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Prospective et Science-Fiction

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Dans Misère de l’historicisme (1945), Karl Popper affirme : « Le cours futur de l’histoire est imprévisible. » Dans « SF et expérimentation », Isabelle Stengers semble soutenir le contraire (Hottois, Philosophie et SF, 2000). Au mitan, Gérard Klein déclare : « l’avenir est aussi vaste que l’Amérique » (John Brunner, Tous à Zanzibar, préface, 1985). Relier la prospective à la Science-Fiction, c’est leur reconnaître une problématique commune de philosophie politique et interroger leur épistémologie respective, voire leur « métaphysique » : qu’est-ce que maîtriser et prédire ? et pour quoi faire ? Qu’est-ce que la statistique et le matérialiste historique, l’utilisation des prédictions et le caractère socio-historique de la science ?

Si la SF s’attache à « la puissance » des faits, qui n’existe que comme possible (avec la question souterraine de Philip K. Dick concernant les précogs de Ubik et de Minority Report, ou celle d‘Isaac Asimov concernant « le plan Seldon » et les anti-Mulets du cycle Fondation), la prospective tend vers la réalité, vers « l’acte » et l’énergie des faits. L’une des « demi-soeurs » (Klein) s’attache au monde par objectivation, rationalisme, rupture avec l’empirisme de la connaissance commune, et cela donne une « science de la décision » ; l’autre s’y attache par subjectivation, et cela donne « une littérature expérimentale » selon l’introduction générale de la Grande Anthologie de la science-fiction (Ioakimidis, 1974).

En 1961, G. de Pesloüan, proche de l’industriel, phénoménologue et caractérologue Gaston Berger, promoteur de la prospective, remarque : « La prospective est une systématique de la prévision (…), la science du comprendre l’avenir, afin de contribuer à le faire » (« Gaston Berger : philosophe et homme d’action », Livres et Lectures n°153, mars 1961). Ce savoir très seventies, avec ses revues, sociétés savantes et formations, est un « business » d’Etat : un Département des Etudes de la Prospective et des Statistiques existe en France et sert de « phénoménologie du temps ».
Toutefois, depuis peu, le vocabulaire est plutôt à « l’innovation »… De l’autre côté, puisqu’il y a une « indéniable unité » du genre SF selon la Grande Anthologie, ne peut-on comprendre la SF comme continuité parasitaire et actualisation littéraire de la « science (qui) n’a pas la philosophie qu’elle mérite » (G. Bachelard, Le matérialisme rationnel, 1953) ?
En effet, à leur façon, prospective et SF ne renouvellent-elles pas la question de L’idéologie allemande et de l’Introduction à la critique de l’économie politique (1857) de K. Marx : « comment les conditions historiques générales interférent-elles dans la production, et quel est le rapport de celle-ci avec le mouvement historique en général ? » Autrement dit, prospective et SF ne sont-elles pas un art de la surveillance et une littérature des machines qui se dérèglent, c’est-à-dire de la dialectique, tout autant que des « pédagogies prospectives du changement » (Klein, Histoire de l’an 2000, 1985) ?

Les demi-soeurs s’inscrivent en effet dans le temps long et culturel de la prévoyance (mentalité historique capricieuse d’un même « besoin métaphysique ») dont parle Norbert Elias depuis les années 30 (1973, 1975, 1985, 1994). Or la dialectique, n’est-ce pas « l’esprit de conséquence » et son retour sur lui-même, tournoyant, souvent imprévu ? (« On ne vous félicite jamais d’avoir prévu que l’imprévisible. » écrit judicieusement Gérard Klein dans sa préface « SF et prospective » à T.A.Z. de John Brunner).

Prospective et SF, en tant que « machines de Turing à explorer le temps », machines de papier donc, « machines métaphysiques », sont des moments caractéristiques de ce besoin grandissant de voir devant nous. Ainsi peut-on mieux comprendre que Jules Verne soit « l’ancêtre des futurologues (chargés) de la prévision d’avenirs quasi certains » et H.G. Wells « le premier des prospectivistes, ces explorateurs volontiers téméraires des futurs possibles », et que « l’écrivain de SF part(i) d’un postulat (ne) se soucie (que) d’en explorer les conséquences. » (Grande Anthologie)

David Morin-Ulmann

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Références bibliographiques

Popper Karl : Misère de l’historicisme, 1945
Stengers Isabelle. : « SF et expérimentation », 2000
Klein Gérard, John Brunner, Tous à Zanzibar, 1985
La Grande Anthologie de la science-fiction : « Introduction », 1974
Pesloüan G. de : « Gaston Berger : philosophe et homme d’action », Livres et Lectures n° 153, mars 1961
Bachelard Gaston, Le matérialisme rationnel, 1953
Marx Karl : Introduction à la critique de l’économie politique, 1857

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– Article « La prospective- Fondements historiques »
– Article « La science-fiction, du miroir de nos sociétés à la réflexion prospective/ Première partie »
– Article « Science fiction : mythologie is message » 

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