Mutations sociales et nouvelles solidarités

Biomimétisme social et coopération - Une résilience à portée de main

biomimétisme
Aujourd’hui nous avons du mal à imaginer notre futur, car tous les clignotants climatiques sont au rouge et conduisent plutôt à penser l’effondrement qu’à voir les opportunités de résilience.
Pourtant, la biologie nous dit que c’est principalement en période difficile que le vivant coopère et c’est lors de phases d’abondance que la compétition est la plus fréquente. Et si nous nous inspirions du vivant pour nous réinventer ?
 

Nos excès de performance pourraient conduire à l’effondrement de notre modèle de société

Pris dans nos impératifs de performance et nos priorités d’excellence dans notre société de « progrès » technologique continu, nous oublions à chaque grande révolution technologique (Internet, robot, IA), un peu plus l’être humain. Celui-ci est alors de plus en plus en souffrance. Ce qui conduit aux burn-out et aux autres souffrances au travail.
Le paradigme de la compétition comme voie d’excellence est en sérieuse perte de vitesse. Chaque année, salariés, cadres et départements des Ressources Humaines privilégient le bien-être et le bonheur au travail, qui passe notamment par trouver du sens dans son travail. Sens qui s’est dissous dans les recherches continues de performances financières.
 

Par ailleurs, pourquoi est-ce si urgent de retrouver la voie de la coopération ?

Faire face aux défis que notre civilisation a créé les compétences et les expertises de tous sont requises pour coconstruire les solutions de demain.
Les progrès technologiques issus de l’industrialisation reposent sur les prélèvements continus des ressources de la planète et fragilisent la biodiversité par la pollution massive que constituent nos déchets. Alors face à un proche « effondrement » (1) de notre modèle de société, nous sommes invités à nous repenser.
C’est ce que font certains pionniers avec le biomimétisme.

Qu’est-ce que le biomimétisme ? (2)  S’inspirer du vivant et de ses lois pour trouver des propriétés et des matériaux que nous pouvons utiliser dans notre quotidien et limiter les extractions, les pollutions dont les déchets que nous avons causés en nous éloignant des apprentissages de la nature.

 

S’inspirer du vivant, retrouver les voies de la résilience

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui voient dans cette piste du biomimétisme des pistes d’espoir pour le futur. De l’économie circulaire (3) à l’économie symbiotique (4), en passant par la permaculture humaine (5), le vivant devient la source d’inspiration principale pour nous recréer.

Le biomimétisme social consiste à s’inspirer du vivant pour retrouver les principes (6), ses lois et notamment grâce aux peuples racine qui étant les plus proches d’une vie naturelle savent observer ses principes.

Face à la modernité, ils ont fait le choix de rester en harmonie avec le vivant et aujourd’hui, au point de rupture écologique où nous sommes de notre modèle de « croissance infinie » nous retrouvons l’humilité d’aller apprendre de ceux qui ont plusieurs millénaires d’existence et pour certains, sans guerre. Ils ont trouvé les ressorts de la pérennité, notamment par le soin qu’ils apportent dans les relations.
Ils ont compris que le tissage entre les personnes est premier. C’est le fondement de toute composante humaine.
 

La coopération ressource première de la qualité de nos liens et de notre transition

Afin qu’un groupe humain dure, il a besoin de relations de qualité qui vont en se développant créer la forme d’un contenant suffisamment sécure pour donner confiance à tous et permettre l’expression d’une intelligence collective, ressource pour l’innovation et créativité pérennes.
En effet, Jarod Diamond, dans son essai « Effondrement » (7), avait noté que les civilisations, bâties sur les composantes du progrès, quelles que soient les cultures, sont toutes mortelles et elles s’effondrent. Ce qui tend à prouver que le socle de relations humaines sur lequel elles sont construites n’est pas pérenne, conquérant, mais pas durable.
 

La compétition : un conditionnement

Dans les différentes stratégies que la nature utilise pour se développer, la principale est la coopération et la compétition est en fait marginale. Nous avons été conditionnés à croire le contraire, notamment à la suite du darwinisme social, qui est la détermination la plus récente. Comme le démontre Jacques Lecomte sur son livre sur la bonté (8), ce sont les ouvrages qui présentent l’être humain comme essentiellement féroce qui ont eu aux Etats-Unis les ventes les plus importantes. Pourtant ces best-sellers qui valorisent le mythe du Grand singe tueur dont nous descendrions sont erronés. Et les dizaines, voire les centaines de travaux qui prouvent le contraire (9), sont éludés par les grands médias. King Kong est plus spectaculaire et offre une garantie de ventes supérieure à tout ce qui prouve que la nature humaine est fondamentalement bonne ou en tout cas que l’équilibre entre bonté et violence existe dans la majorité des sociétés et plus de 520 peuples ont choisi de se développer en sociétés pacifiques et nombre d’entre elles sont toujours vivantes après plusieurs dizaines de milliers d’années d’existence.
 

Osons la coopération pour penser ensemble le monde de demain

Aujourd'hui, nombreux sont les auteurs qui référencent leurs recherches pour prouver que nous sommes plongés dans un bain de représentations qui biaisent une partie de la réalité.
La complexité de notre monde nous oblige à co-élaborer les solutions de notre futur commun. Nous avons besoin de réapprendre les modalités de coopération ,ce que nous avons oublié dans notre société privilégiant individualisme et compétition.
En partant du fait que la coopération est une disposition naturelle, avec le biomimétisme social, nous ouvrons les possibles de méthodes, outils et approches pour nous réapproprier ce savoir-faire.
Nous redécouvrons des pratiques ancestrales et nous utilisons notre créativité pour co-élaborer une grande variété de manières de tisser ensemble les fils pérennes de notre futur.
 
 
Photo d'entête : "Complètement Zébrés". Photo ©Antoine Biron
 
(1)https://www.youtube.com/watch?v=5xziAeW7l6w ; Pablo Servigne, Comment tout peut d’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Seuil, 2015.
(2)« Le biomimétisme, défini par Janine Benyus en 1997, est une démarche d’innovation, qui fait appel au transfert et à l’adaptation des principes et stratégies élaborés par les organismes vivants et les écosystèmes, afin de produire des biens et des services de manière durable, et rendre les sociétés humaines compatibles avec la biosphère. » http://www.biomimicry.eu https://fr.wikipedia.org/wiki/Biomimétisme
(3)Michael Braungart, William McDonough, Cradle to cradle, Alternatives, 2011. Rémy Le Moigne, L’économie circulaire. Stratégie pour un monde durable, Dunod, 2018.
(4)Isabelle Delannoy, L’économie Symbiotique, Actes Sud, 2017.
(5)Bernard Alonso, Permaculture humaine, Ecocité, 2016.
(6)Eric Julien, Transmetteur de la culture des Indiens Kogis et auteur de plusieurs livres sur leurs enseignements dont le dernier : Marie-Hélène Straus, Eric Julien, Le choix du vivant, Les Liens qui Libèrent, 2018.
(7)Jared Diamond, Effondrement, Folio Essais, 2009.
(8)Jacques Lecomte, La bonté humaine, Odile Jacob, 2014
(9)Jean Guilaine, Le sentier de la guerre : visages de la violence préhistorique, Seuil, 2001. Marylène Patou-Mathis, Préhistoire de la violence et de la guerre, Odile Jacob, 2013.
(10)Christine Marsan, Entrer dans un monde de coopération, Chronique Sociale, 2013 ; Intelligence Collective (co-écrit), Yves Michel, 2014 ; Délicate transition, Acatl, 2017.
 

 

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