D’art en arbres

Alexandre Hollan, La Grande Roue, 2011. Acrylique sur toile.

Le musée des beaux-arts de Brest métropole vient bousculer les codes traditionnels en confiant le commissariat d’exposition à un groupe d’habitants. Il s’agit d’une première en France. Jusqu’au 16 mai, le public est invité à découvrir « D’art en arbres », une exposition singulière dont les œuvres, issues pour moitié des réserves, ont été choisies par les jardiniers de la collectivité.

Les réserves du musée des beaux-arts de Brest révèlent un potentiel insoupçonné. Elles recèlent de nombreux trésors : 15 000 objets sont conservés. Soucieux de la rendre accessible au plus grand nombre, le musée a souhaité établir une politique de présentation d’œuvres régulièrement renouvelées. Dès 2020, un groupe de personnes, d’habitants du territoire est invité à concevoir son propre accrochage afin de multiplier les points de vue, les découvertes.

Rendre accessible la culture pour tous

Pour cette première exposition participative, ce sont six agents de la Direction des Espaces verts de Brest métropole qui, après avoir visité les réserves du musée et de l’artothèque, ont sélectionné plus de soixante œuvres dont la moitié n’a jamais été exposée. Une multitude de médiations sont prévues notamment pendant les vacances scolaires avec des ateliers pour les 4/6 ans les Mardis 18 et 25 février à 16h30 et Mardis 14 et 21 avril à 16h30.

Le musée des beaux-arts et la Direction des Espaces verts de Brest métropole s’associent pour proposer ainsi un parcours en famille à la découverte des arbres remarquables du centre-ville de Brest, en écho aux œuvres présentées dans l’exposition D’arbres en art le vendredi 24 avril à 16h (Durée : 2h).

L’arbre y sera célébré dans toute sa diversité. Ce thème a été choisi en lien avec l’actualité scientifique et les récentes publications rappelant son intelligence particulière. Il fait aussi écho à la toile d’Alexandre Hollan, La Grande Roue (2011) donnée par l’artiste au musée en 2018. Dessins, gravures, peintures, mais aussi photographies contemporaines rythmeront le parcours de l’exposition.
Des peintres flamands aux artistes du Land Art, en passant par les peintres Nabis, le regard des artistes n’a cessé de se pencher sur l’arbre, tant pour lui-même que pour son appartenance à un paysage façonné par la présence humaine. L’arbre séduit, inspire, fait rêver, protège… et s’avère incontestablement une matière d’artiste !

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L’exposition s’articule autour de plusieurs thématiques, cinq au total, chacune avec une œuvre centrale mais toujours un sujet principal : l’arbre.

Portrait d’arbres

Entre 1830 et 1860, la représentation de l’arbre atteint son apogée. Ce besoin de retour à la nature s’affirme dans un contexte d’intensification de l’industrialisation de l’Europe. C’est en observant la nature dans laquelle l’homme n’a qu’un rôle accessoire, qu’il recherche l’énergie du monde. Les paysagistes deviennent de véritables portraitistes d’arbres. L’arbre est envisagé comme un outil d’évaluation pour enseigner le paysage classique : un concentré de difficultés techniques. Attachés à suivre le plus fidèlement possible l’anatomie de l’arbre, certains peintres utilisent parfois la technique de la photographie pour reproduire la nature. D’autres choisissent de rompre avec ce réalisme, en osant un cadrage audacieux, à l’instar du peintre Cuno Amiet (1868-1961). Des artistes contemporains se saisissent également du motif de l’arbre, comme Alexandre Hollan (né en 1933), dont l’observation patiente des arbres le mène à en faire un sujet récurrent de ses peintures.

Vivre avec les arbres

L’arbre tient un rôle majeur dans le paysage classique, rythmant et cadrant la composition, comme en témoigne la toile d’Herman van Swanevelt (1603-1655). Les valeurs morales de force, de vigueur sont attribuées au motif arboré. L’arbre représente également un éloge de la lenteur dans un contexte d’accélération du temps. Il ramène l’être humain à l’essentiel. Symboliquement, l’arbre dont l’existence perdure au-delà de la vie humaine, représente ainsi le passage du temps. L’arbre signale la qualité du paysage et entre en résonnance avec la scène qui se joue. Le peintre joue sur les ombres au sol mêlant celles des arbres et des personnages. L’arbre matérialise souvent un lieu de quiétude, à l’ombre duquel les personnages viennent se reposer, tels ceux de l’œuvre d’Henri-Gabriel Ibels (1867-1936).

Arbres en mouvement

Exposés au vent ou à la pluie, les arbres prennent une apparence tourmentée qui fait d’eux des sujets de prédilection pour les peintres. Ces arbres téméraires qui poussent isolés au sommet d’un rocher ou perchés en haut d’un monument forcent l’admiration. Cette capacité d’adaptation rappelle une forme d’intelligence particulière. Mais l’arbre peut devenir le vecteur d’une émotion que l’artiste tente de transmettre. Une perception personnelle que le peintre ressent devant le spectacle de la nature. La déformation du réel, par la forme et la couleur, devient le moyen le plus approprié pour extérioriser des obsessions, des tourments.

L’esprit des bois

La forêt, la lisière d’un bois représentent une source d’inspiration sans fin pour les artistes. L’univers clos et mystérieux des bois exerce sur le spectateur une forme de fascination. Une invitation à explorer les limites ou à l’inverse à ne pas y pénétrer. La représentation des espaces boisés incite les artistes à souligner les contrastes d’ombre et de lumière, comme dans le dessin au fusain rehaussé de gouache de Paul Sérusier (1864-1927). Les bois sont enfin un lieu d’expérimentation pour les artistes du Land Art, dont la photographie restitue l’installation réalisée au sein de la forêt à l’aide d’éléments naturels trouvés in situ.

L’arbre mis en scène

L’essentiel des arbres, des parcs et des squares de Paris ont été créés ou dessinés au Second Empire. En 1870, Paris est une capitale moderne dont l’urbanisme vient d’être largement restructuré par le baron Georges Eugène Haussmann. 200 000 arbres, généralement de mêmes espèces, comme le marronnier, sont plantés sur les trottoirs offrant ainsi aux Parisiens de l’air et de la verdure. Les œuvres d’artistes comme Henri Hombron (1834-1907) et Roger Kérinec (1917-2001) attestent également de la présence des arbres dans l’environnement urbain brestois. Au XXe siècle, le jardin devient parfois le lieu d’introspection et l’arbre un motif d’identification pour l’artiste qui montre davantage sa propre vision de la nature.

Un musée bien dans son époque

Fondé en 1875 dans les galeries de la Halle aux blés, le musée de la Ville de Brest est, à l’image des musées du XIXe siècle, un lieu d’enseignement. Avec une ambition encyclopédique – sans aucun souci de classification d’époque, d’école ou de tendance – œuvres d’art et objets de toute nature, régionaux ou extra-européens rapportés par les officiers de marine, se côtoient.

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L’accumulation est la règle aussi bien dans les salles consacrées aux peintures que dans la salle Danguillecourt qui ouvre en 1920, suite aux legs du commissaire de marine. En 1939, seule une partie des collections – les objets chinois et japonais, grecs et étrusques, les porcelaines de Sèvres et un petit nombre de peintures et de dessins – est mise à l’abri au château de Penmarch près de Lesneven, propriété de la ville.
La plupart des œuvres brûle dans l’incendie qui suit le bombardement aérien de la nuit du 4 au 5 juillet 1941, fatal à l’édifice. Le manque de transport et de main d’œuvre empêche l’évacuation des nombreuses toiles pourtant démontées et roulées.
Dès 1947, au sein d’un musée « provisoire », la reconstitution des collections à l’aide des dommages de guerre est engagée. L’année suivante, la volonté d’acquérir des « peintures modernes d’inspiration bretonne » est formulée. S’il fut un temps envisagé de créer une section musée de la pêche (avec aquarium) et une section de cornemuses, le choix d’engagement sur la voie des beaux-arts sera établi en 1964.
Le musée ouvre ses portes au public le 3 août 1968 dans un bâtiment de la Reconstruction dessiné par Jean-Baptiste Mathon au cœur du centre-ville de Brest. Il fait aujourd’hui partie de l’architecture de Brest, labellisée Ville d’Art et d’Histoire. Il s’est doté d’une collection originale d’œuvres et objets, principalement orientée vers les beaux-arts (peintures, sculptures et arts graphiques) et volontiers associée à la vocation maritime de la ville.

Parallèlement aux collections permanentes, le musée présente des expositions temporaires chaque année. Le musée dispose également d’une artothèque, unique dans le Finistère, permettant l’expérience inédite de l’ « art chez soi ». Tout en proposant au prêt sa collection de 1 200 œuvres (estampes et photographies), elle permet de compléter l’offre des expositions du musée par un regard sur l’art contemporain.

Exposition « D’art en arbres » Musée des beaux-arts de Brest métropole 24, rue Traverse – 29200 Brest – Du 8 février au 16 mai 2020

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