Mutations sociales et nouvelles solidarités

Le bien commun crée son université

biens communs
 
Les ressources naturelles indispensables à la vie devraient être considérées comme biens communs de l’humanité accessibles sans exclusions possibles, à protéger de toute forme de spéculation, de pollution, de surexploitation. Or l’actuel système de gouvernance de la planète paraît en être à l’opposé même. Le 14 octobre prochain commencera un cycle de sept rencontres citoyennes sur les multiples aspects et problématiques des biens communs, intitulé « Biens communs, histoire, actualité et perspectives », préparatoires à la création officielle en 2018 de l’Université du bien commun à Paris.
 
Le concept de biens communs a un sens universel quand on évoque les biens communs de l’humanité. Ainsi en mars 2014 plusieurs parlementaires européens y font référence dans une proposition de Manifeste : « Les biens communs sont universels, ils appartiennent à tous et ne doivent en aucun cas être accaparés par des autorités et/ou des intérêts privés. [...] Par définition, les biens communs appartiennent à la collectivité. L’eau, bien commun emblématique, ne doit pas être privatisée ou considérée comme une marchandise. » Il en va de même pour la culture, l’éducation et la santé qui ne devraient être traitées comme des produits marchands mais comme des patrimoines communs, protégés et enrichis par les collectifs démocratiques.
 
Bien commun, biens communs, communs, sont des notions et des pratiques en développement dans de nombreux domaines et disciplines et à travers des actions citoyennes dans le monde entier. Elles s’amplifient sous la pression de la crise écologique et sociale, de la transformation numérique et de l’épuisement de nos modèles économiques.
La connaissance, comme toute autre forme et expression de la vie, a été réduite à une marchandise. On peut breveter à titre privé et lucratif le vivant (gènes humains compris), ainsi que les algorithmes. L’éducation est devenue un service marchand « libéralisé ». Les universités ont été transformées, de facto, en grandes écoles de business et de gestion des ressources (hôpitaux universitaires compris).
 
Au bien d'un seul on ne doit pas sacrifier celui de la communauté : le bien commun est toujours plus divin que celui de l'individu ». Thomas d’Aquin

La mobilisation autour des biens communs s’intensifie

Et que dire de la marchandisation de l’eau, des semences, de l’énergie solaire, du logement, des transports collectifs, de la santé, de la sécurité sociale ? Il n’y a plus une caisse d’épargne ou une banque mutuelle ou populaire qui soit publique. La privatisation a effacé l’univers des services communs jadis publics.
La puissance mondiale des grands groupes marchands, financiers et technocrates privés a laminé, avec le soutien des pouvoirs publics eux-mêmes, le rôle des institutions politiques. La domination, la violence, la « militarisation du monde » deviennent de plus en plus la norme.
 
Parallèlement, la mobilisation autour des biens mis en commun s’intensifie, qu’ils soient matériels ou immatériels : des pratiques propres s’installent. Un changement social peut en découler, orienté vers le partage et le collectif dans tous les domaines. L’humanité n’est pas l’ensemble des êtres humains mais les êtres humains qui vivent ensemble : c’est pourquoi la question des biens communs invite à une réflexion qui permet de repenser la société, le rôle de l’État, de la démocratie, etc. Bref, la politique.
 
Les biens communs sont des réalités en devenir et dont il faut assumer la grande diversité. C’est pourquoi, après l’Italie, la Belgique, l’Argentine, le projet international d’étude critique de la mondialisation, initié par l’économiste Riccardo Petrella, voit le jour en France. Des rencontres citoyennes auront lieu à partir du 14 octobre, avant la création de l’Université du bien commun le 26 juin 2018. On parlera notamment de la marchandisation de l’eau, des semences, de l’énergie, de l’éducation. L’Université du bien commun à Paris entend ainsi promouvoir leur connaissance et celle des forces en présence dans tous les champs où elles opèrent (droit, économie, anthropologie, philosophie, histoire, sciences, technologies, agriculture, numérique…).
 
Autant agora que lieu de recherche et de diffusion, de formation, d’éducation populaire, l’Université sera ouverte à tous les publics un samedi par mois, de 14h30 à 18h30 au 100, à l'Établissement Culturel Solidaire, 100 rue de Charenton, Paris 12e. Basée sur la gratuité, sans chaire ni cursus, elle reposera sur un fonctionnement coopératif et rotatif, avec des modes d’intervention variés : conférences, ateliers, projections, interventions scéniques et plastiques.
 
Cette démarche, au carrefour d’initiatives déjà foisonnantes, entend contribuer à sa manière à la valorisation des actions et des réflexions des différents acteurs mobilisés sur ces questions, et susciter la convergence de talents, d’engagements et d’initiatives en faveur d’une meilleure connaissance et de la défense des biens communs.
 
La session d’ouverture le 14 octobre : « Biens communs – quelle histoire ! » : Pour cette première session, qui aura lieu le samedi 14 octobre 2017, les échanges porteront sur l’Histoire des communs, autour de trois éléments historiques et sociaux : le mouvement des enclosures en Angleterre, la controverse Harding/Ostrom sur les biens communs, et l’émergence des nouveaux biens communs immatériels sur Internet.
Différentes questions seront soulevées : Comment prendre en compte la diversité des biens communs dans l’Histoire (luttes pour l’accès à l’eau, à la terre, à la culture, à la santé) ? Comment construire une histoire globale des communs et des biens communs à travers l’histoire environnementale, l’histoire du droit, l’histoire géopolitique et celle des luttes populaires ?
Les intervenants Patrick Farbiaz (Semaine anticoloniale), Riccardo Petrella (économiste, politologue, fondateur du groupe de Lisbonne), Nadine Vivier (professeure émérite d’histoire contemporaine à l’Université du Maine), Marie Cornu (co-auteure du Dictionnaire des biens communs – PUF – 2017).
 
Le programme du cycle de rencontres de l’Université du bien commun :
Session 2 – L’eau : vers un bien commun mondial ? – 11 novembre 2017
Tout comme les peuples autochtones, France Libertés considère l’eau comme un bien commun du vivant offert par la nature, au même titre que l’air. Le public pourra échanger sur la marchandisation croissante de l’eau, les alternatives et initiatives existantes pour garantir l’accès à l’eau et sur la gestion de l’eau à l’échelle locale, nationale et internationale. Emmanuel Poilane, directeur de France Libertés, animera cette rencontre.
Session 3 – Biens communs : une alternative aux modèles de société dominants ? – 2 décembre 2017
Dans un monde où l’économie de marché à finalité consumériste homogénéise les modes de vie, les biens communs proposent d’autres modes d’organisation coopératifs et solidaires et de hiérarchie des valeurs, qu’il s’agira d’analyser à la lumière des pratiques mises en œuvre.
Session 4 – La technologisation de la vie et ses conséquences. Les technosciences en démocratie – 13 janvier 2018
Les logiques extractivistes, productivistes et prédatrices l’emportent dans le cadre de l’économie dominante marquée par une financiarisation hautement technologique séparée et hors du temps humain et de l’espace social. Le vivant est-il mort ? Dans ce contexte, l’affirmation d’une dimension éthique et citoyenne des technosciences est impérative.
Session 5 – Sous le bien commun : des savoirs techniques et relationnels. Les constructions du rapport au vivant – 10 février 2018
Qu’y a-t-il sous les biens communs, en particulier sous ceux que nous construisons pour assurer notre alimentation ? La vie bien sûr, mais aussi et toujours des savoirs. Des savoirs techniques que nous mobilisons pour aménager la nature, des savoirs relationnels qui cadrent les modalités d’accès aux ressources et de partage des richesses. Ces savoirs circulent, en même temps que les gènes qui ont été sélectionnés dans les processus de construction des variétés cultivées et des races animales.
Session 6 – Néocolonialisme et communs – savoirs autochtones, brevetage du vivant – 24  mars 2018
La biodiversité, la protection et la transmission des semences paysannes à travers le monde contre leur préemption par les multinationales, seront au cœur des questions abordées lors de cette session en préparation actuellement. Une session qui fait écho au travail de France Libertés contre la biopiraterie.
Session 7 – Situations d’expérience : la culture des Biens Communs à l’Université – 21 avril 2018
Projection du film « L’ambassade des Communs à Bordeaux », réalisé avec les étudiants, enseignants et personnels de la Maison des Arts, qui témoigne de la richesse et de la diversité des créations et de la vie communautaire.
Présentation de l’expérience de l’université Paris-Est Marne la Vallée qui associe étudiants, chercheurs, enseignants, administratifs et habitants autour du recyclage du papier, de l’agriculture urbaine et de la mobilité douce.
 
Inscription et contact : universitebiencommun[at]gmail.com
 
Les membres fondateurs et coopérateurs de l’Université : L’Université et le cycle de conférences sont coordonnés à l’initiative de Cristina Bertelli et Yovan Gilles (revue et collectif Les Périphériques vous parlent), Frédéric de Beauvoir (Etablissement culturel et solidaire Le 100 ECS) et Riccardo Petrella, économiste, promoteur de l’UBC à Anvers (B) et à Sezano (Vérone, I), en collaboration avec  Anne Douvin (architecte/urbaniste) ; Anthony Laurent et Edouard V.Piely (Sciences critiques) ; Bruno Lamour et Annie Flexer (collectif Roosevelt Paris) ; Claire Dehove (WOS/agence des Hypothèses) ; Corinne Ducrey et Malika Person (Chemin faisant / pouvoir citoyen en marche) ; Elizabeth Auclair (Université de Cergy-Pontoise) ; Frédéric Sultan (Remix the commons) ; Emmanuelle Veil (Le journal minimal) ; Emmanuel Poilane (France Libertés) ; Hervé Defalvard (chaire de l’ESS-UPEM) ; Joseph Sangiorgio (Coopaname) ; Jean-Pascal Durumier (spécialiste du management de l’innovation) ; Jérôme Wauschel et Pablo Marticorrea (Université populaire du pays basque) ; Joao Caraça (Kallouste Gulbenkian foundation) ; Jonathan Keller (Savoirs.com) ; Miguel Angel Nunez, David Flacher et Denis Vicherat (mouvement Utopia) ; Marc Ridel (détecteur, connecteur) ; Patrick Farbiaz (Semaine anticoloniale) ; Thierry Linck, Pierre Dagallier et Michel Augé (Université du vivant) ; Florence Durand-Tornare (Villes internet) ; Violaine Hacker (Common Good Forum) ; Vincent Glenn (Coopérative D.H.R).
 
 

 

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