L’économie de la nature

L’économie de la nature d’Alain Deneault – LUX Editeur, septembre 2019 – 142 Pages

L’expression « économie de la nature » a surgi dans le vocabulaire des sciences au XVIIIe siècle bien avant que le néologisme « écologie » ne s’impose à nous, plus d’un siècle et demi plus tard. Chez Carl von Linné, Gilbert White ou Charles Darwin, l’économie de la nature désigne l’organisation des relations entre les espèces au vu du climat, du territoire et de leur évolution. Cette économie pense l’imbrication des espèces, y compris les êtres humains, dans un réseau d’interactions incommensurables et impondérables. Mais très vite, les physiocrates, les premiers « économistes », la dévoient pour fonder une science de l’agriculture subordonnée à de prétendues lois du marché. Un détournement dont nous pâtissons jusqu’à ce jour.

Tant que ne sera pas restitué son sens, le terme « économie » nous donnera l’impression de voir double, dès lors que flanqué de celui d’« écologie ». Il nous sera alors dit qu’il faut tenter de réconcilier l’une à l’autre, comme s’il s’agissait de deux champs distincts. Ce court essai s’emploie à redonner ses droits à l’économie de la nature.

« Economie »

Aujourd’hui, ce terme renvoie spontanément à des notions telles que le marché, la production, la consommation, la capitalisation, voire le capitalisme lui-même, alors que ce vocable «  économie » et ses cooccurrences – circulation, épargne, investissement, commerce, échange, – ont acquis dans l’histoire bien d’autres acceptations, d’autres significations, d’autres définitions que celles désormais exclusivement en usages.

Durant des siècles, le mot « économie » s’est en effet décliné dans une constellation d’expressions couvrant plusieurs disciplines scientifiques et pratiques culturelles.

Le poids hégémonique de ces usages nous empêche de se référer à l’économie autrement que pour évoquer le domaine de la production de biens commerciaux et la thésaurisation du capital, sinon qu’en faisant de ces acceptations particulières une source de métaphores. On finit par emprunter des termes à la science économique en fonction du sens seul qu’elle lui a conféré.  C’est ainsi qu’on nous inflige d’idéologèmes tels que le « capital santé » et la « gestion » des amitiés, quand on ne vous demande plus carrément de nous « vendre » auprès des services de « ressources humaines ».

Parce que les « économistes » se sont approprié le lexique de l’économie pour en faire leur fonds de commerce, et comme si nous étions en déficit de signification du reste, il nous faudrait alors recourir, selon le sens qu’ils lui donnent, à ce vocabulaire pourtant ouvert jadis à tous les domaines de la pensée.

Ôter l’économie » aux économistes, donc, et la restituer à celles et ceux qu’elle concerne. Desserrer cette chaîne de significations et exposer le terme à l’actualité d’usages trop souvent oubliés. Il n’y a pas en propre » d’économistes car traitent d’économie à leur façon respective horticulteurs et physiologistes, littératrices et ingénieurs, philosophes et psychanalystes. Que cette importante notion maintenant reprenne ses droits et regagne les champs et les usages, selon l’auteur de l’ouvrage.

Alain Deneault, directeur de programme au Collège international de philosophie de Paris, travaille sur idéolologie managériale et la souveraineté des pouvoirs publics. Il est l’auteur de « Gouvernance », la médiocratie de la Politique de l’extrême-centre (LUX Editeurs) et a publié plusieurs essais sur les multinationales et les souverainetés de complaisance parus chez Ecosociété et Rue de l’échiquier.

 

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