Jean-François Toussaint
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Humanity has reached its limits, but it doesn't know it... yet.

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Alors que le monde bruisse des sirènes du post-humanisme, voire du transhumanisme, d’intelligence artificielle et d’homme augmenté, de progrès technologiques nous menant tout droit à l’immortalité, il est une voix qui nous dit tout le contraire. Non, l’homme a atteint ses limites biologiques, physiologiques, environnementales. Il a atteint un plafond dans tous les domaines : l’espérance de vie est au taquet, les records olympiques se font de plus en plus rares et laborieux, la croissance économique des sociétés marque un pas qui semble durable, les innovations technologiques, contrairement aux apparences, aussi. Cette voix est celle du Professeur Jean-François Toussaint ; il faudra retenir son nom car il est de la lignée des Copernic, Darwin ou Freud : il est en train d’infliger sa quatrième blessure narcissique à l’humanité.
Exclusive interview for UP' Magazine.
 
Jean-François Toussaint welcomes us in his laboratory of theIRMES situé en plein cœur du magnifique campus de l’INSEP, l’Institut national du sport, qui forme plus de la moitié de nos champions olympiques dans ses installations du bois de Vincennes. Chaleureux et souriant, il a la carrure d’un joueur de basket de la NBA ; il fut en fait international de volley et porta les couleurs de l’équipe de France. Ce médecin cardiologue formé à Harvard enseigne la physiologie à l’Université Paris Descartes. Il dirige l’IRMES, l’institut de Recherche bioMédicale et d’Épidémiologie du Sport qu’il a créé en 2006 ; il dirige aussi le Groupe Adaptation et Prospective du Haut Conseil de la santé publique dont il oriente les analyses vers les grands enjeux de santé et la prévention des risques émergents.
 
Il a signé plus d’une centaine d’ouvrages et de publications, et fait partie de cette nouvelle génération de scientifiques qui savent décompartimenter sans complexe les disciplines pour avoir un regard transversal encore plus perspicace.  Bref, c’est quelqu’un qui, quand il parle, semble parfaitement savoir ce qu’il dit. Et ce qu’il nous dit va à l’encontre de toutes les idées reçues. Son discours nous ébranle et nous alerte, provoquant immanquablement le déni, la contestation puis, devant l’accumulation des preuves, très vite, la prise de conscience que nous devons changer. Que l’humanité doit prendre très au sérieux ce que nous dit ce scientifique.
 
Jean-François Toussaint - Photo : Serge Cannasse
 
Every day, new information is added to the litany of economic, climatic and health constraints that beset humanity. Faced with them, our first interest is to recognize the performance of our capacities for adaptation and resilience, a word so fashionable that it no longer means anything. What we are not shouting is that, at the same time, we have reached our limits. For Professor Toussaint, " The constant search for optimization and the secular evolution of our species capacities have only led us today, to our maxims. ». Ces limites sont aujourd’hui mesurées de plus en plus précisément sur un très grand nombre d’indicateurs, dans des domaines aussi variés que le sport, l’économie, la démographie ou la santé publique. Ces limites, qu’elles soient biologiques ou sociétales, ont toutes un rapport avec les grandes régulations qui animent le monde.  Avec les grandes lois de la matière, mais aussi celles du vivant.
 
Notre entretien avec Jean-François Toussaint commence par un rappel de ce qu’est le vivant et quelles sont ces lois universelles qui régulent la physique de la matière, le métabolisme cellulaire, la physiologie des individus, les interactions entre espèces et leur évolution dans le temps.  Étapes nécessaires avant d’aller plus loin.
 

The great laws that frame the living

 
Premier rappel à bien garder à l’esprit : « Living matter is extracted from the operations of inert matter and is therefore subject to the laws of physics and chemistry. ». La vie est apparue sur notre planète il y a 3.8 milliards d’années, soit assez rapidement après la formation géologique de la Terre : moins de 700 millions d’années. Avant, ce n’était pas possible, les conditions n’étaient pas encore réunies. Dès cet instant, la course à la complexité va s’accélérer, dans des directions infinies et de plus en plus créatives, voire farfelues. Mais aussi de moins en moins prévisibles. Dans ce jaillissement de complexité, avec des formes et des règles du vivant de plus en plus diversifiées, il est une constante : comme la matière inerte, les règles du vivant doivent respecter des règles physico-chimiques fondamentales. Ce sont des cadres qui définissent des invariants qui vont traverser la totalité de ce qui existe dans notre univers connu.
 
The magic of fractals
 
Among these great invariants, Professor Toussaint likes to cite the forms of fractal organizations, dear to Benoît Mandelbrot. Dans une fractale, chaque élément de la fractale contient la clé de la construction toute entière et ce, à toutes les échelles. Les exemples dans la nature sont connus depuis longtemps : de l’architecture du chou à la forme des branches des arbres, de nos ramifications pulmonaires à la forme des éclairs un soir d’orage. Ces formes sont fractales et organisées de façon à rechercher l’optimisation maximale.
 
 
Ces grandes lois se retrouvent à toutes les échelles, à tous les ordres de grandeurs : du plus petit (10-35(m) the largest (1030). De l’infime particule élémentaire à l’amas galactique. Et dans toutes ces échelles, il y a toujours deux valeurs associées : l’énergie et l’entropie qui possèdent, quel que soit l’ordre de grandeur, le même type de relation. Le Directeur de l’IRMES nous donne un exemple : « Whether we talk about enzymes (which are elements of living things) and for example, the speed at which they work and the way energy circulates in large galactic clusters, the laws of distribution are identical. These are logarithmic laws that will, at a given moment, inscribe limits ".
 
Our heartbeats are being counted
 
Another invariant will speak more to minds resistant to mathematics. This is the relationship between the number of heartbeats and life span. « In the immense class of mammals, from the little mouse whose heart beats at 600 beats per minute, to the whale whose heart beats at 10/15 beats per minute, but which have two opposite life expectancies (2 years for the mouse and 90 years for some whales) both animals will have the same number of beats at the end of their lives. We therefore have for this entire group, in this case the mammals, a ratio of heartbeats/life expectancy, which is a constant. 1.5 billion beats in a lifetime, 3 billion for some exceptions, but no more. "
 
 
Peut-on s’écarter de cette loi, de cette constante qui semble absolue ? Jean-François Toussaint est formel : « The man has deviated very little from that law. He has deviated from it a little bit over the last ten generations, through his technology and development with the increase in life expectancy. But the question is that of the elasticity of this deviation and therefore of the energy that must continue to be produced to keep away from this common rule that connects us to the rest of life. ». Le problème revient ici encore à une question d’énergie : pour s’écarter d’une telle loi, la dépense énergétique doit être si grande qu’elle compromet la viabilité de l’exercice. Et quand on dit « dépense énergétique », on pense bien sûr aussi à « coût » au sens économique du terme.
 
Combien de temps pour recharger les batteries ?
 
Un autre invariant ? En voici un au nom barbare : BMR pour loi scalaire du métabolisme de repos. Cela ne dit rien aux néophytes mais pourtant cette loi est assez simple à comprendre. Elle consiste à mesurer ce qu’un élément peut métaboliser comme énergie au repos. C’est en quelque sorte le temps de recharge de nos batteries. Eh bien cette loi, formulée par une équation mathématique, est constante quelle que soit son échelle : « This law links the resting metabolism of the whole animal, the elephant as well as man, to its cellular components, and even down to the subcellular elements such as the mitochondria inside a cell, or even elements of the mitochondria such as respiratory enzymes... and each time we realize that the metabolic rate, that is to say what this element can metabolize as energy, is always directly related to its mass."It is impossible to escape this constant.
 
 
From the flight of the starlings to the formation of the embryo
 
Voulez-vous un autre exemple ? Celui-ci commence par une image que nous avons tous au moins une fois dans notre vie admirée : celle des magnifiques nuages d’étourneaux qui animent certains ciels d’été. Leur formation et leur dynamique semble obéir à une loi mystérieuse. Il s’agit en fait d’hydrodynamique. Les travaux de chercheurs français dirigés par Vincent Fleury of the CNRS are in the process of revealing what could be a new fundamental law.
 
 
This research focuses on hydrodynamic coiling, like that of starlings, but this time in the context of embryonic formation. At this stage, the genome will very early create compartments that will specialize (placenta, neural crest, etc.) forming poles with different densities. Jean-François Toussaint explains the process involved: " These steps are done like an origami, according to the differences in density, with plans that perfectly respect the difference in cell weight between these areas. There are therefore folds, functions that become mathematically very easy to express and that will condition the evolution of all these stages of life. ». The formation of life would therefore be governed by universal physico-chemical laws and not only biological laws.
 
These laws of life, some of which we have just cited, lead to the setting of limits. In certain aspects, according to the research of Professor Toussaint and his teams, we have already reached the limits and are faced with an impassable ceiling.
 

The theory of capping

 
Cette théorie est née des travaux menés à l’IRMES qui ont consisté à étudier, sur l’ensemble de l’ère olympique, depuis 1896, l’évolution des records du monde. Ceux-ci sont en effet intéressants car ils sont l’expression, à un moment donné, du maximum physiologique, de vitesse, de détente, de puissance etc. que peut déployer un être humain.  Jean-François Toussaint précise : « The history of modern sport has been rewritten for more than 120 years and this study shows us that the distribution of these records also follows very simple laws, laws of growth. ». Le médecin nous présente quelques courbes parmi les dizaines qu’il a construites avec ses équipes, pour toutes les disciplines sportives. Toutes les courbes, sans aucune exception, présentent la même configuration !
 
Olympic records in cleat
 
This distributioncomments Jean-François Toussaint, is gradually taking place in the course of the 20th century with an acceleration and then a slowing down in the last decades, and for some disciplines, ceilings for thirty years. "
Ce que l’on observe c’est effectivement une sorte d’arrêt de la croissance de la courbe ces dernières années. Ce n’est toutefois pas l’information la plus importante. En effet, notre interlocuteur tient à préciser : « Apart from that, what these curves show is that the overall average is that of reaching ceilings compared to a asymptote theoretical. We're at 99 % of our capabilities compared to what we were in 1896. At that time we were at 66 % of our capacities, which means that the gain was enormous since we added a third of the capacities we were lacking. The problem is that now we can't go any further. " 
 
 
En entendant ces paroles, un coup d’œil à la fenêtre du labo nous fait percevoir un stade, des installations ultramodernes, une piste d’athlétisme. En arrivant dans l’allée, on longe une bordure de plaques de ciment portant l’empreinte du pied ou de la main de nos plus grands champions, de Caron à Lavillenie… Une épopée formidable… Et ce professeur Toussaint, qui nous dit avec son sourire désarmant que les records, c’est fini !  Voyant notre surprise, Jean-François Toussaint poursuit : « Il y a encore des sportifs qui peuvent battre des records, Renaud Lavillenie l’a montré en saut à la perche, mais il faut observer qu’au moment où Lavillenie débloque le compteur, seulement d’un centimètre, vingt ans après Sergueï Bubka, ce qui fait 0.05 mm par an de progression, ce qui n’est plus grand-chose ; au même moment, les neuf autres qui participaient au top ten de cette discipline eux, régressaient de dix centimètres ! Donc si on regarde la discipline elle-même, parmi les meilleurs, on observe qu’elle est en pleine régression. "
 
 
 
Desperately flat life expectancy
 
Et hors du sport, la règle du plafonnement s’applique-t-elle aussi ? peut-on se demander avec un brin d’anxiété. Ici encore, Jean-François Toussaint ne parvient pas à nous rassurer.  « À partir de ces constats et de la réflexion que l’on avait en termes de santé publique, nous nous sommes penchés immédiatement sur d’autres records. Notamment le record de l’espérance de vie, 122 ans et quelques mois, qui est détenu par la française Jeanne Calment, mais qui date de quasiment vingt ans. Lorsque l’on observe attentivement ces données, on voit que l’évolution des « super-centenaires », c’est-à-dire des individus qui atteignent plus de 110 ans, arrive progressivement à des plafonds. Nous sommes en train de connaître un ralentissement de la progression de l’espérance de vie, contrairement à tout ce que l’on pensait. Nous sommes en train d’atteindre nos plafonds d’espérance de vie. "
 
 
Two years ago, INSEE... published les courbes de l’espérance de vie mises à jour avec l’année 2015. Elles manifestaient une régression par rapport aux années précédentes, dues selon les organismes officiels à la chaleur et au froid (sic !) de l’année 2015. Pour le professeur Toussaint, « The decline in life expectancy by five months, which is statistically enormous compared to everything we have experienced, except the 2003 heat wave, shows that this period is taking hold. This means that we are reaching a plateau in life expectancy in France."
Pour le scientifique, nous arriverions à une limite générale dans laquelle les personnes les plus âgées deviennent aussi les plus vulnérables et donc très sensibles aux variations des conditions auxquelles ils sont soumis, comme par exemple la chaleur intense ou le froid, des infections inhabituelles (on parle beaucoup du virus Zika en ce moment, ou de la baisse d’efficacité des antibiotiques). Jean-François Toussaint ajoute : « These changes are important. But they are also important in economic terms, because a major decline in an economy will immediately result in an increase in mortality. ".
 
The economy is running out of steam
 
L’économie en effet montre des signes de plafonnement. Nous ne pensions pas que ce domaine typiquement sociétal pouvait être affecté de façon aussi massive par des lois naturelles. Pour Jean-François Toussaint, cela ne fait aucun doute et nos courbes de croissance sont similaires à celles de l’espérance de vie ou de l’évolution des records sportifs. Il affirme en effet : « The economy is an area that will also show this levelling off. The progressive increase in the growth of the initially European economies (with colonisation in the 19th century, which took advantage of industrial development) is reaching a ceiling. European countries will be the first to reach these ceilings, before North America follows them, then Asia and potentially Africa. "
 
Ainsi ce que l’on observe dans le domaine physiologique, ces tendances lourdes se retrouvent dans d’autres segments de l’activité humaine. Pour le professeur Toussaint, c’est tout à fait logique. Il tire sa certitude du fait que toutes les courbes, provenant de différents types de mesure, obéissent aux mêmes mécanismes et sont influencées par les mêmes facteurs. Il nous donne un exemple : « We see a setback on all the curves in the periods of World War I and World War II. It seems obvious, but at the same time, it shows us that in these phases of development, there are many common elements that act, positively or negatively. "The scientist wants to show us that the history of societies in general and the economy in particular are part of human history. In the long history that goes from the living born of inert matter to man inscribed in human societies. Societies that themselves have evolved from tribe to city, then from city to larger ensembles and now to globalization.
Mais toute cette histoire présente un point commun qui en relie toutes les phases : celui de la maîtrise énergétique. Jean-François Toussaint tient à nous rappeler que « toute cette histoire nous lie à notre capacité à utiliser l’énergie pour développer des capacités qui décuplent nos capacités physiologiques. C’est donc bien dans l’ensemble de cette construction générale que s’inscrit l’histoire humaine, que s’inscrit l’histoire des sociétés ; l’économie et elles n’ont aucune raison de ne pas respecter ces lois, puisqu’elles en sont issues"
 

La technologie peut-elle nous sauver ?

 
Si ces lois fondamentales nous régissent, l’homme a toujours cherché à s’en affranchir. C’est là le rôle de la technologie. La Technê peut-elle nous sortir de cette voie qui semble inéluctable vers le plafonnement, l’atteinte des limites ?
Yes answers Jean-François Toussaint, cela a toujours été la capacité d’homo habilis. Transformer son quotidien par le biais de sa capacité à prendre un silex pour en faire un biface ; et cela a été toute l’histoire du développement de la technê, avec ses étapes successives. "He adds: " That the technology is still a hypothesis, yes. It's the last one. Since physiologically we're proving that we're at the ceiling..."
 
Créer du vivant nouveau ?
 
Un peu d’espoir donc de nous affranchir de ces règles. Il est vrai que les biotechnologies font des progrès remarquables, quelques fois tonitruants. On parle volontiers aujourd’hui de biosynthèse, de modification du vivant, de transhumanisme… Pouvons-nous espérer modifier un jour le vivant pour nous affranchir de ces règles ?  Qu’en pense Jean-François Toussaint ?
 
 
Manifestement, il cherche à nous ménager : « Yeshe says, but he adds immediately, à condition qu’on puisse maîtriser l’ensemble, non pas aller à l’encontre. Plutôt respecter ces règles. En effet, le grand problème de la biologie de synthèse notamment c’est bien celui, à un moment donné, de la validation des hypothèses biosynthétiques qui vont être faites. Cela signifie que si vous dites « je crée de la vie ex nihilo », (ce que l’on ne sait pas faire encore), en admettant que vous puissiez le faire, comment allez-vous dire que c’est pérenne ? » En effet, pour les biologistes, la pérennité est une des caractéristiques fondamentales de la vie.Il poursuit :« Ce n’est qu’en les mettant dans les circonstances du vivant actuel que vous pourrez dire que votre création sait s’adapter et qu’elle est supérieure éventuellement aux autres. Ça veut dire que vous allez être obligés de revenir au vivant pour montrer que vous savez en respecter les règles. "Indeed, the argument is unstoppable.
 
The machines to the rescue
 
Tentons autre chose : pourrait-on confier nos capacités déclinantes à des machines qui leur apporteraient un sang neuf, si l’on ose dire. Ici encore la logique du Professeur Toussaint est difficile à contrarier : « Confier l’humain aux machines ? De quoi a besoin l’ordinateur qui a battu yesterday ce professionnel de go ? Il a besoin d’énergie. Il va la chercher où ? S’il n’est pas capable de s’adapter au vivant, de se déplacer, de se reproduire, de prendre la lumière solaire, de se débarrasser de toute l’infrastructure qui lui permet de se câbler, … il fait quoi ? Quelle est son autonomie ? La pérennisation c’est de la reproduction ET de l’autonomie. Aucune machine n’est actuellement capable, sur plusieurs générations, de tenir cet objectif-là. "
 
Innovation capped
 
The technology may not be of much use to us.
D’autant que Jean-François Toussaint enfonce le clou et nous montre de nouvelles courbes. Il explique : « Our technological capacities are currently outpaced by the living, which is adapting to our constraints, those we have generated. During the last two centuries of technical development, we have reversed the relationship. We have improved child mortality by inventing drugs capable of combating infectious diseases. That is where life expectancy has jumped enormously. It should be noted that we gain very little statistically in life expectancy by curing cancer, or cardiovascular disease. On the other hand, we gain enormously when we prevent a child from developing tuberculosis.
 
Cette fonction dépend de la technique d’organisation des systèmes, de développement des vaccins par exemple ou des médicaments. Et ce que l’on voit, c’est que toute cette évolution technologique dépend de l’économie avant tout. Si l’économie plafonne, le développement pharmacologique plafonne. Que fait alors l’industrie pharmaceutique ? Elle investit dans la survie de son groupe, c’est-à-dire la finance. Et donc elle choisit des niches dont elle sait que seul un certain nombre de personnes seront capables de les entretenir ; pas seulement les malades, mais surtout le groupe qui soutient le malade : leur communauté ou la société. C’est ce que l’on a vu dans les années 2000 où après la sortie des grands blockbusters notamment cardiovasculaires, de très grands champions, notamment américains, se sont retirés de la production et du développement des grandes molécules classiques qui avaient basculé dans le domaine public, pour ne plus investir sur des maladies pour lesquelles il n’y avait plus de marché (par ex. l’artériosclérose). "
 
Il est vrai que les laboratoires travaillent plus volontiers aujourd’hui sur de la médecine personnalisée, ou sur des anticancéreux à base immunologique sur lesquels on va avoir des anticorps spécifiques. Mais ces traitements sont excessivement coûteux. On aboutit à des formes de thérapies nécessitant des centaines de milliers d’euros par an et par patient. Et là, on atteint une autre limite, inévitablement : celle de la pérennisation d’un système qui va devoir mettre ses moyens financiers à la disposition de tous.  Est-ce encore possible au sein d’une société qui n’en a plus les ressources ? « There's no way "answers Jean-François Toussaint.

 

Où va-t-on ?

 
La théorie du plafonnement est suffisamment inquiétante. Elle appelle toutefois une question immédiatement liée. Après le plafonnement qu’y-a-t-il ? L’effondrement ?
Jean-François Toussaint explains that " Dans l’histoire on a de nombreux exemples de civilisation qui se sont effondrées avec toujours les mêmes raisons :  agriculture, environnement, énergie, climat, eau…
And finally, when we now see the limits that man has imposed on his own planet, it is all those who are asking questions. We know that if we continue to use fossil fuels, we will switch to a system that is no longer thermally viable. It is not just a problem of warming, it is that the thermal balances on which we depend have been stable for millennia (even if there have been variations, these variations have been slow) and that, all of a sudden, we are experiencing an increase which is staggering and on which the physiology of our own behaviour but especially that of our environment may not be able to adapt. Here, it is the speed of change that counts. "
 
 
This leads us to think that all the asymptotic curves that Professor Toussaint has shown us are reaching saturation, and seem to be colliding with a wall that is that of all the constraints, of which global warming is only one. The others are those of pollution, land use, the probable inability to associate population growth with food production, water consumption, etc., and the others are those of pollution, land use, the inability probably to associate population growth with food production, water consumption, etc.
 
Jean-François Toussaint and his colleague Adrien Marck write in an post paru le 5 février : « Human activities, ever more intense on a planet with finite resources, are beginning to generate deleterious effects on our health and our living environment: global warming, declining biodiversity, depletion of resources, and acidification and rising oceans could be only preludes. The instability caused by these upheavals is clearly perceptible: a decrease in height in countries affected by food riots (Egypt); a decrease in life expectancy for certain groups (Euro-American women in the United States, men in Russia), an increase in sedentary lifestyles and a decline in children's endurance capacities in most developed countries. Their social and political consequences are already being felt. "
 
A la question « Où va-t-on ? », Jean-François Toussaint nous fait une réponse de gascon : « On a deux versions possibles dans l’analyse. La première est de dire qu’on est totalement pris dans ces cycles, dans ces règles, dans ces lois et donc se demander ce qui arrive en général après une période de stagnation. Soit on a un ressaut, soit on a un effondrement. Et le seul ressaut auquel on peut s’attendre est le ressaut technologique – dont on voit qu’il est bien peu probable. "
 
Alors tout ce que l’on nous dit sur le transhumanisme, l’homme augmenté et l’immortalité, tout cela ne serait que des fadaises ? Pour Jean-François Toussaint, il n’y a pas de doute : « Certains nous donnent à cet égard non pas des espoirs mais des utopies. Il y a énormément de fausses dimensions dans ce jeu et surtout d’acteurs si peu scrupuleux de la réalité des choses et qui en font une activité économique, je pense notamment au transhumanisme. Il existe quelques fous qui sont simplement décalés ; de gentils fadas ça va, mais des gens qui font leur business sur la crédulité des autres en leur promettant l’éternité ne sont pas différents des charlatans des siècles précédents. Ceux qui vous disent « nous allons tuer la mort » ou « la mort ne fait pas partie de la vie » c’est qu’ils n’ont simplement pas compris la vie. "

READ IN UP' : Serons-nous un jour immortels ?

Reste notre possibilité d’action sur nos comportements environnementaux. Jean-François Toussaint en est persuadé : notre mode de vie est un facteur important dans le phénomène de stagnation voire de régression de notre évolution. Il affirme : « The future belongs to those who, aware of the risks, will be able to make proposals to reduce our environmental impacts while maintaining optimal health, longevity and human capacity. To avoid misunderstanding by our fellow citizens, or too rapid a rejection of the proposed options, public policies must integrate these issues now. They should contribute more firmly to the outline of a project geared towards a society that is more respectful of its environment, proposing a framework for development (active mobility, renunciation of carbon energies, food security, agrodiversity, depollution, sustainable exploitation of mineral and living resources) to preserve a common future. Will we be able to act in time and preserve what is essential? "
 
Ce que nous dit Jean-François Toussaint est difficile à entendre. Admettre que l’homme, dans sa toute-puissance a atteint ses limites, et qu’il n’ira vraisemblablement pas plus loin est difficile à concevoir. Notre interlocuteur le concède lui-même : « Nous nous trouvons dans la même situation que celle d’un médecin qui vous annonce un mauvais diagnostic. La première réaction c’est le déni. C’est normal. C’est une réaction physiologique ! » Il poursuit, assez lucidement : « Face à ces réalités, il y aura refus, puis contestation, puis tentative pour, peut-être, trouver une porte de sortie. Je pense qu’on a peut-être, comme pour Alice, une petite porte quelque part ; elle n’est pas grande, on n’y passera pas tous. Mais notre rôle, comme Sisyphe sur son rocher est de continuer encore à la chercher"
 
Cette proposition nous en appelle aussitôt une autre, que Jean-François Toussaint avait placée en exergue de l’une de ses leçons au Collège de France. Elle est du grand anthropologue Claude Lévi-Strauss : « En regard des changements à venir, j’ai peur que nous ne soyons pas équipés ».
 
 

VOIR : la video de la leçon de J.F. Toussaint au Collège de France : Expansion phénotypique, optima et limites de développement – 11 février 2014

LIRE : L’homme peut-il s’adapter à lui-même ?- Ed. Quæ 2013

 

 

 

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