Mutations sociales et nouvelles solidarités

singa.io : Un nouveau réseau social est né !

nouvelles solidarités
L'insertion sociale des réfugiés est un enjeu majeur : apprentissage du français, formation professionnelle, vie associative... Selon les derniers chiffres de l’Insee, parmi les étrangers qui ont immigré en France en 2017, les plus nombreux sont les Africains (36 %), quasiment à égalité avec les citoyens des autres pays de l’Union européenne (35 %). Pour ceux qui ont obtenu le statut de réfugiés, comment penser leur intégration ? Partant de cette question, une association française a choisi de travailler avec des outils numériques afin de créer des liens entre citoyens français et personnes réfugiées, à travers sa plateforme singa.fr et la création d’une nouvelle initiative solidaire, singa.io.
 
Est immigré celui qui est « né étranger à l'étranger et qui réside en France », selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). 262 000 étrangers ont été accueillis en France en 2017. En France, depuis 2012, c’est une moyenne de 76 457 demandes chaque année qui sont déposées, et environ 1/3 acceptées. Entre 10 000 et 32 000 personnes sont donc protégées chaque année par l’office français pour la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA9). Le nombre de demandes augmente légèrement chaque année depuis cinq ans.
 
Les personnes réfugiées se confrontent à de nombreux obstacles auxquels il est possible de répondre grâce à des outils et des espaces de rencontres innovants. L’inclusion socio-économique passera-t-elle par l’utilisation du numérique, l’entrepreneuriat et l’incroyable diversité d’initiatives qui emmergent un peu partout en Europe ? Car, que l’on soit citoyen français depuis toujours ou nouvellement arrivé, on possède un smartphone, on s’informe via le digital (réseaux sociaux, applis, etc.) afin de dialoguer, se repérer ou comprendre les choses qui nous entourent.
C’est le pari qu'a fait l’association Singa : travailler avec des outils numériques afin de créer des liens entre citoyens français et personnes réfugiées. Grâce à sa nouvelle plateforme, singa.io, ouverte ce 28 mai 2019, l’association permet à tous, nouveaux arrivants comme locaux, d’être mis en relation pour partager des activités de loisirs : une expo, un tournoi de foot, un atelier cuisine… Ces rencontres permettent de vivre une expérience enrichissante, d’apprendre l’un de l’autre, de rire ensemble, de s’épanouir.
 
Fondé en 2012 à Paris, Singa est un mouvement mondial qui vise à créer du lien entre les personnes réfugiées et la société qui les accueille. C’est un mouvement citoyen, composé de vous, de nous, d’étudiants, d’artistes, de familles, d’experts, de passionnés. De citoyens nouveaux arrivants et locaux. C’est avant tout une communauté de personnes qui se rencontrent, créent ensemble et montent des projets.
L’objectif est simple : partager des centres d’intérêts communs, participer à des projets entrepreneuriaux ou associatifs, cohabiter ou accéder au marché de l’emploi. Les meilleurs moyens de créer une société inclusive et enrichie de ses diversités.
Singa rassemble une communauté de 25 000 personnes, dans 20 villes, dans huit pays européens et accueille des personnes très diverses : des citoyens français comme des nouveaux arrivants de tous âges, de tous milieux et de toutes origines. Tous capables de partager leurs passions, des envies et des projets pour l’avenir.
 

Concrètement, comment le réseau social fonctionne-t-il ?

Il suffit de se créer un profil gratuitement sur singa.io. Vous aimez courir, faire de la capoeira, apprendre une langue ou encore vous avez une idée de startup ? Une fois votre profil créé, Singa vous propose d’abord de se rencontrer dans la vraie vie avant de vous connecter avec quelqu'un près de chez vous qui partage vos passions.
 
Depuis six mois, cette plateforme a permis à plus de 1 000 personnes de se rencontrer en région parisienne. Cet été, elle arrive dans de nombreuses autres villes en France et dans le monde (Bruxelles, Londres, Montréal, Zurich…).
"Je considère qu'il est bien plus facile de créer des applis qui répondent à nos bas instincts : la paresse, l'égoïsme, le narcissisme... que de créer de la technologie qui rend fier, qui rend altruiste, une technologie qui permet de créer du lien. Pourtant c'est un défi bien plus intéressant et plus en corrélation avec la réalité du monde actuel. C'est ce que l'on construit avec Singa.io."  explique Guillaume Capelle, co-fondateur de Singa.
 

Aux origines, un solide socle

L’association a été fondée par trois jeunes diplômés trentenaires, Alice Barbe, Guillaume Capelle et Nathanaël Molle.
En 2012, Guillaume Capelle co-fonde Singa pour forger un nouveau paradigme autour des questions d'asile et migratoires. Il conçoit notamment un lab au sein de l'organisation pour faciliter son passage à l'échelle internationale, en faisant levier avec la tech, et développer un modèle économique viable et inclusif. Cet engagement lui a valu plusieurs reconnaissances internationales, notamment Forbes 30under30 et Innovation Interculturelle de UNAOC.
 
Guillaume Capelle
 
Pour Guillaume, « Nous sommes partis d’un constat : les personnes réfugiées ne rencontrent que des personnes payées pour les accompagner. Afin de décloisonner, déverrouiller mettre en réseau, on a monté des projets POUR la société, AVEC les personnes réfugiées. »
 
Après des études en sciences politiques, Alice Barbe œuvre au sein d'organismes internationaux. Lasse de travailler « pour faire entrer une ligne dans une convention internationale que personne ne lira », elle contribue au développement de Singa en se focalisant sur la création de communautés. Aujourd’hui, Directrice générale du mouvement, elle devient en juin 2018 la seule française de la première promotion de la fondation d'Obama School pour l'année 2018-2019.
 
Alice Barbe
 
Elle explique que « L’idée est de sortir de la logique d’intégration pour adopter celle de l’inclusion : valoriser ce que chacun est et ce que chacun a à apporter. La clé de l’inclusion, c’est de connaître des gens, on apprend à se faire confiance, on s’enrichit de nos différences. »
 
Après des études à l'ILERI, différentes expériences dont une au Maroc avec l'UNHCR, Nathanaël Molle rentre en France pour fonder Singa. Premier Fellow Ashoka de l’aventure Singa, défenseur inlassable de l’approche horizontale qui fait l’ADN de ce mouvement, il fonde quatre ans plus tard WAYA. En juin 2018, il choisit de repartir vers de nouvelles aventures entrepreneuriales.
 
Nathanaël Molle
 
Pour Nathanaël, « Nous voulions sortir des débats interminables pour nous concentrer sur ce qui importait réellement tant aux nouveaux arrivants qu’aux citoyens résidant sur place depuis plus longtemps : l’action commune au profit du renforcement de notre société. »
 
Un lancement national et des événements sont prévus afin de présenter ce nouveau réseau social : à Paris (21 juin) lors de la Refugee Week du 17 au 23 juin, mais aussi à Lille (23 juin) et à Lyon (21 juin) pour des rencontres géantes ouvertes à tout le monde. Il sera alors question de sports, de partage de nourriture, de découvertes culinaires et de musique.
Prochainement, le programme et toutes les infos en ligne sur Singa.io.
À cette occasion, l’association s’associe également avec la marque de glaces Ben & Jerry’s pour toucher de nouvelles audiences via des canaux de communication variés.
 
En savoir plus : https://singa.io/fr
 
 
Photo d'entête : @Ilan Deutsch Lévitan

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