Ces 1000 premiers jours qui façonnent le destin d’un enfant

Emmanuel Macron vient de lancer ce jeudi 19 septembre la « commission des 1.000 premiers jours », présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, et qui a pour mission de répondre aux nombreuses questions que se posent les parents des enfants en bas âge : les guider dès le quatrième mois de grossesse et jusqu’aux deux ans de l’enfant. Une période fondatrice durant laquelle on sait désormais qu’il faut investir dans le développement des jeunes enfants pour contribuer à leur plein éveil.

Cette commission sera pilotée par Boris Cyrulnik. La commission comprendra 17 membres, avec deux vice présidentes : la psychothérapeute Isabelle Filliozat qui expliquait aujourd’hui au micro d’Europe 1 qu’elle sera « la voix des parents » au sein de cette structure chargée de faire des préconisations pour faciliter les premières années de l’enfant ; la gynécologue obstétricienne Alexandra Benachi ; et 14 scientifiques : pédiatres, sage-femmes, éducateurs, pédopsychiatre, praticiens dans les champs prénatal et postnatal,…

Les thèmes aborderont les questions de nutrition, d’allaitement, des enfants face aux écrans, des violences environnementales, de la place du père, du burn-out parental, de la vaccination…

Selon Boris Cyrulnik, un enfant sur trois est aujourd’hui « mal parti ». « Le plus souvent c’est dû à l’isolation de la mère, du bébé, à la violence conjugale dont on sous-estime l’impact biologique, ou la précarité sociale. Les parents malheureux sont mal répondants. Tout ceci est résiliable et les décisions gouvernementales seront importantes ».

« 1000 premiers jours de l’enfant », sous l’œil expert de Boris Cyrulnik

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre, éthologue et psychanalyste français. Il crée en 2013, l’IPE, l’Institut Petite Enfance, qui a déjà collaboré avec l’Éducation nationale. Aujourd’hui, il dirige à Toulon un diplôme universitaire sur ‘ »l’attachement et les systèmes familiaux ». On y étudie entre autres les interactions entre la mère et l’enfant, le développement de la communication et les liens familiaux.

Par ses écrits il a fortement contribué à diffuser l’idée de résilience. Boris Cyrulnik va s’appuyer sur la notion d’attachement développée par John Bowlby, psychologue, psychiatre et psychanalyste, pour répandre la notion de besoins fondamentaux du nouveau-né, de sa sécurité affective et de ses conséquences sur le comportement humain dans le milieu naturel.

Une commission avec quel objectif ?

La Commission devra remettre d’ici février 2020 un certain nombre de recommandations. Selon l’Elysée, il s’agit d’apporter « un éclairage scientifique » pour une approche globale sur la petite enfance. La commission devra « dégager 10 à 15 règles, des conseils permettant de « sortir la petite enfance de la sphère du privé » pour établir « une politique publique ». 

Une politique publique qui vise à répondre aux inégalités sociales, comme l’obésité chez les enfants défavorisés, le déficit en langage, un recours plus fréquent aux crèches chez les catégories favorisées etc.

On ne naît pas parent, on le devient

« 90% se joue avant trois ans, et plus on est dans un milieu difficile, plus on se retrouve à organiser difficilement ces mille premiers jours« , a déclaré Emmanuel Macron en ouverture d’un temps d’échange avec les membres de la commission et des familles.

Pour le chef de l’Etat, « on ne naît pas parent, personne. Il faut répondre à l’appel de parents parfois démunis, terrorisés« . Et donc qu’un adulte ne sait pas toujours tout sur le développement du nouveau-né. Surtout dans nos sociétés où il devient de plus en plus difficile d’être parents, démunis devant les inégalités sociales. Aider à être un parent « aimant » aidera chaque enfant à « mieux être », à mieux vivre.

Dans sa conférence de presse du 25 avril 2019, Emmanuel Macron soutenait que « les vraies inégalités sont les inégalités d’origine, les inégalités de destin, les inégalités à la naissance. C’est ça les vraies inégalités françaises et qui ne se sont pas améliorées quant à elles. Aussi pour traiter de ce sujet, il faut agir dès la petite enfance. Le gouvernement a commencé à apporter des réponses à travers ce qu’on a appelé le plan pauvreté. Je crois qu’il faut aller beaucoup plus loin. Certains États européens nous donnent l’exemple, je regarde la Finlande faire, elle investit massivement dans la petite enfance. Les 1000 premiers jours de vie d’un citoyen français sont décisifs, sur le plan affectif, sur le plan cognitif, c’est là qu’on construit parfois le pire et qu’on peut bâtir le meilleur. Nous devons construire, imaginer beaucoup plus loin que ce qu’on a fait jusque-là. ».

Un concept basé sur 5 études

Ce concept des « 1000 premiers jours de l’enfant », est fondé sur un rapport publié par l’OMS de 2016. L’objectif est d’accompagner un nouveau-né et ses parents jusqu’à l’âge de deux ans et demi environ – notamment avec des services et conseils en matière de nutrition, de prévention contre les perturbateurs endocriniens, d’acquisition du vocabulaire, d’exposition aux écrans… Il s’agit donc de surinvestir cette période où, pour citer le chef de l’Etat, « beaucoup se joue« .

Une autre étude, celle de l’apprentissage du langage, reflet des inégalités, qui a été  réalisée en 2019 par Santé Publique France, où l’on découvre que l’apprentissage du langage dépend du niveau socio-économique des parents. En détail selon ces travaux, les enfants de deux ans dont la mère a un niveau de diplôme inférieur au BEPC connaissent 70 mots sur 100 proposés, quand ceux dont la mère a un diplôme supérieur à Bac + 2 en maîtrisent 80. Même constat une décennie plus tôt aux Etats-Unis, où il avait été montré qu’à trois ans, les enfants de familles pauvres connaissaient 500 mots contre 1 000 pour les familles aisées. Preuve donc qu’il existe bien des « inégalités sociales » face au langage, celles-là même que la « commission des 1000 jours » cherche à déjouer au plus tôt. 

D’après une étude anglaise datant de 2019, les bébés peuvent décrypter les émotions de ceux qui leur parlent avant même de comprendre les mots qu’ils prononcent, grâce au rythme ou à l’intonation de la voix : ils peuvent alors savoir si leurs parents sont joyeux, en colère ou d’une autre humeur, et tendent ainsi à développer leurs émotions. D’où la nécessité de dialoguer avec eux.

Une autre étude américaine réalisée en 2018, prouve que câliner un nouveau-né dans les premiers mois de sa vie, avant le sevrage, pourrait avoir des conséquences sur son développement, son bien-être mais aussi sur sa vie future au niveau de sa santé physique et mentale. De même, une étude publiée dans la revue scientifique Applied Developmental Science a constaté, auprès de 600 nouveaux-nés, que les enfants pris en charge par leurs parents à chaque pleur étaient beaucoup moins anxieux et le seraient moins dans le futur.

« Un bébé ne s’épanouit pas avec les écrans » : c’est ce que démontre une étude canadienne réalisée en 2019 menée auprès de 2 500 enfants âgés de deux ans :  laisser un enfant de cet âge trop longtemps devant un écran pourrait retarder l’acquisition du langage et la sociabilité.

Selon une étude américaine parue en 2016, l’écoute de la musique pourrait bel et bien influencer le développement des capacités d’apprentissage de la parole chez les bébés. Exposés à la « pratique musicale », les nouveau-nés montrent une meilleure réceptivité neuronale aux structures rythmiques inhérentes à la parole, et donc une meilleure discrimination auditive, déterminante pour son acquisition.
(Source : LCI 19/09/2019)

 

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