Mutations sociales et nouvelles solidarités

Emmaüs Connect ou comment lutter contre l’exclusion numérique

transition numérique
75 % des emplois nécessitent aujourd’hui la maîtrise de compétences numériques. Les demandeurs d’emploi ne sont donc pas tous égaux face à la recherche d'un emploi. Ce mercredi 13 mars, Emmaüs Connect a inauguré à Strasbourg son 12e espace de solidarité numérique en France, en présence de Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’Etat en charge du numérique. A cette occasion, Emmaüs Connect et Pôle emploi ont également annoncé le lancement d’un dispositif de formation au numérique pour les demandeurs d’emploi à Strasbourg. 
 
Il est difficile de se passer d’internet aujourd’hui. Pourtant, 23% des Français ne sont "pas à l'aise avec le numérique", déclarant ne jamais naviguer sur internet ou bien difficilement. C'est ce que révélait en juin dernier une étude CSA sur l'"illectronisme", l'illettrisme numérique. "Cette étude vient conforter une préoccupation qui nous mobilise depuis plusieurs années chez Emmaus Connect. Éviter "l'illectronisme", comprendre l'illettrisme numérique, en proposant des formations est une priorité […] Mais le combat contre l'illectronisme s'appuie aussi sur des bénévoles, pour venir animer les ateliers d'initiation, proposer des accompagnements personnalisés, et participer à développer le projet et à le faire connaître auprès du grand public." expliquait Jean Deydier, Fondateur et Dirigeant de Emmaus Connect, lors de la sortie de cette étude.
 
Face à la digitalisation de notre société et notamment l’emploi et l’accès aux droits, Emmaüs connect reconnecte au monde et forme les publics « fragiles » : 37 000 personnes ont été accompagnées depuis 2013.
 

Lutter contre l’exclusion numérique à Strasbourg

L’association Emmaüs Connect agit donc depuis six ans pour réduire l’illectronisme des publics en précarité.  Après avoir aidé 37 000 personnes dans neuf villes de France (1), Emmaüs Connect s’installe aujourd’hui à Strasbourg grâce au soutien de la Ville et de son partenaire historique SFR. Ce dernier permet à l’association de proposer une offre d’accès à l’équipement, à la téléphonie et Internet à prix solidaire. Les bénéficiaires peuvent également accéder à un ensemble d’activités pour s’initier, à leur rythme, aux usages des nouvelles technologies. Grace à ses dons en nature d’une valeur de 4 millions d’euros, SFR permet de sortir plus de 1 000 personnes de l’exclusion numérique cette année.
« En participant à la création d’Emmaüs Connect il y a huit ans, SFR a fait un choix pionnier à une époque où l’exclusion numérique n’était pas encore identifiée comme une urgence sociale. Grâce au soutien de SFR, Emmaüs Connect a pu accompagner plus de 8 000 personnes avec ses offres d’accès solidaires en 2018. Ce partenariat a permis d’ouvrir 12 espaces de solidarité numérique à travers le pays. Par ailleurs, grâce aux dons en nature de SFR, Emmaüs Connect met à disposition de ces publics des ressources téléphoniques et un accès à internet à des conditions avantageuses. »  explique Arthur Dreyfuss, Secrétaire général Altice France.
 

Favoriser le retour à l’emploi

En 2019, Emmaüs Connect et Pôle emploi Bas-Rhin vont accompagner 400 demandeurs d’emploi vers l’autonomie numérique. Au programme, 32h de formation qui s’appuient sur la plateforme interactive Les Bons Clics pour acquérir les compétences numériques nécessaires à la recherche d’emploi.
Pour Karine Meininger, Directrice des services aux demandeurs d’emploi, « L’expérimentation menée à Strasbourg illustre l’ambition de Pôle emploi de jouer un rôle central en faveur de l’inclusion numérique. »
 
Ce dispositif a déjà fait ses preuves dans les Hauts de France, où le taux de satisfaction dépasse les 93%.
Pour Mounir Mahjoubi, « le numérique doit être une chance pour tous. Parce qu’il est indispensable à une bonne insertion dans la vie sociale et professionnelle, il est indispensable que nous formions au numérique ceux qui s’en sentent exclus. Emmaüs Connect est au plus près de tous les oubliés du numérique depuis longtemps. Ce nouveau programme de formation aux bases du numérique avec Pôle emploi est un pas supplémentaire vers l’emploi pour ceux qui en sont éloignés. »
 

Une mobilisation collective pour accélérer l’inclusion numérique en France

 
Pour Jean Deydier, « L’exclusion numérique n’est pas une fatalité. L’impact de nos projets démontre qu’il est possible de faire gagner leur autonomie numérique aux personnes les plus précaires.  La clé du succès : tisser des liens durables entre collectivités, opérateurs de services dématérialisés et acteurs du social. Je salue, à ce titre, les acteurs alsaciens qui se sont collectivement mobilisés autour du projet. Je souhaite qu’il fasse figure d’exemple et qu’il crée une émulation autour de l’inclusion numérique. »  En effet, outre SFR, Pôle emploi et la ville de Strasbourg, le projet bénéficie aussi du soutien de la Fondation SNCF, de l’Eurométropole de Strasbourg et de la CAF du Bas Rhin. Car pour une inclusion numérique réussie, il faut mailler au quotidien un réseau d’acteurs terrain sociaux et numériques formés et outillés pour agir. Il faut aussi orienter également les décideurs, publics et privés, en les conseillant et en les accompagnant dans la transition numérique de leur service ou de leur territoire.
 
Emmaüs Connect c’est aussi et surtout une équipe de passionnés du numérique comme des spécialistes de l’action sociale ; une équipe riche de profils variés tous unis pour relever le défi de l’inclusion numérique. En plus de ses 24 salariés permanents et 16 en contrat aidé, l’association a accueilli en 2017 pas moins de 47 Volontaires en Service Civique.
Plus de 200 bénévoles se sont engagés dans l’aventure Emmaüs Connect en 2017. Sur le terrain, ils accueillent les bénéficiaires, les conseillent et les accompagnent, et animent les ateliers d’initiation ou les Permanences Connectées.
 

Précarité sociale =Précarité numérique ?

En décembre 2017, les résultats d’une étude inédite L’Inclusion numérique : un investissement rentable, menée par WeTechCare avec l’appui de Capgemini Consulting, a été remise à Mounir Mahjoubi en vue du lancement d'une stratégie nationale pour un numérique inclusif. Cette étude évaluait les moyens à mobiliser pour un dispositif d’accompagnement massif et mutualisé des publics en difficulté avec le numérique. Elle mettait l'accent sur le fait que "notre société sera inclusive si elle prend en compte les besoins de la population en difficulté avec le numérique". Elle mettait également en relief le fait que les français en difficulté avec le numérique relèvent de réalités diverses qui nécessitent un accompagnement adapté. Le risque d’exclusion numérique recouvre donc des réalités variées, mises en lumière par les travaux sur le terrain d’Emmaüs Connect et de WeTechCare, qui distinguent trois  profils types d’usagers aux besoins d’accompagnement différents : 
- Les « avancés » qui possèdent un équipement et des compétences numériques de base mais qui ne les mobilisent pas de manière optimale par peur de « mal faire » ou par préférence pour les interactions en face à face ;
- Les débutants et intermédiaires qui disposent de compétences numériques faibles et ne se connectent que rarement à Internet ;
- Les exclus qui n’ont aucune autonomie dans l’utilisation des outils numériques, parfois du fait de situations particulières comme un handicap lourd ou l’illettrisme.
 
Le manque d’accès aux technologies est bien sûr lié aux difficultés que rencontrent les sans domiciles fixes et les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Comment font-elles, par exemple, pour effectuer les démarches administratives, vers Pole Emploi, ou la Sécurité Sociale, quand elles sont dépourvus d’ordinateurs, de connexion internet, alors que la dématérialisation totale de nombreux services publics essentiels s'intensifie (2) ? C’est la question posée par la sociologue – directrice de recherches au CNRS, Dominique Pasquier, dans son ouvrage « L’Internet des familles modestes » (Edition Presse des Mines, octobre 2018). 
 
Une nouvelle étude de l'institut Mazars, « Les Français et la transformation du service public », réalisée par OpinionWay les 5 et 6 février derniers, démontre que 47% des Français considèrent que les démarches via la digitalisation du service public restent cependant compliquées.
 
C’était aussi le sujet d’une conférence-débat proposée au grand-public en Belgique par la Commission de l’ACRF-Femmes en milieu rural en janvier dernier : la « fracture numérique », terme relativement récent, rassemble les inégalités liées aux nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Inégalités sources d’exclusion sociale pour les personnes qui ne peuvent accéder et contribuer à l’information et aux réseaux. Un nouvel espace d'inégalités pour ceux qui cumulent précarité sociale et numérique.
 
Parce que les mondes réels et virtuels s’entremêlent et que le digital impacte toutes les facettes de la vie, Emmaüs Connect permet donc de  contribuer à une société moderne et solidaire, où le numérique doit être aussi une chance pour les plus démunis.
 
 
(1) : Antony, Paris, Saint-Denis, Bordeaux, Lyon, Grenoble, Marseille
(2) La dématérialisation complète des démarches administratives est attendue pour 2022
 

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

 

 

Articles en relation
A l’école, les écrans ne datent pas d’hier

Le débat sur les écrans en milieu scolaire est une bataille d’Hernani. Une querelle d’Anciens et de Modernes. Du côté des Anciens, il y a la volonté de sanctuariser l’école de tout écran. Quitte à...