Incendies en Australie

Un milliard d’animaux auraient déjà péri dans les incendies d’Australie

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Un milliard d’animaux auraient brûlé vifs dans les incendies apocalyptiques qui font rage en ce moment même en Australie. Ce chiffre vertigineux est calculé par le professeur Christopher Dickman de l’Université de Sidney, éminent spécialiste de la faune australienne, auteur de 16 livres et plus de 450 articles scientifiques. Lui-même n’arrive pas à réaliser ce qu’il est en train de mesurer, d’autant que ses calculs sont revus sans cesse à la hausse.

Le 3 janvier dernier, le professeur Dickman publiait un communiqué alarmiste. Selon ses estimations, 480 millions au moins d’animaux auraient disparu dans les flammes des incendies qui font rage dans le sud-est de l’Australie. Une superficie grande comme deux Belgique serait partie en fumée. Des forêts, des forêts primaires, des prairies, des trésors de biodiversité vieux de plusieurs millénaires brûlent sous les yeux désemparés du monde. Dans cet écosystème détruit, la vie bouillonnait. Dans les airs, dans les arbres, dans les taillis. Des millions d’animaux, mammifères, reptiles, oiseaux se sont retrouvés pris dans le piège des flammes.

Aujourd’hui, interrogé par France-Inter, le professeur Dickman est obligé d’avouer qu’il s’est trompé. Ce n’est pas 480 millions d’animaux qui auraient péri mais plus d’un milliard. Sans compter les batraciens, les chauves-souris ou les insectes.

Pour calculer ce sinistre décompte, le professeur et son équipe sont partis d’une vaste étude sur le défrichement menée en 2007 avec le concours du WWF australien. Cette étude établissait la densité des populations animales qui seraient touchées par les opérations de défrichement envisagées par le gouvernement australien. Une base de données fiable qui permet aujourd’hui d’estimer de façon assez précise les dégâts causés par l’incendie géant australien, The Monster.

Dans ses calculs, l’universitaire précise que nombre d’animaux, s’ils n’ont pas péri, sont gravement « affectés » par les incendies. Cela signifie que même s’ils parviennent à survivre à l’assaut des flammes, leur habitat, leur écosystème leurs lieux habituels de nourriture et de vie ont disparu. C’est notamment le cas des oiseaux qui peuvent voler en fuyant les flammes mais ne trouvent plus d’endroit où se poser et refonder leurs communautés. Dimanche 5 janvier, deux millions d’hectares brûlaient encore en Nouvelle-Galles du Sud.  En tout, 6 millions d’hectares de forêts auraient brûlé en Australie. À titre de comparaison, les incendies en Amazonie de l’été dernier ont ravagé 900 000 hectares.

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Une hécatombe pour la biodiversité

Pour Bruno David, président du Museum d’Histoires naturelles de Paris, interrogé par l’Express, ces incendies causent une « hécatombe » qui pourrait contribuer à la disparition pure et simple de certaines espèces.  Une population dont la densité est faible n’arrive pas à repartir estime le scientifique. C’est le risque pour les koalas dont 30 % de la population déjà réduite à 28 000 individus aurait déjà été décimée par l’incendie. Certes, la nature est toujours la plus forte et sa force de résilience ne doit pas être sous-estimée. Mais ces incendies hors-normes détruisent non seulement des animaux mais aussi des millions d’hectares et il faudra des générations pour que les écosystèmes se reforment.

Incendies en Australie
Image 3D réalisée à partir de données satellites de la NASA sur les incendies en Australie cumulées entre le 5 décembre 2019 et le 5 janvier 2020. Instagram Anthony_Hearsey

Une catastrophe écologique qui se déroule dans l’un des 17 pays « megadivers » recensés par le Centre de surveillance de la conservation de la nature (UNEP-WCMC). Cette agence du programme des Nations unies pour l’environnement a identifié un groupe de pays qui détiennent la majorité des espèces et sont donc considérés comme les plus riches de la planète en matière de diversité biologique.

L’Australie est une bible de biodiversité. Le pays abrite entre 600 et 700 000 espèces différentes de plantes et d’animaux. Les spécialistes ont recensé plus de 378 espèces de mammifères, 828 espèces d’oiseaux, 300 de lézards, 140 espèces de serpents etc. L’Australie détient le record mondial des espèces endémiques c’est-à-dire celles qui ne vivent que sur son sol ; les plus connues étant le kangourou, le dingo et bien sûr le koala. Dans le règne botanique, des pépites de biodiversité vivent sur ce pays-continent.

Une grande partie de la richesse des espèces animales ou végétales est concentrée dans la zone qui brûle actuellement en Australie. De nombreuses espèces de mammifères et d’oiseaux sont confrontées à un risque majeur d’extinction. Le risque est encore plus grand pour les petits invertébrés, moins mobiles, et qui constituent la majeure partie de la biodiversité animale.

Les forêts pluviales du Gondwana de la Nouvelle-Galles du Sud et du Queensland sont gravement touchées par les incendies. Ces forêts classées au patrimoine mondial contiennent une gamme très étendue de communautés et de lignées végétales et animales qui sont là depuis des temps très reculés, et dont beaucoup n’ont survécu en grande partie ou uniquement dans ces forêts-là. Elles contiennent les vestiges les plus étendus et les plus importants de forêt humide subtropicale et de forêt pluviale tempérée froide de l’Antarctique (Nothofagus moorei) du monde.

Ces forêts humides Gondwana constituent ainsi l’habitat principal de nombreuses espèces menacées de plantes et d’animaux ; elles abritent une riche diversité d’insectes et un large éventail d’escargots terrestres, dont certains sont limités à de minuscules parcelles de territoires. Elles sont le refuge aussi de vastes zones de végétation rarissime, par exemple de nombreux types de bruyères, ainsi que des communautés de plantes propres aux affleurements rocheux, aux bois et aux savanes boisées. Ces communautés sont le lieu d’une grande diversité végétale et animale, et l’habitat d’espèces rares, menacées et endémiques.

Les incendies australiens représentent, aux yeux des chercheurs, une catastrophe écologique qui « pourrait être bien pire qu’on ne le croit ». C’est ce que déclare Franck Courchamp, directeur de recherche au CNRS et écologue. « A terme, le désastre sera colossal » affirme-t-il.

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