Résistance aux antibiotiques : et si la solution venait des Druides ?

Boho Highlands
La résistance aux antibiotiques est un des défis majeurs de notre temps. Dix millions de personnes pourraient être tuées par an d’ici 2050 ; autant que le cancer. L’Organisation mondiale pour la santé (OMS) nous alerte depuis longtemps pour nous mobiliser contre ces nouvelles souches microbiennes résistantes à tous les antibiotiques. Et si la solution venait des Druides ? C’est ce qu’ont découvert une équipe de chercheurs en allant fouiller le sol de clairières situées dans le nord de l’Irlande, réputées pour leurs vertus magiques depuis 1500 ans. La magie et les légendes voleraient-elles donc au secours de nos médecines les plus modernes ?
 
Depuis des siècles, ces prairies alcalines qui forment les paysages des Boho Highlands, dans la région de Fermanagh, en Irlande du Nord, voient la visite d’étranges personnages. Plus précisément, c’est dans le jardin de l’église du Sacré-Cœur que des druides viennent y chercher leur remède miracle : une poignée de terre qu’ils enveloppent religieusement dans un petit sachet d’étoffe. En plaçant celui-ci sur la joue, sur la tête ou sous l’oreiller, les douleurs dentaires, les migraines et toutes sortes de maux et infections disparaissent. Comme toutes les pratiques magiques à tonalité légendaire, celle-ci n’échappe pas à la règle : il n’existe aucune documentation, aucun grimoire qui préciserait les origines et les spécificités exactes de cette cure ancestrale. Pas plus qu’il n’existe de preuves tangibles et mesurables selon les canons de la science moderne. Mais une pratique qui marche depuis quinze siècles mérite que l’on s’y attarde un peu.
 

Fouiller le sol de la clairière magique

C’est ce qu’a voulu faire une équipe de chercheurs de l’université de Swansea dans le sud-ouest du Pays de Galles au Royaume-Uni. Ils sont allés, avec leurs instruments les plus modernes, fouiller le sol de la clairière magique. Et leur voyage valait vraiment le détour car ce qu’ils y ont découvert les a stupéfiés. La terre des Boho Highlands contient une bactérie étrange, de l’espèce bien connue des streptomyces, réputée pour être une usine de médicaments microscopiques qui a contribué à un large éventail de produits pharmaceutiques.  Ce genre comprend plus de 500 espèces présentes dans le sol et l’eau. Certains membres de l’espèce ont déjà été utilisés pour produire plus des deux tiers des antibiotiques d’origine naturelle cliniquement utiles, car ils sont capables de produire des métabolites secondaires.
« Ces bactéries produisent une pléthore de métabolites secondaires bioactifs qui ont une gamme d’utilisations, y compris comme antimicrobiens, agents anticancéreux, agents antifongiques, en plus de divers autres composés importants sur le plan médical », a déclaré Matthew Hitchings, Ph.D., co-auteur de l’étude et chercheur principal de Swansea.
Mais la variété locale qu’ils ont découverte n’a jamais été répertoriée. Les scientifiques l’ont immédiatement baptisée Streptomyces sp. Myrophorée.
 
Cette bactérie contient une variété de groupes de gènes associés à un véritable arsenal d’armes et de boucliers microbiens. « Cette nouvelle souche de bactérie est efficace contre quatre des six principaux agents pathogènes résistants aux antibiotiques, y compris le SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline) », explique Paul Dyson, biologiste moléculaire. Étonnamment, la souche n’inhibe pas seulement la croissance des bactéries Gram positives à paroi rigide, elle fait aussi un bon travail contre plusieurs des bactéries Gram négatives plus difficiles à tuer. Ces agents pathogènes multirésistants sont identifiés par l’OMS comme étant des « agents pathogènes hautement prioritaires ».
 

Druides et médecines traditionnelles à la rescousse

Dans leur article publié dans la revue spécialisée Frontiers in Microbiology, les scientifiques précisent que les composés exacts responsables n’ont pas encore été identifiés et purifiés, et encore moins testés cliniquement. Il n’en demeure pas moins que cette bactérie connue des Druides semble être une arme de guerre redoutable contre plusieurs microbes récalcitrant à tous nos antibiotiques et plus particulièrement à quatre des six plus dangereuses superbactéries :  Enterococcus faecium (résistante à la vancomycine), Staphylococcus aureus, résistante à la méthicilline, cet antibiotique de la famille de la pénicilline datant de 1959, ainsi que Klebsiella pneumonia et Carbenepenem, toutes deux également résistantes aux traitements disponibles actuellement.   
« Notre découverte constitue une avancée importante dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques », affirme Paul Dyson. Il poursuit : « Nos résultats montrent que le folklore et les médecines traditionnelles méritent d’être étudiés dans la recherche de nouveaux antibiotiques. Scientifiques, historiens et archéologues peuvent tous contribuer à cette tâche. Il semble qu’une partie de la solution à ce problème très moderne réside peut-être dans la sagesse du passé ».
 

Il y a urgence

Il est urgent de réagir car si rien ne bouge, le monde se dirige vers une « ère post-antibiotique, dans laquelle les infections courantes pourront recommencer à tuer », répète régulièrement l’Organisation mondiale de la santé. L’antibiorésistance tue déjà 50.000 patients chaque année aux États-Unis et en Europe, et pourrait causer 10 millions de morts par an dans le monde en 2050, soit plus que le cancer, ont prédit les experts.
Depuis plusieurs années, les milieux de santé publique dénoncent la surconsommation d’antibiotiques aussi bien chez l’homme que chez les animaux d’élevage. Cette consommation irraisonnée a produit un résultat qui risque de s’avérer immaîtrisable : les bactéries ont adopté des parades pour éviter d’être éliminées par les antibiotiques. Elles se sont transformées, ont muté, ont développé des défenses de plus en plus sophistiquées. Les chercheurs parlent dorénavant de « superbactéries ».

LIRE DANS UP’ : Les superbactéries déferlent sur le monde prévient l’OCDE. Nous entrons dans l’ère post-antibiotiques.

Nombre de grands laboratoires pharmaceutiques ont longtemps délaissé ce domaine de recherche, au profit de branches plus rémunératrices, comme le diabète ou le cancer. Résultat : aucune nouvelle classe d’antibiotique n’est arrivée sur le marché depuis 30 ans. Mais, face à une situation médicale et sanitaire de plus en plus inquiétante, la recherche publique et les laboratoires privés, après avoir longtemps négligé les recherches dans ce domaine, ont intensifié leurs efforts au cours de ces dernières années pour proposer aux malades de nouvelles solutions thérapeutiques. C’est la course aux innovations pour tenter d’enrayer le processus.

LIRE DANS UP : Résistance aux antibiotiques : Quelles innovations ?

Parmi les recherches d’innovations, certains scientifiques se mettent à regarder du côté des milieux spécialisés, comme les milieux alcalins et les évents thermiques, dans l’espoir de trouver des variétés exotiques de souches d’antibiotiques reconnues pour leur efficacité. L’équipe de l’université de Swansea fait partie de cette mouvance. En fouillant la terre du jardin de la petite église des Boho Highlands, ils cherchent à déterminer exactement quel composant de la nouvelle souche empêche la croissance des pathogènes. La purification et l’identification des antibiotiques à partir de cette souche pourrait mener à la mise au point de nouveaux médicaments dont on a si désespérément besoin.
 
 

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