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Stephen Hawking : Le triomphe de l’esprit sur la matière

Stephen Hawking
Stephen Hawking s’est éteint mercredi à l’âge de 76 ans. L'image que l’on retiendra de lui, en fauteuil roulant motorisé, la tête légèrement penchée de côté et les mains croisées pour manœuvrer les commandes, a captivé l'imagination du public. Une image-symbole du triomphe de l'esprit sur la matière. « Comme pour l'oracle delphique de la Grèce antique, les déficiences physiques semblaient, chez Stephen Hawking, compensées par des dons presque surnaturels, qui permettaient à son esprit de parcourir librement l'Univers, révélant ses secrets cachés à la vue ordinaire des mortels » écrit son collègue et ami le grand mathématicien Roger Penrose.
 
Cette image romantique ne peut représenter qu’une vérité partielle. Car Hawking était un être humain réel, dont ceux qui l’ont côtoyé soulignent la joie de vivre, l’humour et la détermination. Nul doute que le physicien prenait un immense plaisir à ce statut d’icone de la science, de « personnalité scientifique la plus connue de la planète ». Ses conférences se donnaient à guichets fermés et les spectateurs ne venaient pas seulement pour enrichir leurs connaissances scientifiques.

Pythie

Dans les dernières années de sa vie, Hawking joua volontiers le rôle de Pythie du monde moderne. Il nous alertait sans cesse sur les dérives de l’intelligence artificielle ("Les formes primitives d'intelligence artificielle que nous avons déjà se sont montrées très utiles. Mais je pense que le développement d'une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à la race humaine" [sur la BBC, décembre 2014]), sur la fin de notre planète inévitable si nous continuons ainsi, à la nécessite d’aller vers les étoiles pour trouver de nouveaux havres de paix pour l’humanité. Il parlait souvent des extraterrestres que nous ferions bien d’éviter de trop approcher s’ils se manifestaient un jour ("Si les extraterrestres nous rendent visite un jour, je pense que le résultat sera semblable à ce qui s'est produit quand Christophe Colomb a débarqué en Amérique, un résultat pas vraiment positif pour les Indiens" ([Dans le documentaire Into The Universe, The Discovery Channel, 2010]).
Il soutint des combats hors du champ de sa science en alertant le public sur les dangers de l’obésité, il joua dans Star Trek, dans la série The big bang theory, sa voix électronique fut mise en musique par Pink Floyd et son image entra dans la famille des Simson’s.

Legs

Ces multiples aspects du personnage ne doivent pas occulter le grand legs qu’il laisse à la science. Dans un article de La Recherche datant de novembre 2013, le physicien français Christophe Galfard (1), qui fut élève d’Hawking à Cambridge, explique l’intérêt de cet héritage pour des générations entières de physiciens. Pour lui, il est surtout « l'un des physiciens théoriciens les plus remarquables de la seconde moitié du XXe siècle et de ce début de XXIe siècle ».
 
Dans les années 1960 et 1970, à une époque où la plupart de ses confrères théoriciens s'intéressaient essentiellement à la physique des particules, lui, travaillait sur la relativité générale, théorie de la gravitation qu'Einstein a mise au point en 1915. Il voulait découvrir l'origine de notre Univers, et il était décidé à lui trouver une raison mathématique... Pour y parvenir, il remit la gravitation au goût du jour et transforma ce que les scientifiques de l'époque savaient de ses fondements mathématiques.
 
Avec Roger Penrose (2), mathématicien britannique, il démontra la nécessité de l'existence de singularités de l'espace-temps que sont les trous noirs et le Big Bang. Puis, seul, il découvrit que les trous noirs n'étaient pas si noirs que ça, qu'ils s'évaporaient, et qu' « une théorie du tout », qui unirait en un formalisme unique le très grand et le très petit, la gravitation et la physique quantique, était la seule à pouvoir l'expliquer. Cette découverte lui permit enfin de s'attaquer à sa quête originelle, et il fut le premier scientifique à proposer, avec James Hartle, une explication mathématique à l'origine de notre Univers.
 
Depuis les travaux de Stephen Hawking et James Hartle, la question de l'origine de notre Univers n'est plus réservée à la métaphysique : elle est entrée dans le domaine des sciences. Une traduction de leur hypothèse pourrait être que l'Univers a été créé à partir de rien, par une fluctuation quantique.
Christophe Galfard précise : « Tout comme pour l'évaporation des trous noirs, nous sommes encore loin de pouvoir vérifier ces idées expérimentalement, mais les avancées théoriques et technologiques de ces dernières années nous en rapprochent constamment un peu plus ».
 
Stephen Hawking a ouvert la voie. « J'ai vécu cinq décennies de plus que ce que les médecins m'avaient prédit. J'ai essayé de faire un bon usage de mon temps » confiait Hawking dans les dernières années de sa vie. Un « bonus de vie » qui permet aujourd’hui, à des chercheurs, parmi les plus talentueux du monde, de poursuivre l’œuvre du physicien pour répondre à cette question taraudante : quelle est l’origine de notre Univers ?
 
 
(1) Dernier ouvrage de Christophe Galfard : « L’Univers à portée de main » - Edition Flammarion, novembre 2017
(2) Lire le très bel hommage de Roger Penrose publié dans The Guardian
 
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