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Total joue la stratégie du chaos climatique

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Le groupe pétrolier Total a une ambition : « devenir la major de l’énergie responsable » ! Notre Affaire à tous, 350.org et les Amis de la Terre ont confronté cette ambition affichée à la réelle stratégie environnementale du groupe et publient ce 29 mai 2019 un rapport « Total, la stratégie du chaos climatique » afin de dénoncer ses incohérences en matière climatique. Une stratégie de façade, absolument incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris. En continuant à miser massivement sur les hydrocarbures, Total menace les vies de millions de personnes en France et dans le monde, et s’expose à des risques juridiques et financiers importants.
 
Dans sa communication, Total assure suivre l’objectif de limitation du changement climatique à 2 °C défini par l’Accord de Paris. Pourtant la lecture des annexes aux comptes consolidés du groupe révèle clairement une incompatibilité avec cet objectif. L’entreprise se réfère en réalité au New Policies Scenario (NPS) de l’Agence Internationale de l’Énergie pour le développement de ses activités d’énergies fossiles. Le réchauffement de la planète à la fin du siècle ne serait plus de 2 °C, mais de 2,7 °C selon les concepteurs de ce scénario, voire de 3,3 °C selon certains experts. En effet, le groupe continue d’investir massivement et quasiment exclusivement dans le pétrole et le gaz, y compris dans l’exploration de nouveaux gisements.
Grâce à un travail de recherche approfondi, un important rapport publié par les associations Notre Affaire à tous, 350.org, et Les Amis de la terre démontre que la stratégie climat de la multinationale pétrolière ainsi que ses leviers d’atténuation d’impact climatique ne sont qu’un leurre et qu’ils nous conduisent au contraire irrémédiablement vers une aggravation de la crise actuelle.
 

Incompatibilité totale entre la stratégie du groupe et son ambition d’être leader de « l’énergie responsable »

Total affiche son ambition de croître dans le gaz que le groupe qualifie d’énergie “bas carbone”. C’est pourtant une énergie au potentiel de réchauffement global 84 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur vingt ans ! Pour compenser cela, le groupe compte sur les technologies de capture et de séquestration de carbone (CCUS). Celles-ci ne sont pourtant même pas disponibles. Les bioraffineries, à base d’huile de palme ne peuvent représenter non plus une mesure concrète de lutte contre le changement climatique.
Et les énergies renouvelables ? Seulement 0,5 milliards ont été investis par Total en 2018 dans les énergies “bas carbone” dont le gaz contre 9,2 milliards dans l’exploration – production d’hydrocarbures. Un objectif à 2 °C ne permet pas de nouveaux projets d’extraction d’hydrocarbures.
 
La stratégie climat de Total est criblée de fausses solutions : d’une part des investissements massifs dans le gaz et les agrocarburants, qui provoquent à la fois de lourds impacts climatiques, sociaux et environnementaux, et d’autre part, un espoir aveugle dans les technologies de capture et stockage du CO2, dont le déploiement est risqué et dont l’effectivité repose grandement sur de la spéculation. Il semble donc sensé de se questionner sur l’ambition affichée par Total d’être le leader de l’énergie responsable, surtout lorsque le rapport 2014 du Carbon Majors place Total à la 14ème place des industriels ayant le plus contribué au changement climatique …
 
Selon Juliette Renaud, des Amis de la Terre France : “Le gaz n’est pas une énergie “propre” ou “de transition”, c’est une énergie fossile au bilan climatique catastrophique en raison des inévitables fuites de méthane liées à son extraction, sa transformation et son transport. Total s’enorgueillit de croître dans ce secteur, avec notamment l’acquisition récente d’importants actifs au Mozambique, alors qu’il s’agit d’une véritable bombe climatique. De plus, avant même qu’il ne commence, ce méga-projet gazier est déjà associé à de nombreuses violations des droits humains des communautés locales”
 
Pour Clémence Dubois, de 350.org : “Tandis que des millions de jeunes sont en grève à travers le monde pour exiger la fin de l’ère des combustibles fossiles, Total redouble d’efforts de communication et de lobbying pour continuer à développer de nouveaux projets de pétrole et de gaz qui ne leur laissent aucune chance d’avoir un avenir. Total cherche à échapper à sa responsabilité historique face à la crise climatique, mais notre mouvement force les institutions à prendre la mesure des responsabilités qui leur incombent, et à tenir Total responsable pour les dommages qu’elle cause.”
 

Total joue un scénario risqué

Le dernier rapport du GIEC est sans appel. Un réchauffement de plus de 1,5 °C à la fin du siècle aura des conséquences non négligeables sur les populations et les écosystèmes. Au-delà de 2°C, les impacts seront dramatiques. Beaucoup de conséquences du changement climatique sont aujourd’hui visibles. La montée des eaux menace les populations insulaires, les agriculteurs manquent d’eau pour leurs cultures, les vagues de chaleurs répétées tuent les personnes les plus vulnérables…
Le rapport 2019 de l’IPBES sur la biodiversité est tout autant alarmant et nous questionne sur notre rapport au vivant. Poursuivre une trajectoire à 2,7 °C, c’est accepter de mettre en danger les générations futures et l’écosystème terrestre.
 
Pour Yann Robiou du Pont, climatologue : « Total, à la source d’émissions presque égales à celles de la France poursuit une trajectoire décrite comme ‘responsable’ sur la voie de l’accord de Paris, malgré des objectifs de réduction de GES insuffisants pour rester même sous 2 °C. Ce manque d’ambition et cette ambigüité sapent les efforts de tous pour atténuer des impacts du dérèglement climatique de plus en plus graves. »
 

Qui paiera cette prise de risque ?

Dans le monde ou en France, les premiers touchés sont les pays ou les personnes qui contribuent le moins au changement climatique. Le dérèglement climatique renforce les inégalités sociales et économiques.
Qui supportera le coût des pertes et des dommages ? Les multinationales, principales émettrices de CO2 ne peuvent plus se soustraire à leur responsabilité dans cette crise climatique. Elles ont le devoir de prévenir une aggravation supplémentaire du changement climatique et réparer les coûts engendrés par le réchauffement climatique.
C’est pourquoi, le 23 octobre 2018, accompagnées de Notre Affaire à tous, Sherpa, les éco-maires et ZEA Océans ont décidé d’interpeller Total pour exiger la mise en conformité de sa stratégie d’entreprise avec les objectifs de l’Accord de Paris et le respect des 1,5°C, en faisant cesser toutes les recherches et les exploitations d’hydrocarbures, et en rappelant que les investisseurs doivent aussi stopper le financement des entreprises pétrolières et gazières comme Total, fortement émettrices de CO2 et principales responsables de changement climatique.
Le 29 mai, lors de l’Assemblée Générale du groupe Total, Notre Affaire à Tous et les associations partenaires ont informé les actionnaires et investisseurs de la firme du double discours tenu par Total en leur distribuant un résumé du rapport.
 
L’auteur du rapport, Paul Mougeolle, de Notre Affaire à Tous, conclut : “ La stratégie climat de Total apparaît d’autant plus grave qu’une limitation du réchauffement climatique à +1.5 °C demeure encore possible, si une réelle transition énergétique vers les renouvelables était entamée. Il y a urgence à agir : Total n’a d’autre choix que de changer radicalement de modèle économique. Faute de quoi l’entreprise s’expose à des risques financiers et juridiques imminents”.
 

 

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