La pauvreté modifierait les gènes pour des générations

pauvreté
Le sens commun élève une barrière infranchissable entre ce qui vient de notre patrimoine génétique et ce qui nous forme par la culture ou les modes de vie. Cette barrière est en train de tomber avec les travaux de chercheurs qui viennent de découvrir que ceux qui grandissent et vivent dans la pauvreté voient leur patrimoine génétique se modifier. Et se transmettre de génération en génération.
 
Nous aimons tous ces belles histoires de transformation radicale d’une vie. L’enfant pauvre, né dans un bidonville, grâce à la force de sa volonté ou des caprices du destin, change de statut social en grandissant. Des success story qui ont alimenté nombre romans et scénarios de films. On imagine alors tous que, débarrassée de ses haillons de souffrances, la pauvreté s’oublie et disparaît d’une vie.  Cette idée reçue s’est formée sans compter sur ce qui se passe dans le patrimoine génétique de ceux qui grandissent dans un milieu très défavorisé.
 
On savait déjà que la vie dans un environnement de pauvreté et de difficultés sociales affectait la santé et le bien-être mental des individus. Des études nombreuses ont prouvé depuis longtemps qu’une éducation dans un milieu à très faibles revenus augmentait les risques de développer du diabète, des cancers, des maladies infectieuses ou cardiovasculaires.
« Nous savons depuis longtemps que le statut socio-économique est un déterminant puissant de la santé, mais les mécanismes sous-jacents par lesquels notre corps  » se souvient  » des expériences de pauvreté ne sont pas connus », affirme Thomas McDade, biologiste anthropologue à la Northwestern University.
 

8 % du génome impacté

Ce que les scientifiques viennent de découvrir, c’est que grandir dans la pauvreté affecte le patrimoine génétique dans des proportions importantes puisque 8 % du génome pourrait être impacté, à vie, par des modifications chimiques liées à un début de vie défavorisée. Leurs conclusions inédites sont publiées dans la revue American Journal of Physical Anthropology.
 
Pour mener à bien leur étude, les chercheurs de l’Université de Northwestern à Chicago ont analysé le sang d’un échantillon de près de 500 personnes nées dans les années 80, puis ont mesuré et codifié leur statut socio-économique de l’enfance jusqu’à leur vie adulte. L’analyse pangénomique des globules blancs du sang des personnes formant leur échantillon s’est focalisée sur le processus de méthylation de l’ADN. Ce processus épigénétique ne modifie pas le codage des gènes mais apporte des changements chimiques à l’ADN qui empêchent ou améliorent la lecture d’une séquence de code. La méthylation proprement dite décrit l’addition d’un groupe de méthyle à un gène, modifiant ainsi sa transcription.
 
Ce phénomène attire de plus en plus l’attention des scientifiques dans des domaines de recherche variés. C’est ainsi que des études récentes ont suggéré que certains événements forts vécus pendant l’enfance, comme le manque d’affection du nourrisson ou des traumatismes subis par des enfants, provoquent des modifications dans la transcription de certains gènes. Les conséquences ne sont pas négligeables puisqu’elles peuvent affecter le développement cognitif et même jouer un rôle dans des affections comme l’autisme. Nos premières expériences de vie ne façonnent pas seulement notre esprit comme l’ont bien montré les psychologues et psychanalystes, mais elles changent aussi la façon dont le corps fonctionne à un niveau fondamental. Plus important encore, ces changements épigénétiques peuvent se transmettre d’une génération à l’autre. Ils sont héréditaires comme les caractères génétiques peuvent l’être.
 
Dans les tests génétiques que les chercheurs ont opéré sur leur échantillon, 2500 sites de méthylation touchant 1537 gènes ont été relevés chez les personnes ayant grandi dans des conditions socio-économiques défavorisées. Des chiffres largement supérieurs à ceux relevés chez des personnes nées dans un milieu relativement aisé ou chez ceux qui sont devenus pauvres plus tard dans leur vie.
 
Ces statistiques présentent des valeurs considérables. En effet, les estimations actuelles évaluent, dans le génome humain, le nombre total de gènes codant pour les protéines à près de 20 000. Les modifications relevées chez les personnes touchées par la pauvreté dans leur enfance impactent ainsi 8 % de leurs gènes, ce qui est très significatif.
 

Nature versus culture

« Nos découvertes suggèrent que la méthylation de l’ADN pourrait jouer un rôle important dans le lien entre problèmes de santé et statut socio-économique (…) Ce modèle met en lumière le potentiel mécanisme à travers lequel la pauvreté peut avoir un impact durable sur un large éventail de systèmes psychologiques. Par ailleurs, les expériences acquises au cours de l’existence s’ancrent dans le génome pour littéralement former sa structure et sa fonction. En conclusion, « il n’y a pas de nature versus culture » », affirme Thomas McDade.
 
Grandir dans la pauvreté est déjà associé à un déclin significatif de la santé pour une grande variété de raisons. Bon nombre des causes sont bien comprises. Par exemple, les risques associés aux différences d’alimentation, à l’accès à l’éducation et à la disponibilité médicale peuvent augmenter les risques de maladie et de mauvaise santé mentale.
Plusieurs études ont déjà mis en lumière le déterminisme de la pauvreté. En 2016, des chercheurs de l’Université de Caroline du Nord avaient par exemple établi qu’une mauvaise alimentation de la mère, une prévalence d’alcoolisme, de toxicomanie ou de violences pouvaient altérer les gènes d’un enfant. Ils avaient ainsi identifié une corrélation entre le statut économique des jeunes et une production moins élevée de sérotonine qui conduirait à un risque plus élevé de dépressions.
Mais il y a aussi des changements physiologiques associés au fait d’être pauvre qui ne s’expliquent pas toujours facilement, comme l’inflammation chronique, une immunité à médiation cellulaire réduite et une résistance accrue à l’insuline.
 
Les scientifiques promettent que des études complémentaires vont maintenant avoir lieu afin de déterminer les conséquences sur la santé de la méthylation dans les zones identifiées. Nombre de ces gènes sont déjà impliqués dans les réponses immunitaires aux infections ainsi que dans le développement du squelette et du système nerveux. « Ce sont des zones sur lesquelles nous nous concentrerons pour déterminer si la méthylation de l’ADN est en effet un mécanisme important au travers duquel le statut socio-économique peut laisser une empreinte moléculaire majeure sur le corps, avec des implications pour la santé à long terme », conclut le Dr McDade.
 
L’Organisation mondiale de la santé estime qu’environ 1,2 milliard de personnes dans le monde vivent avec moins d’un dollar par jour.
 
 
Source : EurekAlert
 

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