UP' Magazine L'innovation pour défi

Otra Nation

USA-Mexique : l’Hyperloop et une « écotopie », plutôt qu’un mur

Donald Trump semble tenir mordicus à son mur entre les États-Unis et le Mexique. Un mur de plus dans le monde et pas l’un des moindres. Face à cette idée régressive, un collectif de designer a imaginé une autre solution et l’a proposée aux deux gouvernements concernés : créer une « écotopie », c'est-à-dire un territoire comme il n’en n‘existe nulle part ailleurs, où les habitants vivraient heureux et circuleraient à bord de l’Hyperloop, ce train futuriste né dans le cerveau fécond d’Elon Musk.
 
MADE est un collectif américano-mexicain composé d’ingénieurs, d’urbanistes, d’architectes et des professionnels du BTP. Il propose une autre option que celle de l’édification d’un mur. Une option qui pourrait séduire les deux pays, et peut-être même Donald Trump, entre deux instants de lucidité. Le projet a pour nom Otra Nation. C’est un territoire de 3000 km de long sur 40 km de large, situé exactement de part et d’autre de la frontière actuelle. Ce nouvel espace territorial, qui s’étendrait du golfe du Mexique à la côte californienne, regrouperait 80 millions de personnes, soit plus que la population française.
 
 
Cette Otra Nation mise sur l’innovation : « Le XIXe siècle a vu apparaître les frontières et le XXe la construction des murs. Le prochain créera des ponts entre les nations grâce à des communautés fondées sur des principes partagés de résilience économique, d’indépendance énergétique et de confiance sociale » affirment les défenseurs du projet.
 
Cette écotopie prévoit la création de 90 000 km2 de fermes solaires disposées dans le désert. Ces installations produiraient près de 8 millions de GWH, soit suffisamment pour fournir l’énergie solaire aux États-Unis et au Mexique. Cela créera de la richesse, des emplois et génèrera, selon les promoteurs du projet, pas moins de 3800 milliards de dollars de PIB. Cette manne ira en priorité aux habitants du territoire.
 
Ces derniers, composés d’américains comme de mexicains auront le statut d’ « e-resident » et bénéficieront des meilleurs infrastructures éducatives, médicales, sociales, de sport et de loisir. MADE parle d’une "co-nation partagée" : « Otra Nation serait la première co-nation partagée au monde, ouverte aux citoyens des deux pays et entretenue par le Mexique et les États-Unis. L’investissement initial ainsi que les terres seraient également fournis par les deux pays. »
 
Dans cette écotopie qui vise à transformer la frontière en un territoire "régénératif", un "nœud de production culturelle", sans barrières, l’économie collaborative sera privilégiée et les robots bannis. Tout comme le sera « la concurrence entre les humains ». Les promoteurs de MADE préviennent : « Les principes citoyens de la nation Otra sont construits sur le partage et la dignité. Les services de partage comme Lyft, Airbnb, VRBO seront promus, mais ceux qui cherchent à réduire l'emploi humain, comme les services de voitures autonomes, seront interdits ».
 
En revanche, les habitants d’Otra Nation circuleront à bord de l’Hyperloop, ce train à très grande vitesse, qui relierait les deux océans et plusieurs villes américaines comme mexicaines.

LIRE DANS UP’ : Hyperloop : pour changer le monde du voyage

Pour construire ce nouveau pays virtuel, les promoteurs chiffrent les besoins à 15 milliards de dollars ce qui est peu par rapport au coût du mur que veut Trump : près de 22 milliards de dollars. Mais ils sont conscients que leur projet est une utopie et qu’il leur faudra beaucoup batailler pour qu’il voit réellement le jour. Mais qui sait ? L’équipe a déclaré au magazine The Verge qu'elle espère générer suffisamment d’intérêt pour déclencher un débat et susciter des votes sur son projet. Le dossier est actuellement sur le bureau des gouvernements américain et mexicain.
 
 

 
Add a comment
territoires en mutation

Nantes-Saint Nazaire, nouveau laboratoire des bureaux IT des startups et entreprises du numérique

Avec les installations récentes des bureaux d'AB Tasty, de Verteego, etc., une nouvelle tendance forte se dessine au-delà des 86 entreprises implantées en 2016 par Nantes Saint-Nazaire Développement : de plus en plus de start-ups et d'entreprises du numérique font le choix des régions pour y installer leur bureau IT, mais aussi et surtout pour expérimenter de nouvelles approches en termes de R&D et de Management. Voici cinq exemples tirés de l'actualité de la métropole Nantes-Saint-Nazaire.
 
A quoi sert une agence de développement économique et internationale, si ce n'est pour « susciter la création d'entreprises sur les territoires », comme l’annonçait le Président Hollande lors du lancement en février 2015 de l' « Agence nationale pour le développement économique sur les territoires » ? Déjà en 2010, Dominique de Villepin avait évoqué dans un entretien au BondyBlog (Libération) la création d'une « agence nationale du développement économique pour les banlieues (...) qui se donnerait pour but de créer des emplois et de faciliter la recherche d'emploi pour les jeunes, serait une solution adaptée », ou encore de soutenir les entreprises locales.
En 2014 a été créé le Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET), déjà pour regrouper les activités de différentes agences (Datar, Secrétariat général du comité interministériel des villes, Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances), mais aussi avec l’objectif supplémentaire de restaurer la compétitivité économique et l'emploi. 
 
L'agence de développement économique et international Nantes Saint-Nazaire Développement, née le 1er janvier 2015 de la fusion des agences des deux territoires, poursuit donc quatre missions principales au service de l'emploi et de l'attractivité du territoire nanto-nazairien, assurant ainsi la feuille de route en matière d'économie internationale : La prospection des entreprises, des investisseurs et des talents en France et à l'international ; leur accueil et leur accompagnement ; la coordination et la promotion du territoire pour les rencontres professionnelles, et l'animation, la promotion et le marketing du territoire en France et à l'international.

Cinq fleurons économiques en territoire

 
Verteego : une expérience RH pour offrir d'autres façons de travailler
Née en 2008 à Paris, Verteego est une société spécialisée dans les solutions logicielles cloud d'analyse de données au service de la performance opérationnelle et développement durable des organisations. Actrice de la transformation numérique, Verteego pense, conçoit et délivre des applications analytiques pour comprendre aujourd'hui et des applications prédictives pour connaître demain. Originaire de Lyon, son Directeur Général Délégué, Clément Guillon, souhaitait profiter d'une vie plus ouverte sur la nature et les grands espaces, et décide de s'installer à Nantes en février 2017, tout en faisant de son implantation un argument RH : « Après 9 ans d'existence de Verteego, nous souhaitions proposer un renouveau à nos salariés. Le bureau de Nantes a été créé pour leur offrir une multitude de façons de travailler : ils peuvent choisir Paris ou Nantes, quelle que soit leur équipe. »
« Pour ma part, j'ai choisi Nantes pour sa qualité de vie mais aussi pour ses ressources et ses infrastructures en R&D telles que les écoles et les laboratoires, avec lesquels nous souhaitons nouer des liens de proximité : à Paris, on est souvent un partenaire parmi beaucoup d'autres. Enfin, nous évoluons dans le secteur du numérique au service des enjeux environnementaux et sociétaux et Nantes fait figure de ville ambitieuse et particulièrement dynamique sur ce point : c'est un laboratoire à idée pour la ville de demain. »
 
Verteego compte aujourd'hui 30 personnes. Basé au Startup Palace, un espace dédié aux start-ups créé en 2015, le bureau nantais se développera en accueillant les Parisiens qui le souhaitent et en recrutant sur place.
 
 
 Lucca : le dynamisme numérique nantais séduit de plus en plus de développeurs… et même l'interne
Créée en 2002 et basée à Paris, Lucca, édite un ensemble de services en ligne pour simplifier la gestion administrative et RH des entreprises (gestion des congés, note de frais...). En 2010, Guillaume Allain, associé et Product Owner s'installe à Nantes, d'abord en télétravail, puis à la Cantine en 2013. Ce haut lieu de la vie numérique nantaise lui donne rapidement accès à un réseau de développeurs de très bon niveau : « Nantes est la ville des meet-ups : il y en a tous les soirs. Ils m'ont permis d'accéder à d'excellentes formations qui auraient pu me coûter des milliers d'euros. De plus, l'attractivité est plus forte à Nantes, le recrutement se fait beaucoup par le bouche-à-oreille et les réseaux s'ouvrent facilement ».
 
En quatre ans, Lucca Nantes est passée de 2 à 19 personnes et prévoit six recrutements d'ici la fin de l'année. Nantes attire également en interne. A la suite d'un mini-séminaire organisé dans la cité des Ducs en 2016, deux développeurs parisiens ont choisi de rejoindre le bureau nantais, et en 2017, c'est l'équipe marketing qui emménagera dans la métropole avec, également, des recrutements en vue. Le siège parisien conserve la R&D, le consulting et les commerciaux. Aujourd'hui Lucca compte 74 personnes dont 25 nantais.
 
 
AB Tasty : la 4ème Great Place to Work 2017 choisit Nantes pour expérimenter son 1er  bureau de R&D pure
Créée en 2009 et basée à Paris, AB Tasty édite des solutions d'optimisation des parcours client (A/B Testing, Personnalisation d'Expériences, Engagement). En parallèle de l'ouverture de bureaux commerciaux à l'international (Londres, New York…), Brice Lagroy de Croutte, l'un de ses leads techniques et collaborateurs historiques, ouvre un pôle de recherche et développement purs à Nantes, au Startup Palace, en janvier 2017. « L'un des fondateurs d'AB Tasty a toujours imaginé créer une entité de pure R&D très ‘product centric', isolée du reste de l'équipe technique pour faire évoluer le produit plus rapidement. Pour ma part, je souhaitais revenir dans l'Ouest : Nantes est apparue comme la meilleure option car la métropole est réputée pour le dynamisme de son environnement web, idéal pour développer la recherche, partager des outils, faire de la veille technologique, trouver de nouvelles façons de développer… A mon arrivée, l'intégration au Startup Palace m'a permis d'accéder rapidement à cet écosystème mais aussi et surtout de me faire un premier réseau. Enfin, j'ai pu constater qu'on multiplie réellement ses chances de trouver de bons profils en recrutant à Nantes. »
AB Tasty compte 95 collaborateurs à Paris, déjà trois à Nantes et y prévoit trois autres recrutements d'ici la fin de l'année. En 2017, la start-up était élue, pour sa 1ère participation, 4ème Great Place to Work.
 
 
Easy Loisirs : « Les bons profils IT recherchent aujourd'hui une meilleure qualité de vie »
Créée en 2014 et basée à Paris, Easy Loisirs digitalise les professionnels du tourisme et du loisir, un secteur en plein essor, pour les mettre en relation et leur permettre de vendre en ligne. Seul acteur français sur son marché, la startup fait face à seulement deux concurrents en Europe. Franc-comtois d'origine, son associé en charge de l'équipe IT vit à Nantes, où il a assisté à l'arrivée de l'équipe IT de La Fourchette et au développement d'une véritable technopole. Kristofer Moisan-Sellez, CEO et fondateur d'Easy Loisirs et lui décident donc d'y délocaliser l'équipe IT et d'y installer les commerciaux régionaux : « L'attractivité de Nantes est évidente en termes de technologies et de ressources. On y trouve des profils de même qualité qu'à Paris, voire meilleurs, tout en faisant face à moins de concurrence, notamment car les bons profils IT cherchent aujourd'hui une meilleure qualité de vie ».
L'équipe compte aujourd'hui 15 personnes à Paris, 5 à Nantes - basées au Start-up Palace, 3 à Lyon, et lancera le 1er juillet prochain la première borne de réservation tactile, un objet connecté pour remplacer le présentoir à flyers dans les hôtels.
 
Take a desk : La start-up nantaise Take a Desk permet d'installer son bureau dans l'espace disponible d'une grande entreprise… pour créer un maximum d'« Innovation Camps »
En complément des désormais nombreux espaces de coworking et incubateurs, Take a Desk permet à des startups, freelances, chercheurs… d'installer leur équipe (jusqu'à 8 postes de travail) dans l'espace disponible de sociétés qui partagent leurs objectifs stratégiques afin de créer des synergies. Take A Desk s'occupe du café et de nombreux services grâce à son « Survivor Kit ». Nouveau biais d'open innovation, le concept est également un excellent moyen pour s'intégrer dans un écosystème et développer son réseau.
Nouveau biais d'open innovation, le concept est également un excellent moyen pour de nouveaux arrivants de s'intégrer dans un écosystème et de se créer un premier réseau amical et professionnel.
 
 
Add a comment
désertification villages

Comment faire revivre nos villages et centres-bourgs ?

Les centres-bourgs se meurent dans les petites villes de nos Provinces françaises. Il suffit de voir les rideaux baissés des commerces et le nombre de boutiques à vendre. Le phénomène est national. Une dévitalisation des villes que les habitants désertent montrant un sentiment de déclin et d’abandon qu’il est grand temps de prendre en compte. Il y a heureusement des solutions.
 
Il faut prendre le temps de se promener à pied ou à vélo dans nos petites villes pour se rendre compte d’une triste évidence : la vie disparaît ! « Où sont passés les gens ? » est la question qui revient souvent … Les rues sont désertes, les commerces abandonnés ou flanqués de panneaux « à vendre » ou, au mieux, « à louer », les maisons sont soit fermées, soit en vente. Quand on trouve une boulangerie ou un bistrot du « bon coin » ouvert, on se sent un peu rassurés. En 2015, plus de la moitié des cœurs des villes moyennes avait un taux de commerces vides supérieur à 10 %. Et les villes de moins de 100 000 habitants sont les plus touchées.
Peu ou pas de commerces de proximité, plus d’animation culturelle et si l’on veut maintenir et attirer la population sur place, il faut lui donner l’envie de venir et de rester dans les villes. Des centres-bourgs vivants et animés, constituent un enjeu majeur de l’égalité des territoires ainsi qu’un levier de la transition écologique et énergétique.
 
 
Taux de vacance élevé. La « vacance commerciale », le pourcentage de vitrines vides, est fournie pour 166 villes par Procos, la fédération des enseignes, qui rassemble 250 « marques », d’André à Zara. La carte de 2016, très précise, permet de repérer les villes selon leur taux de vacance, de 7,5% à 10%, de 10 à 15% et au-delà de 15%. A Calais, Nevers, Béziers ou Vierzon, le taux approche ou dépasse même les 25%. Ce taux, qui ne recense que les rues de l’hyper-centre où les enseignes acceptent de s’installer, n’est qu’un indicateur parmi d’autres de la crise urbaine, mais il est sans doute le plus frappant.

 « Commerces en cœur de ville »

Le commerce participe à la vie de la cité et la façonne en grande partie. Si le commerce est d’abord l’affaire des commerçants, il revient aux élus, responsables de la ville et de l'intercommunalité, d'engager et de mettre en œuvre une stratégie globale adaptée à la situation de leur territoire et de leurs centralités.
En juillet 2016, un rapport de l’Inspection générale des finances, qualifiant ce phénomène de « préoccupant », et qui a donné lieu le 28 février 2017 à Bercy aux assises pour la revitalisation économique et commerciale des centres-villes, préconisait la création d’un agenda suivi pour une revitalisation commerciale des centres villes, dans le cadre de la Commission de concertation du commerce (3C) récemment installée.
 
En 2011, déjà, un label « Journée nationale du commerce de proximité, de l’artisanat et du centre-ville » avait été lancé pour récompenser les efforts consentis pour développer les activités économiques de proximité et prend la forme d’un panneau situé à l’entrée de la ville. Un moyen de récompenser les initiatives en faveur du commerce de proximité, de l’artisanat et du dynamisme territorial.
 
Les Chambres de Commerce et d’Industrie (CCI) se sont aussi engagé pour valoriser la qualité de l’accueil et du service dans les commerces de proximité grâce au label Préférence Commerce. Remplaçant la Charte Qualité Accueil Écoute Conseil, ce label national permet d’accompagner plus de 96 activités commerciales qui s’engagent dans une véritable démarche continue de progrès.
 
Initiative du Gouvernement : l’ouverture du portail « Cœur de ville » constitue l’une des réponses de l’État face au constat de perte de vitesse des centres de villes de taille intermédiaire. Ce diagnostic, commun à d’autres pays européens, est fondé sur de nombreux rapports et études, en particulier celui dont nous avons déjà parlé de l’Inspection Générale des Finances (IGF) et le Conseil Général de  l’Environnement et du Développement Durable (CGEDD), sur La revitalisation commerciale des centres-villes, et l’étude de l’INSEE « Le commerce de centre-ville : une vitalité souvent limitée aux grandes villes et aux zones touristiques» de novembre 2016.
Au service des acteurs du développement local, ce portail rassemble en un lieu unique des informations et des liens internet renvoyant à des expériences exemplaires, des acteurs incontournables et des outils opérationnels facilitant la redynamisation des centres-villes.
 
Martine Pinville, secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire, a souligné notamment le financement « cette année, pour plus de 15 millions d’euros de projets de rénovation du commerce au travers du Fisac, (Fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce), dont les priorités correspondent à l’enjeu de revitalisation des centres-villes et centres bourgs ». Elle a fait part de son souhait de « proposer, dès 2017, un accompagnement humain et logistique renforcé auprès des villes et des commerçants, avec la création d’outils innovants. Par ailleurs, il est urgent de suivre une stratégie de passage au numérique adaptée pour les TPE du commerce. »
Elle a annoncé l’organisation « d’un rendez-vous, début 2017, sous forme d’états généraux, qui réunira acteurs publics et privés du développement des centres-villes ».
 
Mais, malgré ces dispositifs destinés à revitaliser les centres-villes, et une loi du 18 juin 2014 relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, qui prévoit plusieurs mesures, comme l’allongement du délai dont dispose la commune pour trouver un repreneur de commerce, l’action du gouvernement n’a visiblement pas été suffisante pour contrer le mouvement de désertification.

Comment la France a tué ses villes

Dans son ouvrage "Comment la France a tué ses villes" (Rue de l’Echiquier, octobre 2016), le journaliste reporter Olivier Razemon dresse un inquiétant portrait de cette France dévitalisée : la faute à qui ?
Pour lui, le cœur du problème, c’est l’étalement urbain, qui n’a cessé de progresser en dépit de tous les avertissements depuis les années 1970 et l’exode vers la périphérie, par l’usage généralisé de la voiture. Pour aller où ? Dans les centres commerciaux qui ouvrent partout en marge des centres-villes, à quelques kilomètres des cœurs de vie. L’offensive délibérée de la grande distribution, en périphérie, tue les commerces du centre-ville et des quartiers anciens, et sacrifie les emplois de proximité.
 
Pour Olivier Razemon, dans un entretien avec l’Obs en février dernier, « Pour les élus, ouvrir un centre commercial, c’est donner l’impression qu’ils agissent, même s’il n’y a pas de réflexion à long terme. Ils y voient une solution contre le chômage de leurs administrés, alors même que le commerce de proximité affiche une capacité plus importante à créer des emplois que la grande distribution. Le calcul repose sur l’idée, fausse encore comme l’explique l’économiste Laurent Davezies, que pour qu’une ville soit riche, il faut qu’elle produise de la richesse. La ville est pensée comme une petite nation qui doit créer son PIB. Or, même si ça joue, ce qui compte le plus, c’est la consommation sur place. »

Pour aller plus loin : Lire :La dévitalisation commerciale profite-t-elle vraiment à Marine Le Pen ?

Comment la France peut sauver ses villes

« Il n’y aura pas de renaissance si on n’est pas capable de juguler le commerce de périphérie » déclarait lors d’un colloque à Gembloux (Belgique) la spécialiste du commerce Bernadette Mérenne-Schoumaker. C’est clair : pour sauver les villes, il faut mettre fin à la construction de nouvelles zones commerciales et aux extensions des complexes existants, mais bien à rebours du célèbre aphorisme « Quand le bâtiment va, tout va »…
Mais pourquoi ne pas revaloriser les bâtiments existants dans les centres-villes pour une relocalisation des commerces ? Le CGET (Commissariat général à l’égalité des territoires) anime ainsi un programme de revitalisation des centres bourgs, où la présence de commerces est primordiale mais aussi un programme de réhabilitation de maisons de bourgs afin de réactiver un patrimoine vacant par la réutilisation du bâti ancien mettant en valeur des pratiques d’implantation architecturale et d’organisation du territoire qui étaient à la fois pragmatiques, fonctionnelles et économes. Car un bâtiment qui ne réussit pas à s’adapter à l’évolution des mœurs et des usages est condamné à la vacance.
 
Le CGET a sélectionné dans chaque département trois communes présentant des signes de dévitalisation et en manque de moyens ou d’ingénierie pour revitaliser leurs centre-bourg : 302 communes ont été présélectionnées, parmi lesquelles 267 ont souhaité candidater. 54 collectivités lauréates ont été retenues à l’issue du travail de sélection qui a eu lieu en novembre 2014. 230 millions d’euros ont été alloués à ce programme de réaménagement durable regroupant emploi, commerces, services, équipements publics, culture, loisirs, cadre de vie, transition énergétique, cadre de vie, nature en ville, espaces publics, architecture, patrimoine, petite enfance, etc.  Dix-neuf projets de convention sont en cours de finalisation et les autres seront signées courant 2017.

Questions de culture 

La revitalisation des centres-bourgs passe également par des actions dans des domaines tels que l’action sociale, le patrimoine, la culture, le monde associatif, etc. A l’exemple de la commune de Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire), qui a retenu un bureau d’études pour encadrer trois classes d’école primaire afin de produire un travail de projection sur « le bourg de demain » à partir d’images, de photos, de récits sur le « bourg d’hier ». Certains parents, qui à l’origine n’étaient pas investis dans la participation et la co-construction du projet de revitalisation, s’y sont progressivement impliqués.
 
Ou encore à Periers dans la Manche qui conduit une action autour de portraits d’habitants à partir de photos, d’interviews, d’une exposition photographique sur des totems disséminés sur l’ensemble du bourg.
 
La commune de Giromagny, présentant un espace public très dégradé provenant de l’incivilité d’une part des habitants et des touristes, choisit de faire intervenir une troupe de théâtre en résidence, sous la forme d’un « Tribunal des flagrants délires ». L’animation, dont le démarrage est prévu au cours de l’année 2017, consistera à faire le procès des différents usagers, en y associant les habitants, lors des marchés.
En appui et dans le cadre d’échanges entre le Parc et l’École du Paysage d’Angers, un inventaire et des propositions au niveau de l’espace public seront réalisés par les étudiants afin d’orienter l’action de la troupe théâtrale.
 
A la Réunion, une approche sur le volet culturel a aussi été engagée avant la fin même de la construction de l’EcoQuartier de la Possession, en impliquant les scolaires sur différentes actions. En 2016, l’ensemble des quartiers attenants au futur EcoQuartier a assisté à la pose de la première pierre. De même, des enseignants de tous nouveaux (lycée professionnel, école primaire, etc.) sont venus visiter le site dans le cadre d’un stage organisé dans le cadre d’un partenariat rectorat – DRAC.
Ce stage a pour thématique Architecture, Art et Culture. Il est également prévu d’organiser tous les ans une animation jusqu’à l’émergence de l’EcoQuartier. Bien qu’il s’agisse d’un élément complexe à mesurer, cette approche constitue un moyen de mesurer les attentes et la vision du bien-être et du vivre ensemble des futurs habitants.
 
Dans le Parc d’Armorique, une rencontre avec la DRAC en 2014 a fortement contribué à la mise en place d’une résidence d’artiste sur le territoire du Parc. Objectif : initier une dynamique locale autour d'une réflexion sur les questions du paysage et de l’architecture ou autour de projets d'aménagement avec les différents acteurs du territoire et les faire travailler ensemble. La réflexion, à l’origine, portait sur les problématiques agricoles afin d’appréhender le regard des habitants sur leur lieu de vie et la manière dont ils souhaitaient voir évoluer leur territoire. C’est une petite commune de 1500 habitants, Dinéault, qui a été retenue.  
Cette résidence d’artiste a permis de questionner le rôle joué par le bourg-centre au sein d’une commune rurale. Il est alors apparu que celui-ci ne pouvait pas uniquement se restreindre à la présence de commerces et de services ou de logements occupés. Aujourd’hui cet espace public reste à réinventer.
Mais il a aussi été constaté qu’une volonté locale d’initier « le vivre ensemble », ici portée par l’équipe résidente, pouvait constituer un levier important à la transmission d’une connaissance culturelle, indispensable à l'animation des territoires ruraux. La dynamique impulsée par cette démarche artistique commence aujourd’hui à porter ses fruits et des liens forts se sont créés entre l'équipe et une partie des habitants.
 
La revitalisation de centre-bourg peut aussi prévoir l’activation de l’association nationale des cinémas itinérants ou la création de tiers-lieux, souvent associés au monde du travail. Celui-ci peut notamment conduire à la mutualisation d’espaces culturels comme une médiathèque pour varier les usages et multiplier le temps de présence sur site plutôt que de multiplier les lieux et les déplacements. C’est aussi l’un des autres moyens pour inciter les gens à se rendre sur les lieux culturels.
 
La question de la place des jeunes en milieu rural a également pu être évoquée à travers cette résidence. Comment offrir aux jeunes des dispositions idéales permettant un cycle de vie épanoui qui s’ancrerait dans la ruralité et qui nourrirait un projet local ? L’ouverture aux changements culturels et sociaux des espaces ruraux est aujourd’hui incontournable, il constitue un préalable à leur aménagement et à leur revitalisation. La résidence d’architecte constitue en sens un exemple éclairant de réenchantement, pour associer aménagement, approche sociale et culturelle du territoire.

Le pari de la transition numérique

La désertification des villes petites et moyennes est l'un des enjeux majeurs de notre société. Ce phénomène inquiétant est un terreau d'inégalités et un vivier pour le chômage. La dynamique digitale française, exemplaire, participe à endiguer ce constat malheureux. L’accélération de la transition numérique du petit commerce en s’appuyant sur le Conseil national du numérique, est une des actions phares du Gouvernement « avec, par exemple, une aide dans le développement de solutions mutualisées pour développer le commerce en ligne de proximité (plateforme commune pour les petits commerçants d’un territoire qui permettent de regrouper les commandes, casiers communs pour la livraison…) ».
 
Et des initiatives comme celle de rapidle pourraient permettre aux commerçants de s'adapter aux nouveaux comportements des consommateurs. Rapidle est une application de transformation digitale des petits commerces, principalement de bouche. Le Click & Collect permet notamment aux clients de commander en ligne et de récupérer leurs commandes sans faire la queue. Fort d'une expérience auprès des TPE sur l'ensemble du territoire, rapidle affirme aujourd'hui participer à la lutte contre la désertification des centres villes.
 
Sylvie Schloesser, gérante du Jardin des délices, commerce de fruits et légumes à Saverne, une ville de 13.000 habitants et sous-préfecture du Bas-Rhin (67), nouvellement utilisatrice de l’application, veut dynamiser son activité par le digital et s'adapter aux nouvelles attentes des clients : « Je suis installée dans une rue piétonne et depuis 5, 6 ans les parkings de la ville sont devenus payants. Les zones bleues manquent ou sont loin du quartier piéton ; parfois les clients tournent pendant 20 minutes pour trouver une place gratuite. Aujourd'hui les clients deviennent réticents à venir faire leurs courses en centre-ville alors qu'en périphérie, les bourgs multiplient les zones commerciales avec de gigantesques parkings gratuits ce qui attire les clients parfois au détriment de la qualité.
Aujourd'hui, notre collaboration avec rapidle va nous permettre de regagner des clients de deux manières. Premièrement, nos clients pourront faire leurs commandes en amont et passer les récupérer en quelques secondes. Deuxièmement, nous voulons organiser des rondes de livraisons avec les entreprises et les salariés de la région ce qui nous permettra en plus de ventiler au mieux des produits frais de très bonne qualité en assurant la promotion des circuits courts ».
Pour Steeve Broutin, co-fondateur de Rapidle, « Chaque ville de France a sa propre culture et c'est ce qui rend les régions si séduisantes. Aussi joli puissent être les centres-villes, les commerces les subliment, les rendent vivants ; c'est l'âme de la ville. Les commerçants sont également les garants de la diversité. Les grandes surfaces, les centres-commerciaux sont aussi très utiles aux consommateurs, seulement, il faut le reconnaître, qu'ils soient à Bayonne ou à Strasbourg, ce sont un peu tous les mêmes. »
Qui a dit que les petits commerces étaient morts ?
 
L’étude « Que peut le numérique pour les territoires isolés ? » parue en ce début d’année, et issue d'un groupe de travail présidé par Elisabeth Bargès (Google France) et Thierry Pech (Terra Nova), fait le pari que la transition numérique dans les territoires isolés peut répondre à un impératif de développement économique et à une ambition d’inclusion sociale et civique. 
Les nouveaux usages et outils permettent d’envisager un développement économique différent, plus déconcentré, une qualité de services publics et de santé réellement égalitaires sur l’ensemble du territoire national et de facto un retour dans le monde rural de populations qui devaient jusqu’alors vivre et travailler dans les grands centres urbains. 
La transition numérique participe au dynamisme du tissu productif de ces territoires. Elle permet d'accompagner une transition agricole et, avec des moyens peu coûteux, d’optimiser la production, notamment sur plan environnemental. Cependant, les entreprises de ces territoires, si elles veulent largement profiter de cette transition, notamment dans la modernisation de leur mode de distribution et dans l’élargissement de leur zone de chalandise, ont souvent besoin d’un accompagnement ou de formations.
 
Des données issues d’une collaboration avec Airbnb, par exemple,  illustrent le rôle que peut y jouer l’économie collaborative. 30 % des villages ont au moins une annonce Airbnb alors que 2/3 de ces villages ne comptent aucun hôtel. Ainsi, 123 000 personnes ont été accueillies par ce biais, ce qui a généré 14 millions d’euros de revenus supplémentaires pour ces territoires depuis 2012. Les retombées économiques locales peuvent être significatives, via les travaux de réparation, de rénovation et d'entretien engagés par les propriétaires ou via les dépenses réalisées sur place par les voyageurs (loisirs, achats de produits locaux, etc.).
 
La transition numérique contribue aussi à renforcer l’inclusion sociale. La e-administration constitue une avancée dans la lutte contre les inégalités territoriales en matière d'accès au service public comme le démontre le recours à la déclaration fiscale en ligne dans les territoires isolés (30 % hors données anonymisées contre 38 % au niveau national). Mais cet effort doit être accentué. Le déploiement de la télémédecine pourrait fournir une réponse à l’enjeu d’accessibilité des soins et du maintien à domicile des personnes âgées. Toutefois, l’état actuel du droit et des remboursements en freinent le développement. De plus, il est possible de favoriser le retour de certains salariés dans les territoires isolés par le télétravail, même si le cadre légal du télétravail fait peser encore trop de contraintes sur les entreprises et les salariés désireux de s'y lancer.
 
Enfin, les problématiques d’accès au réseau, de littératie numérique et de formation doivent être abordés par les acteurs privés, publics et associatifs pour tirer pleinement parti des changements en cours.
Ce rapport formule sept propositions pour que la transition numérique dans les territoires isolés puisse répondre à un impératif de développement économique et à une ambition d’inclusion sociale et civique.
 
 
Ce phénomène d’abandon progressif des centres-bourgs, en raison d’un habitat inadapté au mode de vie contemporain, questionne aujourd’hui la préservation d’un important héritage culturel, de l’adaptation du bâti ancien aux besoins des populations actuelles et de l’instauration de pratiques de consommation plus raisonnées. Il faut donc proposer une stratégie de reconquête, destinée à accompagner l’évolution de ses bourgs dans le temps.
Il n’existe nulle solution miraculeuse, mais une série de petits pas, de décisions empreintes de sobriété partout sur le territoire.
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
Add a comment
emplois et teritoires

Emplois et territoires : fracture entre grandes villes et... les autres

De quelles armes disposent les petites et moyennes communes face aux métropoles ? France Stratégie, dans le cadre de son rendez-vous mensuel "Grand angle", est allé à la rencontre de ces élus qui ont su mettre en place des politiques volontaristes pour attirer l’activité sur leurs territoires. La note d’analyse de Frédéric Lainé « Dynamique de l’emploi et des métiers : quelle fracture territoriale ? », parue fin février 2017, permet un constat accablant sur la répartition des métiers sur notre territoire avec des créations d'emplois en France se concentrant depuis une dizaine d'années sur les aires urbaines de plus de 500.000 habitants : une fracture territoriale qui se creuse, malgré des "périphéries" qui résistent…
 
L’essor du salariat au XXe siècle a dépeuplé les campagnes. La métropolisation du XXIe pourrait vider les « petites » villes. Sauf à ce que la création de richesses des métropoles vienne irriguer les territoires périphériques.
La métropolisation, qui se définit comme la concentration des activités économiques dans les plus grandes villes, est un processus inédit au regard de l’histoire. Porté par l’expansion du salariat, l’exode rural avait profité à toutes les villes, petites et grandes. À partir des années 2000, en revanche, les dynamiques de croissance se différencient selon les territoires urbains. Les métropoles – aires urbaines de plus de 500 000 habitants – captent les créations d’emplois tandis que les territoires périphériques « décrochent ».

Les métropoles raflent la mise

Les métropoles concentrent déjà 46 % des emplois – 22 % pour la seule aire urbaine de Paris et 24 % dans les douze plus grandes aires urbaines de province – et le mouvement devrait se poursuivre, si l’on en croit les projections à 2022 de France Stratégie et de la Dares. Globalement, les villes moyennes, les petites villes et les communes isolées — en dehors de l’influence des pôles urbains — subissent quant à elles des pertes sur la même période.
Pourquoi ? Parce que les métropoles sont spécialisées dans des activités structurellement dynamiques, portées par l’économie de la connaissance et la tertiarisation. De ce fait, les métiers les plus porteurs sont dans les grandes villes. En 2011, 85 % des ingénieurs de l’informatique, 75 % des professionnels de l’information et de la communication et 69 % du personnel d’études et de recherche se trouvent dans les métropoles. À l’inverse, la désindustrialisation pénalise les petites villes et les communes isolées où les métiers agricoles et d’ouvriers sont surreprésentés. Il existe en d’autres termes une spécialisation spatiale du travail héritée de l’histoire économique qui profite aujourd'hui aux métropoles.
 
Mais ce n’est pas seulement sa spécialisation qui fait la force de la métropole, c’est aussi le fait que ses activités et ses métiers soient rassemblés dans une proximité géographique qui favorise les « effets d’agglomération », c'est-à-dire les gains de productivité offerts par la proximité physique des entreprises les unes avec les autres. Synergies (typiquement recherchées par les pôles de compétitivité), rendements d’échelle (partage d’un vaste marché de clients et de fournisseurs) et externalités positives (diffusion de l’innovation et de la connaissance). Enfin, la métropole profite d’effets de complémentarité : « le pôle urbain » – son centre – trouve dans « l’espace péri-urbain » – sa couronne – des terrains disponibles, des prix fonciers moins élevés, un espace résidentiel qui évite la congestion au centre...
 
Ce mouvement est inédit si on considère les évolutions d’emploi depuis 1968. Globalement, jusqu’en 1999, la croissance de l’emploi s’est diffusée sur l’ensemble du pays. Les territoires à la traîne se situaient aux extrêmes de la distribution. Les communes isolées, en milieu rural, pâtissaient des pertes d’emploi dans l’agriculture, tandis que la métropole parisienne, à l’évolution heurtée, était affectée d’un « effet local » négatif : à qualification ou secteur donnés, le nombre d’emplois y évoluait de manière moins favorable que dans le reste du pays. Les choses changent à partir de 1999. Les territoires se différencient de plus en plus : entre 2006 et 2013, les écarts prennent de l’ampleur avec le décrochage des aires urbaines de moins de 200 000 habitants. La crise de 2008 semble avoir amplifié une tendance amorcée auparavant.
 
{youtube}e-WLf17gnHg{/youtube}

« Irriguer » les territoires périphériques

Parce que le principe même du processus réside dans la concentration, voire la captation, de l’activité, la métropolisation condamne-t-elle à la déshérence les territoires périphériques – c'est-à-dire situés hors métropoles? Pas nécessairement. « Le mouvement [de métropolisation] n’est pas néfaste en lui-même », affirme Frédéric Lainé, l’auteur de la note d’analyse. D’abord parce qu’il est créateur de richesses et ensuite parce qu’existent des canaux « d’irrigation », c'est-à-dire des moyens de susciter de la richesse produite additionnelle dans la périphérie (économie résidentielle) et de redistribuer une partie de la richesse produite dans les métropoles (fiscalité au service du développement des territoires).
 
Quant à la question de savoir si les métropoles jouent ou non un effet d’entraînement sur la périphérie, « elle mérite des travaux d’investigation supplémentaires », note l’auteur. Le constat est pour l’heure mitigé. Les territoires non métropolitains suivent en effet des trajectoires diverses. Certains – en Bretagne et en Provence-Alpes-Côte d’Azur – tirent parti de l’économie résidentielle et/ou d’un tissu productif plus résistant. D’autres – dans le Grand-Est, le Centre-Val de Loire, les Hauts-de-France – continuent de payer le prix de la désindustrialisation. Les pourtours des métropoles de Nantes, Rennes et Montpellier créent des emplois quand ceux de Rouen par exemple en perdent…
 
Les couronnes périphériques, qui se situent en-deçà d’un rayon de 90 km autour des métropoles, accueillent un quart de l’emploi en France et les territoires très périphériques, au-delà de ce rayon, en accueillent un autre quart.
Parvenir à « irriguer » au-delà des métropoles, à l’intérieur des territoires, est donc un enjeu majeur. D’autant plus que les projections réalisées à l’horizon 2022 montrent clairement que les métiers sur lesquels la périphérie est positionnée sont fragiles – ouvriers de la mécanique, du textile et du cuir, caissiers, ouvriers agricoles... Dans cette perspective, il faut sans doute « imaginer une forme de découplage géographique » de certains métiers ou activités de service, conclut Frédéric Lainé. Les nouvelles technologies et la pratique du télétravail peuvent y aider, de même que le développement d’une croissance de meilleure qualité, plus durable. Un mouvement de déconcentration permettrait un rééquilibrage géographique de la production de richesses. À défaut, la fracture territoriale serait consommée.

Quelle conclusion ?

La prospective des métiers indique que le mouvement de métropolisation à l’œuvre en France depuis le début du XXIe siècle devrait se poursuivre. En raison des e­ffets de structure, les grandes métropoles pourraient capter l’essentiel des créations d’emplois. L’enjeu est de savoir si cette dynamique des métropoles est susceptible d’irriguer les territoires avoisinants, dans un mouvement de rayonnement et d’entraînement.
 
Dans un contexte d’élévation tendancielle des niveaux de qualification, une question centrale est la capacité de notre système productif à maintenir, voire à développer des emplois qualifiés hors des métropoles (professions intermédiaires, cadres).
Peut-on par exemple envisager une diff­usion des emplois de la gestion-administration hors de ces grandes aires urbaines ? De même, alors que les fonctions support dans les services (maintenance informatique, centre d’appels, etc.) restent très concentrées dans les zones servicielles urbaines, également intenses en services cognitifs (recherche fondamentale, enseignement supérieur, conseil en entreprise, publicité, marketing, etc.), peut-on imaginer une forme de découplage géographique de certains grands types de métiers de services ?
Au-delà de cette logique par blocs de métiers, l’avènement du numérique est-il susceptible de bousculer massivement l’organisation du travail dans l’entreprise au point de favoriser à grande échelle le travail à distance ?
 
 
 
 
Pour aller plus loin :
 

Session de formation Futuribles « Futurs de villes. Continuités et changements de paradigme » le 18 mai 2017

Lire aussi dans UP' : « Territoires zéro chômeurs »
 

Add a comment
Whanganui River

Comme une personne, un fleuve dispose désormais de sa propre identité juridique

Les fleuves, les mers, les océans, les terres, les forêts, peuvent-ils avoir une personnalité juridique comme vous et moi ? Cela semble incongru mais pourtant, on peut imaginer qu’un cours d’eau soit défendu dans ses droits au même titre qu’une personne physique. Un fleuve pourrait ainsi intenter des actions en justice, se porter partie civile, demander réparations des agressions qu’on lui fait subir. Étrange, dites-vous. C’est pourtant ce qui s’est passé en Nouvelle Zélande. Un précédent judiciaire qui pourrait faire des émules ?
 
Le fleuve Whanganui, le troisième plus long cours d'eau de Nouvelle-Zélande, est doté d'une "personnalité juridique" depuis mercredi 15 mars 2017. "Il aura sa propre identité juridique, avec tous les droits et les devoirs attenants", a déclaré le ministre de la Justice Chris Finlayson. "La nouvelle législation est une reconnaissance de la connexion profondément spirituelle entre l'iwi (tribu) Whanganui et son fleuve ancestral", a relevé M. Finlayson. Le cours d'eau est un être vivant unique, "partant des montagnes jusqu'à la mer, y compris ses affluents et l'ensemble de ses éléments physiques et métaphysiques", selon la nouvelle législation. Cette décision est l'aboutissement d'une lutte pour la reconnaissance de ses droits sur le fleuve depuis les années 1870, conduite par une tribu Maori locale.
L'iwi a également reçu 80 millions de dollars néo-zélandais (52 millions d'euros) au titre des frais de justice après un long marathon judiciaire ainsi qu'une somme de 30 millions de dollars pour améliorer l'état du cours d'eau. Cette décision étonnante n'est toutefois pas la première du genre dans le pays. En 2014, le parc national de Te Urewera, dans le nord de la Nouvelle-Zélande avait bénéficié du même statut. Un statut comparable en réalité plutôt à celui d'une entreprise que d'une personne. Qui permet désormais de conduire des actions de justice contre des pollueurs directement au nom de cette nouvelle entité juridique (baptisée "Te Awa Tupua"), sans avoir à prouver de dommages particuliers à la santé ou à l'intégrité physique d'une personne impactée par cette pollution, analyse le New York Times. Ce statut aura pour traduction concrète que les intérêts du cours d'eau seront défendus dans les procédures judiciaires par un avocat représentant la tribu et un autre le gouvernement.
 
-
Source AFP
 
Add a comment
usines du futur

Usines du futur en Alsace – Création d’un label qualité

A l’occasion du salon « Smart Industries » qui vient d’ouvrir ses portes à Paris, l’Industrie alsacienne fait parler d’elle avec la création du label « Alsace Excellence ». Labellisation qui vise à renforcer l’attractivité, le rayonnement et la compétitivité des industries de la région dans une dimension internationale et résolument tournée vers l’industrie du futur :  Ancrée dans l’ère digitale, économe en énergie et centrée sur l’homme. Véritable pôle de compétences de cette nouvelle génération d’usines, l’Alsace en devient une référence.
 
La France a lancé en 2013 un plan baptisé « Usine du futur » qui, au-delà de l’optimisation des nouvelles technologies, se distingue par l’importance accordée aux ressources humaines. Le modèle français prévoit ainsi de réfléchir aux modes d’organisation des usines et d’y améliorer la place des opérateurs. Cette évolution s’inscrit à l’échelle d’une dizaine d’années.
 
En se tournant vers l’usine du futur, l’Alsace écrit une nouvelle page de son récit industriel. Elle s’articule autour d’un nouveau modèle d’usine ancré dans l’ère digitale, économe en énergie et centré sur l’homme. La finalité de cette vision d’excellence : accélérer la modernisation de l’outil productif alsacien, porter les entreprises régionales au premier rang de la compétition mondiale et créer de nouveaux emplois. L’Agence d’Attractivité de l’Alsace accompagne et valorise ces initiatives dans le cadre de la démarche de labellisation Alsace Excellence.

Au cœur de l’excellence industrielle : Bienvenue dans l’usine du futur en Alsace

L’Alsace, terre de référence pour l’usine du futur ? C’est en tous cas le mouvement imprimé par le schéma régional de développement économique d’innovation et d’internationalisation porté par la Région Grand Est. Car pour gagner en compétitivité, répondre à des délais toujours plus courts et développer des parts de marché, l’industrie doit accélérer la mise à niveau de son outil productif. La dernière révolution industrielle prend forme sous nos yeux et donne naissance à une nouvelle génération d’usines.
 
L’ensemble du secteur industriel est entré dans une phase de profonde mutation qui voit les technologies numériques s’intégrer au cœur des processus industriels. L’usine du futur doit ainsi être mieux automatisée, plus sobre en ressources, plus intelligente, avec des modes de production modulables capables de réaliser des productions personnalisées ou en petite série. Une usine connectée, robotisée, informatisée mais surtout pas dépourvue de talents.

Industrie, Startup, laboratoires, écoles : quel environnement !

L’homme est au centre de ce modèle et des décisions. Pas de révolution sociale mais une redistribution des cartes. L’usine du futur est organisée autour d’unités de production autonomes, intelligentes, fonctionnant par petites équipes, très fexibles.
Les capacités de décision sont redéployées. Les niveaux hiérarchiques subsistent mais sont réduits au minimum. Pour développer ces usines d’excellence, l’Alsace constitue un environnement favorable entre sites pilotes, « offreurs » de solutions technologiques, réseaux de sous-traitants, centres de recherche appliquée (SATT, Conectus, écoles d’ingénieurs, CRITT). Une dynamique est créée entre les usines qui utilisent les technologies en développement et celles qui la conçoivent. Une opportunité pour les startup et les laboratoires qui travaillent sur les équipements de ces industries du futur, en particulier sur les capteurs qui devront être de plus en plus intelligents et miniaturisés, communicants et autonomes en énergie. Cette fertilisation croisée entre numérique et usine du futur est un enjeu majeur. Elle apporte innovation et agilité. Ici, tout s’accélère, les modes de production font un spectaculaire bond en avant et c’est toute l’industrie qui est gagnante. Les exemples d’entreprises alsaciennes tournées vers l’usine du futur et labellisées Alsace Excellence se multiplient.

Pas de robotisation à outrance

À Brumath, la société Sew-Usocome signe un investissement exemplaire.
Spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes complets de motorisation, elle a inauguré en 2015 une nouvelle usine de montage et réinventé ses process. Le site de 32 000 m2 n’est pas seulement destiné à augmenter les capacités d’assemblage de l’entreprise. Il représente aussi un projet de production extrêmement abouti, où les interconnexions sont présentes tout au long du processus. Ici, pas de robotisation à outrance mais une automatisation soigneusement réfléchie par les équipes elles-mêmes qui ont travaillé sur la virtualisation des ateliers, la gestion numérique des flux, la traçabilité maximale des produits, l’intégration de la robotique.
 
À Brumath, Sew-Usocome a conçu une usine capable de fonctionner efficacement avec un minimum de stock. C’est le principe du « juste à temps ». Objectif : inscrire l’entreprise dans le nouveau contexte des marchés qui demande une réactivité absolue.

Une usine intégrée dans son écosystème

L’usine du futur doit davantage tirer parti de son environnement, notamment au niveau énergétique. En témoigne le centre industriel et logistique de Socomec, à Benfeld, véritable showroom des technologies développées par le groupe en matière de bâtiment intelligent. « C’est un bâtimentvitrine 100 % électrique, 100 % économique, qui traduit les engagements de Socomec en matière environnementale, décrit Gilles Rocchia, directeur de l’innovation du groupe. Il reflète aussi notre expertise qui nous démarque sur le marché face à des géants comme ABB, Siemens ou Schneider ».
 
L’entreprise a investi plus de 4 millions d’euros dans ce bâtiment à énergie positive qui abrite les équipes industrielles et logistiques. « Nous avons travaillé sur les apports énergétiques naturels. Le bâtiment offre ainsi une autonomie maximale grâce à la consommation de l’énergie solaire produite localement et réinjectée sur le réseau. Des outils de mesure et de pilotage automatique ont été mis en place, ainsi que des descentes de stores, des brise-soleil, une gestion du niveau d’éclairage ou des détecteurs de présence. Ces avancées restituent aussi notre cœur de métier puisque nous sommes des experts de la conversion et du stockage de l’énergie, du contrôle de puissance et de la supervision des réseaux électriques. »
 
En course dans la transition énergétique, Socomec est aussi en phase avec la transformation numérique. « Celle-ci impacte la chaîne de production et d’approvisionnement en vue d’une flexibilité totale au service du client », confirme Philippe Fillinger, directeur industriel.
Chez Socomec, Internet participe à toutes les solutions proposées aux clients qui peuvent visualiser le stock et l’évolution de leurs commandes. « Notre organisation s’appuie sur trois principes : le « juste nécessaire » ou comment réduire au maximum le temps qui s’écoule entre l’enregistrement d’une commande client et l’expédition du produit commandé, la production en flux continu et le management décentralisé. »

Agilité et responsabilité dans un monde qui va toujours plus vite

Créer de la rentabilité et de la productivité tout en préservant l’environnement et le bien-être des salariés : c’est le credo de Pöppelmann. Cette filiale d’un groupe allemand basée à Rixheim est spécialisée dans la transformation des matières plastiques en pièces techniques de haute qualité.
Elle a investi plus de 15 millions d’euros entre 2004 et 2015 sur le site alsacien. « Nous avons notamment construit un nouveau hall de production qui assure une productivité optimale, que ce soit en termes de production ou de maintenance, commente Hubert Schaff, directeur général de l’entreprise. Sa spécificité est un approvisionnement en sous-sol. Les matières premières mais aussi l’énergie partent de là. Tout est automatique, grâce à l’informatique et l’électronique. La maintenance est facilitée, la productivité accrue, les risques d’accidents réduits, les gains de place obtenus permettent de rentabiliser la surface au sol. Le hall a été conçu pour notre avenir. »
 
Pöppelmann a également pris le virage de la transformation numérique. « Avec la généralisation des composites et de la mécatronique, par exemple, il est indispensable d’avoir de nouveaux outils numériques pour simuler les produits, et de nouveaux moyens de production pour les assembler, explique Frédéric Da Silva, directeur technique. L’évolution vers l’automatisation et la digitalisation s’accompagne d’une démarche de plan de progrès et d’intelligence collective, où chacun est acteur du d é v e l o p p e m e n t . L’usine du futur doit rester agile et intégrer de nouvelles compétences. Il ne suffit pas d’améliorer la connectivité des machines. C’est tout le monde de la production qui évolue. »
Construire une usine du futur, c’est tout repenser : la supply chain, les opérations, l’humain, les ressources, les interfaces. « Nous aidons les entreprises à structurer tout cela, rebondit Marc Nass, directeur du bureau d’études AEMO à Sausheim. Une démarche en trois temps : exprimer les besoins, hiérarchiser les priorités, associer les budgets. Et il ne faut surtout pas penser que les usines du futur ne s’inventent que chez les géants de l’industrie. Toutes les entreprises ont des machines qu’il suffit de connecter à la modernité. Les technologies ont beaucoup évolué et sont accessibles à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Entre méthodologie et technologie, l’usine du futur est à la portée de toutes les entreprises. Et ça, c’est une très bonne nouvelle. »
 
Nouvelle matrice de la stratégie industrielle de la France, l’Usine du Futur se veut usine innovante, compétitive, performante, sûre et attractive, mais aussi une usine créatrice de valeur et d’emplois, connectée avec ses collaborateurs, ses machines de production, ses prestataires, son territoire. Enfin, une usine conçue pour répondre aux grands enjeux actuels économiques, technologiques, organisationnels, environnementaux et sociétaux sur le chemin de la 4ème révolution industrielle...
 

1800 :  1ère révolution industrielle : Mécanisation de l’industrie • Charbon et machine à vapeur 1900 : 2ème révolution industrielle : Production de masse • Électricité et pétrole 2000 : 3ème révolution industrielle : Automatisation de la production • Électronique et télécommunications 2016 : 4ème révolution industrielle : Numérisation de la production • Objets miniaturisés et connectés

 
 
 

 
Add a comment
Loading...
Loading...