Education et savoirs

Réforme du bac : opportunité pour développer le numérique dans l'éducation ?

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La réforme du bac est un chantier majeur qui induira des changements en profondeur sur les pratiques pédagogiques. Les nouvelles modalités d'évaluation vont changer les règles du jeu avec lesquelles les lycées vont devoir composer, en renforçant l'intégration des ressources numériques dans leurs pratiques.
Tribune libre
 
Le gouvernement a donné le ton : quatre épreuves écrites, contrôle continu renforcé, valorisation de l'oral… Autant d'idées qui mettent en exergue des défis à relever. En effet, cette réforme, qui touchera notamment les « digital natives », devra être inévitablement accompagnée d'une transformation numérique si attendue. Les objectifs de l'exécutif se doivent d'être concrets, à l'instar de la Région Île-de-France qui vise le taux de 100% de lycées connectés au très haut débit d'ici 2020.
 
La réussite pour tous a été jusqu'à maintenant le vœu pieu des gouvernements. L'intégration du numérique et les efforts budgétaires ne semblent pas avoir eu l'effet escompté pour favoriser les parcours individuels et la réussite. Avec les technologies qui habituent à consommer à la demande, le traditionnel face à face pédagogique, imposant des contenus identiques, dans une même unité de temps, a vraiment perdu son sens. Le secteur de l'éducation peine à trouver sa place.
 
Ne pourrait-on pas enfin donner au numérique la même importance qu'au tableau et au manuel ? Avec des parcours à la carte et un système d'évaluation personnalisé, le numérique permettrait à l'élève de suivre sa progression, solliciter ses tuteurs, proposer d'autres ressources qu'il aurait lui-même expérimentées.
 
Est-ce une utopie ? Eh bien non car ces outils sont déjà présents dans bon nombre d'établissements mais restent sous-exploités. Alors, les modalités actuelles d'évaluation du bac n'étaient-elles pas finalement un frein à l'innovation pédagogique ?
 
Profitons de la réforme pour porter une attention particulière au jeune adulte. Grâce au numérique, il sera possible de le considérer comme appartenant à la communauté du lycée, de personnaliser les messages qui lui sont dédiés, d'adapter son parcours en fonction de ses projets... Le lycée sera alors un lieu de rencontre, dans lequel l'élève prendra plaisir à retrouver sa tribu et échanger avec ses professeurs. Un lycée attentif, réactif, qui s'engage vers une réussite pour tous, en veillant à l'épanouissement de ces jeunesafin de faciliter leurs accès aux apprentissages et permettre aux élèves les moins favorisés de dépasser les barrières sociales qui leur sont imposées.
 
La problématique d'une évaluation équitable est également posée par l'idée d'attribuer 40 % au contrôle continu. Mais comment garantir une évaluation juste et normée ? Là aussi le numérique pourrait apporter une réponse. Certaines évaluations se font déjà par tablettes numériques, des épreuves de concours sont déjà dématérialisées pour assurer une correction rapide, anonyme et décentralisée. On pourrait envisager l'évaluation des élèves par des équipes pédagogiques d'autres régions, via des outils de vidéoconférence, des QCM ou la correction des copies dématérialisées, qui seraient assez faciles à mettre en place. Au cours de l'année, les copies virtuelles pourraient même être corrigées par plusieurs enseignants, comme c'est souvent le cas par exemple. en Suède, de sorte à ce que les moyennes soient comparables.
 
Autre challenge : améliorer le niveau d'expression orale grâce à un grand oral en fin de parcours. Mais sur une séquence d'une heure qui pourrait être dédiée à cet exercice, très peu d'élèves pourront s'exprimer. Le numérique leur permettrait d'enregistrer leurs exercices et les commenter ensuite avec le professeur. Grâce à des outils de vidéoconférence, les élèves pourraient aussi réaliser leurs évaluations à distance ou se connecter à d'autres groupes pour s'inspirer des conseils et orientations donnés par des enseignants dans d'autres lycées.
 
Le grand oral implique aussi un travail transdisciplinaire : l'oral se travaille en effet dans toutes les disciplines, du sport à la philo. Le travail en mode « tribu », l'apprentissage via les plateformes dédiées… Les pratiques modernes (streaming, application web, projets éphémères...) favoriseraient le développement des compétences liées à la prise de parole en public. Une pédagogie par projet sur trois ans pourrait aussi être mise en place pour enseigner à travailler de façon collaborative. Le numérique permettrait de consacrer plus de temps et des ressources dédiées à ceux qui se retrouvent en difficulté, tout en offrant aux meilleurs élèves, dont les compétences seraient déjà acquises, les ressources nécessaires pour se perfectionner à l'oral, par exemple, dans les langues vivantes.
 
Reste alors à faire que le numérique soit effectivement proposé comme un des piliers de la réforme,et amener toute l'équipe pédagogique à évoluer vers une pédagogie de projet, à valoriser la compétence plus que le savoir et à s'appuyer sur le numérique pour diffuser les connaissances fondamentales et contrôler les compétences. Des ressources numériques mieux intégrées dans les lycées, assimilées par les enseignants et les élèves, permettront à ces derniers de se reconnaître dans ces nouvelles pratiques et favoriseront leur implication et leur réussite. Donnons à ces jeunes « hommes terminaux », hyperconnectés, les outils qui leur permettront de faire la part des choses entre les bonnes et mauvaises informations, afin qu'ils puissent construire leurs projets efficacement.
 
Il est temps de se pencher sur la construction d'un parcours numérique cohérent, de l'école primaire aux études supérieures, afin d'éduquer les nouvelles générations aux mondes numériques qui les entourent. Ce seront peut-être en ce sens qu'iront les travaux du Conseil scientifique voulu par le Ministre Blanquer dont les travaux ont commencé depuis le 1er février au Collège de France.
 
Cyril Perez, Chef de projet Education chez Unit4
 

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