de droit public, Sciences Po – USPC

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Image d'en-tête : UNICEF France

 

The Conversation
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Arctique

Du gaz hilarant s’échappe de l’Arctique. Et il n’y a pas de quoi rire.

Vous connaissez le gaz hilarant ? Les médecins l’utilisent déjà pour nous anesthésier superficiellement. Une étude démontre comment ce gaz, le protoxyde d’azote, s’échapperait en masse des sols de l’Arctique et accélèrerait dangereusement le réchauffement climatique.
   
Un quart de l’Arctique est recouvert de permafrost (ou pergélisol), une terre gelée en permanence. Avec le réchauffement climatique, ces tourbières dégagent en grandes quantités du protoxyde d’azote, un gaz connu sous le nom de gaz hilarant. Les dentistes l’utilisent parfois pour nous calmer face à la roulette, mais à l’échelle planétaire, ce gaz est doté d’une capacité de réchauffement de l’atmosphère 300 fois supérieure au dioxyde de carbone (CO2). Cette découverte publiée par des chercheurs finlandais n’est pas drôle du tout : l’Arctique est déjà la région du globe qui a déjà tendance à se réchauffer le plus vite.
 
Le protoxyde d'azote, également appelé oxyde nitreux, hémioxyde d'azote ou encore gaz hilarant, est un composé chimique de formule N2O. C'est, selon la notice Wikipédia,  « un gaz incolore, à l'odeur et au goût légèrement sucrés. Il est utilisé en anesthésie, chirurgie, odontologie et comme adjuvant en mélange équimolaire avec de l'oxygène, pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques. On l'appelle « gaz hilarant » en raison de son effet euphorisant à l'inhalation, d'où son usage récréatif comme hallucinogène. »
 
À l'heure actuelle, les scientifiques n'incluent pas l'oxyde nitreux dans les modèles de changement climatique, car très peu ont été détectés dans les couches supérieures de pergélisol jusqu'à présent. En effet, Il s’agit, jusqu’à présent du troisième gaz à effet de serre dont les émissions sont les plus importantes derrière le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4). Mais une étude publiée lundi 29 mai dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences suggère que, à mesure que les températures croissent, des couches profondes de pergélisol dégèlent.
 
Les chercheurs ont prélevé 16 échantillons de pergélisol de tourbières de la Laponie finlandaise et les ont réchauffés en laboratoire. Ils ont constaté que, dans les endroits où le pergélisol est couvert par les plantes, les émissions d'oxyde nitreux restent faibles, car les plantes absorbent l'azote du sol et sont « très efficaces pour réduire les émissions de N2O». C’est ce que déclare Carolina Voigt, chercheuse à l'Université de Finlande orientale et un des auteurs de l'étude. Elle précise à la radio australienne ABC : « Jusque-là, les émissions de protoxyde d’azote depuis le sol de l’Arctique étaient considérées comme négligeables, notamment parce que la quantité de nitrogène, le substrat pour la production de N2O, est probablement assez basse ou le taux de production est faible à cause du climat froid. »
 
Mais dans les endroits où le pergélisol des tourbières est nu de végétation, les émissions d'oxyde nitreux peuvent augmenter jusqu'à cinq fois quand le pergélisol décongèle. Selon les chercheurs, leur travail suggère que le pergélisol des tourbières pourrait émettre autant d'oxyde nitreux que la destruction des forêts tropicales - actuellement la plus grande source naturelle de gaz à effet de serre. Cette découverte fait craindre que le pergélisol des tourbières libère suffisamment d'oxyde nitreux dans l'atmosphère pour contribuer de manière significative au changement climatique. Le gaz créera une boucle de rétroaction, disent les chercheurs, tout comme le dioxyde de carbone qui s'écoule du pergélisol en phase de décongélation commence à le faire maintenant.
 
Les résultats de l'étude en laboratoire sont encore hypothétiques, a déclaré à E & E News , Jeremy Mathis, directeur du Arctic Research Program at the National Oceanic and Atmospheric Administration,  qui n'a pas participé à l'étude. Mais, a-t-il précisé, la nouvelle recherche ajoute du poids à la projection plus large que les gaz à effet de serre du pergélisol accéléreront le changement climatique dans l'ensemble, ce qui va encore amplifier la décongélation du permafrost. « C'est juste ce cycle qui commence à réagir sur lui-même qui est beaucoup plus prononcé dans l'Arctique que dans les latitudes inférieures. En ce moment, il se réchauffe au moins deux fois plus vite que le reste de la planète, et la tendance continue d’être à la hausse. On peut donc craindre, compte tenu de toutes les complexités du système en jeu, que cet effet de réchauffement et cette exacerbation de son effet dans l'Arctique continueront. »
 
Le Programme de surveillance et d’évaluation de l’Arctique, qui regroupe 90 scientifiques du monde entier, a signalé que le réchauffement de l’Arctique était plus rapide et plus dévastateur que prévu et que cette métamorphose a des conséquences profondes non seulement sur la faune et les écosystèmes locaux, mais aussi sur les populations et les ressources du monde entier.
 
 
Source : Quartz
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Guerre pour le climat

Macron, Général en chef de la guerre mondiale pour le climat ?

« Make our planet great again ». Cette formule, envoyée par Emmanuel Macron comme un pied de nez à la barbe d’un Trump déserteur de la bataille pour le climat ne restera-t-elle qu’un mot ? Il ne semble pas. Le président français a décidé de revêtir l’uniforme de Général en chef de la guerre pour le climat et la défense de l’environnement. Il a réuni son État-major pour définir les axes stratégiques de l’offensive, les mesures tactiques et mobiliser les troupes.
 
Ce mardi 6 juin, Emmanuel Macron réunissait à l’Élysée  ses ministres de la transition écologique et solidaire (Nicolas Hulot), de l’Europe et des affaires étrangères (Jean-Yves Le Drian) et de l’enseignement supérieur et de la recherche (Frédérique Vidal), une vingtaine de représentants de la société civile : des responsables d’ONG environnementales, des scientifiques à l’instar de Jean Jouzel et d’Hervé Le Treut, les économistes Alain Grandjean et Christian de Perthuis, l’historienne Amy Dahan, le directeur général de l’Agence française du développement Rémy Rioux, un certain nombre d’entrepreneurs soigneusement choisis… Un sommet en forme de conseil de guerre pour lancer l’offensive sur le climat, réuni cinq jours à peine après le retrait des États-Unis de l'accord de Paris qui a provoqué un électrochoc et une recomposition des alliances.

Initiatives fortes

Le chef de l'État a annoncé son intention de « prendre des initiatives fortes » sur le climat et la transition énergétique dans les prochaines semaines et les prochains mois, notamment avec Berlin. L'idée étant, selon des sources diplomatiques françaises, d'aboutir à des annonces au G20 des 7 et 8 juillet, ou au conseil des ministres franco-allemand du 13 juillet.
« On ne peut pas rentrer dans l'avenir à reculons, les faits sont là, ce sont des faits, ce ne sont pas des croyances », a dit le ministre de la Transition écologique. « Même s'il y a encore des sortes d'ultimes résistances sur ces sujets-là, le monde économique, la société de demain est en marche et nous nous voulons être dans le wagon de tête et pas dans le wagon de queue », a-t-il conclu.
 
« L'objet de cette réunion est d'affirmer la mobilisation et de faire en sorte d'utiliser tout l'écosystème qui existe notamment en France pour renforcer notre détermination et nos propres ambitions », a expliqué Nicolas Hulot à la presse à l'issue des échanges. « Nous allons faire la démonstration très rapidement que la contrainte climatique peut être un potentiel incroyable de relance économique », a-t-il ajouté. Le ministre de la transition écologique est appelé à jouer un rôle important dans le dispositif offensif, mais c’est le chef de l’État qui supervisera les opérations. 
« Le président de la République a annoncé vouloir aller vite et plus loin dans la lutte contre les changements climatiques et publier une feuille de route du gouvernement, d’ici 15 jours » a réagi Morgane Créach, la directrice du Réseau Action Climat (RAC) au journal Le Monde. Elle poursuit : « Nous serons vigilants à ce que les chantiers essentiels de la lutte contre les changements climatiques y figurent : les transports, la rénovation des logements, la fiscalité, l’agriculture et l’alimentation, la transition vers les renouvelables. »

L’enrôlement des ONG

Donnant manifestement des gages aux ONG environnementales, Emmanuel Macron s’est, selon Morgane Créach « engagé à soutenir l'instauration d'une taxe sur les transactions financières au niveau européen. Cela pourrait être finalisé d'ici juillet ». Ce projet de "taxe Tobin" est discuté par une dizaine de pays depuis des années mais est jusqu'ici resté dans les cartons. Tout ou partie de cette taxe pourrait servir à financer la transition énergétique en Europe et à aider des pays en développement à opter pour les énergies vertes.
Alors que les recettes estimées de TTF s’élèveraient annuellement à 22 milliards d’euros au niveau européen, Claire Fehrenbach, directrice générale d’Oxfam France, déclare au Monde que son organisation « suivra de près la concrétisation de cette annonce ».
 
La feuille de route promise par le président Macron comprendra des engagements sur l'interdiction des nouveaux permis de recherche d'hydrocarbures, la rénovation énergétique des bâtiments, notamment publics, la révision de la taxe carbone, ainsi que la fiscalité du diesel, a précisé l'Élysée.
 
Sur d'autres sujets abordés par les ONG lors de la rencontre, les intentions sont restées plus floues, comme par exemple sur le nucléaire et la manière de faire baisser sa part dans la production d'électricité à 50% à l'horizon 2050. Pas d'indication non plus sur l'évolution de la taxe carbone ("contribution carbone") qui doit atteindre 56 euros la tonne en 2020, selon la loi sur la transition énergétique, contre 30 aujourd'hui.
 
Les associations ont aussi défendu une suspension de la mise en œuvre provisoire du Traité de libre-échange avec le Canada (Ceta), qu'elles estiment "non compatible" avec l'accord de Paris. Elles attendent aussi des précisions sur les États généraux de l'alimentation, inscrits dans le programme d'En Marche. "Il n'est pas question que cela se fasse sans les ONG", ont-elles prévenu.

Attirer les chercheurs

En écho aux propos tenus par Emmanuel Macron après l'annonce de Donald Trump, Nicolas Hulot a annoncé l'ouverture dans les prochains jours d'un site internet pour attirer les chercheurs et les acteurs économiques désireux de participer à la transition écologique, énergétique et climatique.
 
L'idée est de « créer toutes les conditions pour faciliter l'accueil de ces chercheurs, y compris de nos propres chercheurs qui parfois se sont exilés pour un certain nombre de raisons et nous serions excessivement ravis de pouvoir créer les meilleures conditions pour qu'ils puissent nourrir la recherche dans ces sujets », a dit Nicolas Hulot.
Les scientifiques ont accueilli cette mesure avec beaucoup d’espoir mais aussi un sentiment dubitatif. Le climatologue Jean Jouzel a ainsi déclaré au journal Le Monde : « Nous sommes tous d’accord que cette initiative peut s’avérer importante pour l’emploi et la recherche, mais il ne faudrait pas qu’elle soit financée avec d’autres lignes de crédit de la recherche. » La question du financement de cette mesure est la pierre d’achoppement de cette bonne idée. Comment attirer des chercheurs, notamment américain, quand on sait qu’ils sont environ quatre fois plus payés que les chercheurs français ? Une équation que le président Macron devra impérativement résoudre tant la recherche est la clé de toutes les batailles pour le climat.
 
 
Sources : AFP, Reuters
Image d’en-tête : photo Thomas Pesquet depuis l’ISS
 
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