Climat

Pour s’adapter aux chocs climatiques, Paris va planter des forêts

Forêts dans Paris
50 °C à Paris. C’est ce que prévoient les scientifiques du GIEC d’ici 2050. Des épisodes caniculaires violents, longs et répétés qui causeront immanquablement de vastes dégâts humains. Face à ce risque qui se présente comme une urgence, que faire ? Mettre en œuvre dès aujourd’hui des stratégies d’atténuation du dérèglement climatique ? C’est évidemment ce qu’il faut entreprendre. Mais il ne faut pas se voiler la face, le choc climatique présente de fortes probabilités de ne pas être enrayé. Notre fenêtre d’action est de plus en plus étroite et les tergiversations toujours actives. La prise de conscience du risque existe certes, mais pas encore la prise en compte de ses conséquences concrètes et les façons de s’y adapter. Les stratégies d’adaptation au changement du climat sont suffisamment rares pour que celles prises par la Mairie de Paris méritent d’être saluées. Pour éviter de suffoquer, la ville veut planter des forêts dans Paris.
 
« Je suis convaincue que Paris doit s’adapter à l’évolution des températures. Le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) prévoit des pics de canicule à 50° d’ici à 2050. Nous avons l’obligation d’agir aujourd’hui pour éviter l’impossibilité de vivre dans cette ville plus tard ». C’est ainsi qu’Anne Hidalgo, Maire de Paris, justifie dans une interview au Parisien, sa décision de démultiplier les chantiers de verdissement de la capitale.
 
Selon elle, la nature va reprendre ses droits à Paris. 40 hectares d’espaces verts et d’opérations de débitumisation sont déjà en cours place de la Nation, de la Bastille, sur l’esplanade du château de Vincennes, sur l’avenue Daumesnil, au parc de la Villette aux Buttes-Chaumont... Mais la ville veut aller encore plus loin et annonce la création de quatre forêts dans des lieux emblématiques au cœur de Paris : « On a repéré quatre grands sites emblématiques sur lesquels nous allons créer de la forêt urbaine. Sur le parvis de l’Hôtel de Ville, l’esplanade nord de la gare de Lyon, l’arrière du Palais Garnier. Et nous allons débitumer l’une des deux voies des berges de Seine piétonnes, Rive droite » annonce Anne Hidalgo. La livraison de l’ensemble de ces quatre lieux est prévue au cours de l’année 2020.
 
Sur le parvis de l’Hôtel de Ville - ©Apur/Luxigon
 
Derrière l’Opéra Garnier - ©Apur/Luxigon
 
Sur le parvis de la Gare de Lyon - ©Apur/Luxigon
 
Sur les berges de la Seine, Rive Droite - ©Apur/Luxigon
 
À ces quatre lieux symboliques s’ajoutent d’autres projets comme celui de faire des plantations aux jardins du Trocadéro -Tour Eiffel, mais aussi de transformer le plus possible de cours d’écoles en « îlots de verdure ». Pour cela, sus au bitume et au goudron et retour de la pleine terre et des végétaux pour rafraîchir les enfants. À la rentrée de septembre une trentaine d’écoles seront concernées, dans tous les arrondissements.
 
La ville de Paris veut reconquérir le plus possible des espaces occupés aujourd’hui par les automobiles : parkings, places de stationnement, voies, etc. pour les végétaliser. La chasse au bitume est ouverte et place aux petits voire micro-jardins, aux façades, toits et murs végétalisés. Le périphérique n’échappera pas à la nouvelle règle ainsi que de nombreuses avenues à forte circulation de Paris comme le Boulevard Pasteur.

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Autant de projets qui ne plairont pas à tout le monde mais dont les polémiques ne semblent pas émouvoir l’équipe à la tête de la Mairie, malgré l’approche de la période des élections municipales.  
 

Stratégies d’adaptation

En vérité, cette décision traduit une prise de conscience : avec des villes qui se densifient et s’étendent, le réchauffement climatique constitue l’enjeu majeur de ce siècle pour les milieux urbains. En effet, l’activité humaine, conjuguée à la bétonisation des espaces, s’accompagne d’une augmentation locale des températures, créant des microclimats. Rien qu’en Île-de-France, les températures de Paris demeurent en moyenne 2 à 3 °C plus élevées que celles des zones rurales sur l’ensemble de l’année, avec un écart allant jusqu’à 10 °C ponctuellement.
 
Face à cet horizon, on ne peut se limiter aux seules stratégies d’atténuation. Les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les polluants, les particules fines, sont vitaux. Il faut les poursuivre et les amplifier. Les citoyens semblent avoir compris l’importance de l’enjeu et, notamment parmi les jeunes, sont mobilisés pour lutter contre les dérèglements climatiques.
 
En revanche, les stratégies d’adaptation renvoient à une réalité plus abstraite, lointaine, qui peine à mobiliser. Comment peut-on imaginer ce que sera la vie avec une température à plus de 50 ° ? C’est un scénario impossible à anticiper pour la plupart des gens.  Pourtant « le proche avenir climatique est déjà écrit » annonçait un rapport sénatorial récent sur la question.

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L’enjeu est maintenant de savoir si nous serons capables de prendre les mesures suffisantes pour nous préparer, nous adapter, nous protéger. 
 

Villes vertes

Les végétaux permettent de lutter efficacement, et sur le long terme, contre les températures qui vont devenir étouffantes de nos métropoles : les citadins s’amassant dans les parcs pour y chercher un peu de fraîcheur en été témoignent du pouvoir rafraîchissant de la nature en ville.
 
Au premier rang de cette lutte, les arbres exercent un rôle important de régulateur thermique. Grâce à l’évapotranspiration (qui désigne l’émission d’eau via les pores des feuilles) et à l’ombre qu’ils produisent, ils gardent les rues fraîches et empêchent le stockage de la chaleur du soleil dans le bitume au cours de la journée. Une étude menée par le Lawrence Berkeley National Laboratory estime que la présence d’arbres en milieu urbain permettait une réduction de la climatisation des espaces allant jusqu’à 40 %.
 
À plus grande échelle, les espaces verts et parcs ont le pouvoir de créer de véritables îlots de fraîcheur au cœur des villes : ils favorisent l’aération des espaces et viennent endiguer les îlots de chaleur. Avec des espaces conçus de manière cohérente, des trames vertes et bleues peuvent se dessiner : elles constituent des « couloirs » dans lesquels nature et ville cohabitent et permettent de circuler d’un point à un autre tout en restant « connecté » à la nature.
 
Outre leur rôle de régulateur thermique, les plantes constituent également des puits de carbone (elles captent le CO2 ambiant), des barrières contre les odeurs, les bruits et les particules fines. Et bien entendu, elles captent les eaux de pluie par leurs racines, limitant le ruissellement dans les rues. Cet aspect revêt une importance particulière au sein des villes sensibles au risque d’inondation.

LIRE DANS UP : Les villes doivent changer de couleur pour affronter la surchauffe climatique

 
Pour aller plus loin : 
- Evénement Biomim'expo 2019 : La nature a des choses à nous dire 
 

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