UP' Magazine L'innovation pour défi

Nicolas Hulot

Le pari de Monsieur Hulot

Il avait toujours dit non. Il a refusé à tous les présidents, Chirac, Sarkozy, Hollande, d’entrer dans un gouvernement. Et aujourd’hui, il a dit oui. Nicolas Hulot est nommé ministre d’État de la Transition écologique et solidaire. Un poste de poids dans le nouveau gouvernement. Un accord qui n’a pas dû se faire sans garanties. Mais malgré tout, un sacré pari qu’il lui a fallu prendre pour répondre à l’urgence de la situation climatique.
 
« Il ne sera pas la plante verte du gouvernement » déclarait José Bové juste après la nomination de son ami Nicolas Hulot. Hyper-jaloux de son indépendance, le président de la fondation Nicolas Hulot a certes conseillé maints présidents de la République et occupé de nombreuses fonctions de conseiller ou d’« envoyé spécial pour la planète », mais il a toujours refusé un poste de ministre. « J’ai toujours été du côté de ceux qui exigeaient » déclare-t-il lors de sa passation de pouvoirs avec Ségolène Royal.
S’il accepte aujourd’hui de passer de l’autre côté de la barrière, du côté de ceux qui agissent, ce n’est assurément pas sans avoir pris des assurances sur un certain nombre de dossiers brûlants.
 
D’abord, la sortie du nucléaire. Face à un premier ministre, Edouard Philippe, qui fut un temps lobbyiste au sein du groupe Areva, Nicolas Hulot pourra-t-il mettre en œuvre les idées qu’il défend depuis toujours sur le nucléaire. Il ne s’agit pas seulement pour lui de la fermeture de la centrale de Fessenheim, mais de mettre en œuvre la promesse de respecter la diminution de la part du nucléaire de 77 % à 50 % dans le mix énergétique français d’ici 2025. Une promesse difficile à tenir, d’autant qu’elle doit être menée en collaboration avec le ministère de l’Économie dont le nouveau patron est le LR Bruno Lemaire. Le nouveau ministre aura aussi sur les bras un dossier encombrant, celui du rapprochement de la branche d’Areva chargée de la construction des réacteurs nucléaires et d’EDF.  Une zone d’incertitude et de turbulence qui a aussitôt alerté la Bourse : le cours du titre EDF a chuté gravement, seulement quelques minutes après l’annonce du nouveau gouvernement.
 
L’autre sujet brûlant est celui de l’aéroport Notre-Dame des Landes. Nicolas hulot en a été un farouche opposant : « Vieux de plus de 40 ans, ce projet est vicié, gangrené. Il porte en lui les racines de la discorde. Jamais il ne se fera dans les conditions actuelles », déclarait-il en novembre 2015. Quel poids aura-t-il dans le gouvernement sur ce dossier épineux ? Nul doute que celui-ci a dû être mis sur la table avec le président de la République dans leurs échanges préalables à la nomination. Un signe peut-être dans la déclaration mercredi dernier du nouveau porte-parole du gouvernement Christophe Castener : « Le Président de la République veut se donner six mois pour faire un point de situation précis. Aujourd’hui, tout est bloqué. Il faut se donner six mois pour y voir clair sur l’utilité de cet aéroport ou pas ».
 
Le CETA, ce traité de libre-échange avec le Canada, est aussi un sujet d’interrogation si ce n’est de discorde entre Nicolas Hulot et le président Macron. Ce dernier a certes révisé la position très favorable qu’il avait au début de sa campagne sur ce Traité. Ce dossier fut la pierre d’achoppement de l’offre d’entrer au gouvernement qu’avait faite François Hollande à l’écologiste le plus populaire de France. Quelles garanties lui aurait donné le président de la République sur ce point pour qu’il accepte cette fois-ci ? Sa promesse de créer un comité d’experts indépendants pour évaluer l’impact environnemental du CETA avant sa ratification par le parlement aura-telle suffit ? L’avenir nous le dira.
 
A ces principaux dossiers, d’autres non moins importants seront sur la table dès demain matin : celui de la biodiversité, de l’ouverture à la concurrence des barrages hydrauliques, du sort du diesel, de la transition agricole, des forages d’hydrocarbures, etc. Nicolas Hulot devra s’armer de courage –il en a– mais aussi de diplomatie, une qualité qui tranche moins dans sa personnalité, lui l’homme farouchement attaché à ses convictions.
 
Enfin, la solidarité. C’est le dernier cheval de bataille de Nicolas Hulot qui a perçu parfaitement le lien étroit qui réside entre l’écologie et les solidarités. Le mouvement Présent ! qu’il a lancé il y a quelques semaines n’a eu que peu de retentissement parmi les politiques. Aujourd’hui, son ministère s’intitule « de la transition écologique et solidaire». Est-ce la clé de la rencontre réussie entre le nouveau président de la République et ce « grand angoissé », cet « optimiste désespéré »,  qu’est le nouveau ministre d’État. Ou est-ce un appel subliminal pour inciter Nicolas Hulot à parfois mettre de l’eau dans son vin au nom de la sacrosainte « solidarité gouvernementale » ?
 
Cette « vigie du climat », celui qui mit dans la bouche de Jacques Chirac des mots historiques au sommet de Johannesburg – « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » –, cet ancien présentateur d’émission de télévision, jouissant d’une popularité inébranlable depuis des années, a envoyé un message à ses amis de la fondation qui porte son nom et qu’il ne présidera désormais plus. « Ceux qui me connaissent savent qu’être ministre n’est pas pour moi un objectif en soi. Je pèse toutes les implications de cette décision. Cependant, j’ai l’intuition, sans en avoir la certitude que la donne politique ouvre une nouvelle opportunité d’action que je ne peux pas ignorer. Je considère surtout que l’urgence de la situation m’impose de tout tenter pour faire émerger le nouveau modèle de société que nous appelons collectivement de nos vœux. J’espère que cette nouvelle donne offrira un terreau fertile pour le construire enfin ».
Est-ce la clé du pari de Monsieur Hulot en s’installant dans ses fonctions qu’il préfère dénommer de « ministère du futur » ? 
 
 
 
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transition énergétique

Transition énergétique : 13,5 millions d’euros collectés grâce à de nouveaux investisseurs solidaires

Fin 2016, l’initiative citoyenne Énergie Partagée célébrait déjà 12 millions d’euros collectés pour près de 30 projets financés avec succès partout en France. Aujourd’hui, alors que les candidats à l’élection présidentielle manquent toujours cruellement de solutions ambitieuses pour l’avenir énergétique du pays, les citoyens montrent la voix et continuent à investir chaque jour pour financer la transition vers un système local et écologique de production d’énergie.

Renforcer la capacité d’investissement grâce aux investisseurs institutionnels

Et ils ne sont pas seuls : après avoir fait confiance à Énergie Partagée en contribuant à hauteur d’un million d’euros en 2016, le fonds d’investissement solidaire Natixis, géré par la société Mirova, investit à nouveau 500 000 euros d’épargne salariale au service de ces projets citoyens d’énergie renouvelable.
Ce nouvel apport renforce encore la crédibilité d’Énergie Partagée et permet de soutenir et voir émerger de nouveaux projets, tout en poursuivant sa route vers un objectif affiché de 25 millions d’euros collectés en 2020.

Élargir la cible d’épargnants en tissant des liens avec les acteurs de la finance solidaire

Pour s’assurer de remplir cet objectif ambitieux, Énergie Partagée diversifie ses actions : un partenariat avec la plateforme d’investissement solidaire 1001Pact.com a ainsi permis de diffuser cette solution d’épargne innovante à de nouveaux cercles d’épargnants.
De nombreux investisseurs solidaires ont ainsi investi au cours de la campagne d’Énergie Partagée sur le site 1001Pact.com, plateforme d’investissement solidaire en capital dans des projets innovants et responsables.
Énergie Partagée compte maintenant des actionnaires sur les 6 continents !

Financer des projets d’énergies renouvelables qui avancent dans le bon sens

De leur côté, les projets financés par les actionnaires citoyens d’Énergie Partagée continuent de grandir et de sortir de terre. En témoignent ces trois projets suivis de près depuis longtemps, et qui commencent aujourd’hui à produire leur propre énergie. À leur tour, ils commencent à dégager des bénéfices, tout en alimentant en énergie renouvelable de plus en plus de foyers français.
 
Le parc éolien de Champs Chagnots dans la Vienne (86)
Le parc éolien de la Chapelle Montreuil, financé par Énergie Partagée et la société SERGIES, est maintenant en phase d’exploitation et sera officiellement inauguré à la fin du mois de septembre 2017.
{youtube}JyQ6-OgwBos{/youtube}
 
La centrale hydroélectrique d’HydroRaon dans les Vosges (88)
Enfin ! Les travaux de la centrale hydroélectrique sont maintenant terminés. L’installation a produit ses premiers kWh injectés dans le réseau en avril 2017 et une inauguration sera également organisée bientôt.
Voir l’article de BastaMag.
 
Le parc photovoltaïque des Survoltés d’Aubais (30)
Avec son millier de panneaux solaires, l’électricité de ce parc initié par un collectif de citoyens couvrira la consommation de 150 familles d’Aubais (hors chauffage). Cette production sera vendue à Enercoop, le seul fournisseur coopératif d’électricité 100% renouvelable en France. Début de la production attendu à l’automne 2017. Voir le reportage de France 3 : 
{youtube}VCzptF16s6E{/youtube}
 
 
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zéro déchets

Zéro déchet et économie circulaire : décryptage des propositions électorales

L’économie circulaire, grande absente des programmes pour les présidentielles ? Pas tout à fait. Plan national zéro déchet, lutte contre l’obsolescence programmée, hausse de la taxe générale sur les activités polluantes… La plupart des programmes des candidats à l’élection présidentielle font allusion de près ou de loin à la problématique des déchets. L’ambition zéro déchet a fait son chemin, et surtout, le potentiel de création d’emplois associé à la transition vers une économie circulaire ne peut être ignoré par les candidats. Leurs propositions ont cependant des ambitions très variables.
A 15 jours du premier tour du scrutin, Zero Waste France s’est plongé dans les programmes des candidats et propose un décryptage complet qu’UP’ a choisi de relayer ici.

Incursion timide via la lutte contre l'obsolescence programmée, pour M. Le Pen et N. Dupont-Aignan

Si la candidate du Front National, Marine Le Pen, met en avant une “écologie patriote”, la question des déchets n’est pas directement évoquée dans son programme. Cependant, l’économie circulaire est abordée par le Collectif Nouvelle Écologie (groupe de travail du FN et du rassemblement Bleu Marine) dans ses “21 propositions pour une écologie patriote du XXIème siècle”, et notamment la lutte contre l’obsolescence programmée pour redonner du pouvoir d’achat aux Français. Il reprend par exemple la proposition d’affichage obligatoire de la durée de vie des appareils électroménagers (la Loi de transition énergétique prévoit pour l’instant des expérimentations dans ce domaine) et d’une loi rendant les pièces détachées abordables.
 
L’obsolescence programmée constitue également la principale référence à l’économie circulaire dans le programme de Nicolas Dupont-Aignan. Le candidat de Debout la France envisage davantage de contrôles, voire l’interdiction du produit dans les cas d’obsolescence programmée avérés. La réutilisation et le recyclage sont aussi mis à l’ordre du jour, lorsque le candidat parle de faire des collectivités locales « le bras armé de l’écologie de proximité » : les recycleries pourraient ainsi bénéficier de financements issus d’une nouvelle part commune dans la Dotation Globale de Financement (DGF) allouée aux collectivités, et conditionnée par la réalisation de certains investissements en matière d’écologie.
Mais le candidat associe aussi économie circulaire et valorisation énergétique. Il propose ainsi de construire des méthaniseurs disséminés dans la campagne et d'augmenter les performances des incinérateurs, en récupérant davantage les métaux présents dans les cendres et résidus imbrûlés (appelés mâchefers).
Dans le même ton, il envisage la création d’un réseau de cimenteries alimentées par des combustibles solides de récupération (CSR), c’est à dire des déchets sélectionnés et préparés dans cet objectif. On est alors loin de l’économie circulaire ou du zéro déchet, qui privilégie toujours la réutilisation et le recyclage sur la combustion des déchets. 

François Fillon envisage de jouer sur la fiscalité pourréduire la mise en décharge 

Aucune des quinze mesures phares de François Fillon ne porte sur l’écologie. En cherchant bien, nous avons déniché son document préalable sur l’environnement publié au moment des primaires mentionnant la nécessité de “faire des déchets une ressource” et de promouvoir les principes de l’économie circulaire.
Le candidat Les Républicains veut par exemple étendre l’obligation de récupération par les industriels de leurs produits en fin de vie et permettre aux particuliers de revendre leur matériel électronique obsolète à des organismes spécialisés. Ces mesures seraient appuyées par le recours aux outils fiscaux, notamment un taux de TVA réduit pour les produits composés à plus de 50 % de matériaux recyclés et surtout une hausse de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) applicable à la mise en décharge.
Rien n’est dit par contre sur une éventuelle trajectoire à la hausse de la TGAP pour l’incinération. Or les exemples de certains pays européens comme le Danemark montrent que la seule taxation de la mise en décharge n’est pas suffisante pour favoriser de véritables avancée en matière d’économie circulaire. Elle doit au contraire être intégrée à des politiques plus larges alliant limitation des capacités d’incinération, fiscalité écologique et obligation de moyens, notamment via la tarification incitative et la collecte séparée des biodéchets.

L’économie circulaire pour soutenir la création d'emplois chez Emmanuel Macron 

Pour le candidat d’En Marche !, qui veut faire de l’économie circulaire et du recyclage un “nouveau modèle économique”, il s’agit avant tout de mobiliser un réservoir d’emplois et de miser sur l'éco-conception. Ainsi, l’économie circulaire présente un intérêt du point de vue des coûts (par la maîtrise du coût des intrants, une meilleure valorisation des déchets et la promotion de l’éco-conception), comme d’autres facteurs de compétitivité (matériaux, processus et modes de conception innovants).
Emmanuel Macron souhaite lui aussi augmenter les taux de TGAP, à la fois sur l’incinération et la mise en décharge, afin d’atteindre un objectif de “100 % de plastique recyclé sur tout le territoire” et de diviser par deux les déchets mis en décharge en 2025, objectif d’ores et déjà fixé par la loi de transition énergétique (LTE).
Pour favoriser le tri, le candidat propose aussi que les industriels fassent figurer sur les emballages des consignes de tri simples, sans détailler à ce stade les informations ou logos qui pourraient faire l'objet d'une telle obligation pour les fabricants.
 
Le candidat d'En Marche ! mise également sur le développement de l'éco-conception pour réduire les déchets et améliorer le recyclage. Il soutient l'affichage de la durée de vie des produits et souhaite par ailleurs étendre le système de bonus-malus sur les éco-contributions payées par les fabricants, afin de promouvoir les produits les plus durables et pénaliser ceux qui seraient néfastes pour l'environnement. Ce système d'éco-modulations est en effet pour l'instant sous-utilisé en France et ne permet pas d'orienter les choix des fabricants vers des modèles moins producteurs de déchets.
 
Sur le sujet des biodéchets, Emmanuel Macron propose de lancer de nouvelles initiatives contre le gaspillage alimentaire, en travaillant notamment avec les fédérations professionnelles concernées.
 
Enfin, le candidat estime que l'Etat doit aussi encourager les initiatives existantes et promouvoir de nouvelles techniques, via le soutien aux solutions industrielles dans le domaine du recyclage et du traitement des déchets. Parmi les entreprises que l’Etat devrait soutenir, en entrant par exemple au capital de certains de leurs projets, Suez et Veolia figurent en bonne position.

Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon explorent le zéro déchet

A gauche de l’échiquier politique, les programmes évoquent explicitement le zéro déchet : Plan national zéro déchet pour Benoît Hamon, Loi « zéro déchet » pour Jean-Luc Mélenchon. L’économie circulaire est aussi concernée par la proposition du candidat de la France Insoumise de constitutionnaliser une « règle verte », qui imposerait de ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer, ni de produire plus que ce qu’elle peut supporter. Un principe a priori séduisant, comme le note Greenpeace, mais dont la mise en œuvre suscite de nombreuses questions.
 
Les deux candidats se rejoignent dans leurs visions sur la lutte contre le gaspillage et l’obsolescence programmée. L’accord conclu entre le PS et Europe Ecologie Les Verts (EELV) prévoit une modulation de la TVA en fonction de la durée de vie des produits et de leur potentiel de revalorisation et de réparation, afin d’encourager la réutilisation et l’éco-conception. Pour Jean-Luc Mélenchon, c’est avant tout l’allongement de la garantie légale qui permettra de lutter contre l’obsolescence programmée des produits.
 
Les propositions des candidats divergent quant à l’évolution des installations de traitement : Benoît Hamon promet la sortie de l’incinération, une mesure issue de l’accord avec EELV. Pas de sortie de l’incinération pour le candidat de la France Insoumise, mais seulement une obligation de valorisation énergétique pour toutes les installations. Le livret consacré aux déchets publié en marge du livre-programme prévoit cependant une remise en cause des projets d’installations qui font aujourd’hui débat, comme l’incinérateur d’Ivry-Paris XIII ou le stockage souterrain de déchets dangereux StocaMine à Wittelsheim, en “s’appuyant sur l’implication citoyenne et la coopération des acteurs”.
 
Pour atteindre ses objectifs de réduction des déchets et d’augmentation du tri, Jean-Luc Mélenchon mise sur une meilleure communication, des objectifs chiffrés de prévention au sein des filières de responsabilité élargie des producteurs et l’obligation de tri pour tous les producteurs de déchets.
Biodéchets et recyclage : deux axes à privilégier pour réduire le volume des poubelles
L’allègement des poubelles passe aussi par la valorisation des déchets organiques, une mesure déjà présente dans la LTE qui généralise le tri à la source des déchets organiques pour tous les producteurs à l’horizon 2025. Pour Jean-Luc Mélenchon, c’est surtout le compostage de proximité (individuel ou de quartier) qui est avancé comme solution à privilégier. Pour Benoît Hamon, la réduction des déchets ne se fera pas sans un effort plus important de la part des métropoles, à qui il imposera une obligation de recycler au moins 50 % de leurs déchets d’ici à 2022. Une initiative sensée, puisque les métropoles génèrent de grandes quantités de déchets et sont à la traîne dans leurs performances de recyclage, mais il faut noter que ce seuil est néanmoins moins ambitieux que les objectifs fixés par la LTE (55 % en 2020 et 65 % en 2025) et plus récemment par le Parlement européen dans le cadre du paquet Economie circulaire (70% de déchets recyclés d’ici à 2030 et 80% pour les emballages). De plus, la constitutionnalité d’une telle mesure se pose, car fixer un seuil propre aux métropoles semble a priori contrevenir au principe d’égalité entre les collectivités territoriales.
Sortir du “tout jetable” et favoriser l’éco-conception
Le candidat de la France Insoumise préconise la fin du “tout jetable” pour faire la transition vers une véritable économie circulaire. Cela passe en premier lieu par le soutien à l’éco-conception, que Benoît Hamon propose aussi d’encourager fiscalement. Selon Jean-Luc Mélenchon, les innovations industrielles devraient être appuyées par le développement de formations universitaires dans ce domaine, l’allocation de fonds de recherche et développement - notamment sur la question de la réparabilité - et le soutien aux réparateurs et aux structures telles que les ressourceries. Le livret “Déchets” insiste également sur la nécessité de développer l’économie d’usage plutôt que la possession à tout prix, à travers des dispositifs de location, de prêt et de mutualisation. Enfin, Jean-Luc Mélenchon propose l’interdiction pure et simple des emballages non recyclables - ce levier d’interdiction existe en fait déjà, mais est rarement voire jamais activé -  et la réintroduction de la consigne, notamment pour les emballages de boissons, des commerces de proximité aux grandes surfaces. Une initiative qui fait déjà ses preuves à l’échelle locale dans certains territoires, et que d’autres pays européens essaient également de généraliser.
 
Zero Waste France s’est efforcé de présenter de façon claire et précise les propositions, en les mettant en perspective par rapport au droit existant ou aux écueils à éviter pour le zéro déchet. Quant aux six autres candidats à l’élection présidentielle, la question des déchets et de l’économie circulaire n’est pas abordée dans leurs programmes.
 
Pour aller plus loin : 
 
 

LIRE AUSSI DANS UP' : Ma vie Zéro déchet

(Source : Zero Waste France - 30 mars 2017)
 
 
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transition énergétique

Quand les ordinateurs chauffent Paris

D'ici 2021, un nouveau quartier de 6 hectares sortira de terre à Paris dans le 18ème arrondissement. Baptisé « Chapelle International », il accueillera 900 logements, plus de 30 000m² bureaux, une crèche, un gymnase, une école, mais aussi une plateforme ferroviaire de frêt de 40 000 m². Sa particularité ? Il sera chauffé par un data center spécialement construit pour produire de l'énergie et devenir ainsi un exemple en matière de consommation énergétique.
 
Reconvertir de vastes emprises foncières sous-exploités ou en friches de part et d’autre du périphérique et des maréchaux pour en faire de nouveaux quartiers parisiens, tel est l’enjeu Paris Nord Est, l’un des derniers grands projets d’urbanisme parisien dont la concertation a débuté en 2004. Le site sera construit sur une ex-friche ferroviaire de six hectares, au nord de Paris, et permettra l'éclosion d'un nouveau quartier de 3.000 habitants et 1 500 salariés, dans des normes environnementales drastiques et innovantes, dont l’utilisation de data centers pour chauffer les infrastructures.
 
 
La Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), opérateur de la fourniture énergétique sur le futur quartier urbain et logistique, vient de lancer les travaux d'un réseau de chaleur inédit, en partie alimentée en énergie par le data center de la Ville de Paris installé sur le site.
 
Un data center est l’un des éléments nécessaires au traitement et stockage des données numériques. Indispensable à Internet, il a connu un fort développement avec l’essor du cloud. Concrètement, il s’agit d’un lieu physique contenant les serveurs informatiques qui stockent les données numériques et dans lequel les entreprises peuvent notamment louer un espace de stockage et ainsi éviter la présence de serveurs dans leurs locaux, bénéficiant d’une hyper sécurité. Mais ils sont bruyants, bouillants, très gourmands en énergie … Ils consomment aujourd’hui 3 % de l’électricité mondiale, dont une grande partie sert à refroidir des salles remplies de serveurs informatiques qui tournent 24h/24 et 7j/7.
Et si, justement, on arrêtait de refroidir ces serveurs qui implique de fortes dépenses d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre ? Autant récupérer la chaleur qu’ils émettent pour chauffer des bâtiments … Pour fonctionner, un data center a besoin d’être rafraichi par un système de climatisation car il génère beaucoup de chaleur. Or les systèmes nécessaires au refroidissement produisent eux-mêmes de la chaleur qui est habituellement perdue. L’idée est donc de la récupérer grâce à un échangeur thermique, qui va la transformer en une eau à 55 °C distribuée par le réseau de chauffage urbain via une centrale de production d'énergie.
 
C'est exactement ce qui va se passer sur le site de la Chapelle International. Une boucle d'eau chaude locale et indépendante, alimentée à 50 % en énergies renouvelables et de récupération, chauffera les 144.000 m2 de constructions neuves prévues d'ici 2021 à la Chapelle. Cette boucle autonome de 500 mètres de long, dispose d'un centre de production thermique d'une puissance de 6,6 MW.
« La chaleur est ensuite montée en niveau de température grâce à des pompes à chaleur puis véhiculée jusqu'aux immeubles où elle va permettre de les chauffer et de faire de l'eau chaude sanitaire », explique Bruno Vinatier, directeur stratégie de la Compagnie parisienne de chauffage urbain, à nos confrères de bfmtv.
 
L’expérience de chauffage des bâtiments grâce à l’énergie de data center n’est pas nouvelle. La piscine de la Butte aux Cailles dans le 13ème arrondissement de Paris fonctionne depuis cet automne avec cette technologie : dans son sous-sol plusieurs centaines de serveurs de la start-up grenobloise Stimergy. Ou encore à Nantes où, depuis l’été 2016, 36 serveurs informatiques tournent 24h sur 24 pour chauffer l’eau de 40 logements sociaux.
 
Piscine de la Butte-aux-cailles
 
Pour le fondateur de Stimergy, Christophe Perron, « Les data center de demain seront bien plus petits que les monstres d’aujourd’hui et ils seront répartis partout sur le territoire, à l’image d’un réseau de neurones. Chaque nœud sera installé dans un immeuble d’habitation. La chaleur dégagée par les serveurs sera réutilisée pour chauffer l’eau chaude sanitaire. Nous réinventons le concept de data center pour les intégrer dans l’écosystème de la ville intelligente en prenant en compte les problématiques techniques d’aujourd’hui et avec l’objectif de proposer un modèle de développement plus soutenable ». (Source : greenit.fr)
 
Autre exemple : un immeuble de logements sociaux, rue Ballard dans le 15ème arrondissement parisien où, depuis deux ans, le chauffage est gratuit pour les occupants de cent logements chauffés par des Q. rads, des radiateurs numériques mis au point par la startup de Montrouge Qarnot Computing. Comme l’explique Paul Benoît, dirigeant de Qarnot, l’idée, cette fois-ci, n’est plus de créer de grands data centers centralisés, mais d’embarquer des processeurs informatiques à l’intérieur de radiateurs dispersés dans tout le bâtiment qu’on souhaite chauffer : « Les processeurs effectuent à distance des calculs pour des banques, des studios d’animation 3D, des centres de recherches… Et diffusent autour d’eux la chaleur générée par cette activité. »
 
L’aménagement du quartier Chapelle International a été confié à une filiale immobilière de la SNCF, Espaces ferroviaires, pour la réalisation de plus de 100.000 m². Une dizaine d'immeubles de 28 à 50 mètres de haut accueilleront 900 logements (soit 56.000 m² au total), dont 600 logements familiaux (social, à la vente et en loyer maîtrisé) et 300 logements spécifiques (pour étudiants, travailleurs migrants...). Dans son projet élaboré en 2010, le cabinet d'architecte AUC Djamel Klouche a également imaginé 33.000 m² de bureaux, 6.000 m² d'équipements publics, et 8.000 m² de « Small office home office " (Soho). Ce concept d'inspiration new-yorkaise, mêlant ateliers en RDC et appartements, est destiné aux professions libérales, aux artisans ou aux métiers de la création. Les espaces publics de 22.000 m² au total - venelles, coulée verte, square, placettes - seront majoritairement dédiés aux piétons. Les travaux démarrés l’an dernier, s'échelonneront entre 2018 et 2021. (Source : Les echos.fr)
 
 
 
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eaux usées - UNESCO

Les eaux usées : le nouvel or noir de la planète ?

Et si l’on cessait de considérer les eaux usées, qu’elles soient domestiques, industrielles ou agricoles, comme un problème ou un coût et qu’on les envisage comme une ressource ? C’est à ce changement d’optique qu’invite le dernier Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, « Les eaux usées, une ressource inexploitée », présenté ce 22 mars à Durban, Journée mondiale de l’eau, instituée par l’ONU et dont le thème cette année est « les eaux usées ». 
Face à la hausse constante de la demande, un recours plus systématique à une eau recyclée paraît inéluctable. 
 
Une goutte d’eau est flexible. Une goutte d’eau est puissante. Rien n'est plus nécessaire qu'une goutte d'eau.
L’eau est au cœur du développement durable. Les ressources en eau, ainsi que la gamme de services qu’elles peuvent rendre, contribuent à la réduction de la pauvreté, à la croissance économique et à la sauvegarde de l’environnement. De la nourriture et la sécurité énergétique à la santé humaine et environnementale, l’eau contribue à l’amélioration du bien-être social et à une croissance équitable, affectant les moyens de subsistance de milliards d’individus.
Nations Unies
 
La plupart des activités humaines qui utilisent de l’eau produisent des eaux usées. Étant donné que la demande d’eau dans son ensemble augmente, la quantité d’eaux usées produites, et leur charge polluante globale, sont en augmentation constante dans le monde entier. 
 
Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, Héraclite aurait affirmé « le changement est la seule constante de la vie ». Aujourd’hui, ce constat est plus que jamais valable. Au fur et à mesure que les populations et les implantations urbaines croissent, nos besoins augmentent également, transformant nos sociétés et notre planète devant nos yeux.
 
L’édition 2017 du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau examine la question des eaux usées et de leur potentiel en tant que ressource durable. L'ONU met en lumière le thème des eaux usées et les différents moyens de les réduire et les réutiliser. Pas moins de 80% des eaux usées provenant des lieux d'habitation, des villes, de l'industrie et de l'agriculture sont rejetées dans la nature, polluant l'environnement et appauvrissant les sols.
La collecte, le traitement et la réutilisation des eaux usées doivent être améliorés. Dans le même temps, nous devons réduire la quantité d'eaux usées que nous produisons afin de protéger l'environnement et nos ressources en eau.
L'objectif de développement durable n°6 - Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau - a notamment pour cible de réduire de moitié la proportion d’eaux usées non traitées et d'augmenter considérablement à l'échelle mondiale le recyclage et la réutilisation sans danger de l'eau.
 
Toutefois, les conclusions du Rapport indiquent l’ampleur de la tâche qui nous attend : « À travers le monde, l’essentiel des eaux usées n’est ni collecté ni traité. En outre, la collecte des eaux usées en elle-même n’est pas synonyme du traitement des eaux usées. Très souvent, les eaux usées collectées sont simplement déchargées directement dans l’environnement sans aucun traitement. Les eaux de ruissellement agricole ne sont presque jamais collectées ou traitées, raison pour laquelle il n’existe pratiquement pas d’indicateurs de mesure relatifs à ces types d’eaux usées ».
 
Dans tous les pays, à l’exception des plus développés, la grande majorité des eaux usées sont directement rejetées dans l’environnement, sans traitement adéquat, ce qui a des effets néfastes sur la santé humaine, la productivité économique, la qualité des ressources d’eau douce environnementales, et les écosystèmes.
Bien que les eaux usées soient un élément clé du cycle de gestion de l’eau, l’eau, après avoir été utilisée, est trop souvent considérée comme un fardeau à éliminer ou une gêne à ignorer. Les résultats de cette négligence sont à présent évidents. Les impacts immédiats, et notamment la détérioration des écosystèmes aquatiques et les maladies d’origine hydrique causées par un approvisionnement en eau douce contaminée, ont des répercussions importantes sur le bien-être des communautés et les moyens de subsistance des individus. L’incapacité persistante à considérer les eaux usées comme un problème social et environnemental majeur pourrait compromettre d’autres efforts déployés en vue de réaliser l’Agenda 2030 pour le développement durable.
 
Face à la demande en augmentation constante, les eaux usées prennent de l’ampleur en tant que source d’eau alternative fiable, modifiant ainsi le paradigme de la gestion des eaux usées de « traitement et élimination » à « réutilisation, recyclage et récupération de ressources ». À cet égard, les eaux usées ne sont plus considérées comme un problème en quête de solution, mais plutôt comme une partie de la solution aux défis auxquels les sociétés doivent faire face aujourd’hui. Les eaux usées peuvent également être une source rentable et durable d’énergie, de nutriments, et d’autres produits dérivés utiles.
 
Les bénéfices potentiels de l’extraction de ces ressources à partir des eaux usées dépassent de loin la santé humaine et de l’environnement, et ont des implications sur la sécurité alimentaire et énergétique ainsi que sur l’atténuation du changement climatique. Dans un contexte d’économie circulaire, dans laquelle le développement économique est en équilibre avec la protection des ressources naturelles et le développement durable, les eaux usées représentent une ressource largement disponible et précieuse. Les perspectives sont indéniablement optimistes, si les actions sont prises dès à présent.
« Les eaux usées représentent une ressource précieuse dans un monde où l’eau douce disponible est limitée et la demande en hausse », déclare Guy Rider, Président de l’ONU-Eau et Directeur général de l’Organisation internationale du travail. « Chacun doit faire sa part pour atteindre l’Objectif de développement durable consistant à diviser par deux le niveau des eaux usées non traitées et promouvoir la réutilisation d’une eau sûre d’ici 2030. Il s’agit de gérer l’eau avec soin et de recycler celle qui est rejetée par les ménages, les usines, les fermes et les villes. Nous devons tous recycler davantage les eaux usées pour satisfaire les besoins d’une population en augmentation et préserver les écosystèmes ». 
 
« Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2017 montre que la gestion améliorée des eaux usées implique aussi bien la réduction de la pollution à la source que l’élimination de contaminants des flux d’eaux usées, la réutilisation des eaux récupérées et la récupération de sous-produits utiles […]. Il est donc essentiel d’accroître l’acceptation sociale de l’utilisation des eaux usées afin de favoriser le progrès dans ce sens », a déclaré la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova.

Un enjeu pour la santé et l’environnement

Aujourd’hui encore, une bonne part des eaux usées est rejetée dans la nature sans être ni collectée ni traitée. En moyenne, les pays à revenu élevé traitent environ 70% des eaux résiduelles municipales et industrielles qu’ils produisent. Ce pourcentage tombe à 38% dans les pays à revenu intermédiaire supérieur, et à 28% dans les pays à revenu intermédiaire inférieur. Dans les pays à faible revenu, seuls 8% de ces eaux usées subissent un traitement, quel qu’il soit. Ces estimations vont dans le sens de l’appréciation souvent citée selon laquelle il est probable que plus de 80% des eaux usées du monde soient rejetées sans traitement. De fait, dans de nombreuses régions, des eaux chargées de bactéries, de nitrates, de phosphore ou de solvants se déversent dans les cours d’eau, les lacs et pour finir, dans les océans, avec des conséquences graves pour l’environnement et la santé humaine.
 
Dans les pays à revenu élevé, ce qui motive le recours à des traitements de pointe des eaux usées, c’est soit le maintien de la qualité de l’environnement, soit l’apport d’une source d’eau alternative pour faire face au manque d’eau. Cependant, l’émission d’eaux usées non traitées demeure une pratique courante, surtout dans les pays en voie de développement, en raison du manque d’infrastructures, de capacités techniques et institutionnelles, et de financement.
Or le volume des eaux à traiter devrait encore augmenter de manière significative dans les années à venir, notamment dans les villes à forte croissance démographique des pays en développement. « Le traitement des eaux usées, estiment les auteurs du Rapport, est l’un des plus grands défis associés au développement de l’habitat informel (bidonvilles) dans le monde en développement » (p.56). Une ville comme Lagos, au Nigéria, produit chaque jour 1,5 million de m3 d’eaux usées qui sont pour l’essentiel déversées sans traitement dans la lagune de la ville. L’augmentation de la population, qui devrait atteindre 23 millions de personnes en 2020, rend une telle situation explosive.
 
La pollution aux pathogènes, issus des déjections humaines ou animales, affecte près d’un tiers des rivières en Amérique latine, en Asie et en Afrique, mettant la vie de millions de personnes en danger. En 2012, 842 000 décès étaient liés à une eau contaminée et des installations sanitaires inadaptées dans les pays à faible et moyen revenu. L’absence de traitement favorise aussi la propagation de certaines maladies tropicales telles que la dengue et le choléra.
 
Les solvants et autres hydrocarbures produits par les activités industrielles et minières ainsi que les rejets de nutriments (azote, phosphore et potassium) issus de l’agriculture intensive et des déchets animaux accélèrent l’eutrophisation des sources d’eau douce et les aires marines. On estime aujourd’hui à 245 000 km² la superficie des écosystèmes marins affectés par ce phénomène. Le déversement de ces eaux polluées favorise également la prolifération des algues nuisibles qui ont pour effet un recul de la biodiversité.
 
Le rejet de polluants tels que les hormones, les antibiotiques, les stéroïdes ou les perturbateurs endocriniens pose de nouveaux problèmes dans la mesure où ils sont rarement contrôlés et leur impact sur l’environnement et la santé mal connu.

LIRE AUSSI : "Antibiorésistance et environnement" du Ministère de l'environnement - Février 2017

Dévastatrice pour l’environnement, la pollution a aussi pour effet de réduire la disponibilité en eau douce alors que les pressions sur cette ressource s’accentuent, notamment sous l’effet du changement climatique.
Or l’intérêt des décideurs s’est jusqu’ici porté avant tout sur l’approvisionnement en eau plutôt que sur sa gestion après son utilisation. Les deux aspects sont pourtant indissociables. La collecte, le traitement et la réutilisation de l’eau sont au fondement même d’une économie circulaire, conciliant développement économique et utilisation durable des ressources. L’eau recyclée représente une ressource encore largement sous-exploitée qui peut être réutilisée de très nombreuses fois. Aux Etats-Unis, on estime ainsi que l’eau des plus grands fleuves qui traversent le pays a été utilisée vingt fois avant d’atteindre la mer.
 

Des égouts jusqu’au robinet

Dans un contexte d’économie circulaire, dans laquelle le développement économique est en équilibre avec la protection des ressources naturelles et le développement durable, les eaux résiduaires constituent une ressource largement disponible et précieuse.
C’est dans l’agriculture que l’utilisation des eaux usées est aujourd’hui la plus répandue. En plus d’améliorer la sécurité alimentaire, la réutilisation de l’eau pour l’agriculture peut apporter des bénéfices considérables, et notamment une nutrition améliorée.
Même si les données sont lacunaires dans certaines régions, notamment en Afrique, on recense au moins 50 pays dans le monde qui la pratiquent sur une superficie estimée à 10% de toutes les terres irriguées.
 
Au cours des cinquante dernières années, les surfaces irriguées ont plus que doublé, le cheptel total a plus que triplé, et l’aquaculture en eaux intérieures a été multipliée plus de vingt fois. La pollution hydrique en provenance de l’agriculture se produit quand les engrais (nutriments) et autres produits agrochimiques sont appliqués de façon plus abondante que ce que les cultures peuvent absorber, ou quand ils sont emportés par la pluie. Des systèmes d’irrigation efficaces peuvent considérablement réduire les pertes d’eau et d’engrais. Les nutriments peuvent également être émis par la production de bétail et l’aquaculture.
 
L’agriculture peut être une source de nombreux autres types de polluants, et notamment la matière organique, les agents pathogènes, les métaux et des contaminants émergeants. Au cours des 20 dernières années, de nouveaux polluants agricoles sont apparus, tels que les antibiotiques, les vaccins, les facteurs de croissance et les hormones, qui peuvent être émis par les élevages et les exploitations d’aquaculture. Si elles sont traitées de façon adéquate et appliquées en toute sécurité, les eaux usées domestiques sont une source précieuse d’eau et de nutriments. En plus d’améliorer la sécurité alimentaire, la réutilisation de l’eau pour l’agriculture peut apporter des bénéfices considérables à la santé humaine et animale, et notamment une nutrition améliorée.
Le défi consiste donc à passer de l’irrigation informelle à une utilisation planifiée et sécuritaire, comme c’est le cas en Jordanie depuis 1977 : 90% des eaux usées traitées y sont utilisées pour l’irrigation. En Israël, près de la moitié des terres irriguées le sont avec une eau recyclée. La recharge artificielle d’aquifères (1) avec des eaux usées est déjà développée depuis une vingtaine d’années sur le pourtour méditerranéen, en particulier en Israël donc, et en Australie, dans des secteurs soumis à un stress hydrique important, comme l'explique un article du journal La Croix en 2016 : l’eau est réinjectée dans le sous-sol par filtration naturelle, via des bassins, ou directement par des puits, quand l’évaporation est très importante. L’intérêt est de pouvoir stocker dans le sous-sol cette eau, qui n’est ainsi pas reprise par l’évaporation en surface et peut être réutilisée par la suite, pour de l’arrosage, de l’irrigation agricole, voire pour de l’eau potable. C’est une manière active de gérer le cycle de l’eau et de l’optimiser.
 
Un projet d’irrigation des terres agricoles au moyen d’eaux usées traitées est en cours de réalisation à Oujda-Angad, au Maroc : construction d’une station pour la réutilisation des eaux usées à des fins agricoles, laquelle permettra de traiter quelque 40.000 m3 par jour. Cette eau servira à l’irrigation de près de 1500 ha de terres agricoles et bénéficiera à plus de 245 agriculteurs et la plantation de 750 ha en oliviers et autant en plantes fourragères.
 
 
L’utilisation des eaux usées municipales est un modèle courant dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, en Australie, et en Méditerranée, ainsi qu’en Chine, au Mexique et aux États-Unis. La pratique a connu un franc succès dans les zones urbaines et périurbaines, où les eaux usées sont facilement disponibles, gratuites en général, et où il existe à proximité un marché pour les produits agricoles.
 
Dans le domaine industriel, de grandes quantités d’eau peuvent également être réutilisées, par exemple dans les processus de refroidissement ou de chauffage, au lieu d’être rejetées dans l’environnement. En 2020, on estime que le marché du traitement des eaux industrielles devrait augmenter de 50%.
Même si la pratique est plus marginale, l’eau traitée peut aussi servir à alimenter le réseau d’eau potable. La capitale de la Namibie, Windhoek, en fait l’expérience depuis 1969. Pour faire face aux pénuries récurrentes, la ville a mis en place des infrastructures qui traitent jusqu’à 35% des eaux usées qui viennent ensuite alimenter les réserves d’eau potable. Les habitants de Singapour ou de la ville de San Diego (Etats-Unis) boivent également une eau recyclée.
Un tel processus peut rencontrer la résistance des populations, réticentes à l’idée de boire une eau considérée comme souillée. Un projet de réutilisation de l’eau pour l’irrigation et les fermes aquacoles en Egypte, mis en place dans les années 1990, a ainsi échoué faute de soutien de la population. Des campagnes de sensibilisation peuvent contribuer à l’adoption de telles pratiques par le grand public en s’appuyant sur des expériences réussies comme le recyclage des eaux usées par les astronautes de la Station spatiale internationale.
 
(1) L’aquifère le contenant des eaux souterraines, la nappe étant le contenu.

Un gisement de matières premières

Alternative à l’eau fraîche, les eaux usées constituent aussi un gisement potentiel de matières premières. L’évolution des techniques de traitement permet désormais de récupérer certains nutriments, comme le phosphore et les nitrates, dans les eaux d’égouts ou les boues d’épuration. On estime que 22% de la demande mondiale en phosphore pourrait être satisfaite grâce au traitement des urines et des excréments humains. Déjà, certains pays, comme la Suisse, imposent la récupération de certains nutriments comme le phosphore.
Selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), 25 % des terres cultivées dans le monde se caractérisent aujourd’hui par une activité biologique dégradée. La transformation des boues d’épuration en engrais organique ou leur épandage sur les champs présentent donc un intérêt indéniable.
Les eaux usées et les boues d’épuration peuvent aussi servir à produire de la chaleur, de l’électricité et des combustibles en se substituant aux carburants d’origine fossile (pétrole, gaz, charbon), leur pouvoir calorifique étant identique à celui du bois.
Elles peuvent par ailleurs être recyclées dans l’industrie, notamment dans trois principaux secteurs d’activité : l’industrie de la céramique, la cimenterie et les unités de valorisation énergétique.
Le parc industriel China Singapore de Suzhou (Chine) fonctionne sur ce principe. La structure génère jusqu’à 300 tonnes de boues par jour. Grâce à la technologie de séchage Innodry créée par Degrémont, ces éléments sont valorisés sous forme de combustible pour la centrale électrique du parc. Un système de récupération de chaleur permet ensuite de réutiliser cette énergie dans le processus de traitement. 
 
Les eaux usées peuvent également être réutilisées pour chauffer ou refroidir des bâtiments. La technologie Degrés Bleus développée par Lyonnaise des Eaux, filiale de Suez Environnement, permet ainsi de récupérer les calories des eaux usées pour rafraîchir ou chauffer tout type de bâtiments. Cette technologie est notamment déployée au Palais de l’Élysée et ses annexes à Paris. Résultat : une réduction de la consommation d’énergie fossile de 63 % par an et une diminution des émissions de CO2 de 206 tonnes par an.
 
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Autre exemple : En Chine, SUEZ a remporté un contrat pour la gestion des eaux du parc industriel de Shanghai, pour lequel il a mis au point une technique de zone humide végétalisée. Baptisée "Zone Libellule®", elle sera constituée de plusieurs centaines d'espèces de plantes choisies pour leurs capacités épuratoires et assurera l’affinage des eaux usées traitées en sortie de la station d’épuration exploitée par SUEZ.
 
La production de biogaz est également envisageable à partir de l’énergie chimique contenue dans les substances organiques des eaux usées. Au Japon, le gouvernement s’est donné comme objectif la récupération de 30% d’énergie à partir des eaux usées d’ici 2020. La ville d’Osaka produit chaque année 6500 tonnes de carburant biosolide à partir des 43 000 tonnes de boues d’épuration.
 
 
Si de telles technologies avancées sont hors de portée des pays en développement, des solutions de traitement à bas coût existent. Elles ne permettent pas d’obtenir une eau potable mais peuvent produire une ressource valable pour d’autres usages, comme l’irrigation. Par ailleurs, la vente des matières premières issues des eaux usées est un moyen de faire baisser davantage les coûts de traitement de l’eau.
 
Aujourd’hui encore, 2,4 milliards de personnes ne disposent pas d’accès à une installation sanitaire améliorée. Réduire ce nombre, conformément à l’objectif de développement durable n°6 sur l’eau et l’assainissement, inscrit dans l’agenda 2030 des Nations Unies, se traduira par le déversement de d’avantage d’eaux usées qui devront faire l’objet d’un traitement. Le mouvement paraît donc inéluctable.
Déjà, le recours à une eau traitée comme alternative à l’eau fraîche gagne du terrain. En Amérique latine, le traitement des eaux usées a pratiquement doublé depuis la fin des années 1990 et couvre désormais entre 20 et 30% des eaux usées collectées dans les réseaux urbains d’égout.

Créer un environnement favorable au changement

Le traitement amélioré des eaux résiduaires, l’augmentation de la réutilisation de l’eau, et la récupération de produits dérivés utiles favorisent la transition vers une économie circulaire, en contribuant à la réduction des prélèvements d’eau et à la perte de ressources dans les systèmes de production et les activités économiques.
 
Cadres règlementaires et légaux adaptés
Un cadre règlementaire efficace exige que l’autorité de mise en œuvre ait la capacité technique et de gestion, et agisse de façon indépendante, avec des pouvoirs suffisants pour faire appliquer les règles et les lignes directrices. La transparence et l’accès à l’information encouragent le respect, en favorisant la confiance entre les utilisateurs quant aux processus de mise en œuvre et d’application.
Pour accomplir des progrès, une approche souple et progressive sera nécessaire. Les instruments politiques et règlementaires doivent être mis en œuvre au niveau local, et doivent être adaptés aux différentes circonstances. Il est donc important qu’un soutien politique, institutionnel et financier soit accordé aux initiatives ascendantes, et à la fourniture locale (c.-à-d. décentralisée) de services de gestion des eaux résiduaires à petite échelle.
 
Comme l’explique actu-environnement, c’est l'Organisation mondiale de la santé (OMS) la première qui a publié des recommandations pour la REUT (réutilisation des eaux usées traitées) pour l'irrigation en 1989. En 1991, le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France (CSHPF) publiait ses propres recommandations pour la France en fixant des conditions de distance des lieux d'habitations, des zones de loisirs et de la voirie et une restriction de l'arrosage aux heures hors fréquentation du public, restreignant ainsi les possibilités. Un décret a été publié en 1994 mais l'arrêté d'application n'a été publié qu'en… 2010 ! Il aura fallu en effet attendre la loi Grenelle 1 pour que soit relancée cette pratique. L'article 27 prévoit que "la récupération et la réutilisation des eaux pluviales et des eaux usées seront développées dans le respect des contraintes sanitaires en tenant compte de la nécessité de satisfaire les besoins prioritaires de la population en cas de crise".
En France, aujourd’hui, 65 installations fonctionnent sur l’ensemble du territoire, essentiellement à destination de l'arrosage des terres agricoles, des espaces verts urbains et des golfs.
 
Il est également nécessaire d’avoir de nouvelles règlementations concernant la réutilisation de l’eau et la récupération des produits dérivés des eaux résiduaires. La législation sur les normes de qualité pour ces produits est souvent rare ou inexistante, ce qui crée des incertitudes sur le marché qui peuvent décourager les investissements. Les marchés pour ces produits pourraient être encouragés par des mesures d’incitation financière ou légale (p. ex. le mélange obligatoire de phosphates récupérés dans les engrais artificiels).
 
La récupération des coûts et les mécanismes de financement appropriés
La gestion des eaux résiduaires et l’assainissement sont généralement considérés comme étant couteux et exigeant beaucoup de capital. Le problème est accentué par un manque chronique d’investissements pour le développement de capacités institutionnelles et humaines. Cependant, le coût des investissements inadéquats dans la gestion des eaux résiduaires est beaucoup plus élevé, surtout si on prend en considération les dommages directs et indirects à la santé, au développement socio-économique et à l’environnement.
De nombreux modèles économiques différents ont été mis en place, dans lesquels les coûts et la valeur récupérés offrent un avantage considérable du point de vue financier. Cependant, les revenus provenant de la vente d’eaux résiduaires traitées ne suffisent pas, en général, à couvrir les coûts d’exploitation et de maintenance de l’usine de traitement de l’eau. La récupération des nutriments (principalement phosphore et azote) et d’énergie peut représenter une nouvelle valeur ajoutée significative pour améliorer la proposition de récupération de coûts. Bien que les revenus de l’utilisation des eaux usées et de la récupération de ressources puissent ne pas toujours couvrir les coûts supplémentaires, les bénéfices provenant des investissements dans la réutilisation de l’eau peuvent tout à fait être comparés avec le coût des barrages, du dessalement, des transferts entre bassins, et d’autres alternatives pour augmenter la disponibilité de l’eau. Même lorsqu’elle est amenée jusqu’au robinet, l’eau potable demeure, en général, sous-estimée et sous-tarifée si on la compare au coût total du service.
Les eaux usées traitées doivent, quant à elles, avoir un prix plus bas que l’eau potable afin d’être acceptées par les citoyens. Établir un prix pour l’eau, toutes sources confondues, afin de mieux refléter ses coûts réels, favorise les investissements qui peuvent se traduire par une fourniture de service abordable tous les membres de la société, y compris les plus pauvres.
 
Réduire au minimum les risques pour les personnes et l’environnement
Les rejets d’eaux usées non traitées peuvent avoir de graves effets sur la santé humaine et l’environnement, et notamment des épidémies de maladies vectorielles transmises par l’alimentation et l’eau, ainsi que la pollution et la perte de diversité biologique et des services des écosystèmes.
L’exposition de groupes vulnérables, notamment les femmes et les enfants, à des eaux usées partiellement traitées ou non traitées, exige une attention particulière. Une connaissance limitée des risques pour la santé, associés à l’utilisation d’eaux résiduaires, en raison de la pauvreté et d’une éducation déficiente, contribue à accentuer ces risques, notamment dans les pays en voie de développement. À chaque fois que l’exposition humaine est considérée comme étant probable (p. ex. par l’alimentation ou par contact direct), des mesures de gestion des risques plus strictes doivent être prises.
 
Mieux informer pour comprendre
Les données et les informations sur la production, le traitement et l’utilisation des eaux usées sont essentielles pour les décideurs politiques, les chercheurs, les praticiens et les institutions publiques, afin de mettre au point des plans d’action nationaux et locaux pour la protection de l’environnement et l’utilisation sure et productive des eaux résiduaires. Les connaissances concernant les volumes et, ce qui est peut-être encore plus important, les composants des eaux résiduaires sont des outils nécessaires pour la protection de la santé humaine et la sécurité de l’environnement.
Cependant, il y a un manque généralisé de données concernant quasiment tous les aspects de la qualité de l’eau et de la gestion des eaux résiduaires, notamment dans les pays en voie de développement. Des recherches sont nécessaires afin de mieux comprendre la dynamique de l’apparition de polluants, et d’améliorer les méthodes d’élimination de ces polluants des eaux usées.
Il est également essentiel de comprendre la façon dont les facteurs externes tels que le changement climatique affecteront la gestion des eaux usées. Dans l’optique d’améliorer la gestion des eaux usées, il est essentiel de s’assurer que les niveaux appropriés de capacités humaines sont mis en place. On manque souvent de capacités organisationnelles et institutionnelles dans le secteur de la gestion des eaux usées, et par conséquent, tous les investissements, qu’il s’agisse de systèmes centralisés de gestion des eaux usées à grande échelle ou de systèmes plus petits in situ, sont en jeu.
 
Sensibilisation du public et acceptation par la société
Même si les projets concernant l’utilisation des eaux résiduaires sont bien conçus du point de vue technique, semblent réalisables du point de vue financier, et intègrent des mesures de sécurité adéquates, les systèmes de réutilisation de l’eau peuvent échouer si les planificateurs ne prennent pas bien en considération la dynamique de l’acceptation sociale.
L’utilisation d’eaux résiduaires se heurte souvent à une forte résistance de l’opinion publique, en raison d’un manque de sensibilisation et de confiance face aux risques pour la santé humaine. La sensibilisation et l’éducation sont les principaux instruments pour dépasser les barrières sociales, culturelles et de consommation.
 
Des campagnes de sensibilisation doivent être adaptées aux consommateurs venant de milieux culturels et religieux différents. Les risques pour la santé associés à la réutilisation de l’eau doivent être évalués, gérés, contrôlés et notifiés régulièrement afin d’obtenir l’acceptation du public, et de maximiser les avantages de l’utilisation des eaux résiduaires tout en réduisant au minimum les impacts négatifs. Dans le cas de l’eau potable (p. ex. la réutilisation de l’eau potable), de vastes campagnes d’information sont nécessaires pour construire la confiance dans le système et dépasser la répulsion du « facteur beurk «.
 
L'exemple de la Suisse est rassurant : Dans les années 1950, les eaux suisses étaient encore fortement polluées par les eaux usées provenant des villes et de l'industrie. Il n'était pas rare de voir des panneaux "Bain interdit - Eau polluée" au bord des lacs, indique l'Office fédéral de l'environnement dans un dossier publié à l'occasion de la Journée de l'eau mercredi 15 mars. Le monde politique a empoigné le problème et investit depuis des milliards dans la construction de canalisations et de stations d'épuration. Aujourd'hui, le réseau de canalisations atteint 130 000 kilomètres, soit trois fois le tour de la Terre, et le pays compte 800 STEP.
 
Dans un monde où la demande d’eau douce est en augmentation constante, et où les ressources hydriques limitées subissent de plus en plus de stress dû aux prélèvements excessifs, à la pollution et au changement climatique, négliger les opportunités que recèle la gestion des eaux résiduaires est tout simplement impensable, dans un contexte d’économie circulaire.
 
Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau est le fruit de la collaboration des 31 entités des Nations Unies et des 37 partenaires internationaux qui constituent l’ONU-Eau. Jusqu’en 2012, le rapport, qui dressait un état des lieux exhaustif de l’état des ressources en eau dans le monde, était présenté tous les trois ans. Il est depuis 2014 annuel et thématique. Sa présentation coïncide désormais avec la Journée mondiale de l’eau dont la thématique est alignée sur celle du rapport.
Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau est un rapport de l’ONU-Eau coordonné par le Programme mondial d’évaluation des ressources en eau de l’UNESCO.
 
 
 
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" Energies Marines : pourquoi la France peut gagner ! "

Eolien offshore, hydrolien, éolien flottant, houlomoteur, énergie thermique des mers, climatisation … Les technologies d’énergies marines se multiplient depuis quelques années, entrainant avec elles toute une filière industrielle innovante. Une filière en devenir, qui arrive aujourd’hui dans une phase clé de sa structuration, avec l’aboutissement de ses premiers projets et l’éclosion de ses premiers champions.
Alors, quelle sera la place de la France sur ce nouveau marché ? Saurons-nous profiter de la manne annoncée, soit un marché mondial de plus de 53 milliards d’euros par an à horizon 2050 (1) ? Une chose est sure, nous avons aujourd’hui toutes les cartes en main pour prendre le large !

Notre atout stratégique ? Le duo ressource naturelle et savoir-faire technique

On ne le rappellera jamais assez : la France dispose, en matière d’Energies Marines Renouvelables (EMR), d’un double potentiel géographique et industriel que peu de pays dans le monde peuvent revendiquer.
Sur l’aspect géographique, nous bénéficions, avec plus de 11 millions de km² de surface maritime, du 2ème domaine maritime au Monde, réparti sur trois façades maritimes au centre de l’Europe (Manche-Mer du Nord, Atlantique et Méditerranée) et une présence dans tous les Océans du monde, grâce à la part non négligeable de l’ultramarin. Sur la dimension industrielle, nous sommes reconnus dans le monde entier pour notre expertise dans des domaines de compétences clés des EMR : l’énergie, l’Oil & Gas, le naval, les matériaux composites ou encore les installations en mer.
Ajoutez à cela que nous disposons de zones portuaires particulièrement accueillantes et adaptées à l’implantation d’infrastructures industrielles de pointe, et vous comprendrez pourquoi il convient d’être optimiste sur la capacité de la France à tirer son épingle du jeu sur les énergies marines.

Notre carte maitresse ? Le soutien de l’Etat, via des dispositifs agiles et efficaces

Les énergies marines sont par ailleurs un secteur sur lequel la France a su faire preuve d’une grande agilité, de sorte que nous bénéficions aujourd’hui d’un contexte institutionnel particulièrement favorable, et ce bien que nous n’ayons pas d’installation opérationnelle à ce jour. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle se déroule dans un calendrier politique complexe, avec des échéances électorales d’habitude peu propices à l’émergence industrielle consensuelle.
 
Ainsi, la recherche et développement, soutenue par le programme des investissements d’avenir, a désormais trouvé sa stabilité au service des technologies innovantes et avec une visibilité pluriannuelle pour nos laboratoires de recherche. Les appels à projets successifs de l’Agence Nationale de la Recherche et de l’ITE France Energies Marines connaissent leurs premiers résultats, et la France montre la voie dans le domaine de la recherche de méthode de caractérisation de sites, d’impacts environnementaux ou d’outils de conception des technologies.
Les sites pilotes dans le domaine de l’hydrolien ou de l’éolien offshore flottant ont eux aussi le soutien de l’Etat et de l’ADEME, par la mobilisation du même programme financier, qui vise à faire émerger des consortiums dont le franchissement crucial de l’étape de démonstration vers l’étape d’industrialisation propulsera la vocation mondiale. L’attribution récente de quatre projets ambitieux de fermes pilotes d’éoliennes flottantes (Faraman, Leucate, Gruissan, Groix) témoigne de ce dynamisme, qui fait déjà des émules en Asie du sud-est, où la France multiplie ses actions stratégiques de collaborations économiques.
 
Le développement commercial de la filière pourra par ailleurs être boosté par la concrétisation de la fourchette haute des objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, dont les attentes de la profession sont de 21 000 MW à l’horizon 2030. Les énergies de la mer y trouvent une part non marginale avec des objectifs de 8 000 MW de capacités à l’horizon 2023 dans les différentes technologies (éolien posé et flottant, hydrolien…), qui viendront s’ajouter aux 3 000 MW actuellement attribués sur six parcs éoliens offshore français (Tréport, Fécamp, Courseulles-sur-Mer, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire, Iles d’Yeu et de Noirmoutier), dont les mises en service sont attendues pour 2020 – 2023.
 
Cette planification pluriannuelle, assortie d’une planification spatiale en préparation, est la clé de la visibilité sur les volumes et les calendriers tant attendus des industriels, qui demandent depuis de nombreuses années à l’Etat de progresser dans la méthode d’attribution des fermes commerciales. Dans cette même veine, la mise en oeuvre du nouveau dispositif de « dialogue concurrentiel », assorti d’une phase préalable de « derisquage » des zones d’implantation, en cours d’expérimentation sur le 3ème appel d’offres éolien en mer, est regardé avec beaucoup d’attention.

Notre enjeu ? Concrétiser notre ambition, en France comme à l’export

La stratégie d’avoir soutenu les industriels et encouragé les technologies françaises porte aujourd’hui ses fruits, et contribue à créer des champions des énergies de la mer qui gagnent dès maintenant des marchés à l’export.
Ainsi, et même si l’on ne peut ignorer le retard opérationnel pris en France métropolitaine pour l’installation de sites EMR, les technologies et savoir-faire français s’exportent dans tous les océans du monde : ingénierie, industrie, développement de projet, sous-ensembles stratégiques de la chaine de valeur. Et les premières usines ligériennes tiennent et tiendront leurs volumes grâce aux marchés gagnés à l’export.
La multiplication des fermes pilotes et projets concrets au large de nos côtes dans les années à venir devrait par ailleurs permettre de pérenniser ces développements, tout en créant les milliers d’emplois attendus ; soient 10 000 pour les seuls parcs éoliens offshore d’ici à 2020, selon le Syndicat des Energies Renouvelables (SER) (2).
 
Autant de signaux positifs démontrant que l’ambition technologique et industrielle française en matière d’énergies marines est « réaliste », et qui confirment la naissance d’une nouvelle filière prometteuse, alliant performance économique et efficacité environnementale, au service de la transition énergétique.
 
Marc Lafosse, Océanographe, Président du Cabinet d’ingénierie Energie de la LuneOrganisateur de la Convention Seanergy (3)
 
(3) Organisée par BlueSign, Seanergy est la Convention internationale des Energies Marines Renouvelables, qui réunira, les 22 et 23 mars 2017 au Havre, 250 exposants et plus de 3 500 participants acteurs des EMR venus du monde entier.
 
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