Ode à la nature par Raphaël Dallaporta et Morgane Porcheron

Le fonds d’art contemporain [N.A!] Project a toujours défendu l’idée d’une action sans lieu fixe. Sans musée. Sans espace d’exposition permanent, ouvert sur le monde. Liés à de multiples artistes dans différents pays, ce sont leurs projets qui guident leurs choix. Pour cet automne, ils ont choisi un carré d’artistes européens engagés pour le développement durable dans un lieu – La Ferme Urbaine de Saint-Denis – qui redonne sa place à la nature dans nos vies urbaines et modernes : Raphaël Dallaporta propose de remettre le soleil et le rythme des saisons au cœur de l’organisation de notre vie ; et Morgane Porcheron crée une œuvre vivante in situ, comme une métaphore de la maîtrise de l’Homme sur la nature.
Une invitation à un grand voyage dont la destination est inconnue pour favoriser la dynamique des échanges, et permettre de poser un regard pluridisciplinaire sur des situations environnementales, socio-économiques et politiques variées.

« Nous aimons l’art contemporain. Celui qui innove. Qui enchante. Qui questionne. Qui comprend son époque. Et qui n’hésite pas à la bousculer. De par les valeurs de [N.A!], nous privilégions les créations liées à la nature, l’environnement, les changements globaux, la biodiversité, l’alimentation, l’humain.
Convaincus que l’art peut sensibiliser à ces sujets, nous nous voyons comme un incubateur d’idées. De projets. De rencontres. De débats. Nous soutenons les artistes qui embarquent le public. Qui transforment son regard par leurs propres regards. Leurs créations. Leurs installations. Leurs performances. Nous croyons à l’art comme moyen d’inspiration et d’action.
Aux côtés des artistes, nous souhaitons contribuer à une démarche positive. Non culpabilisante. Qui s’appuie à la fois sur les connaissances des experts. Et sur la vision sensible et décalée des artistes. Éveiller et émerveiller. En conjuguant les deux, nous voulons nourrir le débat. Nourrir d’art demain.
Bertrand Jacoberger, Initiateur du NA-Project – Président de Solinest »

Raphaël Dallaporta écrit avec la lumière à Saint-Denis

Lauréat cette année de la bourse du [N.A!] Project et du Prix Niépce Gens d’images, premier prix de photographie professionnelle français, Raphaël Dallaporta s’est installé à l’Espace 365 de Zone Sensible – Ferme Urbaine de Saint-Denis pour un projet qui, entre photographie et astronomie, remet la nature au centre de nos vies. Grâce à sa bourse [N.A!] Project, Raphaël Dallaporta est en résidence à Zone Sensible depuis juin 2019.

« Ventre », exposition monographique de Raphaël Dallaporta, à l’espace d’art La Terrasse de Nanterre (février-mai 2019)

Il a imaginé sur site un travail autour des courbes du temps. Pour écrire avec la lumière, le photo-graphe troque cette fois son objectif pour un instrument ancestral : le cadran solaire. Il en présente une version géante sur l’espace dédié à l’art contemporain de la Ferme Urbaine de Saint- Denis, l’Espace 365.
Une méridienne matérialisée par une installation au sol, séparatrice de l’année en deux, marquera le midi solaire. En guise de gnomon, bâton planté dans la terre qui dessine de son ombre la position du soleil et indique heure et saisons, une chaise de 5 mètres de haut au sommet de laquelle ceux d’entre les visiteurs qui oseront le faire pourront s’installer quelques instants. Chaque passage laissera une trace puisque l’ombre portée par la personne assise sera reportée au sol et marquée par un repère qui restera sur place. L’ensemble des repères formera ainsi une constellation des personnes qui auront marqué le temps.
La présence d’horloges naturelles au cœur de la Ferme Urbaine active l’intime conviction d’être au bon endroit au bon moment.

Dans ses calculs, Raphaël Dallaporta a bénéficié de la complicité de l’astronome Denis Savoie, un des spécialistes mondiaux des cadrans solaires, qui a récemment apporté son aide à la Nasa pour déterminer le Nord géographique de la planète Mars.

En conviant le public à célébrer l’équinoxe par l’inauguration d’une méridienne sur le site de Zone Sensible, l’artiste réalise un alignement mémorable où la dernière terre maraîchère du 93 devient, à la faveur des astres, le centre du monde.

Raphaël Dallaporta élabore une œuvre saluée par la critique pour la rigueur de ses protocoles et la pertinence de ses installations dans lesquelles s’établissent des connexions insolites entre histoire, science, art et technologie.

Chacun de ses projets, cherchant à rendre visibles des phénomènes, ou territoires, respectivement cachés, ou inaccessibles sont finalisés par une publication monographique. Après avoir été pensionnaire à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis en 2014- 2015, il réalise le projet Chauvet-Pont d’Arc, l’inappropriable, publié en 2016, aux éditions Xavier Barral et exposé à Kyoto au Japon et au Centquatre-Paris. Ses œuvres sont aussi dans les collections du Fond National d’Art Contemporain de la Maison Européenne de la Photographie, du Musée de l’Elysée à Lausanne ou de la New-York Public Library. Pour l’ensemble de ses réalisations le prix Niepce lui est décerné en 2019.
www.raphaeldallaporta.com

Morgane Porcheron laisse la nature reprendre le pouvoir

Héritière de l’Arte Povera et du Land Art, Morgane Porcheron s’intéresse aux rapports entre nature et constructions humaines. Finaliste de la bourse [N.A!] Project, l’artiste installe une œuvre vivante sur l’Espace 365, aux côtés de celle de Raphaël Dallaporta.

« Mur en mouvance » de Morgane Porcheron – Terre de briqueterie, terreau et pousses de fèves.

Pour Zone Sensible, avec le soutien de [N.A!] Project, Morgane Porcheron imagine Construction structurée, une œuvre composée de deux sculptures minimales, architecturales, grand format et évolutives.
Dans un premier temps, l’installation s’apparente à des fragments d’architecture en terre rouge qui viennent décomposer l’espace vert. Ces formes font référence aux serres présentes sur le site de la Ferme Urbaine. La terre, matériau dense et naturel habituellement cuit servant à la construction d’habitat, est ici utilisée « crue », de manière à former deux cocons nourriciers remplis de terreau et de graines de fèves. Par la suite, les plantes poussent et percent la terre, qui craquelle, révélant les ossatures en acier de la structure. In fine, la terre rouge, le terreau et les pousses se mélangent avec le sol agricole, sans laisser à l’Homme le pouvoir de décider de sa forme finale ni de son évolution.
Cette œuvre vivante et in situ est une métaphore de la maîtrise de l’Homme sur la nature mais également un hommage à celle-ci.

Morgane Porcheron est née en 1990 à Lyon, vit à Paris et partage son atelier à Montreuil. Elle se forme à l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse où elle obtient son DNAP en 2013, puis, aux Beaux-Arts de Paris où elle obtient son DNSAP en 2016.
Dans sa pratique artistique, Morgane Porcheron récolte des éléments liés à notre espace environnant, puis élabore une archéologie du quotidien. Les fondations, ses strates, les composants dissimulés mais essentiels de l’architecture font parties des formes qu’elle exploite par la sculpture, l’installation et la photographie.
Son univers artistique est en lien avec le vivant, le paysage et la construction. Dans ses compositions se joue une double tension : l’ambivalence entre l’artisanat et la manufacture, un va-et-vient entre l’intervention de l’Homme sur la nature et la constance de celle-ci à reprendre ses droits.
www.morganeporcheron.com

Le Parti Poétique

Le collectif artistique Parti Poétique, installé à Saint-Denis (93) depuis 2003, articule avec l’abeille et le service de pollinisation ses recherches entre art et environnement. Le Parti Poétique développe, et poursuit la mise en œuvre d’une mission participative entre artistes, habitants, acteurs culturels et scientifiques tout en valorisant la part active de l’art et de la création dans l’espace public. Il réalise également depuis 2011 une médiation adaptée à un public divers éloigné dans son quotidien des préoccupations artistiques et environnementales.

L’association est particulièrement attachée à la mise en œuvre d’actions et de projets créant des dynamiques collaboratives et participatives entre les publics. Elle a notamment mis en place des actions citoyennes, comme le « Pollen-Club », projet participatif de pollinisation de la ville et également construit des partenariats tant avec les collectivités locales (Région,Ville, Département …) que des structures privées ou publiques entre art et science (Centre Pompidou, Fondation Cartier, Domaine de Chamarande, Muséum d’Histoire Naturelle, CNRS…).

À la croisée de l’art et de l’environnement, et après une programmation rattachée à la tenue COP 21 à Paris en 2015, depuis, il a semblé opportun aux organisateurs d’axer l’ensemble de la programmation sur le lien aujourd’hui sensible existant entre notre environnement et notre alimentation et de penser et valoriser le lien naturel qui existe entre : NATURE, CULTURE, NOURRITURE.

Très attaché à la continuité de la production et la valorisation du territoire francilien par une production agricole locale, le collectif développe depuis 2017 le projet Zone Sensible – Ferme Urbaine de Saint-Denis. Ce projet se réalise autour de la reprise et la transformation de ce qui constitue la dernière ferme maraîchère du XIXe siècle encore en activité en Seine Saint-Denis.
ZONE SENSIBLE se développe comme un laboratoire de création à ciel ouvert, centré sur les thèmes NATURE-CULTURE-NOURRITURE. Cette exploitation en permaculture promeut la richesse et la biodiversité culturelle et culinaire des 155 nationalités présentes en Seine Saint-Denis. En mettant en lien habitants, agriculteurs, chercheurs et cuisiniers, le Parti Poétique construit un projet participatif qui véhicule autour du repas les valeurs du bien manger.

Zone Sensible – Ferme Urbaine de Saint-Denis

Le Parti Poétique en 2016 a postulé et a remporté l’appel à projet de la Ville de Saint-Denis pour la reprise de la dernière ferme maraîchère du XIXe siècle encore en activité aux Portes de Paris. Cette candidature s’inscrit dans le cadre de notre programmation « Nature + Culture + Nourriture » dans la perspective de la création de l’Académie de cuisine MIEUX!, en partenariat avec le chef Alain Ducasse.

Cette reprise d’activité, qui comprend à la fois une réhabilitation et la requalification d’un programme agricole et culturel permet de penser un nouveau système alimentaire local et une nouvelle dynamique populaire autour de notre alimentation. À la fois lieu de découvertes, de partage d’expériences, d’éducation à l’environnement, de médiation, de convivialité et de sensibilisation à une nourriture locale, saine et de qualité, ZONE SENSIBLE cherche dans sa programmation à mettre en place une diversité d’actions pour une diversité de publics principalement urbains. Elle permet également d’encourager la participation d’un public éloigné des thématiques d’alimentation saine et de développement durable et d’encourager l’accès à l’art et l’inclusion sociale par le développement d’une offre culturelle innovante, sur un territoire dénué d’équipements culturels (1.67 équipement culturel pour 10 000 habitants, soit 3.3 points de moins que la moyenne d’Ile-de-France).

Ouverte au public en mai 2018, et développée comme un centre de production d’art et de nourriture, Zone Sensible réunit autour d’une programmation pluridisciplinaire (exposition, concerts, cinéma en plein air, théâtre, banquets) un public nombreux et transgénérationnel autour de ses trois thèmes d’expérimentation : Nature-Culture-Nourriture.

Le programme [N.A!] Project 

Deux ans seulement après sa naissance, la marque rupturiste de snacking sain [N.A!] crée son fonds de dotation dédié à l’art contemporain. Pour renforcer son engagement en faveur de la nature. Affirmer sa vision novatrice d’un art tourné vers l’environnement. Et inviter le grand public à changer de regard sur le monde. Sur ce qui le menace. Sur sa préservation. Sur le rôle que nous avons tous à y jouer. Sur les grands enjeux de société. Telles sont les ambitions du [N.A!] Fund, rebaptisé [N.A!] Project en 2018.
Engagés depuis de nombreuses années aux côtés des artistes, le fonds propose un mécénat contemporain. Bien au-delà du seul apport financier. Sans aucune visée patrimoniale. Et qui s’inscrit dans la durée.

Son moyen d’action prioritaire, c’est le soutien à projets des artistes. D’où leur nom. Leur grand projet artistique et citoyen passe par ces multiples projets. Ils étudient chacun, en amont, avec leur concepteur. Ce projet peut se déployer sur plusieurs années. Lorsqu’il est terminé, les liens privilégiés qu’ils ont tissés perdurent. Un artiste [N.A!] Project le reste.
Au fil des ans, ils ont ainsi constitué un réseau d’artistes dans toute l’Europe. Les croisements, les rencontres, les interactions entre eux comptent beaucoup à leurs yeux. C’est pourquoi ils les convient régulièrement à deux, à quatre, à dix, lors d’événements itinérants. Académies, résidences, espaces temporaires, participations à un festival… ils constituent ce qu’ils nous appellent leurs « Escales ».
Enfin, par sa connaissance des artistes et de leur milieu, le [N.A!] Project intervient en co-réalisation avec les parties prenantes sur l’ensemble des projets. Programme 2019/2021 :

  • – Jusqu’au 19 octobre : exposition collective des artistes en résidence 2019 à l’Espace 365 de Zone Sensible – Ferme Urbaine de Saint-Denis
  • – du 23 octobre au 23 décembre : Cosmopolis #2 par Fernando Garcia Dory au Centre Pompidou
  • – octobre / novembre : les artistes présentés à der Tank par [N.A!] Project exposent au Centre Culturel Suisse
  • – du 13 au 17 novembre : David Wahl en résidence au Musée de l’Homme
  • – 21-22 novembre : CinéMaterre, festival international du film à Metz
  • – courant mars 2020 : installation par l’artiste AnneMarie Maes d’une ruche connectée dans le jardin du siège de Solinest, à Brunstatt
  • – 9 juin 2020 : Art Basel (der Tank)
  • – de juin à septembre 2020 : Serpentine Gallery, Londres « General Ecology » 2020
  • – 2021 :
  • – 10 ans du [N.A!] Project (4 temps forts)
  • – Elefsina, capitale européenne de la culture
  • – Triennale de Brugges

Exposition collective des artistes en résidence 2019 à l’Espace 365 de Zone Sensible – Ferme Urbaine de Saint-Denis, jusqu’en mars 2020.

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