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La révolution numérique sera celle des compétences ou ne sera pas

transition numérique
La révolution numérique sera celle des compétences ou ne sera pas, selon une nouvelle étude d’Accenture Strategy. La majorité des employés pensent que les nouvelles technologies auront un impact positif sur leur travail, même s’ils sont lucides quant à l’automatisation d’une partie de leurs activités. Ils estiment que ces technologies les aideront à être plus efficaces, à acquérir de nouvelles compétences et à améliorer la qualité de leur travail.
 
Un nouveau rapport d’Accenture Strategy avertit qu’au vu de l’évolution rapide de l’environnement numérique, les dirigeants doivent engager leurs collaborateurs et activement les former pour qu’ils puissent s’approprier pleinement les outils et modes de fonctionnement de l’ère digitale, acquérir de nouvelles compétences et savoir-faire afin de s’adapter au changement et rester pertinents dans le monde du travail à venir. Anna-Christina Chaves de la Fondation Concorde explique dans Le Monde que la France peut tirer parti de l’automatisation à condition de prendre des mesures importantes sur le front de l’emploi.
 
Moins de 10 % des emplois sont menacés par la robotique, l’intelligence artificielle et les technologies liées à Internet. Mais près de un sur deux a de fortes chances d’être transformé, prévient le Conseil d’orientation pour l’emploi, ainsi que le COE, organisme de réflexion placé sous l'autorité du Premier ministre. « 10 % « exposés » parce qu'ils « cumulent de manière importante des caractéristiques qui les rendent vulnérables ». Comme l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) auparavant, qui arrivait au chiffre de 9 %, le COE écarte donc le scénario noir qui verrait des hordes de robots ou de logiciels balayer les humains sur leur lieu de travail. « Seule une faible part des emplois a un indice d'automatisation élevé », résume-t-il, même si ces « moins de 10 % » représentent tout de même 1,49 million d'emplois, là où une extrapolation du pourcentage de l'OCDE à la population active aboutit à 2,6 millions.
Pour arriver à ce chiffre, le COE a exploité les données tirées de la dernière enquête de la Dares (ministère du Travail) sur les conditions de travail, mais en cherchant à aller plus loin que toutes les études précédentes. En plus d'une estimation des emplois « exposés » et d'une déclinaison par métiers, son étude a mesuré la proportion des emplois touchés par métier.
Résultat : près d'un emploi sur deux est susceptible de voir son contenu évoluer sous l'effet de la robotisation et de la numérisation (Source : Les échos.fr)
 
Etude France Stratégie 2017
 
Pour France Stratégie, la maîtrise des outils numériques, appelée aussi « littératie numérique », est la condition nécessaire à l’autonomie et l’intégration des individus dans l’ère numérique. La question de la formation se pose tout au long de la vie, les compétences numériques devenant incontournables sur le marché du travail (Akène Groupe). Cela doit se traduire par une profonde évolution de la formation, afin que les travailleurs soient prêts à exercer de nouveaux métiers issus de l’évolution technologique, mais aussi par une profonde refonte de notre protection sociale, pour que les travailleurs soient couverts indépendamment de leur forme d’activité (Pierre-Yves Geoffard, CNRS – EHESS).
 
Selon ce rapport ("Harnessing Revolution : Creating the Future Workforce"), les dirigeants ont donc une réelle responsabilité vis-à-vis de leurs employés, tant pour des raisons de compétitivité de leur entreprise que de responsabilité sociale. Il s’agit à la fois de créer les conditions d’accélération de leur transformation digitale, en limitant les inquiétudes et résistances, et de préparer les talents de demain en s’assurant notamment de l’employabilité des collaborateurs sur le long-terme.
 
L’absence de compétences numériques est une nouvelle forme d’illettrisme »
Neelie Kroes, ancienne vice-présidente de la Commission européenne

Doubler le rythme de formation permettrait de réduire significativement la part des emplois menacés par l’automatisation

Les enjeux pour les entreprises, les employés et la société dans son ensemble sont considérables. La valorisation dans les futurs modèles économiques des compétences dites « humaines » telles que l’esprit critique, la créativité et l’intelligence émotionnelle (notamment l’empathie et la capacité à faire face à l’imprévu) peuvent réduire considérablement la perte d’emplois liée à l’automatisation et créer des nouvelles sources de création de valeur.
 
Dans cette étude, les travaux de modélisation effectués par Accenture Strategy montrent qu’en doublant le rythme auquel les employés acquièrent les compétences nécessaires, la part des emplois menacés par l’automatisation pourrait être réduite d’un tiers voire de moitié, selon les pays analysés : aux Etats-Unis, cette part passerait de 10 % à 4 % ; au Royaume-Uni et en Allemagne, la même progression de la formation entraînerait des réductions de 9 % à 6 % et de 15 % à 10 %, respectivement.
 
« Avec le développement du « self-service », on se rend compte de l’importance renforcée des contacts humains comme marqueur de la relation client et créateur de « capital marque ». Les compétences que l’on pourrait qualifier de réellement humaines, comme la capacité à avoir de l’empathie aussi bien que de l’autorité, à savoir faire face à des situations émotionnelles ou avoir de la créativité pour faire face à de l’imprévu, deviennent encore plus pertinentes, » affirme Fabrice Asvazadourian, directeur exécutif d’Accenture Strategy pour la France et le Benelux. « Les entreprises devront trouver le bon équilibre pour exploiter les technologies afin de fluidifier le service à leurs clients tout en investissant dans leur capital humain pour que les collaborateurs s’approprient pleinement les nouveaux codes de relations client et de collaboration avec leurs collègues et partenaires externes. Notre sondage dans 10 pays montre que partout les employés sont lucides et optimistes. Lucides sur l’effort personnel de formation qu’ils doivent faire pour s’approprier les technologies numériques et optimistes sur les opportunités de repositionnement sur des tâches à plus forte valeur ajoutée qu’elles offrent. »

Les employés sont positifs vis-à-vis de l’impact des nouvelles technologies sur leur travail et sont prêts à se former pour s’adapter

Le rapport s’appuie également sur un sondage mené auprès de 10 527 professionnels dans dix pays. Et que ce soit en France, aux Etats-Unis, au Brésil, en Inde ou dans les six autres pays étudiés, les employés ont une attitude très majoritairement positive face à l’impact des technologies numériques sur leur travail. Pour 87 % des employés interrogés dans le monde (78% en France), l’impact du numérique sur leur travail devrait être positif. Plus des deux tiers estiment que les technologies telles que les robots, l’analytique et l’intelligence artificielle les aideront à être plus efficaces (74% dans le monde et 67% en France), à acquérir de nouvelles compétences (73 % dans le monde et 67% en France) et à améliorer la qualité de leur travail (66 % dans le monde et 56% en France).
 
L’étude révèle également que 87 % des employés dans le monde (85% en France) s’attendent à ce qu’une partie de leur activité soit automatisée au cours des cinq prochaines années. Cependant, 80% d’entre eux (72% en France) perçoivent cette automatisation davantage comme une opportunité pour se recentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée.
 
De plus, les valeurs auxquelles les employés d’aujourd’hui sont attachés forceront les dirigeants à repenser leurs façons de motiver, récompenser et soutenir leurs collaborateurs. Selon une modélisation réalisée par Accenture Strategy et Gallup, des facteurs non financiers comme le bien-être, l’implication, la qualité de vie et la reconnaissance sont devenus aussi importants voire plus importants que le salaire et autres avantages financiers.
 
«Il est de la responsabilité des dirigeants de s’assurer de l’employabilité de leurs collaborateurs et aussi de créer dès aujourd’hui le vivier de talents dont ils auront besoin demain » selon Fabrice Asvazadourian. « Les dirigeants qui mettent leurs collaborateurs réellement au cœur de leur transformation digitale et comprennent l’urgence de ce défi sont ceux qui réussiront dans ce monde en réinvention, qui exige une capacité et rapidité d’adaptation sans précédent.»

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Quelques pistes de réflexion 

•             Utiliser le digital pour former au digital. Il faut capitaliser sur l’état d’esprit actuel, davantage fondé sur « l’apprentissage permanent » (85 % des employés dans le monde et 73% en France étant prêts à investir leur temps libre dans les six prochains mois pour acquérir de nouvelles compétences) et utiliser le numérique pour former à grande échelle et rapidement en donnant la possibilité à chaque employé de personnaliser son programme. C’est bien entendu la montée en puissance du e-learning et des MOOC mais cela peut aussi inclure des technologies portables (« wearable ») pour former en temps réel sur les lieux de travail. Cela concerne aussi des logiciels intelligents qui permettent de personnaliser la formation en offrant des recommandations et aider une personne dans ses besoins d’apprentissage tout au long de sa vie professionnelle.
 
•             Repenser le travail pour tirer parti du potentiel humain. Co-créer des opportunités d’emploi reposant sur des rôles et des projets spécifiques pour répondre au désir de variété et de flexibilité qu’expriment les employés. Développer des plateformes à travers lesquelles des ressources et des services peuvent être offerts aux employés comme aux indépendants pour créer une communauté fidélisant les meilleurs talents.
 
•             Renforcer le vivier de talents, en amont. Répondre à la tension de plus en plus forte sur la main d’œuvre qualifiée dans le domaine des nouvelles technologies en proposant des solutions collectives de long terme. Il peut s’agir de partenariats public-privé et de collaboration avec le secteur éducatif pour anticiper la croissance exponentielle des besoins de formation aux compétences les plus demandées, tout en utilisant plus pleinement les nouveaux modes de diffusion ‘’à la demande’’ offrant des parcours de formation sur-mesure en fonction des besoins de chacun.
 
Méthodologie
Accenture a combiné des techniques quantitatives et qualitatives de recherche afin d’analyser comment un leadership actif et responsable peut créer les talents de demain. Le programme de recherche repose sur une enquête, une modélisation économétrique et un index, complétés par des entretiens approfondis avec des spécialistes de grandes écoles, de startups, de grandes entreprises et du service public.
L’enquête en ligne a été conduite en Allemagne, France, Italie, Turquie, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, Brésil, en Australie, Inde et au Japon, auprès de 10 527 professionnels (dont 1 023 en France) représentant différents domaines de compétence et différentes générations. Elle s’est déroulée entre le 26 novembre et le 9 décembre 2016.
 

Conférence sur la révolution numérique (troisième édition de "Monde d’emploi") le Lundi 6 février, de 18 h à 21 h, au Val Saint-Martin, à Pornic (44). Entrée libre.