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Ecoles-Universités et Entreprises : comment resserrer les liens ?

éducation et savoirs
La nouvelle édition du MINES ParisTech ResearchDay se tient ce 2 juillet 2019. Une édition sous le signe de la réinvention du lien entre science et industrie. Lien qui, selon le directeur-adjoint de l’Ecole, chargé de la Reherche, Yannick Vimont, est « gage d’efficacité ». Les relations des écoles et universités avec le monde de l’industrie sont de plus en plus au cœur des préoccupations des différents acteurs. Les enjeux sont nombreux : recherche, insertion professionnelle, adaptation de l’enseignement au monde du travail… Mais les diplômés développent-ils les compétences en adéquation avec les besoins de l’industrie d’aujourd’hui ? Dans cette interview pour UP’ Magazine, Yannick Vimont nous donne sa vision sur la façon dont doit s’élargir la collaboration avec l’entreprise, « vecteur de création et de progrès collectif ».
 
Former des ingénieurs et des chercheurs est ce que réclame l’industrie. Pour cela, il faut favoriser les interactions entre étudiants, diplômés, entreprises et écoles et développer et animer un réseau de partenaires industriels. C’est la raison d’être de la nouvelle édition du MINES ParisTech ResearchDay du 2 juillet prochain. 

 
UP’ : Yannick Vimont, quel a été votre parcours avant de prendre vos fonctions en juillet 2017 à Mines ParisTech ?
 
Yannnick Vimont : J’ai commencé ma carrière il y a fort longtemps au sein du service hydrographique de la Marine. Après cinq années embarqué sur différents bâtiments de la Marine, à réaliser des levés hydrographiques ou océanographiques, j’ai réorienté ma carrière vers les écoles d’ingénieurs : d’abord vers SUPAERO (qui ne s’appelait pas encore l’ISAE !) où j’ai été directeur des études, puis vers l’ENSIETA (qui ne s’appelait pas encore l’ENSTA Bretagne), où j’ai exercé les fonctions de directeur de la formation et de la recherche. J’ai alors quitté les écoles du ministère de la défense, pour me tourner vers celles du ministère chargé de l’industrie : j’ai ainsi été directeur de la recherche de l’école des mines d’Alès, puis enfin de MINES ParisTech, en juillet 2017.
 
UP’ : Quel est votre rôle exact au sein de l’Ecole ?
 
YV : Au-delà de la supervision des 17 centres de recherche de l’école, qui rassemblent près de 350 enseignants-chercheurs, chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs, et près de 400 doctorants, et des fonctions managériales et institutionnelles qui y sont attachées, je m’attache à développer les collaborations et les synergies entre centres, notamment en suscitant des projets à caractère transversal.
Je suis également directeur de l’Institut Carnot M.I.N.E.S.
 
UP’ : Vous avez déjà déclaré dans une interview vouloir décliner de multiples manières le développement de projets européens ou la mise en place de recherches multidisciplinaires au service des défis sociétaux. De quoi s’agit-il ? Et comment voulez-vous procéder ?
 
YV : L’école a choisi de faire porter ses efforts, dans le cadre de son plan stratégique, sur deux défis sociétaux : la transition écologique, avec un focus sur la transition énergétique, et la transformation numérique des entreprises. Dans les deux cas, l’école met en place, avec le soutien de l’institut Carnot M.I.N.E.S., deux grands projets fédérateurs, qui rassemblent des équipes de plusieurs laboratoires :
Dans le domaine des sciences prédictives pour l’industrie du futur, MINDS (Mines Initiative for Numerics and Data Sciences), projet autour des sciences prédictives pour l’industrie du futur, a été lancé l’année dernière. Couplant simulation numérique et intelligence artificielle, coordonné par Elie Hachem du CEMEF, il réunit 15 centres de recherche de MINES ParisTech et de l’Institut Mines Télécom.
MINES ParisTech lancera également en 2019, en collaboration avec ses partenaires de l’Institut Carnot M.I.N.E.S., un ambitieux programme dans le domaine de l’hydrogène : L’objectif global est d’évaluer comment les interactions entre les divers réseaux énergétiques (gaz, chaleur, électricité, stations GNV), les sources d’hydrogène et de CO2, les besoins en stockage des gaz et les divers procédés pourraient conduire à des applications de niche ou à grande échelle compétitives pour le déploiement du Power-to-X. Cette approche globale inclut l’analyse de cycle de vie des procédés et des réseaux, les enjeux sociaux et la feuille de route nécessaire à une filière zéro carbone fossile.
 
UP’ : Deux de vos professeurs (Armand Hatchuel et Blanche Segrestin), dans un article signé du Monde en octobre 2018, déclaraient qu’« il appartient au système éducatif et universitaire de conduire des bouleversements devenus inévitables : car la nouvelle loi [PACTE] rend obsolète une part essentielle de ce qui s’enseigne sur l’entreprise, ses finalités et sa gouvernance ». Qu’en pensez-vous ?
 
YV : La vocation de la recherche à l’Ecole est de contribuer à mieux comprendre les transformations techniques et sociales du monde industriel. Elle est aussi de proposer de nouveaux outils, de nouveaux modèles qui permettent aux entreprises d’évoluer et d’innover. Il est aussi tout à fait naturel que ces nouvelles connaissances irriguent les formations de tous types et de tous niveaux où elles sont pertinentes.
MINES ParisTech intègre déjà les contenus de la loi Pacte dans la formation des ingénieurs et des doctorants. Ensuite, ceux-ci sont naturellement appelés à se diffuser, avec la loi elle-même, dans les différents cursus du lycée. En l’occurrence, la loi reconnaît que l’entreprise n’est pas un simple agent économique mais doit être aussi un vecteur de création et de progrès collectif. Cette conception s’inscrit dans la lignée des théories nouvelles de l’entreprise, elle prend aussi sa source dans les traditions de l’économie sociale de Frédéric Le Play ou celle de la science administrative de Henri Fayol, très présentes à l’Ecole au 19ème siècle.
 
UP’ : Le thème du prochain MINES ParisTech ResearchDay, le 2 juillet 2019, est la volonté de « réinventer le lien entre science et industrie ». Que signifie pour vous ce lien ?
 
YV : Ce lien entre science et industrie est gage d’efficacité. Travailler main dans la main, académiques et industriels, permet d’augmenter l’impact de la recherche, d’intégrer les toutes dernières connaissances dans les décisions, les choix technologiques ou organisationnels. On peut même parler de double impact : au-delà des retombées socio-économiques, ces recherches partenariales conduisent aussi à des percées scientifiques. On progresse dans les deux champs : en Théorie et Pratique.
 
UP’ : Selon vous, les travaux scientifiques actuels sont-ils toujours en liens avec les exigences industrielles et économiques de notre temps ?
 
YV : L’école a depuis bien longtemps compris l’importance d’être capable de mobiliser ses compétences diverses, dans les sciences économiques et sociales aussi bien que dans les sciences exactes, non pas seulement par disciplines scientifiques, mais également par grands défis sociétaux et industriels qu’il s’agit de relever, dans la recherche de solutions aux problèmes qui nous sont posés, par les entreprises –le plus souvent- ou par la Société.
Par ailleurs, l’introduction (ou la réapparition) du machine learning pour le traitement des données massives (issues par exemple de l’observations de la terre, de capteurs, de simulations numériques) permet d’extraire l’information pertinente de ces données, pour permettre leur utilisation opérationnelle.
La capacité, particulièrement développée à MINES ParisTech et dans son écosystème, d’intégrer les résultats de la recherche dans des logiciels opérationnels, qui permettent leur exploitation immédiate par nos partenaires, constitue à cet égard un atout considérable.
Dès lors, les voies pour améliorer encore l’impact de notre recherche apparaissent tracées : nous devons développer, plus encore, la transversalité, de manière à pouvoir traiter les problématiques de plus en plus complexes qui nous sont proposées, accroitre, dans tous nos domaines de compétence, l’utilisation des outils issus des sciences des données, et enfin rendre nos outils logiciels plus performants, plus interopérables, de manière à ouvrir de nouveaux champs d’utilisation, notamment dans le cadre de l’Industrie du Futur.
 
UP’ : Qu’attendez-vous de cette nouvelle édition du MINES ParisTech ResearchDay ?
 
YV : Nous espérons que des entreprises, des collectivités ou d’autres parties prenantes découvrent et comprennent nos résultats de recherche, pour mieux les intégrer dans leurs propres réflexions ou développements. Nous espérons aussi des discussions sur la suite de ces résultats, de nouvelles collaborations pour relever ensemble les grands défis énergétiques, environnementaux, numériques…
Propos recueillis par Fabienne Marion
 

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