Climat & Ressources

Le dérèglement du Jet Stream multiplie les canicules dans le monde

canicule
Nous savions que le Gulf Stream, ce courant océanique qui joue un rôle majeur dans le climat mondial, était en train de se dérégler. Les scientifiques s’accordent aujourd’hui à dire qu’un autre courant, situé cette fois dans les airs, à une quinzaine de kilomètres d’altitude, le Jet Stream, était lui aussi en train de se dérégler à cause du changement climatique. Il serait responsable des canicules de plus en plus fortes et durables que nous subissons.
 

Dans un article récent nous avions expliqué comment les scientifiques avaient acquis la certitude que le Gulf Stream, ce courant océanique qui régule les températures mondiales et notamment celles de l’hémisphère nord, était en train de se dérégler.  Son affaiblissement pourrait avoir des conséquences extrêmement graves sur le climat du globe en général et de nos régions en particulier.

Un long fleuve pas toujours tranquille

Les scientifiques du climat sont aujourd’hui préoccupés par un autre courant, aérien celui-ci, qui influence au quotidien la météo, en interférant sur les fronts d’air froid et chaud qui modèlent les dépressions ou les anticyclones. Ce courant d’air se situe, dans notre atmosphère, entre la troposphère dont la température décroît avec l’altitude, d’une part, et la stratosphère où la température croît avec l’altitude, d’autre part. Il prend la forme d’un fleuve d’air, long de plusieurs milliers de kilomètres mais large de quelques centaines seulement et épais d’à peine quelques kilomètres. Ce courant se situe à une quinzaine de kilomètres d’altitude et prend le nom de Jet Stream en raison de la vitesse de son courant. En effet, les vents qui y circulent d’ouest en est peuvent atteindre la vitesse de 360 km/h.
 
Une des caractéristiques du Jet Stream est sa forme méandreuse. Comme un long fleuve tout sauf tranquille, il ceinture la planète, mais la position de ses ondulations, tout comme sa vitesse, peuvent varier de façon significative. Ce courant forme une barrière entre les masses d’air chaud qui viennent des tropiques et les masses froides venues de l’Arctique. Les différences de températures entre ces deux masses d’air accélèrent ou ralentissent la vitesse du Jet Stream.
 
 
Quand la différence de température s’amoindrit, le courant ralentit et forme des ondulations nord-sud qui peuvent conduire à des situations de blocage. Quand une zone se situe sous l’influence d’une courbe sud du Jet Stream, les conditions météorologiques vont se figer sur des températures élevées pendant une période inhabituellement longue. C’est la situation dans laquelle s’est retrouvée la France en 2003 avec une situation caniculaire qui a duré environ trois semaines et provoqué le décès prématuré de 15 000 personnes.
 

Situation de blocage

Une étude dirigée par le climatologue Michael E. Mann, de l’université de Pennsylvanie (États-Unis) a été publiée dans la revue Scientific Reports le 27 mars dernier. Cette recherche établit que les températures se réchauffent deux fois plus vite en Arctique que sous les tropiques. La conséquence est mécanique : les différences de températures entre les deux zones de part et d’autre du Jet Stream sont réduites ce qui aboutit à un affaiblissement du courant et à une situation de blocage de ses ondulations.
Ce phénomène, causé par le réchauffement anthropique du climat global, pourrait conduire, selon les scientifiques, à une multiplication des épisodes caniculaires partout dans le monde et plus particulièrement dans nos régions, ainsi qu’à un accroissement de leur durée.
 
 
D’autres climatologues de l’université de Hawaï ont travaillé sur les canicules dans le monde. Ils ont compilé des statistiques enregistrées depuis 1980 dans près de 2000 lieux sur la planète. Dans le compte rendu de leur recherche, ils ont établi le seuil de mortalité des canicules. Selon eux, si rien n’est fait pour endiguer le rythme du réchauffement climatique, 74 % de l’humanité sera confrontée à des vagues caniculaires mortelles.
 

En France, l’été africain

Pour ce qui concerne la France, la revue Science a publié les résultats du modèle Euro-Cordex. Celui-ci estime que les épisodes caniculaires vont se multiplier sur notre pays et que, d’ici la fin du siècle, ceux-ci seront plus chauds de 10°C par rapport à ce qu’on enregistre aujourd’hui ! Phénomène aggravant, ces épisodes caniculaires dureront de 10 à 60 jours selon les régions, faisant ressembler nos saisons estivales aux pires étés africains.
 
La canicule que traverse la France en ce moment n’est qu’un avant-goût de ce qui risque vite de devenir une habitude…insupportable.
 
 

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