Des scientifiques alertent : la fonte accélérée des glaces de l’Antarctique confirme le pire des scénarios

Glaciers Antarctique
A force de tirer la sonnette d’alarme sur le climat, les scientifiques peuvent faire penser pour certains d’entre nous à la fable du garçon et du loup. Or les études se multiplient et se répètent : tous les scénarios aboutissent à une aggravation qui se déroule sous nos yeux. Une dernière recherche révélée par le Washington Post est particulièrement alarmiste : la fonte des glaces de l’Antarctique est en train de perturber gravement la circulation des océans et nous mène tout droit à un monde de mers qui s’élèvent rapidement et de super tempêtes. Un diagnostic confirmé hier par un consortium de chercheurs qui constatent une augmentation de l’élévation des vagues sur les côtes Ouest de l’Europe.
 
Cela fait longtemps que les scientifiques ont les yeux braqués sur les océans et la fonte de la banquise Antarctique. Les ordinateurs des meilleurs labos du monde calculent leurs modèles et tentent de prédire les évolutions. Ce fut le cas, il y a deux ans du modèle établi par l’ancien climatologue de la NASA James Hansen et de plusieurs de ses collègues. Leur simulation informatique concluait à une modification de la nature de l’eau des océans causée notamment par la fonte des glaciers et à une élévation rapide du niveau des mers.  Ce scénario rencontra le scepticisme de nombreux autres climatologues.
 
De nouvelles recherches menées dans l’Antarctique viennent de rendre leurs conclusions. Elles ne se fondent pas sur une simulation informatique mais sur des observations bien réelles. Elles décrivent un phénomène alarmant : la fonte des glaciers de l’Antarctique rafraîchit l’océan autour d’eux. Et ceci, à son tour, bloque un processus dans lequel l’eau froide et salée de l’océan coule sous la surface de la mer en hiver, formant « l’eau la plus dense de la Terre », selon les termes de l’auteur principal de l’étude, Alessandro Silvano, chercheur à l’Université de Tasmanie à Hobart, Australie. Cette eau dite de fond de l’Antarctique a cessé de se former dans deux régions clés : la côte ouest et la côte située autour de l’énorme glacier Totten en Antarctique orientale.
 

Machine infernale

Ces deux régions fondent le plus rapidement et entraînent un processus qui est un véritable cercle vicieux : l’eau de surface alimentée par la fonte des glaciers ne parvient pas à s’enfoncer dans les zones profondes de l’océan et libère la circulation, en profondeur, d’une couche d’eau plus chaude. Celle-ci traverse le plateau continental et s’infiltre dans la base des glaciers. Cette eau chaude accélère alors spectaculairement la fonte des glaciers et de toutes les grandes plaques de banquise.
 
Le Washington Post explique que la fonte des glaciers de l’Antarctique déclenche une « boucle de rétroaction » dans laquelle cette fonte, par son effet sur les océans, déclenche encore plus de fonte. Ce phénomène crée une stratification de la colonne océanique ; l’eau douce froide est piégée à la surface alors que de l’eau plus chaude circule en dessous. Cette couche inférieure pénètre sous les glaciers et la banquise les fait fondre et crée encore plus d’eau plus douce piégée en surface. Une véritable machine infernale.
 
« Ce que nous avons trouvé n’est pas seulement une étude de modélisation, mais c’est quelque chose que nous avons observé dans l’océan réel », a déclaré Alessandro Silvano, qui a mené la recherche avec des collègues de plusieurs autres institutions en Australie et au Japon. « Notre étude montre pour la première fois la preuve réelle de ce mécanisme. Notre étude montre que c’est déjà en train de se produire. »
 
Selon Matthew Long, océanographe au National Center for Atmospheric Research, cette étude « s’inscrit dans le cadre d’une vaste littérature existante qui montre le réchauffement et le rafraîchissement de l’océan profond dans l’hémisphère sud ». Il ajoute : « Le fait que nous constatons un réchauffement et un rafraîchissement constants indique que les processus que nous prévoyons pour le siècle prochain sont déjà en cours ».
 

Tous les océans se dérèglent

Cette étude fait en effet partie d’un ensemble croissant de preuves suggérant que les océans du monde sont en train de changer, et que le rythme du changement est en train de s’accélérer. La modification du système de circulation des courants dans l’hémisphère sud est analogue à celui qui est observé dans l’hémisphère nord avec le ralentissement de la circulation de retournement dans l’Atlantique.

LIRE DANS UP : Le Gulf Stream se dérègle à toute vitesse. C’est une très mauvaise nouvelle.

Jusqu’à présent, on pensait que l’Atlantique Nord était la zone la plus vulnérable au réchauffement climatique. Or on constate que le phénomène se reproduit aussi dans l’Antarctique. Les conséquences de ces dérèglements pourraient être massives. L’élévation du niveau des mers en est une qui nous concerne tous.
 
Les climatologues nous parlent depuis des années d’une élévation des mers, qu’ils chiffrent en millimètres par an, ce qui ne parle pas vraiment à l’esprit du public. Ce que celui-ci perçoit mieux, c’est la multiplication des tempêtes sur les côtes de l’Atlantique et l’augmentation de la puissance des vagues.
Une étude vient d’être réalisée par des scientifiques du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) en France, de l’Université de Bordeaux et de l’Université de Plymouth. Leurs travaux, qui ont été acceptés pour publication dans Geophysical Research Letters, une revue de l’American Geophysical Union, se sont attachés à mesurer la hauteur des vagues dans des conditions météorologiques extrêmes. Ils ont ainsi établi que les niveaux, au large des côtes irlandaises par exemple, ont augmenté de 25 mm/an au cours des 70 dernières années, ce qui représente une augmentation moyenne de 1,7m.
 

Signal d’alerte

Les conclusions de cette étude devraient sonner comme un signal d’alerte pour les scientifiques et les gestionnaires côtiers qui cherchent à prévoir la hauteur des vagues futures et à prendre des mesures pour protéger les communautés côtières dans toute l’Europe occidentale.
Bruno Castelle, scientifique senior au CNRS, a déclaré dans un communiqué : « La hauteur des vagues pendant les tempêtes hivernales est le principal facteur affectant l’érosion des dunes et des falaises, expliquant jusqu’à 80% de la variabilité du littoral le long des côtes sablonneuses exposées. Ainsi, toute augmentation de la hauteur des vagues et de la fréquence des tempêtes extrêmes aura un impact majeur sur des milliers de communautés le long des côtes atlantiques de l’Europe de l’Ouest. Ce travail et nos autres études récentes ont montré que les deux sont à la hausse, ce qui signifie qu’il y a un réel besoin de s’assurer que les côtes atlantiques de l’Europe sont protégées contre les menaces actuelles et futures de tempête ».
 
L’étude a utilisé une combinaison de prévisions météorologiques et de prévisions rétrospectives des vagues, ainsi que des données réelles, pour mesurer les changements dans la hauteur et la variabilité des vagues sur les côtes, de l’Écosse au nord jusqu’au Portugal au sud.
 
Ces analyses se conjuguent pour nous inciter à sérieusement penser à réduire notre vulnérabilité sur les côtes exposées et de nous adapter de manière proactive aux scénarios qui s’annoncent.
 
 
Sources : Washington Post, Université de Plymouth
 

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