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Le design : une discipline composite utile à la prospective ?

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Sachant anticiper les tendances, traduire des informations tirées du marketing et de la R&D, prendre en compte des contraintes techniques, le design se diffuse aujourd’hui largement. « Le principal argument mis en avant par les designers c’est que le design peut tout réinventer, jusqu’aux services publics, car leur métier est de concevoir. Ils cherchent à appliquer au monde des idées des approches qui, à l’origine concernent essentiellement les produits industriels. Il y a aujourd’hui un véritable « coup d’État » des designers, au niveau européen, sur le domaine de l’innovation » (Philippe Durance, Professeur au CNAM).

Rendre les idées tangibles et palpables

S’appuyant sur le dessin, l’image, la vidéo, le design rend des objets d’études « palpables » et intelligibles. Ainsi, dans le champ de la prospective, le design est à même de donner à voir ou même de rendre tangible des idées, des analyses, des projections. Ceci favorise naturellement leur partage et leur discussion, et donc leur évolution. Les designers peuvent être considérés comme des « accélérateurs » de démarche prospective ou encore des facilitateurs. « Nous allons chercher dans le design la capacité à se projeter dans l’avenir, à rendre palpable une idée de l’avenir, même s’il n’y pas toujours un « objet physique » au centre de la réflexion » (Romain Thévenet, designer à la 27ème Région).

Autre vertu de l’image et par extension du design : la projection dans l’avenir. Proposer des représentations physiques des avenirs souhaitables permet de débattre de leur pertinence (est-ce bien cela que nous voulons ?) et de leur faisabilité (comment y arriver ?).

Enfin, le design permet d’apporter un ingrédient plus inattendu : l’enchantement. « La visualisation (…) est aussi devenue le moyen incontournable de penser différemment l’avenir. C’est dans cet esprit que Manuel Toscano (Zago, USA) promeut une visualisation qui réenchante, dans un monde devenu trop pessimiste pour affronter les nouveaux enjeux.

Ramus Run Nielsen (2+1 Ideas agency) parle de « créer une histoire visuelle qui donne du sens au changement et le rende désirable ». Pour lui, il s’agit dorénavant plus de « changer la narration que de promouvoir de nouveaux concept » pouvait-on lire dans un compte-rendu du séminaire international « How Public Design » (Copenhague, 31 août 2011) consacré à la manière dont le design transforme les services publics (la 27e Région).

Autre apport et non des moindres, le design apporte ses démarches et outils et en particulier la compréhension des usages (« l’intelligence des usages ») aux côtés des autres dimensions (techniques, coûts, ergonomie, esthétique…) composant toute production de biens ou de services. Ainsi, en s’appuyant sur le design, la prospective peut se rapprocher du « faire » et se placer plus facilement dans une dynamique de réalisation.

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Le design transforme-t-il (trop) la prospective ?

Nourrie par la crise de l’expertise et de la décision, l’idée que la prospective doit s’appuyer davantage sur les capacités d’initiative et d’invention de la société est de plus en plus prégnante. L’expertise ne doit pas être seulement l’affaire d’experts mais doit être enrichie des expériences des usagers, en d’autres termes de l’expertise d’usage des habitants. La décision n’est pas un acte unique pris par des personnes isolées mais un processus continu mobilisant de nombreux acteurs. Ce contexte a vraisemblablement favorisé l’entrée du design dans le champ de la prospective car il mise précisément sur l’immersion sur le terrain, l’expertise de l’ensemble des parties prenantes, la recherche de solutions, etc.

Mais cette tendance ne doit pas faire oublier une objection majeure au recours du design par la prospective. Comme Brice Dury (designer et membre du réseau de veille de la DPDP) le rappelle : « le design n’est pas une solution miracle ». Le design ne pourra, à lui seul, reconceptualiser des objets complexes. Les capacités de l’image ne remplacent pas celles de l’écrit mais les complètent. C’est pourquoi le design doit être considéré à sa juste valeur : un enrichissement pour la prospective, à condition que cette dernière définisse clairement ses objectifs (par exemple, une meilleure compréhension des objets et la formulation de solutions non pensées plutôt que la recherche de solutions innovantes).

© Millénaire3 – Mars 2013

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