Ethique et esthétique de l’image : quel pouvoir pour l’image ?

Alors que l’impact des images est au cœur de l’actualité, l’association Mémoire de l’Avenir – Humanities, Arts and Society, à l’invitation de la Journée Mondiale de la Philosophie de l’UNESCO qui a eu lieu le 18 novembre, propose de réfléchir sur le thème Éthique et Esthétique des images, à travers une exposition riche et éclectique. L’occasion essentielle de discuter du rôle des images dans nos sociétés et leur pouvoir d’action.

Le langage corporel – gestes, attitudes, expressions – en tant que langage non verbal (visuel) est un révélateur d’émotions et un outil essentiel pour aider à établir les premiers contacts, à construire des relations, à exprimer des émotions et à se connecter avec les autres. Ce langage corporel se lit et s’exprime dans les Arts et notamment à travers la danse. Les artistes en utilisant le corps et les émotions posent des questions fondamentales sur notre relation aux autres et au monde.

Dans cette exposition, et dans un premier temps, Mémoire de l’Avenir invite les artistes et photographes de l’exposition Beyond the Frame Image in action, aux côtés de curateurs et d’universitaires, à discuter du rôle des images dans nos sociétés et leur pouvoir d’action. 

L’AiR ARTS, partenaire de l’exposition, propose une performance de l’artiste Hiie Saumaa, en dialogue par le mouvement avec les œuvres et l’espace.

Puis, pour aller plus loin sur le sujet, l’équipe de Mémoire de l’Avenir propose une réflexion sur le pouvoir de l’image (Aurore Nerrinck) et sur le lien entre photographie et créativité (Margalit Berriet).

Cette thématique s’élargit ensuite avec la performance et le lien entre l’image et le langage corporel où une performance vidéo, « SOMNIA », de la chorégraphe Charlotte Colmant en collaboration avec Raul Zbengheci est présentée : le corps et la vidéo se connectent pour former un paysage visuel et sonore. SOMNIA est une réflexion sur le corps et l’esprit et les rencontres en général, dans un monde où les schémas individualistes se développent, conditionnés par les technologies digitales.

Beyond the Frame : image in action 

Au-delà de son espace de présentation et de représentation, l’exposition interroge l’image et son pouvoir d’action. En tant que langage, en tant que signifiant, l’image déplace le regard, bouscule la perception du réel, saisi et engage les consciences dans son appréhension des enjeux politiques, sociétaux, intimes. De fait elle vient également questionner la position de l’artiste qui, ne se limitant pas à son statut d’auteur, est un véritable acteur dans nos sociétés.

L’image est également agent de rencontres [1] et de dialogue. Sa lecture ne dépend pas uniquement de celui ou celle qui la produit, elle engage aussi l’interprétation de celui ou celle qui la regarde. Par ce dialogue à distance l’image ouvre une multitude de possibles sur le champ de l’expérience, de la pensée et de la réflexion.

En cherchant à résoudre les énigmes qui les entourent ou qui les habitent, les artistes à travers des procédés documentaires, narratifs ou expérimentaux témoignent des transformations environnementales, sociales ou encore des luttes contemporaines. Ils mettent également en lumière les liens qui rapprochent l’être humain et la nature ou encore questionnent sur un plan technique ou sensible la perception des déplacements physiques ou psychiques.

Beyond the Frame : image in action est également une exposition rassemblant dix artistes photographes internationaux, présentée à Mémoire de l’Avenir, du 17 octobre au 15 novembre 2020. Ces artistes ont été sélectionnés par un comité de sélection pour une résidence internationale à Paris accueillie par L’AiR ARTS. L’exposition est organisée en collaboration entre les artistes, L’AiR ARTS, et l’équipe curatoriale de Mémoire de l’Avenir- Humanities, Arts and Society. Elle est soutenue par la Ville de Paris

Intervenants :

  • Mila Ovchinnikova, Founder and Director of L’AiR Arts.
  • Margalit Berriet, Fondatrice et directrice de Mémoire de l’Avenir – Co-directrice de Humanities, Arts and Society
  • Marie-Cécile Berdaguer, Responsable des expositions et de la communication à Mémoire de l’Avenir – Chef de projet  Humanities, Arts and Society
  • Raina Lampkins-Fielder, Curatrice et programmatrice culturelle. Elle est actuellement conservatrice pour la Souls Grown Deep Foundation, une organisation à but non lucratif basée à Atlanta qui documente, préserve et présente l’art des artistes afro-américains du sud.
  • Klaus Fruchtnis, Artiste, chercheur et conférencier. Ses projets portent sur l’art, la technologie, les aspects culturels, sociaux et politiques. Il est doyen associé et titulaire de la chaire de photographie / départements transdisciplinaires des nouveaux médias à  Paris College of Art.

Avec les artistes et photographes :

  • Barbara Boissevain – États-Unis
  • Candice Inc – États-Unis
  • Chris Lashbrook – Canada
  • Chris Lee – GB
  • Peggy Stevenson – Philippines / États-Unis
  • Sofyan Syamsul – Indonésie

Pour en savoir plus sur les artistes et leur travail voir ICI

 Pour élargir la réflexion

Quel pouvoir de l’image ? par Aurore Nerrinck, Historienne de l’art – responsable du pôle recherche et médiation de Mémoire de l’Avenir

RE-COMPOSER – S’APPROPRIER – QUESTIONNER – TEMOIGNER
Mais pourquoi donc, depuis que l’homme est homme – est-il iconophile, et éprouve-t-il le besoin de laisser des images, de toujours composer et recomposer, s’approprier, interpréter et réinterpréter le monde ? Au fond, cette quête reste ouverte sur un questionnement sans fin, un mystère infini, qui ne trouve jamais de réponse définitive. Ce regard, toujours étonné et toujours renouvelé, traduit bien l’étrangeté même d’être-au-monde.

Le photographe ne prend pas une photographie uniquement pour lui ; il le fait aussi en guise de témoignage, pour les autres, pour les temps futurs, collectant ainsi des traces du passé, des traces (authentiques ou non) d’une mémoire passée, comme pour s’assurer que ces événements ont bien eu lieu, que ces gens ont bien existé. S’agit-il d’un palliatif à la peur de disparaitre – d’une inquiétude ontologique ? Laisser trace (graphe) s’apparente-t-il à une victoire sur l’inéluctable ? Ainsi, une présence – photographique – survit. Et pourtant, l’image ne prouve rien. Read more

Photographie et créativité (en anglais) 
par Margalit Berriet, Artiste, fondatrice et directrice de Mémoire de l’Avenir

Thanks to the French inventors Joseph Nicéphore Niépce and Louis Daguerre, France has been known as the birthplace of photography, and Paris is with no doubt the best historical hub for image- makers!
Photography as the art of the images is tracking movement and light, But Photography is also a way to see, to look, to criticize, to witness, to learn, to investigate, to inform, to state, to manipulate, to distract and to act, to generate new ways of seeing, to compose, to propose, to apply and to get involved…!
Photography is a multidisciplinary arena between the fields of science, communication, documentations, offering, at times, direct and factual information, but most often proposing an angle, a point of view, and therefore somehow generate manipulated perceptions of evidences, that can reflect also opinions, feelings, impressions, and a subjective vision, and by so doing proving infinite points of view of things as of places or of beings.
Images, carry elements of multiples languages, can be addressed to all, although all different, they can share common familiar references of the world. Read more

Image et Body Language, vu à travers la danse

Fi d’elle ! Fi ! — Ses yeux, sa bouche, ses lèvres ont un langage ; — jusqu’à ses pieds qui parlent ! Ses esprits voluptueux se révèlent — à chaque geste, à chaque mouvement de son corps.
– Ulysse dans l’histoire de Troilus et Cressida [1]

« Pour moi, le corps dit ce que les mots ne peuvent pas dire. Je crois que la danse a été le premier art. Un philosophe a dit que la danse et l’architecture étaient les premiers arts. Je crois que la danse a été la première parce que c’est le geste, c’est la communication. Cela ne signifie pas qu’elle raconte une histoire, mais qu’elle communique un sentiment, une sensation aux gens. La danse est le langage caché de l’âme, du corps. Et c’est en partie le langage que nous ne voulons pas montrer. » Martha Graham [2]

L’image d’une personne est souvent lue par les « autres » à travers le langage corporel.  Le langage corporel – gestes, attitudes, expressions – en tant que langage non verbal (visuel) est un révélateur d’émotions et un outil essentiel pour aider à établir les premiers contacts, à construire des relations, à exprimer des émotions et à se connecter avec les autres.
Le langage corporel peut être interprété comme une proposition d’information qui dépend entièrement de l’observateur.
Le langage corporel, la communication non verbale et les expressions faciales exposent les sentiments et les intentions, alors que la communication humaine n’est que verbale à 30 à 40 % et qu’elle est constituée de 60 à 70 % d’indices paralinguistiques, ou de signaux silencieux. [3]  

L’étude du langage corporel est connue sous le nom de kinésie, une branche de l’anthropologie développée par Ray Birdwhistell au milieu du 20e siècle pour désensibiliser la communication humaine. Birdwhistell pensait qu’aucun mouvement du corps humain n’est accidentel et que tous nos gestes, jusqu’au moindre clignement, sont soumis à une grammaire qui peut être étudiée et analysée, comme n’importe quel langage. Pour lui, c’est la façon dont vous êtes quand vous le dites, pas ce que vous dites réellement. [3]

La psychologue sociale Amy Cuddy souligne l’importance des postures expansives qui montrent la domination et le commandement en ouvrant le cadre, tout comme une photographie peut dominer un texte ou un récit.

Une conversation peut se faire entièrement avec le langage corporel : il faut « lire » le langage corporel de « l’autre ». Le langage corporel, selon Mark Rowlands, est le problème de la représentation.  Rowlands soutient qu’au moins certains cas de représentation doivent être compris non pas en termes de mot mais d’action perçue. Un langage corporel reflète des façons personnelles innées uniques de se mélanger à la communication corporelle conventionnelle partagée par la culture commune. [4]

Ce langage corporel se lit et s’exprime dans les Arts et notamment à travers la danse. Les artistes, en utilisant le corps et les émotions, posent des questions fondamentales sur notre relation aux autres et au monde.

La chorégraphe Charlotte Colmant étudie la danse comme forme visuelle, à travers une exploration du corps au sein de son environnement. Son travail artistique s’élargit à la photographie, la vidéo et à l’installation spécifique à un site. Dans son projet SOMNIA Charlotte Colmant cherche à examiner les façons dont les humains sont à la fois mentalement et physiquement façonnés par la présence de la technologie.
Margalit Berriet – Novembre 2020

SOMNIA
Performance de Charlotte Colmant – Video de Raul Bengheci

Dans SOMNIA, le corps et la vidéo se rejoignent pour créer un paysage visuel et sonore.  « SOMNIA » est une réflexion sur le corps et l’esprit et les rencontres en général, dans un monde entouré de nouvelles technologies, animé par des individualités naissantes.

Performance immersive chorégraphiée par Charlotte Colmant sur des visuels conçus par Raul Zbengheci, les danseurs se déplacent dans un paysage numérique, d’un rythme très lent en effectuant des mouvements en boucle et de façon coordonnée, travaillant ainsi aux frontières de la connexion et de la déconnexion, du conscient et de l’inconscient.

SOMNIA est un tableau de l’espèce humaine évoluant dans un monde technologique où la solitude apparaît comme seul recours. Au moyen de répétitions mécaniques du mouvement et d’une déshumanisation de l’émotion, les danseurs s’effondrent ou convulsent, comme si des électrochocs venaient secouer leur corps, en effectuant des va-et-vient sur des lignes et courbes préalablement tracées. Ils n’ont aucune échappatoire aux lumières, sons ou motifs omniprésents auxquels leurs corps, émotions et intuitions se heurtent.

Danseurs : Julie Hendy, Anne Parichon, Niccolo Orsolani, Alessio Crognale, Antonio Cangiano, Giulia d’Antoni, Charlotte Colmant
Video design :Raul Zbengheci

À propos de Charlotte Colmant Artiste et chorégraphe formée au Centre des Arts Vivants à Paris et à la Martha Graham School à New York. Elle étudie la danse comme forme visuelle, à travers une exploration du corps au sein de son environnement. Son travail artistique s’élargit à la photographie, la vidéo et à l’installation spécifique à un site où le corps est à la fois sujet et objet. charlottecolmant.com

À propos de Raul Zbengheci   est un producteur et organisateur roumain-américain. Si l’art et la culture  fonctionnent aujourd’hui comme un archipel composé de petites îles, Zbengheci se situe dans les eaux entre les îles, en suivant les courants et en flottant doucement entre différents médiums et influences. Il travaille entre l’art visuel, la performance contemporaine et l’art public, spécifique au site.Raul Zbengheci est actuellement le producteur de performances au Whitney Museum of American Art. Il a réalisé des projets avec LEIMAY, Performa, MoMA PS1, PROTOTYPE Festival, Times Square Arts, Lower Manhattan Cultural Council et The 8th Floor, entre autres.raulzbengheci.net

Découvrir l’exposition en ligne

Full Program

Exposition : Mémoire de l’avenir,  47 rue Ramponeau Paris XXe  – Ouvert du mardi au samedi de 11H à 19H

www.memoire-a-venir.org

www.humanitiesartsandsociety.org

[1] William Shakespeare (1564-1616).  La fameuse histoire de Troylus et Cressida -Traduction par François-Victor Hugo. Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1868
2] Martha Graham dans une conversation avec les critiques de danse du New York Times. 1985, 31 mars
[3] The Definitive Book of Body Language par Allan et Barbara Pease dans The New York times – 24 sept 2006
4] Body Language – Representation in Action publié par Bradford Book – 2006

Header image : Performance « Somnia »

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