Ces vigiles de notre République qui s’opposent à la barbarie

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Today we are faced with circumstances that are difficult to predict their consequences on public life. " « La crise des légitimités et des autorités dans nos démocraties, la défiance en la parole publique et à l’égard des expertises n’entraveront-elles pas la cohésion de la société ? », … Ces analyses émises par le Professeur d’éthique médicale Emmanuel Hirsch, en mars dernier, dans nos colonnes, préfiguraient la tribune qu’il nous offre aujourd’hui, face à l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty.

Ils préservent notre essentiel démocratique

Celles et ceux qui s’engagent et s’exposent à réparer les blessures et les vulnérabilités de notre société partagent une même conception du bien commun : ils se mobilisent ensemble au quotidien avec un même souci de la vie démocratique.
L’inattention, voire le dédain à l’égard de ceux qui, sur les terrains les plus exposés aux menaces de la rupture du lien social, de la disqualification, de l’exclusion, voire de la mort sociale, interviennent souvent avec le sentiment de résister seuls, n’est plus acceptable. Leur exigence de reconnaissance qui s’exprime de manière récurrente depuis des années, porte tout d’abord sur le manque de considération politique accordée à leurs missions, au sens et à la portée de leurs engagements.

Les discours convenus prononcés au gré des circonstances, et lorsque la barbarie rend possible la décapitation d’un professeur d’histoire-géographie, ne sont plus audibles. Les violences commises contre les forces de l’ordre, les magistrats, les pompiers, les enseignants, les soignants, en fait celles et ceux qui incarnent notre projet de société libre ainsi que l’État de droit sont des insultes qui saccagent et défigurent notre démocratie. Il nous faut y résister.

Ceux que l’on héroïse en situation de péril, d’attentats et auxquels est confiée la mission de préserver les principes de dignité et de justice, de sauvegarder le bien public et d’éduquer à la citoyenneté, expriment un sentiment d’abandon et de souffrance au point d’être tentés parfois de renoncer, ou de préférer des positions idéologiques opposées aux valeurs ayant motivé hier leur vocation professionnelle de démocrates.

Mon respect est profond à leur égard. En dépit des circonstances, ils s’efforcent encore de préserver notre essentiel démocratique dans un contexte de fragilités sociopolitiques et de crises, alors que les responsables politiques semblent démunis pour rassembler autour d’une mobilisation qui ne peut plus attendre.

Accorde-t-on l’attention qui conviendrait à l’engagement quotidien des intervenants professionnels ou associatifs auprès des décrocheurs de la République, ces personnes reléguées aux marges de nos préoccupations, celles qui éprouvent l’indignité d’une déconsidération, d’une maltraitance bafouant ce que proclame notre devise républicaine ? A-t-on pris la mesure de leurs confrontations combatives, aux avant-postes, face à ceux qui tentent de répudier et d’abolir ce que nous sommes : les acquis d’une conquête pour nos libertés et l’affirmation du respect de la personne dans ses valeurs et ses droits, ce patrimoine moral et politique dont nous sommes collectivement les garants ? Que fait-on en pratique de ce que vivent et pensent ces vigiles de la République ? Ils détiennent un savoir et une expertise qui éclaireraient, de manière certaine, les arbitrages politiques indispensables.

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Ils s’opposent aux terroristes qui défient notre République

Qu’aux injures, aux maltraitances, au dénigrement, à la suspicion, à l’ingratitude et parfois au mépris que subissent au quotidien celles et ceux qui interviennent sur le front de nos urgences sociales, ne soient opposés que quelques positions prudentes ou à défaut les recours à un accompagnement psycho-social, est révélateur d’un renoncement ou d’une impuissance qui minent notre République.
Que la reconnaissance effective d’un engagement humble, résolu, courageux, impératif soit déniée à celles et ceux qui attendent notre sollicitude sociale et des soutiens effectifs est inacceptable. Il n’est plus temps de faire l’inventaire des abdications politiques, le répertoire des friches sociales et des espaces désertés de la République livrés à une perdition qui meurtrit notre démocratie incertaine ou équivoque dans ses convictions et ses résolutions au-delà de propos incantatoires.

« Réparer notre société », la mobiliser plutôt que de la consoler face à l’irréparable, alors qu’on ne sait plus au juste quelles légitimités en gouvernent les orientations et en hiérarchisent les choix, c’est comprendre, reconnaître et respecter la richesse d’engagements de terrain dans la sphère publique. Ceux d’élus, d’instances représentatives, de professionnels et d’associatifs qui incarnent l’exigence éthique de notre démocratie. C’est, surtout, les associer aux choix urgents d’aujourd’hui pour rendre possible ensemble un projet de société à hauteur des défis.

Le devoir de nos politiques est de prendre en compte cette force de lien, d’innovation et cette intelligence de la résistance au cœur de notre société, de considérer avec sérieux l’expertise et la sagesse qu’expriment dans l’action et la réflexion ces veilleurs et vigiles de la République exposés parfois au point d’être assassinés.

Si, faute de reconnaissance et de soutiens autres que dans l’émotion, la compassion et le jeu politique ils ne trouvaient plus la moindre raison de d’espérer, de persévérer et renonçaient à sauvegarder cette conscience du bien commun, n’y perdrions-nous pas l’essentiel, ce à quoi s’acharnent à anéantir les terrorismes qui défient notre République ?

Emmanuel Hirsch, Professeur d’éthique médicale, Université Paris Saclay

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allotoxconsulting@yahoo.fr
1 month

Encore un discours bien pensant et creux face à la situation ! Peut-on croire que la reconnaissance et le soutien moral aux intervenants en première ligne suffiront face aux hordes barbares qui sévissent en France et devant lesquelles nous reculons depuis des décénnies par idéologie, par peur d’intervenir, ou pire par lâcheté. Tendre l’autre joue, n’arrête pas une balle ou un couteau. Des solutions plus radicales s’imposent pour défendre notre République !

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