Miser (vraiment) sur la transition écologique

Miser (vraiment) sur la transition écologique – Nicolas Hulot ,  Alain Grandjean et Hélène Le Teno 

Alain Grandjean est diplômé de l’École polytechnique et de l’ENSAE. Cofondateur et associé du cabinet de conseil Carbone 4, il est membre du Comité scientifique de la fondation Nicolas Hulot.
Hélène Le Teno est diplômée de l’École nationale des Ponts et Chaussées. Elle a travaillé dans l’industrie, la recherche et les métiers de services en France et en Chine. Elle est manager chez Carbone 4.

Notre machine économique mondiale est à bout de souffle : les pays de l’OCDE ont le hoquet, les pays émergents voient leurs débouchés s’affaiblir, les pays exportateurs pétroliers traditionnels flirtent avec une manne qui diminue, les pays du Sud sont exposés à la voracité de tous pour leurs ressources supposées renouvelables…
Les médecins – politologues et économistes – appelés au chevet de la planète malade font chacun leur diagnostic et proposent des remèdes toujours plus raffinés pour résoudre la crise monétaire, pour réguler la finance internationale, pour maîtriser la dette des États, pour relancer l’économie par la consommation ou le bâtiment, pour la rendre plus compétitive par l’innovation…
L’actualité donne l’impression que cet acharnement thérapeutique est franchement inefficace : il est grand temps de penser le changement – et de le faire – plutôt que de changer le pansement.
Notre grande malade a comme point commun avec les dinosaures le gigantisme et la voracité.
En Europe, la machine économique dévore par exemple chaque année la bagatelle de 12 tonnes de matières par habitant pour bétonner (sable), rouler notamment en voiture (pétrole), manger (aliments pour bétail, engrais), produire des biens et des services. Or, nous sommes toujours plus nombreux sur cette planète dont les ressources sont en quantités finies : nous voilà donc entrés dans un monde de ressources rares, dans un monde où la recherche du «toujours plus» a fait dire au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon : «Nous avons le pied collé sur l’accélérateur et nous fonçons vers l’abîme.»
Le monde qui se forge aujourd’hui, c’est donc celui de la grande transition écologique vers une économie beaucoup plus sobre en ressources, capable de garantir une stabilité et une équité sociale minimale et qui pourrait nous épargner bien des conflits à venir.
C’est aussi un monde où le sens de l’action et le plaisir d’exister compenseront progressivement l’éventuel sentiment de sevrage ou de limitation matérielle ressenti par l’urbain moderne, dès lors qu’il sentira que le droit de faire et de s’accomplir ensemble génère autant sinon plus de plaisir que le seul droit de travailler pour consommer.
Enfin, c’est un monde où le territoire reprendra à terme sa place comme pourvoyeur indispensable de ressources : énergies, bois et biomasse, terres arables, dont il faudra d’autant plus de bras pour en tirer les fruits que les machines auront soif de pétrole rare et cher. Il faut donc s’occuper activement de l’avenir de nos territoires et de la façon dont nous souhaitons que ces biens communs soient gouvernés demain.
Soyons clairs, dans ce livre nous renonçons en bloc au misérabilisme ambiant. Nous vivons une époque formidable qui va faire oublier celle tant vantée des baby-boomers et des Trente Glorieuses, nous sommes à bord d’une fusée qui nous emmène à pleine vitesse vers un futur excitant, nous avons mille talents qui vont s’exprimer avec toujours plus de force. La crise que nous traversons est la face apparente, émergée, du processus de transformation, voire de métamorphose en cours.
Nous tous, citoyens en pleine transition – et ce souvent sans le savoir – avons l’envie et la capacité de déployer un projet collectif qui rendra nos économies prospères, nos foyers heureux, offrira des emplois stimulants à chacun, dynamisera et équilibrera les territoires.

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