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Plan biodiversité Hulot : « L’homme est une arme de destruction massive du vivant »

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La biodiversité n’en est pas à son premier « plan » : il y a eu la stratégie nationale 2011-2020 avec ses vingt objectifs, les conférences environnementales des années Hollande, la loi pour la reconquête de la biodiversité de 2016… Et en parallèle, le processus de négociations et engagements au niveau international. Mais cette fois-ci, c’est Nicolas Hulot qui est aux manettes et qui sonne le tocsin d’une « grande mobilisation pour la nature ». Son plan présenté ce 4 juillet se veut ambitieux, à la hauteur des enjeux. Enjeux pour lesquels la France est aux premières loges : du fait de nos territoires ultramarins, notre pays recèle 10 % de toutes les espèces recensées sur la planète. Une richesse en danger de disparition.
 
La France est riche. Riche d’une biodiversité insoupçonnée, répartie entre l’hexagone métropolitain et les territoires ultramarins, présents sur tous les continents. Les chiffres 2018 de l’Observatoire national de la biodiversité (ONB) révèlent que la France abrite 10 % des deux millions d’espèces connues dans le monde. Le titre de ce rapport doit être entendu comme une alarme : « menaces sur le vivant : quand la nature ne peut plus suivre ».
 
Quelque 95.000 espèces d’oiseaux, d’insectes, de poissons, de mammifères, de plantes à fleurs ou de champignons, vivent en France métropolitaine, et plus de 80.000 en Outre-mer. Environ 80 % de ces 180.000 espèces sont terrestres ou d’eau douce, reflet d’une réalité mais aussi des connaissances plus partielles sur les espèces marines.
Près de 18.000 de ces espèces sont endémiques – c’est-à-dire qu’elles n’existent nulle part ailleurs­ -, dont 83 % en Outre-mer. La France a ainsi seule la responsabilité de conservation pour ces végétaux et animaux dont elle abrite l’ensemble de la population.
 

Menaces de déclin massif

Sur les 180.000 espèces recensées en France, plus de 1.500 sont considérées comme menacées au niveau mondial par la liste rouge de l’Union internationale de la conservation de la nature (IUCN).
Cette liste rouge UICN élaborée au niveau national, qui a évalué 6.500 espèces depuis 2007, estime de son côté que 26 % de ces espèces sont menacées sur le territoire (sans l’être nécessairement au niveau mondial). Parmi elles, des mammifères, comme le vison d’Europe, le lapin de garenne, le lynx, le loup ou l’ours, mais aussi des oiseaux comme la bécassine des marais ou le martin pêcheur d’Europe, des amphibiens comme la grenouille des champs ou des poissons comme la raie bouclée.
 
Les dernières années ont, d’autre part, vu une chute « vertigineuse » des oiseaux des campagnes (-60 % de moineaux friquet depuis dix ans, un tiers d’alouettes des champs disparues en quinze ans…), selon une étude choc du CNRS et du Muséum d’histoire naturelle, publiée en mars.

LIRE DANS UP : Le printemps sera silencieux : déclin « vertigineux » des oiseaux des campagnes.

Les indicateurs 2018 de l’ONB, qui agrègent les données sur le vivant récoltées par des dizaines d’organismes, concluent de leur côté à une baisse globale de 30 % de ces oiseaux des champs entre 1989 et 2017. Et le déclin touche aussi les oiseaux des villes, comme les moineaux parisiens, et même depuis 2005, les oiseaux « généralistes » (qui vivent dans tous types de milieux) qui, avant, contrebalançaient la disparition des autres.
 

L’humanité est concernée

Ce déclin général est particulièrement inquiétant pour l’humanité, à qui cette nature rend de multiples services vitaux, de l’eau à l’alimentation (notamment l’agriculture, menacée par la chute des pollinisateurs), en passant par les médicaments ou l’absorption du carbone.
 
Car, derrière le mot obscur de « biodiversité » se cache tout simplement « la partie vivante de la nature », explique le biologiste Gilles Boeuf, ancien président du Muséum national d’histoire naturelle. Il ajoute « La biodiversité a toujours été faite d’espèces qui apparaissaient et qui disparaissaient mais le problème actuel, c’est que ça va trop vite. Il y a eu des grandes crises à certains moments avec des événements extérieurs terribles, comme d’énormes volcans. Mais aujourd’hui, c’est l’humain : c’est la première fois qu’une espèce parmi les 2 millions est responsable ».
 
La biodiversité est le cœur du « système Terre ». Si elle se dégrade trop, nous les humains « nous partirons avec elle » dit-il. L’économie, l’alimentation, l’agriculture, la santé, les technologies avec le biomimétisme, y sont intrinsèquement liées. Gilles Boeuf utilise une image pour bien nous faire comprendre l’enjeu : « Mon maître, le biologiste Robert Barbault, disait : vous faites un beau pullover au tricot puis vous coupez une maille et vous commencez à tirer sur un bout de fil de laine. Tout va partir, je ne sais pas ce qui partira en premier ou en dernier, mais tout se tient. Ça veut dire que si telle espèce disparaît, il y aura forcément un impact sur le reste ».
 

La nature malmenée

La perte de cette biodiversité est liée à divers facteurs, qui peuvent être cumulatifs.
Parmi les principaux, les pesticides. Selon l’ONB, l’usage de produits phytosanitaires a ainsi augmenté de 18 % entre la période 2009-2011 et la période 2013-2015.
 
Autre menace, le rythme élevé de l’artificialisation des sols. Entre 2006 et 2015, la métropole a perdu près de 600.000 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels, soit l’équivalent d’un département comme la Seine-et-Marne, remplacés principalement par des surfaces goudronnées.
Les cours d’eau sont aussi de plus en plus fragmentés par des ouvrages (16 obstacles à l’écoulement pour 100 km de cours d’eau en 2018).

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Les espèces exotiques envahissantes menacent également les écosystèmes et les espèces indigènes, avec lesquelles elles entrent en compétition. La France compte 509 de ces espèces introduites par l’homme, volontairement ou non, en dehors de leur habitat naturel, comme le frelon asiatique, l’ambroisie ou la grenouille taureau.
 
Autres facteurs importants également pris en compte par l’ONB, qui travaille sur des cartes mettant en lumière les pressions cumulées sur la biodiversité : le changement climatique ou la pression touristique.
 

Le compte à rebours du grand effondrement

Face à cet « effondrement », le temps est compté. Le compte à rebours a déjà commencé est il n’est que temps de réagir. « La nature nous lance un SOS, un appel à l’aide. La biodiversité se meurt en silence », avait lancé en mai à Marseille le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, en annonçant ce plan.
 
 « Nous allons fixer l’objectif de zéro artificialisation net des sols », a promis Nicolas Hulot mardi dans un entretien au Parisien. « L’objectif est au minimum de compenser les surfaces artificialisées en désartificialisant des surfaces équivalentes », poursuit le ministre, qui s’engage à lutter contre l’étalement urbain. « L’apogée des grandes surfaces démesurées est derrière nous », assure-t-il.
La défense de la faune et de la flore passera aussi par la création ou l’extension de « vingt réserves nationales d’ici la fin du quinquennat », fait-il savoir.
Lundi, lors d’un Facebook Live au côté du chef du gouvernement, Nicolas Hulot avait déjà présenté un objectif de « 100% de plastique recyclés d’ici 2025 » pour ce plan.

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« La plupart des ministres vont arriver avec leurs propres contributions. On va se mettre en ordre de marche pour que chacun, acteurs politiques, responsables territoriaux, acteurs économiques et citoyens, se penchent au chevet de la biodiversité », a-t-il promis.
 
Pour signifier l’ampleur de l’engagement, Edouard Philippe a annoncé ce 4 juillet les mesures, entouré de plusieurs ministres, dans la Grande galerie de l’évolution du Muséum national d’histoire naturelle. Six « axes stratégiques » et un catalogue de 90 mesures, le plan vise large. Parmi les mesures, certains engagements formels du gouvernement sont emblématiques : « Nous viserons zéro plastique rejeté dans l’océan d’ici à 2025 : nous soutiendrons l’interdiction au niveau national des pailles et des mélangeurs à usage unique dès 2020, et soutiendrons au niveau européen l’interdiction des 12 produits plastiques à usage unique les plus fréquemment retrouvés sur le littoral et en mer. » Le communiqué publié lors de cette présentation affirme l’intention du gouvernement de mener « des actions fortes pour lutter contre l’étalement urbain ».  L’objectif étant de viser « zéro artificialisation nette ».
L’implication des agriculteurs est sollicitée : « 150 M€ seront mobilisés d’ici 2021 pour rémunérer les agriculteurs pour la mise en place d’action de protection de la biodiversité (couverture de sols, plantation de haies, préservation des prairies et des zones humides…) ».
Pour la réalisation des mesures du plan, le ministère de la Transition écologique et solidaire va mobiliser 600 Millions d’euros sur 4 ans, « pour déployer des actions permettant de changer d’échelle dans les territoires et avec l’ensemble des acteurs ».
 
Mais  ce plan sera-t-il à la hauteur ? Nombreux sont ceux qui partagent le même diagnostic mais peu sont conscients de l’extrême urgence qu’il faut traiter. Car aujourd’hui la question n’est plus seulement de savoir si l’homme parviendra à épargner et sauver des espèces menacées ; la question est de savoir si notre civilisation pourra s’en sortir.  Cette question effrayante, c’est le premier ministre qui vient de la poser dans son échange sur les réseaux sociaux. C’est une première. En effet, jamais un responsable d’État n’avait évoqué aussi précisément l’hypothèse de la fin de notre civilisation.
 
En faisant référence au livre de Jared Diamond, L’Effondrement, le premier ministre a expliqué sans détours que la question de la disponibilité des ressources dont notre civilisation a besoin pour survivre était désormais bel et bien posée ; ce ne serait pas une première dans l’histoire de l’humanité ; la même question s’est posée dans d’autres civilisations, aujourd’hui disparues.
« Si on ne prend pas les bonnes décisions, c’est une société entière qui s’effondre littéralement, qui disparaît. Je trouve que cette question-là est une question assez obsédante. Moi, elle me taraude beaucoup plus que certains ne peuvent le penser. Comment est-ce qu’on fait pour qu’une société humaine n’arrive pas au point où elle serait condamnée à s’effondrer ? C’est une question compliquée. »
 
Cette prise de conscience, qui semble sincère, est-elle de bon augure pour assurer la réussite du plan de Nicolas Hulot ? Il faut l’espérer car le défi est immense et le temps est compté.
Pour les défenseurs du vivant, il faut engager un changement radical de modèles, agricoles comme urbanistiques, et de profondes réformes, fiscales notamment. Seule façon selon eux de contrer l’impact de l’homme, devenu, selon l’expression du ministre Hulot, « une arme de destruction massive du vivant ».
 
Source : AFP
 
Pour aller plus loin :
– « La biodiversité, de l’océan à la cité » de Gilles Boeuf -Edition Fayard – Collège de France, avril 2014
– « Le piège de l’existence – Pour une théorie écologique de l’esprit » de Vincent Mignerot – Editions Solo, novembre 2014
– « Biodiversité – Quand les politiques européennes menacent le vivant » de Inès Trépant – Edition Yves Michel, février 2017
– « Biodiversité : paroles d’acteurs » – Rencontres avec le Conseil d’Orientation Stratégique de la FRB – Edition de la FRB, juin 2011
 

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