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Le numérique : une nouvelle manière de penser le genre ?

« Fenêtres », « miroirs », « symptômes »… les appellations ne manquent pas pour caractériser le rapport des médias au « réel ». La littérature scientifique est vaste à ce sujet et les approches théoriques plurielles : recherche des « effets », analyse des « fonctions », étude des « narrations », etc. L’avènement du numérique n’a fait qu’accentuer ces préoccupations tandis que l’agenda électoral récent (Brexit, élection présidentielle américaine, etc.) leur a donné une place prépondérante au sein des arènes publiques.
Dans le cadre d’une initiation à la recherche, les étudiants du master 1 « Journalisme et médias numériques » de l’Université de Lorraine, se sont emparés de la question de la fabrication des mondes par les médias et notamment l’Internet. Trois textes témoignent des regards que ces derniers y portent en tant que journalistes en formation, spécialisés dans le numérique, mais aussi en tant que citoyens. Entre infobésité et immédiateté de l’information, (nouvelles ?) narrations, mais aussi (re)productions des usages genrés, ils dressent une esquisse critique de la fabrique des mondes numériques contemporains. Une analyse qui n’a jamais été aussi actuelle…
Troisième texte « Le numérique : une nouvelle manière de penser le genre ? » de Cassandre Jallifier, Estelle Lévêque, Margot Ridon, et Annabelle Valentin.
Photo : Les femmes passent autant de temps que les hommes sur Internet mais contribuent moins aux encyclopédies participatives telles que wikipédia (Crédit photo : Estelle Lévêque)

Introduction : le numérique renforce-t-il les stéréotypes genrés ?

Parce qu’ils renouvellent les pratiques culturelles et de sociabilité, au travers desquelles se reconfigurent les identités de genre, et parce qu’ils donnent à voir (à lire) les interprétations que les individus eux-mêmes font des modèles et des normes du masculin et du féminin qui leur sont proposés, les dispositifs d’écriture numérique ouvrent des possibles en matière de performances du genre » (Bourdeloie et al., 2014 : 2).
 
Le numérique redéfinit-il la question du genre ? Comment ? Renforce-t-il la tendance des médias traditionnels à présenter le genre de manière stéréotypée ? Ou bien – ainsi que les propos ci-dessus d’Hélène Bourdeloie, Virginie Juilliard et Nelly Quemener l’indiquent – bouleverse-t-il leur construction ? Selon ces auteures, « les pratiques numériques constituent un moyen de négocier avec les normes de genre conventionnelles. Chez les femmes principalement, des stratégies sont en effet mises en place pour se départir d’une identité de genre strictement assignée. On observe alors un jeu de tensions entre reproduction des rôles assignés et volonté de s’en émanciper » (ibid.).
Malgré les promesses apparentes qu’une telle position encapsule, les nuances introduites sont importantes : si émancipation face aux stéréotypes existe, celle-ci n’est pas totale. En d’autres termes, dans l’univers numérique, cohabitent la sexuation des usages et l’indifférenciation des genres. Cela constitue la thèse principale que nous développons dans le texte qui suit.

Qu’est-ce que la « fabrication » du genre ?

Si le « sexe » est lié à un support biologique, le « genre » se réfère à un sentiment subjectif et construit, à la manière de se « sentir » homme ou femme. On parle alors d’« assignation » du genre, c’est-à-dire du processus d’« attribuer à une personne une place, une fonction, un rôle, et plus particulièrement, attendre qu’elle le performe en se conformant aux attentes sociales construites autour des identités de genre, selon qu’elle est perçue comme étant un homme ou une femme » (Béatrice Damian-Gaillard et al., 2014 : 13). Sur la base de ce constat, les comportements sont alors plutôt féminins ou plutôt masculins, chacun renvoyant à une certaine image que la société a de tel ou tel genre. Cette caractérisation schématique et commune d’un genre est ce qu’on appelle un stéréotype.
 
Comment les identités genrées sont-elles fabriquées ? Contrairement à certaines idées simplistes, les médias ne créent pas ex-nihilo de normes de comportements ; celles-ci sont liées à la culture des individus, et sont construites sur différents socles : l’éducation familiale et scolaire – qui forme des « dispositions », dans le sens bourdieusien –, mais aussi l’environnement social. Traduites en termes d’habitus, les dispositions sont à la fois « durables et transposables, ce qui permet aux individus de se comporter ʺd’une certaine manière dans certaines circonstancesʺ » ; toutefois, « bien que les individus aient été dépositaires d’un ensemble de dispositions selon l’éducation sexuée reçue, celles-ci sont ensuite actualisées au gré des situations » (Bourdeloie et al., 2014: 6).
 
Si les représentations véhiculées par la médiatisation sont intériorisées, chaque personne dispose a priori d’une capacité de s’interroger, de percevoir différemment et de remettre en question les propos qu’elle reçoit. Cette capacité est encore due aux expériences personnelles, le vécu et les goûts, qui sont propres à chacun et nous définissent individuellement par rapport aux normes sociales.
 
En somme, « les normes de genre ont certes été intériorisées mais elles sont décodées différemment selon les socialisations familiales et les trajectoires individuelles, c’est-à-dire en fonction de l’hétérogénéité des expériences socialisatrices qui engendrent ʺune structure feuilletée des patrimoines de dispositionsʺ » (Lahire, 2013 : 130).

Le genre à l’ère du numérique : représentations et usages

Certes, à travers un écran d’ordinateur ou un jeu vidéo, le sexe biologique n’est pas perçu. Chacun peut se transformer et devenir quelqu’un d’autre derrière son ordinateur. L’interface permet à l’utilisateur de jouer un jeu, de bousculer les normes du genre. Bruno Devauchelle précise que derrière l’écran, on n’est ni garçon ni fille si on le veut : « l’écran derrière lequel je suis et je m’identifie m’invite, dès lors que je communique avec d’autres, à réfléchir à mon identité, donc mon genre. La relation garçon/fille, au travers du numérique n’est pas inscrite a priori comme discriminante dans les activités scolaires » (Devauchelle, 2013). Par ailleurs, dans son étude de cas de l’école, l’auteur insiste sur le fait que l’attirance pour les « machines » numériques est indifférenciée. Elle est « d’abord liée à la représentation sociale de l’univers numérique et à la situation sociale et familiale du jeune. Autrement dit, le numérique n’appartient plus aux seuls garçons de la classe » (ibid.). Néanmoins, certaines questions restent encore en suspens.
 
Lorsque l’on évoque le numérique, et le monde informatique en général, l’idée renvoie davantage à un monde masculin. Cette interprétation relève en général d’une représentation qui stipule que les hommes seraient plus aptes à se servir d’outils techniques. Le rapport au numérique est donc en partie lié aux rapports sociaux qui qualifient les compétences de chaque sexe à l’aide de stéréotypes. L’image même de l’utilisateur d’Internet reste stéréotypée et – surtout – « masculine » : physique peu avantageux, étudiant en sciences ou en technologies, passionné de sciences fiction, obsédé par les nouvelles possibilités du web, consacrant ses jours et ses nuits aux communautés en ligne, au partage d’expertise, à la création collective de logiciels ou de systèmes d’exploitation.
 
Beaucoup de femmes souhaitent inverser cette tendance à suivre les stéréotypes de la société. C’est notamment le cas de celles qui viennent se former à des plateformes telles que E-Seniors. Par cette pratique, elles veulent être autonomes, maîtriser l’informatique et casser les clichés liés à ce monde qui pendant longtemps relevait de la sphère masculine (Bourdeloie et al., 2014 : 5). Tend-on alors vers une égalisation des rapports à travers le numérique ? C’est en tout cas ce que démontrent certains chiffres[1]. En effet, dans certains pays émergents d’Asie du Sud Est (Corée du Sud, Singapour, Malaisie), il y a autant de femmes que d’hommes parmi les informaticiens (Bastien, 2016).
 
Un autre stéréotype qui revient fréquemment est l’idée selon laquelle les femmes seraient plus attirées par le travail de groupe et le partage des compétences. Mais est-ce réellement le cas ? Pour casser les clichés de ce type, souvent erronés, Anna Cossetta (2012 : 401) donne plusieurs contre-exemples dont celui de Wikipédia : selon une enquête du New York Times parue en 2011, moins de 15 % des contributions à la plus grande et la plus célèbre encyclopédie au monde revenait aux femmes… Et il faut encore rappeler que l’âge moyen des contributeurs est très bas, environ vingt-cinq ans, soit l’âge pour lequel la fracture numérique de genre est presque inexistante (Hargittai, Shafer, 2006).

Vers un renforcement des stéréotypes ?

Les nouvelles technologies sont alors, elles aussi, imprégnées par des stéréotypes genrés que l’on trouvait déjà dans les médias traditionnels. Cindy Royal (2009) va même plus loin. D’après elle, les espaces dédiés aux femmes sur Internet tenteraient de reproduire les stéréotypes de genre que l’on trouve dans les magazines féminins. L’exemple de l’émission « Nouveau look pour une nouvelle vie » (M6, 2016) est à ce propos emblématique.
 
Durant sa diffusion, les téléspectatrices de « Nouveau look pour une nouvelle vie », ont la possibilité de revisionner en ligne des séquences pour avoir les « trucs et astuces » donnés pendant l’émission. Celle-ci communique également des liens Internet de différents blogs ou sites de mode, où les téléspectatrices peuvent retrouver des articles et des tutoriels aux sujets concernés. En partageant sur les réseaux des codes d’une émission qui enferme la femme dans une image de séductrice qui doit être belle au quotidien pour se sentir bien, les producteurs de l’émission et les intéressés implantent les stéréotypes de genre dans les outils numériques.

Les disparités de genre dans les professions des TIC

Pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans les technologies de l’information et de la communication ? Les jeunes filles utilisent pourtant Internet aussi régulièrement que les jeunes garçons, alors pourquoi s’engagent-elles si rarement dans des études qui mènent aux métiers des technologies de l’information et de la communication (TIC) ? Les disparités entre hommes et femmes dans les professions des TIC sont liées à des inégalités professionnelles, des inégalités dans l’éducation et la formation, des inégalités des chances face au développement de la « société de l’information » (Miège, 2008).
 
« En effet, les femmes sont trois fois moins nombreuses dans les domaines du numérique que les hommes en Europe. Pour 1000 femmes titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, seules 29 l’ont obtenu dans le domaine des TIC. Chez leurs homologues masculins, cette proportion monte à 95. Mais ce n’est pas tout. Les femmes diplômées dans le numérique n’y restent pas. À 30 ans, elles ne sont plus que 20 % à travailler encore dans ce secteur. À 45 ans, elles ne sont plus que 9 %. Côté encadrement, ce n’est pas beaucoup mieux : 19,2 % des travailleurs du numérique ont pour chef une femme, contre 45,2 % dans d’autres secteurs » (EC, 2013, cité dans Kallenbourg, 2013)
 
Plusieurs hypothèses sont habituellement avancées pour tenter d’expliquer les disparités de genre dans les professions des TIC. Elles sont spécifiques aux TIC et se distinguent, en partie, des hypothèses relatives à l’ensemble des professions scientifiques et techniques :
 
Les déséquilibres dans l’éducation et la formation : s’il y a peu de femmes dans ces métiers, c’est parce qu’elles ne sont pas orientées vers les choix d’études qui y mènent, à cause d’une image de l’informatique peu attractive pour les femmes, telle qu’elle a été évoquée plus haut. L’image du hacker, « homme, jeune, passionné de technologie, de programmation et de jeux, développant un sentiment de domination de la machine » (Collet, 2011) est assez représentative et renforce la difficulté pour les femmes de se voir dans les métiers du numérique. La mise en scène des métiers dans les campagnes de recrutement renforce cette tendance.
Des conditions de travail qui défavorisent les femmes : les emplois de l’informatique ont la réputation d’exiger de longues heures de travail, des horaires imprévisibles, une disponibilité permanente, une flexibilité peu compatible avec des contraintes familiales.
Des carrières professionnelles qui favorisent les hommes : la progression professionnelle est basée sur des règles du jeu qui sont définies par des hommes et pour des hommes. Les interruptions de carrière et les réductions volontaires du temps de travail sont malvenues. Les femmes sont certes nombreuses dans les fonctions de chef de projet, mais grimpent rarement plus haut dans la hiérarchie à cause du « plafond de verre ».
Des facteurs culturels qui renforcent l’image masculine des TIC : les stéréotypes relatifs à la culture professionnelle de l’informatique sont un mélange de la culture de domination du programmeur et de la culture alternative du pionnier. Ces valeurs et ces modèles de comportement conviennent mieux aux hommes qu’aux femmes (Valenduc, 2007).

Conclusion : entre sexuation des usages et indifférenciation des genres

Les stéréotypes genrés sont alors aussi présents dans le monde numérique. Si « les cyber-féministes espèrent que, dans le cadre d’Internet, les frontières entre la technologie et l’humain et entre les hommes et les femmes pourraient être dépassées » (Vendramin, 2011), la réalité est toute autre. La volonté d’émancipation et de refus de l’enfermement dans des catégories sexuées, déjà présente avant le développement de l’Internet, tend à s’affirmer par le numérique. Néanmoins, la conformité aux codes déjà inscrits dans la société, que l’on retrouve dans les médias traditionnels, n’a pas disparu. Certaines personnes tentent de transgresser ces codes mais ce n’est pas simple car la société s’y est habituée et ces stéréotypes sont devenus des normes à part entière.
 
[1]  L’Université de Kuala Lumpur comptait 65 % d’étudiantes à la rentrée 2007
 
Cassandre Jallifier, Estelle Lévêque, Margot Ridon, Annabelle Valentin  ©Mundus Fabula
Tous nos remerciements à Laurent Di Filippo pour le relai de ce texte 
 
Références bibliographiques
 
Bastien E., 2016, « Les métiers liés au numérique sont-ils genrés ? », Digital Society Forum. En ligne : http://digital-society-forum.orange.com/fr/les-forums/277-les_metiers_lies_au_numerique_sont-ils_l_genres_r. Consulté le 28/10/2016
 
Bourdeloie H., Julliard V., Quemener N., 2014, « La construction des identités de genre à l’ère du numérique. Usages et représentations », publication du séminaire Genre, Médias et Communication, le 13 juin. Consulté le 28/10/2016
 
Collet I., 2011, « Effet de genre : le paradoxe des études d’informatique », tic&société, vol. 5, n°1. En ligne : http://ticetsociete.revues.org/955. Consulté le 28/10/2016
 
Cossetta A., 2012, « Que donnent les femmes sur le Web ? », Revue du MAUSS, 1/2012, n° 39. En ligne : http://www.cairn.info/revue-du-mauss-2012-1-page-391.html. Consulté le 28/10/2016
 
Damian-Gaillard B., Montañola S., Olivesi A., 2015, « L’assignation de genre dans les médias. Attentes, perturbations, reconfigurations », Études de communication, n° 44. En ligne : https://edc.revues.org/6140. Consulté le 26/10/2016
 
Devauchelle B., 2013, « Le numérique et le genre : quelle école contre les inégalités ? », Le café pédagogique. En ligne : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2013/03/08032013Article634983227951910384.aspx. Consulté le 28/10/2016
 
European Commission (dir.), 2013, « Women Active in the ICT Sector ». En ligne : http://www.gpni.fr/upload/UE_womenactiveinictsector.pdf. Consulté le 28/10/2016
 
Hargittai E., Shafer S., 2006, « Differences in Actual and Perceived Online Skills: The Role of Gender », Social Science Quaterly, vol. 87, n° 2. En ligne : http://www.eszter.com/research/pubs/hargittai-shafer-ssq06.pdf. Consulté le 28/10/2016
 
Kallenborg G., 2013, « Il n’y a (toujours) pas assez de femmes dans les métiers du numérique », 01net.com. En ligne : http://www.01net.com/editorial/604800/il-n-y-a-toujours-pas-assez-de-femmes-dans-les-metiers-du-numerique.  Consulté le 28/10/2016
 
Lahire B., 2013, Dans les plis singuliers du social. Individus, institutions, socialisations, Paris, Éditions La Découverte.
 
Miège B., 2008, « L’imposition d’un syntagme : la société de l’information ?», tic&société, vol. 2, n°2. En ligne : https://ticetsociete.revues.org/467. Consulté le 28/10/2016
 
Royal C., 2009, Gendered spaces and digital discourse : Framing women’s relationship with the Internet, VDM Verlag.
 
Valenduc G., 2007, « La technologie et le genre, une question récurrente », La Lettre EMERIT, n° 50. En ligne : http://www.ftu-namur.org/fichiers/Emerit50.pdf. Consulté le 28/10/2016
 
Vendramin P., 2011, « TIC et genre : des regards multiples », tic&société, Vol. 5, n° 1. En ligne : http://ticetsociete.revues.org/938. Consulté le 28/10/2016
 
 
 
 
 
 

 

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Le journalisme narratif à l’ère du web : une autre manière de raconter le monde ?

« Fenêtres », « miroirs », « symptômes »… les appellations ne manquent pas pour caractériser le rapport des médias au « réel ». La littérature scientifique est vaste à ce sujet et les approches théoriques plurielles : recherche des « effets », analyse des « fonctions », étude des « narrations », etc. L’avènement du numérique n’a fait qu’accentuer ces préoccupations tandis que l’agenda électoral récent (Brexit, élection présidentielle américaine, etc.) leur a donné une place prépondérante au sein des arènes publiques.
Dans le cadre d’une initiation à la recherche, les étudiants du master 1 « Journalisme et médias numériques » de l’Université de Lorraine, se sont emparés de la question de la fabrication des mondes par les médias et notamment l’Internet. Trois textes témoignent des regards que ces derniers y portent en tant que journalistes en formation, spécialisés dans le numérique, mais aussi en tant que citoyens. Entre infobésité et immédiateté de l’information, (nouvelles ?) narrations, mais aussi (re)productions des usages genrés, ils dressent une esquisse critique de la fabrique des mondes numériques contemporains. Une analyse qui n’a jamais été aussi actuelle…
Second texte « Le journalisme narratif à l’ère du web : une autre manière de raconter le monde ? » de Benjamin Jung, Théo Meurisse, Marine Schneider, Marine Van Der Kluft, et Jean Vayssières.
Photo : Image originale Pixabay - Montage photo Benjamin Jung

Introduction : le journalisme narratif, un nouveau genre ?

Le journalisme narratif est né en Amérique dans les années 1970, de la plume d’auteurs tels que Tom Wolfe (qui le baptise new journalism, 1973), Truman Capote (1924-1984) ou Hunter S. Thompson (1937-2005). Ses origines sont pourtant plus lointaines, prenant racine dans le journalisme d’investigation de Nellie Bly (1864-1922), pionnière du gonzo journalism, ou en France dans les Conseils à un Journaliste de Voltaire, paru en 1737 (Schmelck, 2014). Ce genre hybride, à la frontière entre journalisme et littérature, est connu sous de nombreux noms : new journalism, narrative non-fiction, creative non-fiction, journalisme littéraire, etc. Toutefois, ses différentes appellations reposent sur une même définition : il s’agit d’appliquer les styles et les techniques de l’écriture romanesque littéraire à la non-fiction, pour expliquer, explorer ou raconter des faits réels.
Selon Lee Gutking, fondateur du magazine Creative Nonfiction et considéré comme le parrain du genre, « le but premier de l’auteur de non-fiction romancée est de transmettre de l’information comme un simple reporter, mais en faisant en sorte que celle-ci se lise comme de la fiction » (Gutking, 2007). Quant au journalisme narratif européen, selon Marie Vanoost (2013), chercheuse belge spécialisée dans le journalisme narratif, il s’inscrit à la fois dans le narrative journalism américain et dans le grand reportage à la française.
 
Le journalisme narratif est donc un genre ancien, qui s’est adapté aux évolutions des médias : il est bien sûr présent dans la presse écrite, notamment magazine, où il prend ses origines, mais aussi dans la littérature : pour ne citer qu’un exemple, Svetlana Aleksievitch, journaliste biélorusse, a reçu le prix Nobel de la littérature en 2015 pour son œuvre. Elle y dépeint la réalité de l’ère soviétique, en construisant ses livres autour des témoignages qu’elle recueille, une méthode qui s’inscrit parfaitement dans la tradition du journalisme narratif.
 
eMais on retrouve aussi le genre à la télé et au cinéma avec des films et des séries tels que Making a Murderer (2015), série documentaire diffusée sur Netflix, ou La cité de dieu (2002), présenté hors compétition à Cannes, portant sur le quotidien empreint de violence et d’espoir des habitants de favelas brésiliennes. Il est même présent à la radio : Serial (2014), un podcast d’investigation créé par la journaliste Sarah Koenig, a rencontré un grand succès auprès des critiques mais aussi du grand public. Diffusé en épisodes hebdomadaires, à la manière d’un feuilleton radiophonique, Serial reprend une enquête sur une affaire criminelle réelle.
Plus récemment, on a aussi vu fleurir ce type d’écriture sur le web. Trois journaux ont vu le jour au seul mois de février 2016 : Soixante-Quinze, LesJours.fr, L’Imprévu.fr. Leur point commun ? Une même envie de ralentir le flux de l’actualité et de raconter des histoires (Carasco, 2016). Avec un financement participatif gagnant, des abonnements nombreux, ces médias ont, semble-t-il, trouvé leur public et répondent à une certaine demande.

Un besoin de contrer l’immédiateté du web ?

Le développement du journalisme narratif sur Internet témoigne d’une certaine lassitude du matraquage d’information chaude formatée à l’identique par de nombreuses rédactions web. L’idée : prendre le contrepied de l’instantanéité à outrance et ralentir le rythme. Vice, Le Quatre Heures, Ulyces, autant d’autres projets qui désirent mettre l’accent sur la qualité, sur les détails et le récit, complètement à l’opposé de l’information flash (Twitter) ou du data journalisme. Mais attention, récit ne veut pas dire fiction et la qualité journalistique est au centre du journalisme narratif : « une information qui prend le temps, se déclinant sous forme de reportages grand format, multimédia, sans clic » (Le Quatre Heures, accès le 2 novembre 2016). Pour marquer cette cassure totale face aux habitudes de mobilité et d’instantanéité de la presse en ligne dite « classique », des partis sont pris : le défilement de la page pour lire un long format n’est plus un problème, et, dans le cas de LesJours.fr, il n’existe pas d’appli ou de version mobile.

Le web, média propice à une expression journalistique narrative ?

Le journalisme narratif peine à trouver sa place au sein de la presse papier : il s’attarde longuement, à l’instar de son cousin gonzo, sur les détails ; la narration y sert toujours l’information, mais se retrouve pilier central de la structure rédactionnelle. Ainsi, les exemples les plus probants d’essais de ce genre troquent-ils leur essence journalistique au profit des caractéristiques du roman moderne, notamment son arc narratif et sa longueur ; en témoigne le mythique Hell’s angels : The strange and terrible saga of the outlaw morotcycle gangs de Hunter S. Thompson (1967) et ses plus de 250 pages inspirées de l’expérience de son auteur au sein d’une communauté de bikers.
 
Le web, en revanche, propose des perspectives d’écriture plus libres (Maalouf, 2014 ; Moutot, 2014).  À l’heure où l’hébergement d’un site web revient moins cher à l’année qu’un repas au fast-food, où plus de 80 % des foyers des États-Unis et de France ont accès à Internet, le média web permet de toucher un public large, à moindre coût. L’outil idéal pour un genre outsider comme le journalisme narratif.
 
Internet, média par excellence de la consommation flash, dissimule ainsi un potentiel tout autre : celui d’attirer les jeunes générations, qui pourtant ont tendance à favoriser ce nouveau type de snacking de l’information. LesJours.fr font de ce potentiel une réalité en déclinant des sujets sous formes de saisons et d’épisodes, présentant leurs personnages et leurs intrigues en imitant le style des séries télévisées. Les pages web s’étirent à l’infini, là où la structure d’un journal papier est soumise aux arrangements d’un maquettiste soucieux d’organiser l’information. Au sein de cet immense terrain de jeu, le journaliste gonzo construit non plus un article mais un récit, immergeant le lecteur dans une ambiance et un arc narratif pour le fidéliser et l’empêcher de prendre ses jambes à son cou à la vue d’un papier de 10 000 caractères. Il y assemble texte, image et son et accentue l’immersion du lectorat, même dans un format long : « Les formats numériques ont élargi les perspectives du journalisme de récit désormais affranchi des contraintes, notamment d’espace, imposées par le papier », confirme Alain Lallemand, de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP, 2012).

Le journalisme narratif en ligne peut-il survivre ?

Il y a une volonté claire de développer des modèles économiques rentables basés sur la qualité de l’information. C’est le parti pris d’Ulyces, « éditeur d’histoires vraies » qui compte sur ses abonnements pour rentabiliser son affaire. Le site mise sur les enquêtes approfondies et de qualité, loin de l’actualité chaude : « On espère que les lecteurs vont comprendre que ce type d’information a un coût » (Braun, 2014).
 
Même cas de figure pour le site d’information LesJours.fr. Pour son lancement, le public était en tout cas prêt à payer. La plateforme a anticipé cette implication en proposant un financement participatif. En quarante jours, LesJours.fr a récolté 80 175 euros grâce au crowdfunding, sur la plateforme de financement participatif KissKissBankBank, alors que l’objectif annoncé était de 50 000 euros. Un début prometteur. En mai 2016, Le Monde analyse : « trois mois après son lancement, Lesjours.fr revendique un peu plus de 5 500 abonnés payants. Il s’est fixé pour objectif d’en réunir 8 000 fin 2016 et 25 000 d’ici trois ans, ce qui lui permettrait d’atteindre son point d’équilibre économique. Ce chiffre a été calculé pour une équipe de 25 personnes environ » (Piquard, 2016). Un départ sur les chapeaux de roue qu’il convient de nuancer maintenant que le site s’est installé. Le 19 octobre, Nicolas Cori, co-fondateur de LesJours.fr, annonce 6 000 abonnés et un point d’équilibre financier à 13 000 abonnés ; soit une progression de 500 abonnés en quatre mois qui, si elle se stabilise, ne leur permettrait pas d’atteindre leur objectif de 8 000 abonnés pour la fin de l’année. LesJours.fr se basent sur un modèle économique original, inspiré de Médiapart : refuser la publicité et viser une rentabilité qui se fait sur les revenus issus des abonnements. Les neuf fondateurs détiennent la majorité du capital et le reste appartient à des investisseurs privés et aux lecteurs. Des lecteurs actionnaires, c’est là toute l’originalité de leur modèle. LesJours.fr est en effet le premier média à se lancer dans ce nouveau modèle d’actionnariat. Le but est clair : garder son indépendance. Si Médiapart a trouvé l’équilibre financier dès 2010, il n’existe pas cependant de modèle magique, rentable à chaque coup. Celui de LesJours.fr, totalement inédit et très récent, doit donc encore faire ses preuves et relever un défi de taille : celui de subsister dans la durée. Cela est vrai pour tous les nouveaux sites web d’information.

Conclusion : le web est-il le média idéal pour le journalisme narratif ?

Par sa nature plurimédia et grâce à l’infinité de possibilités qu’il met à disposition, Internet s’est positionné depuis de nombreuses années comme un outil majeur d’expression journalistique. Certaines alternatives aux sites d’actualité quotidienne et instantanée s’en sortent bien ; c’est le cas du géant Vice qui, avec sa maison d’édition, sa télévision, et sa traduction en plus de dix langues, vaut plusieurs millions de dollars. Toutefois, il est difficile d’évaluer la pérennité des sites de journalisme narratif.
 
Dans un premier temps, on note la difficulté de ces plateformes à trouver des systèmes de financement optimaux. À ceci s’ajoute l’absence de données sur la fréquentation de la plupart des sites de slow journalisme. Le web semble pourtant être une solution envisageable pour la continuité historique du journalisme narratif, où il a vraisemblablement sa place et un lectorat ; mais ce média sera sans doute amené à évoluer encore au gré des avancées technologiques et économiques, ainsi que de l’imagination de ses utilisateurs.
 
Benjamin Jung, Théo Meurisse, Marine Schneider, Marine Van Der Kluft, et Jean Vayssières  ©Mundus Fabula
Tous nos remerciements à Laurent Di Filippo pour le relai de ce texte 
 
Références bibliographiques
 
AJP, 2012, « Journalisme narratif et nouveaux formats d’écriture ». En ligne : http://www.ajp.be/blogs/multimedia/journalisme-narratif-et-nouveaux-formats-decriture/. Consulté le 12/11/2016
 
Braun E., 2014, «  L’article long format peut-il survivre sur Internet ? ». En ligne : https://rslnmag.fr/cite/tl-dr-larticle-long-format-peut-il-survivre-sur-internet/. Consulté le 12/11/2016
 
Carasco A., 2016, «  Les nouveaux aventuriers de la presse ». En ligne : http://www.la-croix.com/Economie/Media/Les-nouveaux-aventuriers-de-la-presse-2016-02-28-1200743034. Consulté le 12/11/2016
 
Gutkind L., 2007, « Fame and Obscurity (with Appreciation to Gay Talese) and our Search for the Best Creative Nonfiction », What’s the Story, n° 32. En ligne : https://www.creativenonfiction.org/online-reading/whats-story-32. Consulté le 12/11/2016
 
Les Jours, 2016, « Devenez actionnaire des “Jours” », lesjours.fr. En ligne : https://lesjours.fr/obsessions/les-jours-c-quoi/les-jours-la-campagne-anaxago/. Consulté le 12/11/2016.
 
Maalouf Z., 2014, « Le journalisme « long format » fait sa rentrée », rfi.fr. En ligne : http://www.rfi.fr/emission/20140920-1-journalisme-format-web-quatre-heures-ulyces-ijsberg-streetpress. Consulté le 12/11/2016
 
Moutot A., 2014, « Une nouvelle génération de médias fait le pari du long format en ligne », lesechos.fr. En ligne : http://www.lesechos.fr/17/08/2014/lesechos.fr/0203704240897_une-nouvelle-generation-de-medias-fait-le-pari-du-long-format-en-ligne.htm. Consulté le 12/11/2016
 
Piquard A., 2016, « Lesjours.fr, heureux de son premier trimestre d’existence », lemonde.fr. En ligne : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/05/11/lesjours-fr-heureux-de-son-premier-trimestre-d-existence_4917350_3236.html. Consulté le 12/11/2016
 
Schmelck C., 2014, « Le journalisme narratif, une invention française du XVIIIè siècle ? », rfi.fr. En ligne : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/le-journalisme-narratif-une-invention-fran-aise-du-xviii-si-cle. Consulté le 12/11/2016
 
Thompson H., 1967, Hell’s Angels: The Strange and Terrible Saga of the Outlaw Motorcycle Gangs, New York, Random House.
 
Vanoost M., 2013, « Journalisme narratif : proposition de définition, entre narratologie et éthique ». Les Cahiers du Journalisme, n° 25, pp. 140-161. En ligne : http://www.cahiersdujournalisme.net/cdj/pdf/25/9.Marie-Vanoost.pdf. Consulté le 12/11/2016
 
 

 

information

Infobésité : mieux informés ou monde déformé ?

« Fenêtres », « miroirs », « symptômes » … les appellations ne manquent pas pour caractériser le rapport des médias au « réel ». La littérature scientifique est vaste à ce sujet et les approches théoriques plurielles : recherche des « effets », analyse des « fonctions », étude des « narrations », etc. L’avènement du numérique n’a fait qu’accentuer ces préoccupations tandis que l’agenda électoral récent (Brexit, élection présidentielle américaine, etc.) leur a donné une place prépondérante au sein des arènes publiques.
Dans le cadre d’une initiation à la recherche, les étudiants du master 1 « Journalisme et médias numériques » de l’Université de Lorraine, se sont emparés de la question de la fabrication des mondes par les médias et notamment l’Internet. Trois textes témoignent des regards que ces derniers y portent en tant que journalistes en formation, spécialisés dans le numérique, mais aussi en tant que citoyens. Entre infobésité et immédiateté de l’information, (nouvelles ?) narrations, mais aussi (re)productions des usages genrés, ils dressent une esquisse critique de la fabrique des mondes numériques contemporains . Une analyse qui n’a jamais été aussi actuelle…
Premier texte « Infobésité : mieux informés ou monde déformé ? » de Camille Bresler, Kévin Bressan, Robin Ecoeur, Élie Guckert, Lucas Hueber.
Source photo, libre de droit 

Introduction : l’infobésité, le mal du 21e siècle

On connaissait l’obésité, inhérente à nos modes de vies confrontés en permanence à la surabondance, on la retrouve aujourd’hui au sein même de l’information. Un surplus dont nous sommes à la fois victimes et pourvoyeurs : « l’infobésité recouvre en fait une double réalité : l’augmentation certes exponentielle du volume de données disponibles mais également, et surtout, un phénomène de surcharge informationnelle. Nous “likons”, nous partageons, nous échangeons et dupliquons souvent les mêmes informations », estime Caroline Sauvajol-Rialland (2013).
 
Le « ce-n-est-pas-parce-qu-on-est-plus-informé-qu-on-est-mieux-informé » est alors de mise. Et pour cause : immédiateté et information ne font pas forcément bon ménage. Afin de se démarquer dans l’océan médiatique et réussir à appâter les lecteurs, les médias diffusent parfois « des informations collectées sans véritablement se soucier de leur fiabilité. C’est pourquoi, beaucoup d’entre eux, ont considérablement emprunté le conditionnel journalistique pour se dédouaner des inexactitudes des informations », estime Mounina N’Diaye (2016). Bien que la recherche de l’authenticité demeure un des fondements du journalisme.
 
On en est donc arrivé là. À un point où l’abondance de l’information rend sa digestion presque impossible ; et la sieste inexistante. Elle ne s’arrête jamais, ne prend pas de vacances, ni de congés. Elle est aussi partout avec nous, en permanence, au gré d’une minute de répit que l’on s’accorde. Les notifications arrivent en même temps sur notre téléphone. Libération, 20 minutes, Le Monde… Même les quotidiens régionaux s’y mettent, espérant grappiller une part du marché.
Pertinent ? Pas vraiment, mais il faut faire du clic, du chiffre, des vues, du buzz. L’information, elle, est succincte : « qui », « quand », « quoi », « où ». De temps à autre « pourquoi » et « comment », parfois en moins de 140 signes, Twitter oblige. Exit les analyses, les réflexions, les questions ; au grand dam de la qualité de l’information. Quelles sont les conséquences de ce phénomène ?

Réseaux sociaux, immédiateté et dérives

 
Dans un cadre post-attentats, on peut se demander si les réseaux sociaux n’ont pas érodé la confiance du public par rapport à la couverture de l’information. Selon le dernier baromètre TNS-Sofres (février 2016), réalisé pour La Croix, la méfiance est surtout du côté de l’Internet, avec 31 % d’opinions positives. Mais la vitesse à laquelle se propagent les informations sur Internet oblige les autres acteurs du domaine (presse écrite, télévision, radio) à revoir leurs stratégies et à composer avec la même rapidité, au risque d’arriver à des dérives et à des surenchères. Cela a été le cas en 2015, lors des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, suite auxquels le Conseil supérieur de l’audiovisuel a relevé 36 manquements dont 15 ont donné lieu à des mises en garde et 21, plus graves, ont justifié des mises en demeure (CSA, 2015).
 
 
Mais l’immédiateté de l’info prend aussi racine dans le journalisme citoyen : tout le monde peut se prétendre, désormais, journaliste, grâce à la multiplication des outils numériques. Tout le monde peut tweeter une info, sans forcément la vérifier. Si l’AFP se trompe, en février 2015, en annonçant la mort de Martin Bouygues (Decembe, 2015), après une série d’erreurs et, surtout, un manque de recoupements des infos et de fiabilité des sources, comment attendre que les citoyens ne tombent dans les mêmes pièges ?
 
Il faut voir défiler un fil d’actualité sur Tweetdeck pour admirer la frénésie qui envahit les réseaux sociaux en période mouvementée (13-Novembre, notamment).  On peut comprendre, dès lors, les journalistes qui prennent pour argent comptant ce que disent les citoyens, ceux qui sont sur place, sans le vérifier. Car il faut informer, toujours informer ; au même rythme que les réseaux sociaux, pour garder captif son audimat.

La course à l’information : un phénomène nouveau ?

 
Le journalisme a connu de nombreuses évolutions et mutations depuis son apparition. Mais la recherche de l’information rapide a toujours été une caractéristique de la pratique journalistique. En 1631, sort La Gazette, le premier journal français, à la botte du roi. Dès 1835, avec la création de l’AFP (Agence France Presse), les informations étrangères arrivent en France, envoyées à Paris via des pigeons voyageurs avant d’être traduites. Peu de temps après, le télégraphe révolutionne la transmission des messages. En 1845, l’invention de la presse rotative bouleverse la production des journaux. La première transmission sans fil en France en 1898 et la première émission radiophonique en 1921 modifient aussi le travail du journaliste ainsi que le sens de l’information.
 
Avec la radio, on « vit » l’événement et, pour la première fois, en direct. Grâce à l’apparition du transistor, le nombre d’auditeurs connaît une augmentation rapide, comme l’explique Elvina Fesneau (2004) : « la part des postes à transistors dans la production totale explose, passant de 20 % en 1958, à plus de 50 % en 1959, 77 % en 1960, pour atteindre 90% en 1961 ». Écouter la radio partout à n’importe quel moment de la journée, devient la tendance. Le journalisme écrit chute alors de 33,20 % comme le montre le site La Plume d’Aliocha : « 250 exemplaires pour 1000 habitants en 1950, 167 en 2000 ». La presse écrite critique violemment la radio, l’accusant d’ouvrir la porte à toutes les dérives.

Quand la lenteur refait surface

 
Le surplus d’informations et les dérives concernant la fiabilité de celles-ci, entraînent de nos jours un effet inverse : le slow journalism, qui consiste à proposer des reportages et des analyses long format dans le registre du journalisme narratif. Lors du Festival International de Géographie à Saint-Dié-des-Vosges, Pierre Assouline, grand journaliste français, explique, lors d’une conférence, la causalité entre immédiateté et slow journalism : « plus il y aura de médias rapides, plus cela entraînera des lectures lentes et profondes ». Effet boule de neige : l’immédiateté de l’information conduit à l’infobésité et a fortiori, au slow journalism.
 
Misant sur des formats longs, des enquêtes riches, une écriture de qualité, des interfaces numériques diversifiées, de jeunes sites tendent à ralentir la cadence de la transmission de l’information, rompant ainsi avec le flux continu qui inonde l’internaute. La réflexion prend le pas, lentement mais sûrement. Lorsqu’il s’agit de la conception d’un papier, le journaliste prend le temps d’aller voir, d’enquêter et travaille en dehors de l’émotion immédiate. Il réfléchit au choix des ingrédients, aux épices à ajouter. La préparation finale mijote parfois pendant plusieurs jours, voire semaines.
 
Le rédacteur n’est pas le seul à prendre son temps. Le lecteur sait qu’il lui faudra du temps pour déguster l’information alternative. Au lieu de se lancer dans la lecture évasive de quelques articles repérés à la hâte sur les réseaux sociaux, la lecture du slow media se fait tout en lenteur. À la vitesse des pages qui se tournent comme un véritable roman, l’internaute “scrolle” la page web. Il apprécie les saveurs variées, le choix des ingrédients, le temps de cuisson du papier (avec une température sous les 451° Fahrenheit, de préférence).

Savoir sans comprendre ?

 
Les initiateurs du mouvement du journalisme long format admettent que la quantité d’information disponible actuellement permet de tout savoir du monde sans forcément y comprendre quelque chose. Dans ce contexte de myopie, le slow journalism décrypte et redonne à l’actualité une profondeur et une pertinence. Alors que la consommation d’informations ne cesse d’augmenter, on se demande s’il ne faudrait pas consommer moins pour apprendre plus. Comprenez infobésité vs slow media.
 
Si le slow journalism prend son temps, il a aussi choisi de délaisser les sujets qui font la une des médias traditionnels ou des mastodontes du web ; les informations y sont moins médiatisées. Quand Le Monde et ses confrères évoquent la surpopulation carcérale, Le Quatre Heures (slow media Français créé en 2014), lui, emmène son lectorat à l’intérieur d’une prison nantaise pour explorer un point de vue particulier : « Les enfants qui grandissent avec l’un de leurs parents en prison » (sujet d’automne 2016). Ce slow media compose une histoire inédite chaque premier mercredi du mois, « une pause dans l’information en continu qui domine le web » (Le Quatre Heures).
 
Mais si le slow journalism prend la forme d’un modèle alternatif, il n’est, au final, qu’une manière de renouer avec les fondamentaux du métier, qui ont toujours existé : le romantisme du journaliste écrivain, la noblesse de la belle plume, le travail chronophage de l’enquêteur. Pour Philippe Lefait, animateur des Mots de Minuit sur France 2 : « on ne peut cautionner cette véritable hystérie à faire consommer de l’information en permanence et en continu […] Il est grand temps, sinon de réinventer le journalisme, du moins de retrouver ses fondamentaux » (cité dans Girod, 2010). Pourquoi ? Pour revenir aux fondements du métier, pour remettre l’investigation, l’enquête et les véritables principes déontologiques au cœur de la profession. Le slow journalism n’est qu’un retour aux traditions. Il n’a d’ailleurs jamais disparu, juste moins mis en avant. Finances obligent.

Conclusion : de la technique et de ses problèmes…

Le journaliste cherche depuis toujours à véhiculer au plus vite une information, c’est ce qu’on lui demande. Mais cette exigence a toujours été limitée par les possibilités techniques. Et comme l’affirmait Paul Virilio (1996), quand on invente la technique, on invente les problèmes qui vont avec : inventer le navire c’était inventer le naufrage, l’automobile les accidents de la route…
 
L’Internet n’a pas tant révolutionné le journalisme qu’elle l’a amené jusqu’à sa forme la plus extrême, horizontale, multiforme (en tant que technologie qui renferme à elle seule toutes les technologies de l’information et de la communication) et immédiate (Degand, 2011).
 
L’Internet a finalement permis d’atteindre, en partie, cette ubiquité que les journalistes, et les lecteurs eux-mêmes, recherchaient. L’information peut être produite, diffusée depuis n’importe quel endroit dans le monde et être reçue sur de nombreux outils (ordinateurs, smartphones, tablettes) à peu près n’importe où et n’importe quand. L’Internet permet de se rapprocher de cet idéal : pouvoir regarder le monde dans sa totalité, partout, tout le temps. Cependant, l’omnipotence du journaliste est un idéal inatteignable et biaisée, déjà, par la subjectivité de ce dernier.
 
Camille Bresler, Kévin Bressan, Robin Ecoeur, Élie Guckert, Lucas Hueber - ©Mundus Fabula
Tous nos remerciements à Laurent Di Filippo pour le relai de ce texte 
 
Références bibliographiques
 
CSA, 2015, « Traitement des attentats par les télévisions et les radios », communiqué du jeudi 12 février. En ligne : http://www.csa.fr/Espace-Presse/Communiques-de-presse/Traitement-des-attentats-par-les-televisions-et-les-radios-le-Conseil-rend-ses-decisions  Consulté le 24/11/2016
 
Decambe A., 2015, « L’AFP et la mort démentie de Martin Bouygues : le film des événements », Le Monde. En ligne : http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2015/02/28/l-afp-et-la-mort-dementie-de-martin-bouygues-le-film-des-evenements_4585294_3236.html Consulté le 24/11/2016
 
Degand A., 2011, « Le multimédia face à l’immédiat », Communication, vol. 29, n° 1. En ligne : http://communication.revues.org/2342 ; DOI : 10.4000/communication.2342 Consulté le 10/11/2016.
 
Fesneau E., 2004, « Éléments pour une histoire du public des postes à transistors en France », Le Temps des médias, vol. 2, n° 3. En ligne : https://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2004-2-page-118.htm; DOI:10.3917/tdm.OO3.O118. Consulté le 24/11/2016
 
Girod C., 2010, « Contre l’info low cost, vive la slow info ! », Lecourrier.ch, http://www.lecourrier.ch/contre_l_info_low_cost_vive_la_slow_info Consulté le 14/11/2016
 
N’Diaye M., 2016, « Un cas concret de l’infobésité », Mediapart. En ligne : https://blogs.mediapart.fr/edition/lyceennes-lyceens/article/120516/un-cas-concret-de-l-infobesite, consulté le 15/11/2016.
 
(La) Plume Daliocha, « La crise de la presse écrite en quelques chiffres ». En ligne : https://laplumedaliocha.wordpress.com/2008/10/08/la-crise-de-la-presse-ecrite-en-quelques-chiffres/ Consulté le 24/11/2016.
 
Sauvajol-Rialland C., 2013, Infobésité : Comprendre et maîtriser la déferlante d’informations, Paris, Vuibert.
 
Virilio P., 1996, Un paysage d’événements, Paris, Galilée.
      

 

société de l'information

Comment s'informent les Français ?

« Comment vous informez vous ? » : C’est la question que Médiamétrie a posée à plus de 3000 Français début 2016* dans le cadre de l’enquête Actu 24/7. La première vague de l’enquête avait été réalisée fin 2013. Les Français se montrent toujours « accros » à l’information et fidèles aux médias traditionnels (Radio, TV, Presse). Mais les réseaux sociaux sont un point d’entrée vers l’information qui progresse.
 *Etude réalisée dans le contexte d’une actualité post-attentats.
 
Vivre coupé du bruit du monde ? Ce n’est en aucun cas une pratique répandue. Au contraire, 98 % des 18 ans et plus déclarent consulter l’actualité dont 90 % quotidiennement ; et même plusieurs fois par jour pour près des deux tiers d’entre eux (63%). Ils ne sont que 2 % à ne jamais le faire, dont la moitié parce que « cela ne les intéresse pas ».
Réalisée du 27 janvier au 16 février 2016, auprès d’un échantillon de 3.105 individus représentatif des individus de plus de 18 ans, l’étude pluri-médias Actu24/7 confirme un appétit toujours vif pour l’actualité.
 
Entre 2013 et 2016, les habitudes sont restées assez stables, tant dans les moments privilégiés pour s’informer - le matin entre 6h et 9h et le soir entre 18h et 21h et en semaine davantage que le week-end -, que dans l’utilisation des médias traditionnels pour s’informer. Fait nouveau : l’étude 2016 met en lumière une progression significative de l’usage des moyens d’information numériques.
 
Ainsi, 38 % de la population – contre 34 % en 2013 - déclarent accéder à l’information depuis internet en passant soit par :
- Les pages d’actualité sur le web (à partir des portails web) ;
- Les pure players de l’information en ligne (Slate, Rue89, Mediapart, Huffington Post…) ;
- Les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Youtube, Google, Instagram… )
 
Ces canaux d’information sont majoritairement utilisés par les 18-24 ans (77%) et de de manière croissante par les CSP+ (49%).
« Avec 17% des individus qui déclarent s’informer par ce biais, contre 12% en 2013, le canal des réseaux sociaux prend de l’importance. Chez les 18-24 ans, il est même l’un des 3 moyens les plus utilisés, cité par 63 % des répondants, presque à égalité avec les chaînes d’information en continu (64 %), bien qu’encore loin derrière les journaux télévisés (84%) » commente Jamila Yahia-Messaoud, Directrice du département Comportement Média et Ad’hoc de Médiamétrie.
Le premier réseau cité par 83% des utilisateurs des réseaux sociaux est Facebook, devant Twitter (35 %) ou YouTube (32%). 51% des 18 ans et + qui consultent les réseaux sociaux pour s’informer en consultent au moins deux.
 

Un fil d’info personnalisé

Les réseaux sociaux répondent à deux attentes essentielles : l’immédiateté et la sélectivité d’informations pertinentes pour l’utilisateur. Pour la moitié d’entre eux, « la mise à jour rapide des informations » est évoquée comme une raison de passer par les réseaux sociaux pour s’informer. Mais le premier levier, cité par 51 % des 18 ans et plus qui consultent les réseaux sociaux, c’est leur capacité à proposer des contenus personnalisés, à centraliser et permettre de choisir les informations qui les intéressent.
 
Les réseaux sociaux délivrent un « fil d’info personnalisé », une information adaptée aux préférences de l’utilisateur, qu’elle soit « poussée par les proches, l’entourage ou par le réseau lui-même » grâce aux algorithmes qui ont appris à connaître l’utilisateur, détaille Jamila Yahia-Messaoud.
 
Ce phénomène fait écho à la part croissante des individus se déclarant sélectifs, ne s’intéressant qu’à certains sujets : ce groupe rassemble 22 % des individus en 2016, soit 4 points de plus qu’en 2013.
D’ailleurs, si l’intérêt pour l’information est largement partagé dans la population et que certaines thématiques intéressent plus que d’autres (notamment les sujets santé/sciences, l’actualité internationale ou la culture), les préférences sont plus ou moins marquées selon le profil des individus : les seniors aiment l’actualité locale ; les jeunes, les sujets autour des nouvelles technologies.

Complémentaires aux médias traditionnels

Pour autant, ce moyen d’accès à l’information est perçu comme complémentaire des médias traditionnels, sans les remplacer. La première activité des individus qui s’informent sur les réseaux sociaux consiste à « lire des articles partagés par ses amis » (84 %), articles souvent issus de pages de médias traditionnels. De plus, 51 % s’informent sur les réseaux sociaux en suivant la page d’un média traditionnel.
 
Consulter les réseaux sociaux n’est pas pour autant s’en satisfaire. Alors que la palme de la satisfaction en termes d’information revient aux radios généralistes (notées 7,4 /10), suivies de la presse quotidienne nationale, des chaînes d’information en continu…, les réseaux sociaux arrivent en queue de peloton, avec une note de satisfaction de 6,6, qui n’a pas progressé depuis 2013, contrairement à celles des radios généralistes de la presse quotidienne ou des journaux télévisés. Même chez les 18-24 ans qui en sont les plus gros utilisateurs, ils recueillent une note de satisfaction inférieure à celles des radios, de la PQN ou des chaînes d’information en continu.
 
Perçus comme des fils d’information en temps réel, des médias innovants, les réseaux sociaux ne proposent cependant pas de recul sur les événements, ni la capacité à les analyser, d’après les personnes interrogées.
Or deux des critères de satisfaction les plus importants concernant les moyens d’information sont de fournir une information bien détaillée et analysée ainsi que de permettre de prendre du recul sur celle-ci. Comme en 2013, on attend des moyens d’information qu’ils apportent en premier lieu des enquêtes et des analyses d’experts. Ainsi, le journal télévisé reste une valeur sûre, utilisé par 80 % de la population pour s’informer. 64 % des jeunes de 18 à 24 ans déclarent s’informer via le JT, ce qui ne signifie pas un suivi régulier mais démontre qu’il reste un moyen incontournable pour eux. Les chaînes d’information en continu gagnent du terrain.
 
La limite des réseaux sociaux pour s’informer est particulièrement sensible en cas d’événements marquants, définis comme inattendus ou importants.
Ces circonstances modifient les habitudes de consultation de l’information, avec une intensification de l’usage des chaînes d’information en continu (qui passent de 52 % de la population qui les consultent en temps normal à 59 % lors d’un événement marquant). Cette progression se fait au détriment des autres médias, notamment des réseaux sociaux (17 % de consultation en temps normal, 16% en cas d’événements marquants). Un signe que même si un réseau social comme Facebook est entré de plain-pied dans le circuit de l’information sur l’événement, en lançant notamment le « Safety Check » lors des attentats de Paris, les réseaux sociaux restent loin derrière les chaînes d’information quand surgit une actualité forte - bien que plus utilisés qu’en 2013 (16% en 2016 vs.12% en 2013) - qui suscite une attente d’approfondissement des faits et de suivi en direct.
Source : Isabelle Repiton - Mediametrie 29/11/2016
 

 

 

Facebook hoax

Fausses informations : le dilemme de Facebook

La bataille contre les fausses informations, accusées d'avoir contribué à la victoire du républicain Donald Trump, s'intensifie aux États-Unis, avec une pression particulièrement forte sur Facebook, même si Twitter et Google sont également visés. Google et Facebook ont pris des mesures la semaine dernière pour assécher les revenus publicitaires des sites de "hoax" (canulars). Mais certains réclament davantage, appelant notamment à considérer Facebook comme une entreprise de médias avec une responsabilité éditoriale, une dénomination que le réseau refuse jusqu'ici.
 
"Ils font la même chose que pratiquement toutes les entreprises de médias, à savoir agréger des audiences et utiliser cela pour vendre de la publicité", avance Gabriel Kahn, un ancien journaliste qui enseigne à l'université de Californie du Sud. D'après lui, en se représentant comme une plateforme "neutre", Facebook "permet à l'écosystème médiatique d'être pollué" avec des hoax.
 
Margaret Sullivan, qui tient une rubrique consacrée aux médias dans le Washington Post, a suggéré que Facebook "devrait embaucher un rédacteur en chef de haut niveau et donner à cette personne les ressources, le pouvoir et les équipes pour prendre des décisions éditoriales solides".
 
Elad Gid, un entrepreneur du secteur technologique, a également estimé que cela ne devrait pas être très difficile de déterminer si un article est un canular pour une entreprise ayant l'expertise technique de Facebook. "Etonnamment, un groupe d'étudiants de Princeton a été capable de créer à la va-vite un classificateur de fausses informations durant un hackathon de 36 heures", une compétition entre programmeurs, a-t-il souligné dans un blog.

Arbitres de la vérité

Le réseau social a promis d'intensifier ses efforts pour éliminer les fausses informations, avec "une détection renforcée", une procédure simplifiée de signalement par les utilisateurs et "une vérification par des parties tierces", comme par exemple "des organisations respectées de vérification des faits", selon son PDG-fondateur Mark Zuckerberg.
 
Il a toutefois appelé à la prudence. "Les problèmes sont complexes, à la fois techniquement et philosophiquement", a-t-il argumenté la semaine dernière dans un message publié sur le réseau. "Nous sommes persuadés qu'il faut donner la parole aux gens. (...) Nous ne voulons pas être des arbitres de la vérité nous-mêmes".
 
Dan Kennedy, professeur de journalisme à la Northeastern University, juge également important de faire la différence entre les sites "attrape-clics", qui ont été découverts jusqu'en Macédoine et cherchent uniquement à gagner de l'argent avec de fausses informations sensationnalistes, et des sites d'informations ayant des motivations politiques. "Je pense que Facebook pourrait faire beaucoup de choses pour lutter contre les fausses informations, et je pense que c'est quelque chose sur lequel tout le monde pourrait s'entendre, mais s'il essaye de s'attaquer aux sites ayant des motivations idéologiques, il va inévitablement se trouver pris dans les guerres de culture", prévient-il.

Faire le tri ou censurer ?

Dans un contexte de méfiance croissante du public envers les médias établis, toute tentative pour filtrer les voix divergentes pourrait "conduire à raviver d'anciennes polémiques sur les biais des médias", poursuit M. Kennedy.
 
Scott Shackleford, éditeur du magazine Reason, juge lui aussi difficile de tracer une limite entre le filtrage des fausses informations et la censure de contenus aux motivations idéologiques: "Si Facebook prend la décision de censurer les +fausses nouvelles+, cela pèserait lourdement en faveur des plus +puissants+ organismes de médias traditionnels".
 
Dans un blog, Jeff Jarvis, professeur de journalisme à l'université de New York, et John Borthwick, un entrepreneur, ont estimé que la solution devrait plutôt passer par davantage de coopération entre le secteur technologique et celui des médias afin d'aider les utilisateurs à évaluer la crédibilité des contenus. "Nous ne pensons pas que les plateformes devraient être mises en position de juger ce qui est vrai ou faux (...) comme des censeurs", écrivent-ils. Mais elles "ont besoin de donner de meilleures informations et les médias ont besoin de les aider".
Ils suggèrent aussi aux plateformes en ligne d'embaucher des journalistes afin "d'apporter un sens de la responsabilité publique à leurs entreprises" et "d'expliquer le journalisme aux techniciens et la technologie aux journalistes".
 

 

 

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