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eaux usées - UNESCO

Les eaux usées : le nouvel or noir de la planète ?

Et si l’on cessait de considérer les eaux usées, qu’elles soient domestiques, industrielles ou agricoles, comme un problème ou un coût et qu’on les envisage comme une ressource ? C’est à ce changement d’optique qu’invite le dernier Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, « Les eaux usées, une ressource inexploitée », présenté ce 22 mars à Durban, Journée mondiale de l’eau, instituée par l’ONU et dont le thème cette année est « les eaux usées ». 
Face à la hausse constante de la demande, un recours plus systématique à une eau recyclée paraît inéluctable. 
 
Une goutte d’eau est flexible. Une goutte d’eau est puissante. Rien n'est plus nécessaire qu'une goutte d'eau.
L’eau est au cœur du développement durable. Les ressources en eau, ainsi que la gamme de services qu’elles peuvent rendre, contribuent à la réduction de la pauvreté, à la croissance économique et à la sauvegarde de l’environnement. De la nourriture et la sécurité énergétique à la santé humaine et environnementale, l’eau contribue à l’amélioration du bien-être social et à une croissance équitable, affectant les moyens de subsistance de milliards d’individus.
Nations Unies
 
La plupart des activités humaines qui utilisent de l’eau produisent des eaux usées. Étant donné que la demande d’eau dans son ensemble augmente, la quantité d’eaux usées produites, et leur charge polluante globale, sont en augmentation constante dans le monde entier. 
 
Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, Héraclite aurait affirmé « le changement est la seule constante de la vie ». Aujourd’hui, ce constat est plus que jamais valable. Au fur et à mesure que les populations et les implantations urbaines croissent, nos besoins augmentent également, transformant nos sociétés et notre planète devant nos yeux.
 
L’édition 2017 du Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau examine la question des eaux usées et de leur potentiel en tant que ressource durable. L'ONU met en lumière le thème des eaux usées et les différents moyens de les réduire et les réutiliser. Pas moins de 80% des eaux usées provenant des lieux d'habitation, des villes, de l'industrie et de l'agriculture sont rejetées dans la nature, polluant l'environnement et appauvrissant les sols.
La collecte, le traitement et la réutilisation des eaux usées doivent être améliorés. Dans le même temps, nous devons réduire la quantité d'eaux usées que nous produisons afin de protéger l'environnement et nos ressources en eau.
L'objectif de développement durable n°6 - Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau - a notamment pour cible de réduire de moitié la proportion d’eaux usées non traitées et d'augmenter considérablement à l'échelle mondiale le recyclage et la réutilisation sans danger de l'eau.
 
Toutefois, les conclusions du Rapport indiquent l’ampleur de la tâche qui nous attend : « À travers le monde, l’essentiel des eaux usées n’est ni collecté ni traité. En outre, la collecte des eaux usées en elle-même n’est pas synonyme du traitement des eaux usées. Très souvent, les eaux usées collectées sont simplement déchargées directement dans l’environnement sans aucun traitement. Les eaux de ruissellement agricole ne sont presque jamais collectées ou traitées, raison pour laquelle il n’existe pratiquement pas d’indicateurs de mesure relatifs à ces types d’eaux usées ».
 
Dans tous les pays, à l’exception des plus développés, la grande majorité des eaux usées sont directement rejetées dans l’environnement, sans traitement adéquat, ce qui a des effets néfastes sur la santé humaine, la productivité économique, la qualité des ressources d’eau douce environnementales, et les écosystèmes.
Bien que les eaux usées soient un élément clé du cycle de gestion de l’eau, l’eau, après avoir été utilisée, est trop souvent considérée comme un fardeau à éliminer ou une gêne à ignorer. Les résultats de cette négligence sont à présent évidents. Les impacts immédiats, et notamment la détérioration des écosystèmes aquatiques et les maladies d’origine hydrique causées par un approvisionnement en eau douce contaminée, ont des répercussions importantes sur le bien-être des communautés et les moyens de subsistance des individus. L’incapacité persistante à considérer les eaux usées comme un problème social et environnemental majeur pourrait compromettre d’autres efforts déployés en vue de réaliser l’Agenda 2030 pour le développement durable.
 
Face à la demande en augmentation constante, les eaux usées prennent de l’ampleur en tant que source d’eau alternative fiable, modifiant ainsi le paradigme de la gestion des eaux usées de « traitement et élimination » à « réutilisation, recyclage et récupération de ressources ». À cet égard, les eaux usées ne sont plus considérées comme un problème en quête de solution, mais plutôt comme une partie de la solution aux défis auxquels les sociétés doivent faire face aujourd’hui. Les eaux usées peuvent également être une source rentable et durable d’énergie, de nutriments, et d’autres produits dérivés utiles.
 
Les bénéfices potentiels de l’extraction de ces ressources à partir des eaux usées dépassent de loin la santé humaine et de l’environnement, et ont des implications sur la sécurité alimentaire et énergétique ainsi que sur l’atténuation du changement climatique. Dans un contexte d’économie circulaire, dans laquelle le développement économique est en équilibre avec la protection des ressources naturelles et le développement durable, les eaux usées représentent une ressource largement disponible et précieuse. Les perspectives sont indéniablement optimistes, si les actions sont prises dès à présent.
« Les eaux usées représentent une ressource précieuse dans un monde où l’eau douce disponible est limitée et la demande en hausse », déclare Guy Rider, Président de l’ONU-Eau et Directeur général de l’Organisation internationale du travail. « Chacun doit faire sa part pour atteindre l’Objectif de développement durable consistant à diviser par deux le niveau des eaux usées non traitées et promouvoir la réutilisation d’une eau sûre d’ici 2030. Il s’agit de gérer l’eau avec soin et de recycler celle qui est rejetée par les ménages, les usines, les fermes et les villes. Nous devons tous recycler davantage les eaux usées pour satisfaire les besoins d’une population en augmentation et préserver les écosystèmes ». 
 
« Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2017 montre que la gestion améliorée des eaux usées implique aussi bien la réduction de la pollution à la source que l’élimination de contaminants des flux d’eaux usées, la réutilisation des eaux récupérées et la récupération de sous-produits utiles […]. Il est donc essentiel d’accroître l’acceptation sociale de l’utilisation des eaux usées afin de favoriser le progrès dans ce sens », a déclaré la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova.

Un enjeu pour la santé et l’environnement

Aujourd’hui encore, une bonne part des eaux usées est rejetée dans la nature sans être ni collectée ni traitée. En moyenne, les pays à revenu élevé traitent environ 70% des eaux résiduelles municipales et industrielles qu’ils produisent. Ce pourcentage tombe à 38% dans les pays à revenu intermédiaire supérieur, et à 28% dans les pays à revenu intermédiaire inférieur. Dans les pays à faible revenu, seuls 8% de ces eaux usées subissent un traitement, quel qu’il soit. Ces estimations vont dans le sens de l’appréciation souvent citée selon laquelle il est probable que plus de 80% des eaux usées du monde soient rejetées sans traitement. De fait, dans de nombreuses régions, des eaux chargées de bactéries, de nitrates, de phosphore ou de solvants se déversent dans les cours d’eau, les lacs et pour finir, dans les océans, avec des conséquences graves pour l’environnement et la santé humaine.
 
Dans les pays à revenu élevé, ce qui motive le recours à des traitements de pointe des eaux usées, c’est soit le maintien de la qualité de l’environnement, soit l’apport d’une source d’eau alternative pour faire face au manque d’eau. Cependant, l’émission d’eaux usées non traitées demeure une pratique courante, surtout dans les pays en voie de développement, en raison du manque d’infrastructures, de capacités techniques et institutionnelles, et de financement.
Or le volume des eaux à traiter devrait encore augmenter de manière significative dans les années à venir, notamment dans les villes à forte croissance démographique des pays en développement. « Le traitement des eaux usées, estiment les auteurs du Rapport, est l’un des plus grands défis associés au développement de l’habitat informel (bidonvilles) dans le monde en développement » (p.56). Une ville comme Lagos, au Nigéria, produit chaque jour 1,5 million de m3 d’eaux usées qui sont pour l’essentiel déversées sans traitement dans la lagune de la ville. L’augmentation de la population, qui devrait atteindre 23 millions de personnes en 2020, rend une telle situation explosive.
 
La pollution aux pathogènes, issus des déjections humaines ou animales, affecte près d’un tiers des rivières en Amérique latine, en Asie et en Afrique, mettant la vie de millions de personnes en danger. En 2012, 842 000 décès étaient liés à une eau contaminée et des installations sanitaires inadaptées dans les pays à faible et moyen revenu. L’absence de traitement favorise aussi la propagation de certaines maladies tropicales telles que la dengue et le choléra.
 
Les solvants et autres hydrocarbures produits par les activités industrielles et minières ainsi que les rejets de nutriments (azote, phosphore et potassium) issus de l’agriculture intensive et des déchets animaux accélèrent l’eutrophisation des sources d’eau douce et les aires marines. On estime aujourd’hui à 245 000 km² la superficie des écosystèmes marins affectés par ce phénomène. Le déversement de ces eaux polluées favorise également la prolifération des algues nuisibles qui ont pour effet un recul de la biodiversité.
 
Le rejet de polluants tels que les hormones, les antibiotiques, les stéroïdes ou les perturbateurs endocriniens pose de nouveaux problèmes dans la mesure où ils sont rarement contrôlés et leur impact sur l’environnement et la santé mal connu.

LIRE AUSSI : "Antibiorésistance et environnement" du Ministère de l'environnement - Février 2017

Dévastatrice pour l’environnement, la pollution a aussi pour effet de réduire la disponibilité en eau douce alors que les pressions sur cette ressource s’accentuent, notamment sous l’effet du changement climatique.
Or l’intérêt des décideurs s’est jusqu’ici porté avant tout sur l’approvisionnement en eau plutôt que sur sa gestion après son utilisation. Les deux aspects sont pourtant indissociables. La collecte, le traitement et la réutilisation de l’eau sont au fondement même d’une économie circulaire, conciliant développement économique et utilisation durable des ressources. L’eau recyclée représente une ressource encore largement sous-exploitée qui peut être réutilisée de très nombreuses fois. Aux Etats-Unis, on estime ainsi que l’eau des plus grands fleuves qui traversent le pays a été utilisée vingt fois avant d’atteindre la mer.
 

Des égouts jusqu’au robinet

Dans un contexte d’économie circulaire, dans laquelle le développement économique est en équilibre avec la protection des ressources naturelles et le développement durable, les eaux résiduaires constituent une ressource largement disponible et précieuse.
C’est dans l’agriculture que l’utilisation des eaux usées est aujourd’hui la plus répandue. En plus d’améliorer la sécurité alimentaire, la réutilisation de l’eau pour l’agriculture peut apporter des bénéfices considérables, et notamment une nutrition améliorée.
Même si les données sont lacunaires dans certaines régions, notamment en Afrique, on recense au moins 50 pays dans le monde qui la pratiquent sur une superficie estimée à 10% de toutes les terres irriguées.
 
Au cours des cinquante dernières années, les surfaces irriguées ont plus que doublé, le cheptel total a plus que triplé, et l’aquaculture en eaux intérieures a été multipliée plus de vingt fois. La pollution hydrique en provenance de l’agriculture se produit quand les engrais (nutriments) et autres produits agrochimiques sont appliqués de façon plus abondante que ce que les cultures peuvent absorber, ou quand ils sont emportés par la pluie. Des systèmes d’irrigation efficaces peuvent considérablement réduire les pertes d’eau et d’engrais. Les nutriments peuvent également être émis par la production de bétail et l’aquaculture.
 
L’agriculture peut être une source de nombreux autres types de polluants, et notamment la matière organique, les agents pathogènes, les métaux et des contaminants émergeants. Au cours des 20 dernières années, de nouveaux polluants agricoles sont apparus, tels que les antibiotiques, les vaccins, les facteurs de croissance et les hormones, qui peuvent être émis par les élevages et les exploitations d’aquaculture. Si elles sont traitées de façon adéquate et appliquées en toute sécurité, les eaux usées domestiques sont une source précieuse d’eau et de nutriments. En plus d’améliorer la sécurité alimentaire, la réutilisation de l’eau pour l’agriculture peut apporter des bénéfices considérables à la santé humaine et animale, et notamment une nutrition améliorée.
Le défi consiste donc à passer de l’irrigation informelle à une utilisation planifiée et sécuritaire, comme c’est le cas en Jordanie depuis 1977 : 90% des eaux usées traitées y sont utilisées pour l’irrigation. En Israël, près de la moitié des terres irriguées le sont avec une eau recyclée. La recharge artificielle d’aquifères (1) avec des eaux usées est déjà développée depuis une vingtaine d’années sur le pourtour méditerranéen, en particulier en Israël donc, et en Australie, dans des secteurs soumis à un stress hydrique important, comme l'explique un article du journal La Croix en 2016 : l’eau est réinjectée dans le sous-sol par filtration naturelle, via des bassins, ou directement par des puits, quand l’évaporation est très importante. L’intérêt est de pouvoir stocker dans le sous-sol cette eau, qui n’est ainsi pas reprise par l’évaporation en surface et peut être réutilisée par la suite, pour de l’arrosage, de l’irrigation agricole, voire pour de l’eau potable. C’est une manière active de gérer le cycle de l’eau et de l’optimiser.
 
Un projet d’irrigation des terres agricoles au moyen d’eaux usées traitées est en cours de réalisation à Oujda-Angad, au Maroc : construction d’une station pour la réutilisation des eaux usées à des fins agricoles, laquelle permettra de traiter quelque 40.000 m3 par jour. Cette eau servira à l’irrigation de près de 1500 ha de terres agricoles et bénéficiera à plus de 245 agriculteurs et la plantation de 750 ha en oliviers et autant en plantes fourragères.
 
 
L’utilisation des eaux usées municipales est un modèle courant dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, en Australie, et en Méditerranée, ainsi qu’en Chine, au Mexique et aux États-Unis. La pratique a connu un franc succès dans les zones urbaines et périurbaines, où les eaux usées sont facilement disponibles, gratuites en général, et où il existe à proximité un marché pour les produits agricoles.
 
Dans le domaine industriel, de grandes quantités d’eau peuvent également être réutilisées, par exemple dans les processus de refroidissement ou de chauffage, au lieu d’être rejetées dans l’environnement. En 2020, on estime que le marché du traitement des eaux industrielles devrait augmenter de 50%.
Même si la pratique est plus marginale, l’eau traitée peut aussi servir à alimenter le réseau d’eau potable. La capitale de la Namibie, Windhoek, en fait l’expérience depuis 1969. Pour faire face aux pénuries récurrentes, la ville a mis en place des infrastructures qui traitent jusqu’à 35% des eaux usées qui viennent ensuite alimenter les réserves d’eau potable. Les habitants de Singapour ou de la ville de San Diego (Etats-Unis) boivent également une eau recyclée.
Un tel processus peut rencontrer la résistance des populations, réticentes à l’idée de boire une eau considérée comme souillée. Un projet de réutilisation de l’eau pour l’irrigation et les fermes aquacoles en Egypte, mis en place dans les années 1990, a ainsi échoué faute de soutien de la population. Des campagnes de sensibilisation peuvent contribuer à l’adoption de telles pratiques par le grand public en s’appuyant sur des expériences réussies comme le recyclage des eaux usées par les astronautes de la Station spatiale internationale.
 
(1) L’aquifère le contenant des eaux souterraines, la nappe étant le contenu.

Un gisement de matières premières

Alternative à l’eau fraîche, les eaux usées constituent aussi un gisement potentiel de matières premières. L’évolution des techniques de traitement permet désormais de récupérer certains nutriments, comme le phosphore et les nitrates, dans les eaux d’égouts ou les boues d’épuration. On estime que 22% de la demande mondiale en phosphore pourrait être satisfaite grâce au traitement des urines et des excréments humains. Déjà, certains pays, comme la Suisse, imposent la récupération de certains nutriments comme le phosphore.
Selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), 25 % des terres cultivées dans le monde se caractérisent aujourd’hui par une activité biologique dégradée. La transformation des boues d’épuration en engrais organique ou leur épandage sur les champs présentent donc un intérêt indéniable.
Les eaux usées et les boues d’épuration peuvent aussi servir à produire de la chaleur, de l’électricité et des combustibles en se substituant aux carburants d’origine fossile (pétrole, gaz, charbon), leur pouvoir calorifique étant identique à celui du bois.
Elles peuvent par ailleurs être recyclées dans l’industrie, notamment dans trois principaux secteurs d’activité : l’industrie de la céramique, la cimenterie et les unités de valorisation énergétique.
Le parc industriel China Singapore de Suzhou (Chine) fonctionne sur ce principe. La structure génère jusqu’à 300 tonnes de boues par jour. Grâce à la technologie de séchage Innodry créée par Degrémont, ces éléments sont valorisés sous forme de combustible pour la centrale électrique du parc. Un système de récupération de chaleur permet ensuite de réutiliser cette énergie dans le processus de traitement. 
 
Les eaux usées peuvent également être réutilisées pour chauffer ou refroidir des bâtiments. La technologie Degrés Bleus développée par Lyonnaise des Eaux, filiale de Suez Environnement, permet ainsi de récupérer les calories des eaux usées pour rafraîchir ou chauffer tout type de bâtiments. Cette technologie est notamment déployée au Palais de l’Élysée et ses annexes à Paris. Résultat : une réduction de la consommation d’énergie fossile de 63 % par an et une diminution des émissions de CO2 de 206 tonnes par an.
 
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Autre exemple : En Chine, SUEZ a remporté un contrat pour la gestion des eaux du parc industriel de Shanghai, pour lequel il a mis au point une technique de zone humide végétalisée. Baptisée "Zone Libellule®", elle sera constituée de plusieurs centaines d'espèces de plantes choisies pour leurs capacités épuratoires et assurera l’affinage des eaux usées traitées en sortie de la station d’épuration exploitée par SUEZ.
 
La production de biogaz est également envisageable à partir de l’énergie chimique contenue dans les substances organiques des eaux usées. Au Japon, le gouvernement s’est donné comme objectif la récupération de 30% d’énergie à partir des eaux usées d’ici 2020. La ville d’Osaka produit chaque année 6500 tonnes de carburant biosolide à partir des 43 000 tonnes de boues d’épuration.
 
 
Si de telles technologies avancées sont hors de portée des pays en développement, des solutions de traitement à bas coût existent. Elles ne permettent pas d’obtenir une eau potable mais peuvent produire une ressource valable pour d’autres usages, comme l’irrigation. Par ailleurs, la vente des matières premières issues des eaux usées est un moyen de faire baisser davantage les coûts de traitement de l’eau.
 
Aujourd’hui encore, 2,4 milliards de personnes ne disposent pas d’accès à une installation sanitaire améliorée. Réduire ce nombre, conformément à l’objectif de développement durable n°6 sur l’eau et l’assainissement, inscrit dans l’agenda 2030 des Nations Unies, se traduira par le déversement de d’avantage d’eaux usées qui devront faire l’objet d’un traitement. Le mouvement paraît donc inéluctable.
Déjà, le recours à une eau traitée comme alternative à l’eau fraîche gagne du terrain. En Amérique latine, le traitement des eaux usées a pratiquement doublé depuis la fin des années 1990 et couvre désormais entre 20 et 30% des eaux usées collectées dans les réseaux urbains d’égout.

Créer un environnement favorable au changement

Le traitement amélioré des eaux résiduaires, l’augmentation de la réutilisation de l’eau, et la récupération de produits dérivés utiles favorisent la transition vers une économie circulaire, en contribuant à la réduction des prélèvements d’eau et à la perte de ressources dans les systèmes de production et les activités économiques.
 
Cadres règlementaires et légaux adaptés
Un cadre règlementaire efficace exige que l’autorité de mise en œuvre ait la capacité technique et de gestion, et agisse de façon indépendante, avec des pouvoirs suffisants pour faire appliquer les règles et les lignes directrices. La transparence et l’accès à l’information encouragent le respect, en favorisant la confiance entre les utilisateurs quant aux processus de mise en œuvre et d’application.
Pour accomplir des progrès, une approche souple et progressive sera nécessaire. Les instruments politiques et règlementaires doivent être mis en œuvre au niveau local, et doivent être adaptés aux différentes circonstances. Il est donc important qu’un soutien politique, institutionnel et financier soit accordé aux initiatives ascendantes, et à la fourniture locale (c.-à-d. décentralisée) de services de gestion des eaux résiduaires à petite échelle.
 
Comme l’explique actu-environnement, c’est l'Organisation mondiale de la santé (OMS) la première qui a publié des recommandations pour la REUT (réutilisation des eaux usées traitées) pour l'irrigation en 1989. En 1991, le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France (CSHPF) publiait ses propres recommandations pour la France en fixant des conditions de distance des lieux d'habitations, des zones de loisirs et de la voirie et une restriction de l'arrosage aux heures hors fréquentation du public, restreignant ainsi les possibilités. Un décret a été publié en 1994 mais l'arrêté d'application n'a été publié qu'en… 2010 ! Il aura fallu en effet attendre la loi Grenelle 1 pour que soit relancée cette pratique. L'article 27 prévoit que "la récupération et la réutilisation des eaux pluviales et des eaux usées seront développées dans le respect des contraintes sanitaires en tenant compte de la nécessité de satisfaire les besoins prioritaires de la population en cas de crise".
En France, aujourd’hui, 65 installations fonctionnent sur l’ensemble du territoire, essentiellement à destination de l'arrosage des terres agricoles, des espaces verts urbains et des golfs.
 
Il est également nécessaire d’avoir de nouvelles règlementations concernant la réutilisation de l’eau et la récupération des produits dérivés des eaux résiduaires. La législation sur les normes de qualité pour ces produits est souvent rare ou inexistante, ce qui crée des incertitudes sur le marché qui peuvent décourager les investissements. Les marchés pour ces produits pourraient être encouragés par des mesures d’incitation financière ou légale (p. ex. le mélange obligatoire de phosphates récupérés dans les engrais artificiels).
 
La récupération des coûts et les mécanismes de financement appropriés
La gestion des eaux résiduaires et l’assainissement sont généralement considérés comme étant couteux et exigeant beaucoup de capital. Le problème est accentué par un manque chronique d’investissements pour le développement de capacités institutionnelles et humaines. Cependant, le coût des investissements inadéquats dans la gestion des eaux résiduaires est beaucoup plus élevé, surtout si on prend en considération les dommages directs et indirects à la santé, au développement socio-économique et à l’environnement.
De nombreux modèles économiques différents ont été mis en place, dans lesquels les coûts et la valeur récupérés offrent un avantage considérable du point de vue financier. Cependant, les revenus provenant de la vente d’eaux résiduaires traitées ne suffisent pas, en général, à couvrir les coûts d’exploitation et de maintenance de l’usine de traitement de l’eau. La récupération des nutriments (principalement phosphore et azote) et d’énergie peut représenter une nouvelle valeur ajoutée significative pour améliorer la proposition de récupération de coûts. Bien que les revenus de l’utilisation des eaux usées et de la récupération de ressources puissent ne pas toujours couvrir les coûts supplémentaires, les bénéfices provenant des investissements dans la réutilisation de l’eau peuvent tout à fait être comparés avec le coût des barrages, du dessalement, des transferts entre bassins, et d’autres alternatives pour augmenter la disponibilité de l’eau. Même lorsqu’elle est amenée jusqu’au robinet, l’eau potable demeure, en général, sous-estimée et sous-tarifée si on la compare au coût total du service.
Les eaux usées traitées doivent, quant à elles, avoir un prix plus bas que l’eau potable afin d’être acceptées par les citoyens. Établir un prix pour l’eau, toutes sources confondues, afin de mieux refléter ses coûts réels, favorise les investissements qui peuvent se traduire par une fourniture de service abordable tous les membres de la société, y compris les plus pauvres.
 
Réduire au minimum les risques pour les personnes et l’environnement
Les rejets d’eaux usées non traitées peuvent avoir de graves effets sur la santé humaine et l’environnement, et notamment des épidémies de maladies vectorielles transmises par l’alimentation et l’eau, ainsi que la pollution et la perte de diversité biologique et des services des écosystèmes.
L’exposition de groupes vulnérables, notamment les femmes et les enfants, à des eaux usées partiellement traitées ou non traitées, exige une attention particulière. Une connaissance limitée des risques pour la santé, associés à l’utilisation d’eaux résiduaires, en raison de la pauvreté et d’une éducation déficiente, contribue à accentuer ces risques, notamment dans les pays en voie de développement. À chaque fois que l’exposition humaine est considérée comme étant probable (p. ex. par l’alimentation ou par contact direct), des mesures de gestion des risques plus strictes doivent être prises.
 
Mieux informer pour comprendre
Les données et les informations sur la production, le traitement et l’utilisation des eaux usées sont essentielles pour les décideurs politiques, les chercheurs, les praticiens et les institutions publiques, afin de mettre au point des plans d’action nationaux et locaux pour la protection de l’environnement et l’utilisation sure et productive des eaux résiduaires. Les connaissances concernant les volumes et, ce qui est peut-être encore plus important, les composants des eaux résiduaires sont des outils nécessaires pour la protection de la santé humaine et la sécurité de l’environnement.
Cependant, il y a un manque généralisé de données concernant quasiment tous les aspects de la qualité de l’eau et de la gestion des eaux résiduaires, notamment dans les pays en voie de développement. Des recherches sont nécessaires afin de mieux comprendre la dynamique de l’apparition de polluants, et d’améliorer les méthodes d’élimination de ces polluants des eaux usées.
Il est également essentiel de comprendre la façon dont les facteurs externes tels que le changement climatique affecteront la gestion des eaux usées. Dans l’optique d’améliorer la gestion des eaux usées, il est essentiel de s’assurer que les niveaux appropriés de capacités humaines sont mis en place. On manque souvent de capacités organisationnelles et institutionnelles dans le secteur de la gestion des eaux usées, et par conséquent, tous les investissements, qu’il s’agisse de systèmes centralisés de gestion des eaux usées à grande échelle ou de systèmes plus petits in situ, sont en jeu.
 
Sensibilisation du public et acceptation par la société
Même si les projets concernant l’utilisation des eaux résiduaires sont bien conçus du point de vue technique, semblent réalisables du point de vue financier, et intègrent des mesures de sécurité adéquates, les systèmes de réutilisation de l’eau peuvent échouer si les planificateurs ne prennent pas bien en considération la dynamique de l’acceptation sociale.
L’utilisation d’eaux résiduaires se heurte souvent à une forte résistance de l’opinion publique, en raison d’un manque de sensibilisation et de confiance face aux risques pour la santé humaine. La sensibilisation et l’éducation sont les principaux instruments pour dépasser les barrières sociales, culturelles et de consommation.
 
Des campagnes de sensibilisation doivent être adaptées aux consommateurs venant de milieux culturels et religieux différents. Les risques pour la santé associés à la réutilisation de l’eau doivent être évalués, gérés, contrôlés et notifiés régulièrement afin d’obtenir l’acceptation du public, et de maximiser les avantages de l’utilisation des eaux résiduaires tout en réduisant au minimum les impacts négatifs. Dans le cas de l’eau potable (p. ex. la réutilisation de l’eau potable), de vastes campagnes d’information sont nécessaires pour construire la confiance dans le système et dépasser la répulsion du « facteur beurk «.
 
L'exemple de la Suisse est rassurant : Dans les années 1950, les eaux suisses étaient encore fortement polluées par les eaux usées provenant des villes et de l'industrie. Il n'était pas rare de voir des panneaux "Bain interdit - Eau polluée" au bord des lacs, indique l'Office fédéral de l'environnement dans un dossier publié à l'occasion de la Journée de l'eau mercredi 15 mars. Le monde politique a empoigné le problème et investit depuis des milliards dans la construction de canalisations et de stations d'épuration. Aujourd'hui, le réseau de canalisations atteint 130 000 kilomètres, soit trois fois le tour de la Terre, et le pays compte 800 STEP.
 
Dans un monde où la demande d’eau douce est en augmentation constante, et où les ressources hydriques limitées subissent de plus en plus de stress dû aux prélèvements excessifs, à la pollution et au changement climatique, négliger les opportunités que recèle la gestion des eaux résiduaires est tout simplement impensable, dans un contexte d’économie circulaire.
 
Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau est le fruit de la collaboration des 31 entités des Nations Unies et des 37 partenaires internationaux qui constituent l’ONU-Eau. Jusqu’en 2012, le rapport, qui dressait un état des lieux exhaustif de l’état des ressources en eau dans le monde, était présenté tous les trois ans. Il est depuis 2014 annuel et thématique. Sa présentation coïncide désormais avec la Journée mondiale de l’eau dont la thématique est alignée sur celle du rapport.
Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau est un rapport de l’ONU-Eau coordonné par le Programme mondial d’évaluation des ressources en eau de l’UNESCO.
 
 
 
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transition énergétique

" Energies Marines : pourquoi la France peut gagner ! "

Eolien offshore, hydrolien, éolien flottant, houlomoteur, énergie thermique des mers, climatisation … Les technologies d’énergies marines se multiplient depuis quelques années, entrainant avec elles toute une filière industrielle innovante. Une filière en devenir, qui arrive aujourd’hui dans une phase clé de sa structuration, avec l’aboutissement de ses premiers projets et l’éclosion de ses premiers champions.
Alors, quelle sera la place de la France sur ce nouveau marché ? Saurons-nous profiter de la manne annoncée, soit un marché mondial de plus de 53 milliards d’euros par an à horizon 2050 (1) ? Une chose est sure, nous avons aujourd’hui toutes les cartes en main pour prendre le large !

Notre atout stratégique ? Le duo ressource naturelle et savoir-faire technique

On ne le rappellera jamais assez : la France dispose, en matière d’Energies Marines Renouvelables (EMR), d’un double potentiel géographique et industriel que peu de pays dans le monde peuvent revendiquer.
Sur l’aspect géographique, nous bénéficions, avec plus de 11 millions de km² de surface maritime, du 2ème domaine maritime au Monde, réparti sur trois façades maritimes au centre de l’Europe (Manche-Mer du Nord, Atlantique et Méditerranée) et une présence dans tous les Océans du monde, grâce à la part non négligeable de l’ultramarin. Sur la dimension industrielle, nous sommes reconnus dans le monde entier pour notre expertise dans des domaines de compétences clés des EMR : l’énergie, l’Oil & Gas, le naval, les matériaux composites ou encore les installations en mer.
Ajoutez à cela que nous disposons de zones portuaires particulièrement accueillantes et adaptées à l’implantation d’infrastructures industrielles de pointe, et vous comprendrez pourquoi il convient d’être optimiste sur la capacité de la France à tirer son épingle du jeu sur les énergies marines.

Notre carte maitresse ? Le soutien de l’Etat, via des dispositifs agiles et efficaces

Les énergies marines sont par ailleurs un secteur sur lequel la France a su faire preuve d’une grande agilité, de sorte que nous bénéficions aujourd’hui d’un contexte institutionnel particulièrement favorable, et ce bien que nous n’ayons pas d’installation opérationnelle à ce jour. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle se déroule dans un calendrier politique complexe, avec des échéances électorales d’habitude peu propices à l’émergence industrielle consensuelle.
 
Ainsi, la recherche et développement, soutenue par le programme des investissements d’avenir, a désormais trouvé sa stabilité au service des technologies innovantes et avec une visibilité pluriannuelle pour nos laboratoires de recherche. Les appels à projets successifs de l’Agence Nationale de la Recherche et de l’ITE France Energies Marines connaissent leurs premiers résultats, et la France montre la voie dans le domaine de la recherche de méthode de caractérisation de sites, d’impacts environnementaux ou d’outils de conception des technologies.
Les sites pilotes dans le domaine de l’hydrolien ou de l’éolien offshore flottant ont eux aussi le soutien de l’Etat et de l’ADEME, par la mobilisation du même programme financier, qui vise à faire émerger des consortiums dont le franchissement crucial de l’étape de démonstration vers l’étape d’industrialisation propulsera la vocation mondiale. L’attribution récente de quatre projets ambitieux de fermes pilotes d’éoliennes flottantes (Faraman, Leucate, Gruissan, Groix) témoigne de ce dynamisme, qui fait déjà des émules en Asie du sud-est, où la France multiplie ses actions stratégiques de collaborations économiques.
 
Le développement commercial de la filière pourra par ailleurs être boosté par la concrétisation de la fourchette haute des objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie, dont les attentes de la profession sont de 21 000 MW à l’horizon 2030. Les énergies de la mer y trouvent une part non marginale avec des objectifs de 8 000 MW de capacités à l’horizon 2023 dans les différentes technologies (éolien posé et flottant, hydrolien…), qui viendront s’ajouter aux 3 000 MW actuellement attribués sur six parcs éoliens offshore français (Tréport, Fécamp, Courseulles-sur-Mer, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire, Iles d’Yeu et de Noirmoutier), dont les mises en service sont attendues pour 2020 – 2023.
 
Cette planification pluriannuelle, assortie d’une planification spatiale en préparation, est la clé de la visibilité sur les volumes et les calendriers tant attendus des industriels, qui demandent depuis de nombreuses années à l’Etat de progresser dans la méthode d’attribution des fermes commerciales. Dans cette même veine, la mise en oeuvre du nouveau dispositif de « dialogue concurrentiel », assorti d’une phase préalable de « derisquage » des zones d’implantation, en cours d’expérimentation sur le 3ème appel d’offres éolien en mer, est regardé avec beaucoup d’attention.

Notre enjeu ? Concrétiser notre ambition, en France comme à l’export

La stratégie d’avoir soutenu les industriels et encouragé les technologies françaises porte aujourd’hui ses fruits, et contribue à créer des champions des énergies de la mer qui gagnent dès maintenant des marchés à l’export.
Ainsi, et même si l’on ne peut ignorer le retard opérationnel pris en France métropolitaine pour l’installation de sites EMR, les technologies et savoir-faire français s’exportent dans tous les océans du monde : ingénierie, industrie, développement de projet, sous-ensembles stratégiques de la chaine de valeur. Et les premières usines ligériennes tiennent et tiendront leurs volumes grâce aux marchés gagnés à l’export.
La multiplication des fermes pilotes et projets concrets au large de nos côtes dans les années à venir devrait par ailleurs permettre de pérenniser ces développements, tout en créant les milliers d’emplois attendus ; soient 10 000 pour les seuls parcs éoliens offshore d’ici à 2020, selon le Syndicat des Energies Renouvelables (SER) (2).
 
Autant de signaux positifs démontrant que l’ambition technologique et industrielle française en matière d’énergies marines est « réaliste », et qui confirment la naissance d’une nouvelle filière prometteuse, alliant performance économique et efficacité environnementale, au service de la transition énergétique.
 
Marc Lafosse, Océanographe, Président du Cabinet d’ingénierie Energie de la LuneOrganisateur de la Convention Seanergy (3)
 
(3) Organisée par BlueSign, Seanergy est la Convention internationale des Energies Marines Renouvelables, qui réunira, les 22 et 23 mars 2017 au Havre, 250 exposants et plus de 3 500 participants acteurs des EMR venus du monde entier.
 
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biocarburants

Première mondiale : production d’ETBE entièrement renouvelable

Global Bioenergies annonce aujourd’hui avoir produit de l’ETBE entièrement renouvelable pour la première fois de l’histoire, et ouvre ainsi une nouvelle voie pour l’incorporation d’une plus grande proportion de biocarburants dans l’essence. 
 
L'incorporation dans l’essence des biocarburants traditionnels est limitée par les normes du fait de leurs propriétés physiques et chimiques : par exemple la norme française limite la proportion d’éthanol à 5% dans le SP95 et le SP98 et à 10% dans le SP95-E10.
Ce type de limitation se rencontre dans la plupart des Etats dans le monde, et est usuellement dénommé « mur de mélange ». Franchir ce « mur de mélange » devient nécessaire de façon à permettre aux biocarburants de prendre une place plus importante à l’avenir. Le développement de la production des biocarburants en France répond à l'objectif prioritaire de lutte contre la pollution de l'air. En outre, il offre de nouveaux débouchés pour les productions agricoles et contribue à la réduction de la facture énergétique de la France.
 
Global Bioenergies offre aujourd'hui un nouveau moyen de franchir ce mur de mélange sous la forme de l’ETBE entièrement renouvelable.
Traditionnellement, L’ETBE (ethyl-tert-butyl-ether) partiellement renouvelable s'obtient en combinant une molécule d’éthanol renouvelable avec une molécule d’isobutène fossile, suivant un procédé simple et éprouvé,  produit à partir de blé et de betteraves, incorporable dans le supercarburant sans plomb sous forme d'Ethyl Tertio Butyl Ether (ETBE).
Il sert comme additif dans l’essence - jusqu’à 23% - et le marché mondial de ce produit est aujourd’hui de plus de 3 millions de tonnes par an, soit plus de 2 milliards d’euros.
 
La nouveauté consiste ici à utiliser ce même procédé pour combiner l’éthanol renouvelable à de l’isobutène lui aussi renouvelable, obtenu par la technologie de Global Bioenergies. Cet ETBE entièrement renouvelable permettra d’incorporer 2,7 fois plus d’énergie renouvelable dans l’essence que les biocarburants traditionnels, et permettra aussi de réduire encore les émissions atmosphériques de gaz à effet de serre.
"Les carburants tels que le SP95 ou le SP98 sont des cocktails constitués de plusieurs types d’essences avec des caractéristiques différentes. Offrir de nouveaux biocarburants avec des caractéristiques proches de celles des essences permettra d’incorporer plus d’énergie renouvelable, tout en respectant les normes est vigueur. Il est essentiel de nous préparer à l’épuisement des ressources fossiles et de réduire dès maintenant la quantité de gaz à effet de serre libérée dans l’atmosphère. " déclare Bernard Chaud, Directeur de la stratégie industrielle de Global Bioenergies, dans un communiqué.
 
Daniela Pufky-Heinrich, Chef de Projet à l’institut Fraunhofer CBP, précise : "Nous avons utilisé de l’éthanol fermentaire commercial et de l’isobutène renouvelable produit par Global Bioenergies, lequel s’avère correspondre parfaitement aux spécifications requises pour cette réaction. Nous sommes fiers d’avoir été sélectionnés pour réaliser ce premier lot d’ETBE 100% renouvelable, qui pourrait changer la donne dans le domaine des carburants. "
 
Cette première production d’ETBE entièrement renouvelable a été réalisée avec le concours financier du ministère fédéral allemand de l’éducation et de la recherche (BMBF). Une action en corrélation avec la demande faite le 25 janvier dernier par les producteurs allemands et français à la Commission européenne de maintenir des objectifs d’incorporation obligatoire des biocarburants de première génération dans la directive sur les énergies renouvelables post-2020.
 
Global Bioenergies est l’une des rares sociétés au monde et la seule en Europe à développer un procédé de conversion de ressources renouvelables en hydrocarbures par fermentation. La société s’est focalisée dans un premier temps sur la fabrication biologique d’isobutène, une des plus importantes briques élémentaires de la pétrochimie qui peut être convertie en carburants, plastiques, verre organique et élastomères. Global Bioenergies continue d’améliorer les performances de son procédé, mène des essais sur son unité pilote, a démarré les opérations de son démonstrateur industriel en Allemagne et prépare la première usine de pleine taille au travers d’une Joint-Venture avec Cristal Union nommée IBN-One. La société a également répliqué ce premier succès au propylène et au butadiène, deux autres molécules de la famille des oléfines gazeuses qui constituent le coeur de l’industrie pétrochimique.
 
Philippe Marlière, co-fondateur et partenaire de Global Bioenergies, ajoute : "La conversion en ETBE totalement renouvelable vient compléter nos précédents succès concernant la conversion d’isobutène renouvelable en produits chimiques, en matériaux et en isooctane-carburant. Cette multiplicité d’applications valide la stratégie qui nous a conduits à viser l'isobutène comme coeur de cible dès la fondation de notre entreprise, et renforce celle-ci dans sa stratégie innovante pour réformer l'énergétique globale."
 
Réformer... à condition que la Commission européenne revienne sur sa décision en décembre dernier de freiner le recours aux agrocarburants d'ici 2030. A suivre.
 
 
 
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transition écologique

L’Essec signe un partenariat avec le ministère de l’Environnement en faveur de la transition énergétique

En septembre 2016 était inauguré l’incubateur de la GreenTech Verte avec pour ambition de faire émerger des produits et services facilitant la transition écologique et énergétique. L’ESSEC Business School et le Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer ont signé ce mardi 31 janvier une convention de partenariat pour accompagner l’incubateur.
 
Le Ministère et L'Essec Business School ont signé ce mardi 31 janvier une convention de partenariat à l'occasion du Workshop #HackUrba dans les locaux du Numa. Ce partenariat sera porté opérationnellement par Julien Morel (directeur de l'incubateur Essec Ventures), Viviane de Beaufort (Directrice des Women Essec programmes), et par Matthieu Humbersot (Responsable de l'incubateur Green Tech verte - campus Ponts et Chaussées).

GreenTech Verte, le premier incubateur de start-ups écologiques créé par l’Etat pour la transition écologique et énergétique

Inauguré le 8 septembre dernier par Ségolène Royal à l'Ecole nationale des ponts et chaussées, l’incubateur de la GreenTech Verte (1) a pour ambition de faire émerger des produits et services facilitant la transition écologique et énergétique, en essayant de développer des pistes pour éviter les dépenses écologiques trop coûteuses et sensibiliser les Français à leur environnement.
Les projets numériques innovants relèvent les défis de huit secteurs clés. La valeur ajoutée de l’incubateur « GreenTech verte » sera aussi de développer des synergies et des passerelles pour créer un écosystème dynamique, maillant l’ensemble du territoire français. Le but du partenariat avec l’ESSEC est de fournir un continuum d’outils d’accompagnement et de financement adaptés à chaque entreprise sélectionnée.
 
« A ce jour, nous accompagnons plus de 100 startups engagées pour la transition écologique. Pour leur permettre de créer les emplois verts de demain, nous avons besoin de partenaires reconnus et capables de leur apporter l'expertise entrepreneuriale dont ils ont besoin » a déclaré Matthieu Humbersot, Responsable de l’incubateur Green Tech verte.

L’ESSEC, école pionnière dans l’accompagnement de l’entrepreneuriat en France

L’ESSEC est reconnue comme pionnière dans l’accompagnement de l’entrepreneuriat en France. En 2000 l’école ouvre ESSEC Ventures, le premier incubateur étudiant, à Cergy. Suivront la pépinière à La Défense et la création d’un fonds d’amorçage pour les startups. Aujourd’hui, ESSEC Ventures est largement reconnu pour ses résultats (385 entreprises accompagnées, 72% taux de pérennité à 5 ans, 3 M€ gérés par le fonds d’amorçage), son expertise et le vaste écosystème entrepreneurial développé dans le temps. Les programmes Women ESSEC portent l’expertise en matière de gender, entrepreneuriat au féminin et ESS.
 
« L'ESSEC a un ADN entrepreneurial. Les filières d’excellence bâties au sein d'ESSEC Ventures sont complétées par une approche transversale sur l'Entrepreneuriat Au Féminin et l'ESS ou l'ESSEC dispose d'une légitimité toute particulière. Fortes de ces atouts, il était naturel que le Centre d'excellence Entrepreneurship ESSEC participe à la dynamique collective de l'incubateur GreenTech verte du Ministère du Développement Durable. » déclare Viviane de Beaufort, Directrice des Women ESSEC programmes.

Un partenariat visant le partage de l’excellence

Dans le cadre de sa stratégie sectorielle visant la valorisation de ses filières d’excellences, l’ESSEC apportera à ce partenariat son expertise en matière d’entrepreneuriat à travers un plan d’accompagnement qui inclut des conférences thématiques (droit et fiscalité, ESS) et des ateliers d’experts (stratégie de communication et relations presse, réseaux sociaux, fonds d’amorçage et levée de fonds et la participation à des jurys). L’ESSEC complétera ainsi le portfolio de compétences nécessaire aux startups de la Greentech pour se développer.
Une collaboration est également prévue autour du dispositif des « chèques conseil » qui pourront être mobilisés par les startups. Les organismes du réseau scientifique et technique du ministère de l'environnement qui le souhaitent pourront intégrer le dispositif de l’ESSEC et participer à la montée en compétence de quelques porteurs de projets sur leurs sujets d'expertise.
 
 
(1)    Impulsée par Ségolène Royal, l'initiative Green Tech verte accompagne 106 projets d'entreprise en faveur de la transition écologique, sélectionnés lors de 2 appels à projets "jeunes pousses", d'un concours école et de hackathons, en leur permettant de rejoindre l'un de ses incubateurs. Les projets retenus reçoivent un double accompagnement entrepreneurial et environnemental. http://www.developpement-durable.gouv.fr/Greentech-verte.html
 
 
 
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energy observer

Energy Observer met le cap sur les énergies du futur

Naviguer à travers le monde en totale autonomie énergétique et sans émission de gaz à effet de serre ni de particules fines, c’est le défi que va relever toute l’équipe d’Energy Observer dès 2017. Propulsé aux énergies renouvelables et à l’hydrogène, grâce à la mixité énergétique, Energy Observer s’élancera de Paris pour un tour du monde inédit au service de la transition énergétique.
 
« Energy Observer est plus qu’un bateau, c’est un démonstrateur et un capteur de solutions. Il dessine un futur déjà présent. Un projet évolutif au long cours qui veut créer une vague d’énergies positives. Je me reconnais dans l’état d’esprit de l’équipe qui est résolument tournée non plus vers un constat mais vers l’innovation. »
Nicolas Hulot, Président de la Fondation pour la Nature et l’Homme.

6 ans, 50 pays, 101 escales et des challenges

Six ans de navigation sans une goutte de carburant fossile, 101 escales à travers le monde prévues entre 2017 et 2022 dans les capitales maritimes, les ports historiques, les réserves naturelles ou lors de grands événements internationaux... Cette odyssée à bord d’un laboratoire flottant en milieu extrême est incarnée par Victorien Erussard, coureur au large et officier de marine marchande, et Jérôme Delafosse, explorateur et réalisateur de documentaires.
"L'idée, c'est d'éduquer, de sensibiliser, d'aller à la rencontre des gens qui oeuvrent à la préservation de l'environnement", a précisé Victorien Erussard. L'expédition participera à de grands événements internationaux sur le thème du développement durable, visitera des endroits exemplaires ou au contraire problématiques (écosystèmes ou sites de l'Unesco menacés).
 
Au printemps 2017, Energy Observer quittera Saint-Malo, son port d’attache, et les cinquante personnes qui travaillent jour et nuit sur le bateau écologique, pour Paris. Le catamaran initiera alors son tour de France qui se terminera à Monaco, avant de traverser les océans du monde entier. Dès lors, le navire et son équipage accompliront une double mission : éprouver puis optimiser les innovations technologiques embarquées pour les rendre applicables, mais aussi partir à la rencontre de ceux qui s’engagent aujourd’hui, pour dessiner le monde de demain. Décideurs, start-ups, collectivités, citoyens... Aux quatre coins de la planète, des hommes et des femmes se mobilisent pour un futur plus propre.
 
 
Selon Victorien Erussard, coureur au large, officier de marine marchande et capitaine, président d’Energy Observer, « Il n’y a pas une solution miracle pour lutter contre le réchauffement climatique : il y a des solutions, que nous devons apprendre à faire fonctionner entre elles. Et c’est ce que nous faisons avec Energy Observer : faire collaborer les énergies de la nature, mais aussi de notre société, en réunissant autour de ce bateau, les savoir-faire des entreprises, des laboratoires, des start-ups et des institutions ».

Les leaders de l'expédition

Victorien Erussard
Victorien est né à Saint-Malo, l’année qui a suivi la première Route du Rhum. 26 ans plus tard, il était sur la ligne de départ de cette course mythique, à bord du trimaran Laiterie de Saint-Malo. C’est sa toute première course au large en solitaire, à bord d’un ancien trimaran 60 pieds qu’il aura lui-même remis au goût du jour, à force de volonté et de quelques coups de meuleuse... Alors qu’il n’avait jamais passé une seule nuit en mer avant cette traversée, il finira sur le podium. Tout en se dotant d’un palmarès remarquable, Victorien achève ses études d’officier polyvalent de marine marchande pour approfondir sa connaissance de la mer. En 2007, il court sa première Transat Jacques Vabre, aux côtés de Frédéric Dahirel avec qui il arrivera deuxième. À partir de 2011, Victorien décide de mettre son goût pour la compétition et son appétit du défi au service de la lutte contre la sclérose en plaques. Pour cela, il monte de toutes pièces le Défi Voile Solidaires en Peloton au profit de la Fondation ARSEP, avec son ami Thibaut Vauchel-Camus. Cela les mènera au titre de vainqueur du championnat de Class 40, ainsi qu’à une quatrième place pour sa quatrième Transat Jacques Vabre en 2015. L’envie de servir une cause prend finalement le pas sur le frisson de la compétition. C’est pourquoi il accepte dès 2013 de rejoindre Frédéric Dahirel dans la construction d’un catamaran électro-éolien, qui deviendra le premier navire autonome propulsé grâce aux énergies du futur.
Victorien, c’est :
· 10 années de course au large · 1 Route du Rhum · 4 Transat Jacques Vabre · 3 podiums sur 6 transatlantiques · 3 titres de champion de France en F18 · 2 Transat Québec - Saint-Malo... dont une sans safran · 1 année d’expédition dans le pôle Sud · 80 partenaires réunis autour du Défi Voile Solidaires En Peloton.
Jérôme Delafosse
 
Tout commence à Saint-Malo pour Jérôme. Des heures passées à naviguer, à plonger et surtout à s’inspirer des grands aventuriers, des explorateurs et des corsaires. À douze ans, il découvre les films de l’équipe Cousteau... C’est la révélation. Quand il sera grand, il explorera les océans. Scaphandrier professionnel, photographe de presse et d’expéditions, réalisateur de documentaires et auteur de romans vendus à travers le monde, Jérôme participe aux fouilles archéologiques du palais englouti de Cléopâtre en Alexandrie et plonge sans cage avec les grands requins blancs d’Afrique du Sud, ou encore à 1 000 mètres en sous-marin pour filmer les abysses. En 2006, il devient l’un des visages emblématiques des Nouveaux Explorateurs, sur Canal+ et Travel Channel, émission pour laquelle il parcourt les océans et les fleuves mythiques, et part à la rencontre des peuples de l’eau afin de faire découvrir des cultures et sensibiliser le public aux questions environnementales. Après avoir accompli son rêve d’enfant, Jérôme veut devenir acteur à part entière de la prise de conscience de la nécessité de protéger les océans. Il s’y consacre exclusivement aujourd’hui, d’abord avec Les Requins de la Colère, documentaire évènement sur la sauvegarde des requins, diffusée en prime time sur Canal+. En 2015, il rejoint l’équipe d’Energy Observer, bateau révolutionnaire qui permet d’explorer le monde tout en le préservant. Parcourir la planète, participer à sa protection, et proposer des solutions optimistes et concrètes, voici son nouveau défi.
Jérôme, c’est :
· 23 ans d’exploration des océans · 20 000 heures sous les mers · 10 ans d’antenne sur Canal+ · 1 palais englouti de Cléopâtre découvert · 2 042 jours de tournage · 800 plongées avec les requins · 1 000 mètres à bord d’un sous-marin · 62 pays visités · 2 romans et 500 000 exemplaires vendus

Des parrains trés engagés

Un homme et une femme,… L’un habitué au feu des projecteurs, l’autre à l’ombre des laboratoires... Ils s’engagent pour Energy Observer. Florence Lambert, directrice du CEA-LITEN, et Nicolas Hulot, président de la Fondation pour la Nature et l’Homme, sont les parrains du bateau. Une double légitimité médiatique et scientifique chère à l’équipe d’Energy Observer.
 
 
 
 
 
 
 
 
Nicolas Hulot et Victorien Erussard se connaissent depuis 2005. Alors qu’il prépare la Route du Rhum, le jeune navigateur croise Nicolas au volant de sa voiture à Saint-Malo. Il tape à la vitre : «Je peux vous déranger deux minutes ? » se souvient Nicolas. C’est le début d’une longue amitié, au cours de laquelle Nicolas parraine tous les bateaux de Victorien, et court plusieurs Raids en catamaran avec le jeune navigateur. Inévitablement, cette relation et les messages portés par Nicolas ont beaucoup inspiré Victorien, jusqu’à son nouveau défi : Energy Observer. Très impliqué, Nicolas Hulot suit le projet de près, et y apporte toute son expérience et son soutien ainsi que le concours de son équipe. En effet, la Fondation Nicolas Hulot a attribué à Energy Observer un coup de coeur 2016 et apporte régulièrement un soutien bienveillant au projet et à son équipe.
 
La rencontre avec Florence Lambert se fait à Grenoble lors d’une visite du CEA en 2015. Immédiatement, l’innovation et l’excellence portées par les ingénieurs du CEA-LITEN convainquent l’équipe d’Energy Observer, qui leur confie l’architecture énergétique du bateau. Décidé à mettre à l’honneur le savoir-faire des ingénieurs français, Victorien propose aussi à Florence de devenir la marraine du bateau, pour associer la puissance médiatique de Nicolas, à la connaissance scientifique de Florence, et ainsi donner une double légitimité au projet, qui en fera sa force.

Sortir les technologies des laboratoires

L’hydrogène est au cœur du projet Energy Observer. Le bateau couple différentes sources d’énergies renouvelables pour produire son propre hydrogène à partir de l’eau de mer et le stocker à bord : une première mondiale !
Pour réussir cette prouesse technologique, ce laboratoire flottant est équipé de deux éoliennes à axe vertical, d’une aile de traction intelligente, de plusieurs types de panneaux photovoltaïques répartis sur 130 m2 et de deux moteurs électriques réversibles en hydrogénérateurs. Cette architecture énergétique d’avenir, développée en collaboration avec le CEA-Liten, vise une navigation 100 % autonome en énergie, sans aucune émission de gaz à effet de serre ni particules fines. Puiser son énergie dans la nature, sans l’abîmer et sans la gaspiller, telle est la vision du futur d’Energy Observer.
 
« L’énergie vit aujourd’hui une véritable révolution en intégrant de plus en plus d’énergie renouvelable avec des vecteurs différents : électricité, hydrogène, chaleur. Il
 y a de vrais challenges techniques pour connecter ces flux et c’est encore plus ambitieux à l’échelle d’un bateau. Ainsi, Energy Observer est une préfiguration de ce que seront les réseaux énergétiques sur Terre demain. » selon Florence Lambert, Directrice du CEA-Liten.
 
La révolution hydrogène, pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Face à l’impérieuse nécessité de réduire les rejets de gaz à effet de serre pour lutter contre le réchauffement climatique, le développement des énergies renouvelables s’impose comme la voie à suivre. Cependant, celles-ci étant par essence variables et intermittentes, elles exigent de développer et d’optimiser les moyens de stockage de l’énergie. Parmi eux, l’hydrogène (H), démontre chaque jour un peu plus son immense potentiel comme voie de stockage et de valorisation des énergies renouvelables. Encore peu utilisé, c’est pourtant un vecteur énergétique d’avenir, une ressource inépuisable,substitut possible aux hydrocarbures. Son potentiel a notamment fait écrire à Jeremy Rifkin que l’hydrogène est l’une des composantes de la troisième révolution industrielle.
Sur Terre, l’hydrogène n’existe que très peu à l’état pur, et est généralement couplé à d’autres éléments. Pour l’obtenir, il nécessite un procédé d’extraction impliquant donc une consommation énergétique. Actuellement, 95% de l’hydrogène produit industriellement, l’est à partir d’énergies fossiles, raison pour laquelle son déploiement à grande échelle tant dans les usages industriels qu’individuels nécessite encore des efforts de recherche et développement. De plus, l’hydrogène est un gaz qui occupe un volume important dans les conditions de pression standard ; pour le stocker et le transporter efficacement, il faut parvenir à réduire ce volume. Il est donc indispensable de développer les technologies qui permettent sa compression et sa production de manière décarbonée, le tout à moindre coût pour en faire un vecteur énergétique d’avenir.
 
C’est dans cette démarche de recherche et développement que s’inscrit le projet Energy Observer, avec pour ambition de devenir le premier navire au monde capable de produire son propre hydrogène à bord par électrolyse, à partir de l’eau de mer, grâce au couplage des énergies renouvelables. Prouver les performances de l’hydrogène, mettre en avant ce modèle comme alternative aux énergies fossiles, démontrer que l’autonomie énergé- tique est possible et permettre aux données collectées d’être exploitées pour de multiples usages mobiles ou stationnaires, telle est la mission de ce laboratoire des énergies du futur.
« Energy Observer est la parfaite démonstration que l’hydrogène permet d’intégrer les énergies renouvelables dans notre quotidien. En faisant le tour de la terre avec 100% d’énergies renouvelables stockées à bord sous forme d’hydrogène, ce navire réalise une première mondiale et ouvre les portes d’une nouvelle ère sans énergies fossiles. L’hydrogène, c’est du vent et du soleil stockés pour alimenter, en continu, nos moyens de transport, nos maisons, nos bureaux. » selon Pascal Mauberger, Président de l’Afhypac qui soutient le projet.
 
« Au XVIème siècle, les Christophe Colomb, Vasco de Gama et autres grands navigateurs exploraient de nouvelles voies et découvraient de nouvelles terres. Aujourd’hui, Energy Observer est un superbe vaisseau pour montrer la voie vers un monde plus propre, où les énergies renouvelables seront pleinement valorisées et où l’hydrogène aura toute sa place aux côtés d’autres vecteurs énergétiques. » déclare Philippe Boucly, 1er Vice-Président de l’Afhypac.

Une fenêtre sur le futur

Tout au long des 6 ans et de ses 101 escales, Energy Observer aura pour vocation de devenir une plateforme de production de contenus audiovisuels immersifs et innovants, au service des solutions pour un futur plus propre et plus responsable. Sa mission : aller au-devant de notre avenir et de ceux qui œuvrent pour le rendre meilleur, pour valoriser à la fois l’homme et la technologie. Un tour du monde pour constituer une collection de documentaires dans la lignée de ceux de Jacques-Yves Cousteau ou Nicolas Hulot, mais cette fois-ci en utilisant la réalité virtuelle et augmentée, l’immersion à 360°, le son 3D, et le live interactif…
Réalisés en collaboration avec des chaînes médiatiques françaises et internationales, pour faire d’Energy Observer un véritable media du futur et pour le futur : une plateforme digitale collaborative, interactive et transmedia, destinée à tester les nouveaux matériels de production audiovisuels, pour parler du quotidien à bord, du voyage, des rencontres, et des innovations de demain. S’engager dans la transition écologique par le rêve, le challenge et l’espoir, voilà l’ambition de ces explorateurs du futur.
 

Energy Observer, de bateau légende à Calypso du XXIème siècle

Energy Observer a d’abord été un compétiteur de renom. Construit en 1983 au Canada, recordman du Trophée Jules Verne, l’ancien Formule TAG a été le premier voilier à franchir la barre symbolique des 500 milles en 24 heures. Depuis 2015, c’est une équipe de près de 50 personnes, composée de navigateurs, d’architectes et d’ingénieurs partout en France, qui travaille sur le reconditionnement de ce catamaran de plus de 30 mètres de long et de 12,80 mètres de large.
Parrainé par Nicolas Hulot et Florence Lambert, directrice du CEA-Liten, ce vaisseau du futur aura également pour vocation de devenir un véritable média hyper connecté et innovant, délivrant une information positive et inspirante : une Calypso du XXIème siècle, au service d’un futur plus respectueux de l’Homme et de son environnement.
Réduire l’impact de l’activité humaine sur la planète, trouver des solutions innovantes, performantes et adaptées au monde moderne, pour nous engager dans la transition énergétique, par le rêve, le défi et l’espoir : voilà toute l’ambition d’Energy Observer.
 
« L’Homme a toujours eu pour habitude de partir en expédition pour conquérir les territoires et s’en approprier les richesses. Avec Energy Observer, nous voulons lancer une grande expédition du XXIème siècle, mais cette fois-ci pour découvrir les hommes qui s’engagent pour la planète et partager les connaissances » a déclaré Jérôme Delafosse,Chef d’expédition.
 
Une quinzaine d’entreprises et institutions, dont AccorHotels et Thélem assurances, partenaires principaux du projet, ainsi que l’Unesco ont permis de démarrer la construction de ce navire du futur made in France.
 
« L’entreprise tout entière va soutenir cette expédition, qui nous passionne parce qu’elle combine innovation, performance et responsabilité sociale et environnementale. Ce projet entre en totale résonnance avec des préoccupations de Thélem, comme le changement climatique, risque majeur pour l’assureur mutualiste que nous sommes, et la recherche de solutions nouvelles pour transformer l’entreprise au service de nos sociétaires. » Daniel Antoni,Directeur général de Thélem assurances.
 
« Energy Observer est une épopée pleine de promesse qui va contribuer à mettre AccorHotels en mouvement. Chaque année, le Groupe consomme plus de 400 millions d’euros d’eau et d’énergie. Si nous avons réussi à réduire cette consommation de 7 % en cinq ans, nous devons aller plus loin et notre partenariat avec Energy Observer et le CEA Tech va nous y aider. En s’engageant aux côtés d’Energy Observer, AccorHotels réaffirme son ambition d’être pionnier de la transition énergétique dès aujourd’hui. Avancer plus vite dans la recherche des énergies nouvelles, propres et durables, tel est l’objectif de ce partenariat de compétences. »
déclarait Sébastien Bazin,Président directeur général d’AccorHotels.
 
Pour atteindre ses objectifs et être accompagné dans cette incroyable odyssée, Energy Observer continue de rechercher activement des partenaires financiers dans un esprit partagé d’innovation, d’exploration et de responsabilité sociale et environnementale.
 
 
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transition énergétique

La blockchain : une opportunité pour le secteur de l’énergie en France

Si la Blockchain fait beaucoup parler dans le monde de la finance, c’est peut-être dans l’énergie que naîtront les premières applications concrètes. C’est une opportunité pour les gestionnaires du réseau de rester des leaders grâce à des solutions d’architecture Blockchain. De par la structuration de ses principaux acteurs, la France a une carte à jouer sur l’organisation de ces nouveaux marchés.
 
En France, dans le cadre des lois sur la transition énergétique, la réglementation évolue pour accompagner le développement des énergies renouvelables. L’ordonnance de juillet 2016 marque une avancée importante pour l’autoconsommation électrique : « le fait pour un producteur, dit autoproducteur, de consommer lui-même tout ou partie de l'électricité produite par son installation ». L’ordonnance va même plus loin en définissant l’autoconsommation collective « lorsque la fourniture d'électricité est effectuée entre un ou plusieurs producteurs et un ou plusieurs consommateurs finaux liés entre eux au sein d'une personne morale ». Ce nouveau texte ouvre la voie au développement des réseaux locaux d’électricité et au développement de micro-transactions.
 
Cependant, malgré le déploiement des compteurs intelligents comme Linky, les nouveaux modes de consommation de l’électricité tardent à s’imposer dans les usages du grand public. La blockchain, de par sa capacité à certifier les termes d’un contrat, peut accélérer les choses dans ces nouveaux écosystèmes.
Pour rappel, la Blockchain est un dispositif informatique qui permet de sécuriser des transactions (financières ou autres) en mode « pair à pair » (Peer-to-peer en anglais), le tout pour un coût marginal.
La mise en place d’une Blockchain est particulièrement intéressante dans un environnement décentralisé avec un volume important de petites transactions.
 
C’est exactement vers ce modèle que sont en train de basculer les réseaux d’électricité. La multiplication des sources de production d’énergie renouvelables à toutes les échelles de la société (de la toiture solaire du particulier aux grands parcs d’éoliennes) génère également une multiplication du nombre de noeuds du réseau, qui en plus devient bi-directionnel (le consommateur est aussi producteur).
 
La notion d’autoconsommation collective est fondamentale car elle promeut le développement des microgrids, ces réseaux locaux intelligents dont le nombre va quadrupler d’ici 2020. Les dispositifs d’autoconsommation sont ainsi une formidable opportunité pour le développement d’une économie du partage d’électricité ! Dans ce nouveau monde, la Blockchain vendra, échangera automatiquement le surplus aux voisins intéressés et calculera le meilleur prix. Nous pouvons imaginer toute sortes de mécaniques d’enchères en fonction de l’offre et de la demande, le service gestionnaire pouvant dans tous les cas garantir une baisse de la facture électrique à ses abonnés.

Une prise électrique derrière chaque voiture ?

Le développement des voitures électriques est intimement lié au déploiement des bornes de recharge. Le rechargement de son véhicule devrait pouvoir être facturé à l’utilisateur par son fournisseur d’électricité habituel, permettant ainsi le développement de nouvelles offres. Une fois les bornes connectées au profil de l’usager, il sera possible d’imaginer un marché de partage, sorte de AirBnB des bornes de recharges. Demain, la prise électrique doit pouvoir suivre l’usager dans tous ses déplacements ! La blockchain permet de gérer un compteur virtuel (sorte de portefeuille qui contient non pas des bitcoins mais des kwh) qui permet d’identifier l’utilisateur et les données de son abonnement d’électricité en mobilité.

L’électricité de la campagne à la ville ?

La loi restreint actuellement l’autoconsommation collective à une même zone géographique et contraint les producteurs et consommateurs à se réunir au sein d’une entité juridique. La technologie Blockchain, en se passant du « tiers de confiance », permettrait l’établissement de places de marché entre particuliers. Ceux-ci pourront alors former des groupes « virtuels » d’auto-consommateurs, le GRD jouant le gestionnaire d’équilibrage entre l’électricité injectée et soutirée. Dans ce modèle, nous pourrons profiter de l’énergie photovoltaïque de notre maison de campagne depuis notre appartement parisien !

Vers une AOC de l’électricité !

L’installation d’un dispositif de production d’électricité (solaire, éolien, …) doit faire l’objet d’une déclaration au distributeur ou au transporteur. Celui-ci pourrait à terme en profiter pour générer des certificats de production d’énergie verte, librement échangeables sur une blockchain. Ces certificats permettent une traçabilité « virtuelle » de l’électricité. Actuellement, en France, c’est l’observatoire des énergies renouvelables (Observ'er) qui délivre et enregistre les certificats. L’enregistrement dans une blockchain est une solution pour rendre ce marché plus fluide. Un promoteur immobilier pourrait ainsi commercialiser des bâtiments garantis 100% énergie hydroélectrique.
 
Les exemples ne manquent pas d’initiatives ou de startups qui s’engouffrent sur ce secteur : TransActive Grid à New-York a beaucoup fait parler au printemps suite à la mise en autoconsommation collective de tout un quartier de Brooklyn, où les transactions sont gérées automatiquement dans une Blockchain. L’électricien allemand RWE travaille au développement de prises de charge intelligentes pour voiture, où là encore les transactions financières sont gérées par la Blockchain…
 
En France, les gestionnaires de réseau (RTE, Enedis principalement) ont un rôle essentiel à jouer dans les nouveaux usages de l’électricité et dans la mise en place d’une infrastructure de type blockchain pour aider à leur développement. La CRE (commission de régulation de l’énergie), la structure de tutelle de ces entreprises du secteur régulé, peut également dynamiser ces nouveaux usages.
 
Cette organisation, très centralisée, pourrait être perçue comme un handicap dans la transition énergétique. En fait, elle pourrait au contraire devenir un atout grâce au développement de nouveaux usages et services que permet la Blockchain. Cette technologie présente l’énorme avantage de fédérer les acteurs d’un secteur d’activité. Ainsi, dans le secteur financier, les banques se sont regroupées autour du consortium R3. Les assureurs européens, de leur côté, viennent de lancer leur propre consortium blockchain B3i. Les acteurs de l’énergie français sauront-ils saisir l’opportunité et user de leur légitimité pour prendre l’initiative de la création d’un groupement au fonctionnement similaire à l’échelle européenne ?
 
Michel Cordier, VP Smart Energy  - Agence de transformation digitale SQLI
 
 
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