Amazon Fire
/

When the forest burns

Start

Amazonie, Afrique équatoriale, Sibérie, Californie… Et maintenant Grèce, Turquie, Algérie.  Les forêts mondiales connaissent, en ces temps troublés de dérèglement climatique, une période noire. Et soudain apparaît sur le devant de la scène un nouveau terme : on parle de grands feux, de mégafeux. Les incendies de forêts qui jalonnaient les étés méditerranéens semblent petits, dérisoires à côté de ces incendies massifs, qui sont en mesure non seulement de détruire, de tuer, de ravager sur des milliers d’hectares, mais aussi de compromettre les grands équilibres de notre vie sur Terre.

« Poumon vert », « puits de carbone », « gisement de biodiversité »… Les expressions ne manquent pas pour qualifier ces grandes forêts ravagées, sous nos yeux par les flammes. Le même état de sidération que celui que des millions de personnes ressentaient en découvrant l’incendie de la « forêt » de Notre-Dame de Paris. La forêt brûle et pas seulement sous la lumière des projecteurs médiatiques en Amazonie. Elle brûle aussi en Afrique, en Russie, en Europe, en Californie. Des incendies propulsés par la sécheresse et les températures exceptionnelles enregistrées comme une litanie de records cette année.

Fires that say something about our humanity

Ces mégafeux ne sont pas des catastrophes naturelles comme les autres. Ils nous disent quelque chose de notre humanité. Ils provoquent un choc brutal entre un phénomène sauvage et la civilisation. C’est ce que pense la philosophe Joëlle Zask dans son livre « When the forest burns. Thinking about the new ecological disaster » (Ed. Premier Parallèle). Elle y aborde le grand feu de forêt comme un révélateur, un indicateur, un avertisseur.

Amazon Fire
Aerial photo published by Greenpeace showing smoke from forest fires in the Amazonian biome of Altamira Municipality, Para State, Brazil, August 23, 2019. AFP PHOTO / GREENPEACE / VICTOR MORIYAMA

Face à la vision du feu et de la forêt calcinée de nombreuses croyances volent en éclat. Penser que grâce à nos si belles technologies, à notre art de piloter des avions de combat des flammes, à notre intelligence stratégique pour déjouer les caprices des vents nous pourrions contrôler un tel phénomène s’avère, devant le spectacle des mégafeux, un triste leurre. De même, penser que le feu de forêt est normal, bénéfique pour la biodiversité et finalement qu’il est une pratique agricole ancestrale et bien commode est une ineptie de naturaliste romantique. De tels incendies ne se jugulent pas. Ils sont plus forts que nos technologies. Ils ne sont pas un outil de plus offert aux cultivateurs pour « dompter » la nature.

Les mégafeux agissent comme un révélateur et volatilisent nos croyances les plus établies. Ils nous installent aussi dans un sentiment de fin du monde. En ce sens, le mégafeu est pour Joëlle Zask, un indicateur : « il signale que nous nous trouvons dans une impasse. Il agit comme une sonnette d’alarme et rend absurde la structure dichotomique qui sous-tend notre relation à la nature, au sujet de laquelle nous nourrissons finalement deux grands idéaux : celui d’une nature si dominée qu’elle doive docilement obéir à nos besoins et à nos prévisions, ou celui d’une nature vierge destinée à être respectée et contemplée à distance ». The philosopher thus sends the interventionists back to back, in the Bolsonaro style, and the evangelical ecologists of a sacred nature. Both of them are wrong when it comes to finding ways to control, counter or avoid mega-fires.

Total Event

Ces derniers sont un « événement total ». Ils sont à la fois naturels et sociaux. 85 à 98 % d’entre eux, selon les sources, sont d’origine humaine, provoqués par des individus négligents, imprudents ou criminels. Parmi ces derniers, il n’y a pas que des pyromanes dérangés ; il y a aussi ceux qui y trouvent un intérêt et agissent par cupidité. En cela, les grands feux jouent le rôle d’un puissant avertisseur. Les destructions durables de vastes portions de forêts, réduisant en cendres des trésors de biodiversité, engagent la responsabilité humaine. Leur degré de gravité atteint celui des tsunamis, des éruptions volcaniques ou des tremblements de terre. Mais alors qu’il ne viendra à personne l’idée de maîtriser ces catastrophes et encore moins de les déclencher, le projet de dominer le feu perdure et porte en lui les conditions mêmes de sa propagation future.

Why not enjoy unlimited reading of UP'? Subscribe from €1.90 per week.

Amazon fire
Aerial photo published by Greenpeace showing smoke from forest fires in the Amazonian biome of Altamira Municipality, Para State, Brazil, August 23, 2019. AFP PHOTO / GREENPEACE / VICTOR MORIYAMA

Dans les mégafeux, Joëlle Zask voit un « accélérateur d’opinion » et l’occasion de nous interroger non pas sur la sauvegarde de la Terre, qui nous survivra, mais des conditions d’existence humaine. Elle nous demande de penser à la façon de laisser perdurer nos pratiques habituelles de la nature et comment elles peuvent être responsables d’un phénomène qui se retourne contre nous. Les feux seraient alors l’occasion de définir enfin une nouvelle grammaire de nos interactions avec notre milieu naturel. Il est temps d’en prendre conscience et ce petit livre brillant agit comme un électrochoc salutaire.

LIRE : Joelle Zask, When the forest burns. Thinking about the new ecological disaster "(Ed. First Parallel), 196 pages.

2 Comments
The oldest
Most recent Most Votes
Inline Feedbacks
View all comments
Primary forest near the river Digul in Southern Papua.
Previous article

Can forests become global commons?

fall of Rome
Next article

Climate, epidemics: is the history of Rome the outline of our current events?

Latest articles from Analyses

JOIN

THE CIRCLE OF THOSE WHO WANT TO UNDERSTAND OUR TIME OF TRANSITION, LOOK AT THE WORLD WITH OPEN EYES AND ACT.
logo-UP-menu150

Already registered? I'm connecting

Inscrivez-vous et lisez three articles for free. Recevez aussi notre newsletter pour être informé des dernières infos publiées.

→ Register for free to continue reading.

JOIN

THE CIRCLE OF THOSE WHO WANT TO UNDERSTAND OUR TIME OF TRANSITION, LOOK AT THE WORLD WITH OPEN EYES AND ACT

You have received 3 free articles to discover UP'.

Enjoy unlimited access to our content!

From $1.99 per week only.
Share357
Tweet
Share
WhatsApp
Email
Print