Nouveaux horizons

Tourisme: le big data au service des voyageurs

big data et voyages
Depuis quatre ans, les chercheurs d’EURECOM et la startup française Data-Moove veulent améliorer radicalement l’expérience touristique des territoires. Sur la base d’innovations technologiques sorties des laboratoires, ils parviennent à agréger des informations issues du web et des réseaux sociaux pour proposer une vision ultra-locale et exhaustive de ce qu’une zone géographique peut offrir.
 
Trouver un restaurant, un concert ou un hôtel lors d’un voyage de tourisme à l’étranger peut parfois relever du calvaire. Chaque établissement, chaque événement a son compte Facebook, sa page web, et rares sont les sites qui agrègent avec efficacité la totalité des choses à faire sur un territoire. Pour le touriste, il faut alors passer du temps sur les réseaux sociaux, au détriment des activités de vacances. Le challenge est donc conséquent pour Data-Moove, une startup française qui souhaite changer la donne en offrant un aperçu complet de l’offre d’un territoire. Le 2 mars dernier, la jeune pousse inaugurait une borne dans l’aéroport de Saint-Barthélemy, aux Antilles. En l’utilisant, les voyageurs débarquant sur l’île peuvent obtenir une vision globale des activités possibles sur le territoire, et ainsi constituer un parcours de vacances. La borne est complétée par une application mobile proposée par le Comité de tourisme de l’île et disponible gratuitement pour l’utilisateur final.
 
 
Un tel service vient répondre à une demande croissante des offices de tourisme pour utiliser le numérique afin de valoriser les territoires. Satisfaire ce besoin aura demandé à Data-Moove de s’allier aux équipes de recherche d’EURECOM, composante de l’institut Carnot Télécom & Société numérique. Le début du partenariat entre les deux acteurs remonte à 2015. L’équipe de Raphaël Troncy, chercheur en sciences de la donnée à EURECOM, était alors impliquée dans le projet européen 3cixty, de l’EIT Digital. « Nous cherchions à automatiser la collecte d’informations liées au tourisme et à la culture » se souvient le scientifique. « Nous voulions une plateforme qui rassemble tout ce qui concerne l’hébergement, les points d’intérêts, les activités saisonnières sportives ou culturelles… » En somme : offrir une connaissance exhaustive et très locale. Lancé un an auparavant, le projet faisait déjà émerger une solution technique mûre. Il ne manquait qu’un relais commercial, et c’est Data-Moove, fraîchement créée, qui l’a incarné jusqu’à la fin du projet en 2016.
 

Fouiller les réseaux sociaux

Durant les trois années du projet 3cixty, les chercheurs d’EURECOM ont notamment dû résoudre le problème de l’hétérogénéité des sources d’information. TripAdvisor et Facebook n’utilisent pas les mêmes langages, et les renseignements sur un restaurant ne sont pas sous la même forme. Il a donc fallu représenter ces flux de données collectées sur les réseaux sociaux par des graphes sémantiques : des nuages constitués de mots liés entre eux selon la nature de leur relation. Personnes, lieux, dates et actions sont ainsi décrits de façon standardisée, puis traités pour restituer une information uniformisée à l’utilisateur, quelle que soit la source de cette information.
 
« Parce que nous agrégeons de nombreuses sources, il y a de fortes chances qu’une même information soit présente deux fois dans le flux de données » pointe Raphaël Troncy, introduisant là un second défi technique à relever. Résoudre ce problème de doublons implique de faire une mesure de similarité entre les indications de lieux, de date et de titre des événements. « Nous avons donc développé un algorithme d’apprentissage pour faire ce travail d’étude des ressemblances de façon automatique » explique le chercheur. Un autre modèle d’apprentissage a été mis en place pour prédire automatiquement la catégorie d’un événement pauvrement décrit. Cela permet ainsi de directement présenter une information comme relevant du sport, du théâtre ou de la musique par exemple.
 
Les solutions techniques développées durant 3cixty ont été implémentées par Data-Moove au sein de son premier produit : City Moove, à la base d’une application comme celle utilisée par Saint-Barthélemy. « Notre technologie de flux d’informations agrégées peut être également connectée à une application déjà existante » souligne Frédéric Bossard, cofondateur de Data-Moove. L’objectif est en effet d’éviter au maximum la multiplication de l’offre numérique sur un territoire. Aussi l’entreprise préfère-t-elle travailler avec les offices de tourisme pour améliorer les outils déjà présents. « Le problème des territoires, c’est qu’ils ont souvent trop d’applications, chacune spécialisée dans un domaine » constate l’entrepreneur.
 

Le tourisme de demain, brique par brique

Les deux partenaires ont décidé de capitaliser sur ce succès en poussant plus loin l’utilisation du numérique dans l’offre touristique. En 2017, ils se sont engagés dans le projet européen PasTime — là encore soutenu par l’EIT Digital — dont le but est de proposer des recommandations d’activité lors de séjours. « L’idée c’est de demander à l’utilisateur final son heure d’arrivée dans une ville, et de lui proposer un parcours directement » résume Raphaël Troncy. Là encore, des travaux de recherche en apprentissage sur de gros volumes de données ont été effectués. Des profils-type ont été construits à partir des interactions des utilisateurs sur les réseaux sociaux. « Le vrai challenge est de construire un package, c’est à dire de lier des centres d’intérêts à des goûts de restauration et à des préférences d’évènements » décrit le chercheur. Il s’agit ainsi d’une couche additionnelle à City Moove pour ajouter une dimension de personnalisation.
 
Une troisième couche est d’ores et déjà prévue. EURECOM et Data-Moove travaillent depuis le mois de février 2018 sur un nouveau produit : un assistant intelligent conversationnel pour répondre aux questions sur l’offre touristique d’un territoire. Ce travail, intitulé MinoTour, se déroule dans le cadre du projet européen H2020 Data Pitch. Le chatbot mis en place devra lui aussi apprendre des recherches des utilisateurs et fournir des réponses en fonction des flux agrégés constitués par City Moove. « Il y a une logique dans nos produits, pointe Frédéric Bossard : celle de construire, brique par brique, de la base de données à l’agent conversationnel, les solutions les plus adaptées aux territoires. »
 
Après Saint-Barthélemy, les prochaines implantations des solutions de Data-Moove seront testées à Saint-Tropez, à Madère, et de façon plus large sur la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Des territoires où l’enjeu touristique est important, qui permettront de poursuivre l’amélioration des produits pour satisfaire au mieux à la fois les territoires et les touristes.
 
Source : I’MTech, 15/03/2018
 

 

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