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L’Europe sommée de créer un Revenu européen minimum

L’Europe sommée de créer un Revenu européen minimum

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La crise sanitaire rouvre le débat autour d’un revenu vital ou une allocation sans conditions. Les ministres des gouvernements portugais, espagnol et italien réclament la création d’un système européen de revenu minimum, et appellent à la solidarité pour minimiser les conséquences de la crise sanitaire. D’après les trois pays, l’UE nécessite un revenu minimum commun qui ne se limite pas au niveau de survie ou au taux de pauvreté calculés sur la base du revenu moyen européen, mais qui dépend plutôt d’un cadre juridiquement contraignant. Cela permettrait à tous les États membres d’établir un revenu minimum adéquat et adapté au niveau de vie de chaque pays.

La proposition, publiée ce 8 mai dans le journal Público, est défendue dans un texte commun signé par la ministre portugaise du travail, de la solidarité et de la sécurité sociale, Ana Mendes Godinho, le vice-président du gouvernement espagnol, ministre des droits sociaux et de l’Agenda 2030, Pablo Iglesias, et la ministre italienne du travail et de la politique sociale, Nunzia Catalfo.

« Nous devons veiller à ce que toutes les personnes se voient garantir la satisfaction de leurs besoins fondamentaux. Nous avons donc besoin d’un système commun de revenu minimum pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale dans une perspective ambitieuse et intégrée« , ont déclaré les dirigeants dans l’article intitulé « Vers un revenu minimum européen ».

L’Europe a besoin d’un cadre commun

Les trois signataires de l’article ont déclaré que l’Union européenne a besoin d’un cadre commun de revenu minimum, qui ne se limite pas aux niveaux de survie ou au ratio de pauvreté calculé sur la base du revenu moyen européen, mais qui soit plutôt un cadre juridiquement contraignant, permettant à tous les États membres d’établir un revenu minimum adéquat et adapté au niveau et au mode de vie de chaque pays. « Nous soutenons l’approche qui a été adoptée face à cette crise, qui repose sur le fait que personne n’est laissé pour compte et qu’elle accorde une attention particulière aux groupes les plus vulnérables. Nous soutenons donc la mise en place d’une initiative visant à soutenir la généralisation de systèmes de revenu minimum décent et adéquat dans tous les États membres« , ont-ils déclaré.

Les trois ministres soulignent que l’Europe est actuellement confrontée au « plus grand défi depuis la Seconde Guerre mondiale » : lutter contre la pandémie de Covid-19 en sauvant le plus grand nombre de vies possible. Les impacts sociaux et économiques de cette crise, écrivent-ils, commencent à se faire sentir au niveau national et européen, avec un accent particulier sur le marché du travail, avec des répercussions profondes sur la vie des citoyens. « Il est temps pour l’Union européenne de se tourner vers l’avenir et de poursuivre son programme, en vue de présenter un plan d’action pour la mise en œuvre du pilier européen des droits sociaux et de lancer ainsi un « bouclier social européen »« , disent-ils.

Les trois ministres insistent sur les « groupes les plus vulnérables » et la nécessité de mesures de solidarité « ambitieuses et courageuses » pour éviter le risque de pauvreté et d’exclusion sociale. « Aujourd’hui, l’Europe compte plus de 113 millions de personnes menacées de pauvreté et d’exclusion sociale et 25 millions d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté. Nous devons prendre des mesures urgentes pour éviter d’augmenter ce nombre et au contraire contribuer à le réduire« , disent-ils.

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La crise du Covid-19 amplifie tous les risques

Pour les signataires de cette tribune, la situation est amplifiée par la pandémie de covid-19 et nécessite donc des solutions globales et intégrées, en plus de toutes les mesures nationales en cours. « L’Europe doit s’unir autour de la solidarité. Une réponse européenne coordonnée est nécessaire pour éviter une nouvelle crise économique et sociale comme celle que nous avons connue après la crise de 2008« , disent-ils dans le texte.

La crise sanitaire du Covid-19 se double d’une crise économique dont on prévoit qu’elle sera la pire depuis la Seconde guerre mondiale. La crainte enfle de voir une flambée du chômage et l’accueil d’un nombre grandissant de personnes dans des systèmes de protection sociale endurcis par trente années de réformes libérales.

De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer un dispositif universel. En Allemagne, une pétition dans ce sens de la styliste Tonia Merz a recueilli plus de 460 000 signatures et a été envoyée au Bundestag. Au Royaume-Uni, 170 parlementaires ont appelé à mettre en place une aide inconditionnelle pour tous pendant la durée de la crise. Une idée écartée par le ministre des Finances, Rishi Sunak.

Dans une lettre ouverte diffusée le dimanche de Pâques, le pape François s’est prononcé en faveur d’un salaire de base universel pour « honorer le travail essentiel et noble » des travailleurs modestes. « Les vendeurs de rues, les ferrailleurs, les forains, les petits agriculteurs, les ouvriers du bâtiment, les couturiers, les différents soignants » sont « totalement invisibles dans le système« , estimait le chef de l’Église catholique.

En France, l’idée n’est pas nouvelle, mais elle résonne de nouveau alors que la crise sanitaire a mis en évidence la fragilité des travailleurs précaires. « Ceux qui n’ont pas accès au chômage partiel ou au droit de retrait, même pour des activités non essentielles, comme les livreurs de plateformes numériques tel que Deliveroo, n’ont aucune garantie financière s’ils cessent de travailler pour protéger leur santé« , expliquait à France 24 Nicole Teke, porte-parole du Mouvement français pour un revenu de base (MFRB), créé en 2013. « Il y a des trous dans la sécurité sociale, on veut un vrai socle de sécurité pour tout le monde« , poursuivait-elle.

A la croisée des chemins

La question du financement du revenu universel est également source de débats récurrents. Mais on ne peut que faire le constat aujourd’hui d’une mauvaise répartition des richesses, ayant abouti à la casse des services publics, tels que l’hôpital ou la recherche, sacrifiés sur l’autel de la rentabilité économique. La secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances l’a martelé durant les débats sur le projet de loi de finances rectificative au Sénat : « La priorité, c’est de sauver les entreprises. » Et ce sont effectivement des milliards qui sont débloqués en urgence pour répondre de façon ponctuelle à des problèmes structurels, sans pour autant questionner le système dans son ensemble.

Le revenu de base se situe aussi à la croisée de ces chemins : mis en place dans un contexte d’urgence, dans une logique court-termiste et hors de tout débat démocratique, il ne servirait ni plus ni moins que de roue de secours au néolibéralisme, comme on le voit déjà apparaître dans certains contextes. C’est le cas aux États-Unis, où le président Trump a annoncé vouloir envoyer un chèque de 1 200 dollars aux populations les plus précaires (500 dollars pour les enfants). Une réponse d’urgence ponctuelle et à court terme, puisqu’il ne s’agira que d’un seul chèque, dans une société où le fait même d’être atteints du Covid-19 peut mener à la ruine. (Voir tribune du Mouvement Français pour un Revenu de Base – MFRB)

À l’opposé, d’autres voix comme celles des signataires de la tribune à Publico proposent de renforcer les filets de protection sociale grâce à la mise en place d’un revenu universel, intégré dans un projet de transformation à long terme pour les pays européens.

Ces voix trouvent écho dans une Europe face au spectre de la récession.  Le 6 mai dernier, la Commission européenne a présenté des prévisions de printemps assez alarmistes, selon lesquelles l’UE allait connaître la pire récession de son histoire, avec une chute de 7,4 % de son économie.

Josep Borrell, le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, souligne que ces prévisions pourraient même s’avérer optimistes, parce que l’ampleur de la crise économique mondiale dépend entièrement de l’évolution de la pandémie. Si les attitudes protectionnistes venaient à dominer les échanges commerciaux internationaux, prévient-il, l’Europe serait la plus grande perdante.

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Les institutions préparent actuellement la réponse économique de l’UE aux répercussions du COVID-19, qui nourrit le débat. « Nous travaillons encore sur la manière d’organiser la solidarité », reconnaît le chef des affaires étrangères.

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