Iran-U.S.: Did Twitter help avert war?
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Iran-U.S.: Did Twitter help avert war?

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D’ordinaire, dans ces colonnes, nous ne sommes pas avares de critiques à l’encontre des réseaux sociaux. Nous soulignons donc d’autant plus volontiers leurs côtés positifs quand ils se présentent. C’est le cas de l’utilisation de Twitter par les dirigeants de l’Iran et des Etats-Unis ces dernières quarante-huit heures. Grâce à Twitter, nous avons peut-être évité la guerre.

C’est ce que nous explique l’historien Garrett Graff, spécialiste de la guerre froide, dans un article publié par Wired. Selon lui, ce qui s’est passé cette nuit du 7 janvier illustre de manière fascinante la façon dont les dirigeants du monde peuvent, plus que jamais, communiquer plus rapidement et plus directement en temps de crise. En l’espèce, pour éviter une guerre totale.

Cet épisode vient après une semaine d’extrême tension où le président tweetomane Donald Trump s’est déchaîné sur le réseau social. Parmi le flot des ses tweets compulsifs, les observateurs du monde entier se sont offusqués de sa menace de bombarder les sites culturels irakiens. Ce qui aurait immédiatement été qualifié de crime de guerre. En même temps que cette avalanche de messages sur Twitter, les opérations sur le terrain, après la mort du général Qasem Soleimani, semblaient prendre une très mauvaise tournure, jusqu’à l’envoi de missiles iraniens sur des bases américaines situées en Irak. Le monde guettait le déclenchement d’une guerre totale.

Nuit de rumeurs et de bruits

Il faut dire que la nuit a été riche en rumeurs et bruits de toutes sortes. De 19h à 22h le réseau Twitter était le point de convergence de tous les regards. Les informations s’y succédaient :  l’Iran a frappé des bases américaines, les États-Unis ont lancé des chasseurs pour cibler l’Iran, l’Iran a lancé encore plus de missiles, l’Iran n’a pas lancé plus de missiles, le président va parler depuis le Bureau ovale, le président ne va pas parler depuis le Bureau ovale… Chaque minute, tombait un tweet dont on s’attendait à ce qu’il annonce le déclenchement d’une guerre majeure.

Pendant ce laps de temps, d’autres nouvelles inquiétantes étaient relayées comme cet avis d’urgence de l’aviation américaine demandant aux équipages des avions civils de ne plus survoler l’Irak, l’Iran et toute la région.

Dans cette ambiance, tombait à 21 h 32, heure de Washington, un tweet du ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif. Celui-ci, qui s’exprime sur Twitter dans un anglais parfait, a fait toutes ses études aux États-Unis. Il sait utiliser Twitter et y est entendu par de nombreux fidèles et observateurs internationaux qui voient dans ses messages le point de vue quasi officiel de Téhéran. Son tweet est laconique : l’Iran a « conclu » une réponse proportionnée, dit-il en substance. Il fait référence à l’article 51 de la charte des Nations-Unies sur l’autodéfense et promet ne pas chercher « l’escalade ou la guerre ».

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Douze minutes plus tard, un tweet de Donald Trump est diffusé. Tout le monde s’attend à une nouvelle fanfaronnade et rodomontade dont il est friand mais qui pourrait s’avérer catastrophique à ce moment des événements. Dans ce tweet tant attendu du président américain, pas de feu ou de fureur, pas de menace, pas de surenchère. Juste un « Tout va bien ! ».  

@realDonaldTrump

Tout va bien ! Des missiles lancés depuis l’Iran sur deux bases militaires situées en Irak. L’évaluation des pertes et des dommages est en cours. Jusqu’ici, tout va bien ! Nous avons l’armée la plus puissante et la mieux équipée au monde, et de loin ! Je ferai une déclaration demain matin.

En clair, le message de Trump siffle la fin de la partie, du moins pour ce soir. Tout le monde peut aller se coucher, il n’y aura pas de guerre. Pour l’instant.

Twitter évite la guerre ?

Puis, silence radio. Rien pendant treize heures, aucun message et surtout aucun tweet de Donald Trump qui nous a habitué à être beaucoup plus prolixe : jusqu’à 100 tweets par jour quand il est en forme.

Communication de crise

Cette petite histoire dans la grande histoire est très symptomatique. Un épisode diplomatique majeur se déroule sur Twitter, au vu et au su de tout le monde, et en temps réel !

Pour l’historien Garrett Graff, Twitter s’est avéré en l’espèce être une réponse moderne remarquable au défi de longue date auquel les dirigeants mondiaux ont été confrontés en s’évertuant de communiquer entre nations pendant les crises en cours – des communications nécessaires à la fois pour comprendre les intentions des adversaires et pour communiquer les leurs.

Graff rappelle ainsi qu’au plus fort de la crise des missiles de Cuba, les communications entre Washington et Moscou étaient lentes, voire inexistantes. Il a fallu près de 12 heures à l’ambassade des États-Unis à Moscou pour encoder un message de 2 750 mots en provenance de l’Union soviétique, soit l’équivalent d’environ cinq pages dactylographiées. De l’autre côté, chaque fois que l’ambassadeur soviétique à Washington avait besoin de renvoyer un message à Moscou, il s’en remettait à un coursier à vélo du bureau local de Western Union.  » Alors qu’il pédalait avec mon câble urgent, nous, à l’ambassade, ne pouvions que prier pour qu’il l’apporte sans délai au bureau de Western Union et qu’il ne s’arrête pas discuter en chemin avec une fille « , rappelait l’ambassadeur Anatoly Dobrydin des années plus tard dans ses mémoires.

Quand Khrouchtchev proposa enfin un accord pour sortir de la crise qui risquait de mener le monde au cataclysme nucléaire, il savait que la rapidité de diffusion de son message était quelque chose de vital. Il choisit donc, plutôt que d’utiliser les voies diplomatiques normales, de faire lire son message sur Radio Moscou pour accélérer la réception par Washington.

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Après cette crise, fut installé le fameux « téléphone rouge » qui n’a jamais été un téléphone mais un téléscripteur.  La ligne était loin d’être directe et passait en sous-sol ou sous la mer. Graff rappelle que ce câble fut au moins trois fois rompu par accident ou négligence.

Twitter représente sans nul doute un progrès par rapport au téléphone rouge ou aux lignes des téléscripteurs. Il permet aux dirigeants de se parler en temps réel. Certes devant le monde entier en pleine lumière et pas dans les ombres mystérieuses des ambassades. Est-ce un progrès ? Certainement si le réseau peut éviter la guerre. Cette paix par Twitter sera-t-elle durable ? Seul un prochain tweet nous le dira.

 

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