Comment rafraîchir Paris ?

climat
Paris est sous expérience. La question du rafraîchissement urbain au regard des enjeux climatique d’aujourd’hui et de demain est dans toutes les têtes. Et notamment dans celles de l’accélérateur de projets urbains innovants FAIRE, qui lance trois expérimentations innovantes au sein de la capitale. Présentations.
 
Depuis 2017, FAIRE, accélérateur de projets urbains innovants, lancé par le Pavillon de l’Arsenal et la Ville de Paris avec le soutien de la Caisse des dépôts et MINI, accompagne et mets en œuvre plusieurs expérimentations sur la question du rafraîchissement urbain au regard des enjeux climatique d’aujourd’hui et de demain. Porté par le succès des deux premières sessions, les deux institutions avaient lancé en avril dernier le troisième appel à projets innovants FAIRE 2019. Avec plus de 25 projets déjà accélérés depuis 2017, 6 études publiées, 18 prototypes expérimentés ou en cours d’expérimentation, une plateforme collaborative en développement et un nouveau type de promotion immobilière dont les premiers permis de construire seront engagés en 2019 et plus d’une centaine de partenaires impliqués, FAIRE devient un véritable laboratoire collectif de pratiques innovantes.
 
FAIRE 2019 invitait les équipes pluridisciplinaires – architectes, urbanistes, paysagistes, ingénieurs, designers mais également étudiants des écoles d’architecture et de design – à proposer des pistes de recherches et des expérimentations innovantes face aux grands défis urbains : climat, crise des matériaux, nouvelles technologies, résilience, solidarité, mobilité, énergie… Voici trois des projets retenus, mis en œuvre ou en cours.

AÉRO-SEINE d’Isabelle DAËRON, Designer/ OGI, Bureau d’études / CSTB

Installation de la première flaque climatique rue Blanchard, Paris 20, à partir de mi-juillet 2019.
 
Il s’agit de penser dès aujourd’hui de nouveaux moyens pour rafraîchir l’espace public. La Ville de Paris comporte une spécificité qui pourrait constituer une réponse : le réseau d’eau non potable. Ce dernier, conçu au milieu du XIXe siècle pour l’arrosage des espace verts et le nettoyage de la voirie, tire son eau du Canal de l’Ourcq et de la Seine.
Conçu par Isabelle Daëron, Aéro-Seine est une bouche de rafraîchissement qui, reliée au réseau d’eau non potable, permet en période de forte chaleur de contribuer à rafraichir l’air ambiant grâce à un dispositif par débordement favorisant le contact entre l’eau et l’air.
Pour la designer, « Les villes denses et fortement minérales seront de plus en plus confrontées au phénomène des îlots de chaleurs. À Paris, les températures moyennes quotidiennes sont déjà régulièrement de 2°C à 3°C supérieures au reste de l’Ile de France. Cela peut atteindre en été des écarts de 10°C par rapport aux zones rurales voisines. Alors qu’on annonce d’ici la fin du XXIe siècle une augmentation des températures moyennes quotidiennes de 2°C à 4°C, avec un nombre croissant d’épisodes caniculaires, une adaptation du territoire parisien aux enjeux climatiques se fait pressante. Il s’agit de penser dès aujourd’hui de nouveaux moyens pour rafraîchir l’espace public.
 
La Ville de Paris comporte une spécificité qui pourrait constituer une réponse : le réseau d’eau non potable. L’infrastructure composée du réseau et d’usines de dégrillage permet de produire une eau moins chère et moins énergivore que l’eau potable. Dès lors comment rafraîchir l’espace public à partir d’une eau non potable en respectant les normes sanitaires ?
 
 
Pour y répondre, nous avons imaginé un principe de bouche de rafraîchissement. Comme les bouches d’arrosage ou de lavage présentes dans la rue, la bouche de rafraîchissement serait reliée au réseau d’eau non potable et pourrait être ouverte avec une clef par un agent de la ville en période de forte chaleur. Le dispositif fonctionne par débordement. Une fois ouverte, l’eau monte et se répand sur une surface constituée d’un matériau poreux (quartz). Ce dernier permet d’augmenter la surface de contact entre l’eau et l’air, et ainsi de contribuer à rafraîchir l’air ambiant.
 
Dans une étude sur le devenir du réseau d’eau non potable de Paris, l’APUR estime que « la combinaison du phénomène d’aspersion et d’une chaussée spécifique aboutit à des résultats spectaculaires (…) Il s’agit d’arroser les surfaces ensoleillées, le matin avant 10h et l’après-midi après 16h, à raison d’1L par m2 toutes les 30 minutes (soit 2L/m2/h). Ce procédé permet d’aboutir à une baisse de la température de l’air d’environ 2°C le matin et 4°C l’après-midi ». Aussi des tests d’arrosage de la chaussée pratiqués à Paris en juillet 2017 par des chercheurs du LIED et de l’université Diderot ont permis de relever des différences de températures de près de 15 °C à la surface du sol, avec une baisse de la température ressentie pouvant aller jusqu’à -1,5°C.
 
Un premier prototype de bouche de rafraîchissement a été réalisé mais ce projet nécessite aujourd’hui d’être expérimenté dans le milieu urbain pour évaluer les performances de rafraîchissement en conditions réelles. Dans le cadre de l’appel à projet FAIRE DESIGN URBAIN, notre projet consiste à concevoir une bouche de rafraîchissement adaptée à un site à Paris. Il pourrait s’agir par exemple d’intégrer un tel dispositif dans des zones minérales en reconversion comme la Porte de Vincennes, la Porte de Versailles ou la Porte de France.
 
L’enjeu est de définir un site d’expérimentation (encombrement, adaptation au réseau d’eau existant, création d’un motif spécifique au lieu, etc.) et de tester tout autant ses performances en termes de rafraîchissement de l’espace public (relevés, études) que son intégration au paysage urbain et aux usages de l’espace public. » (Source)
 
Équipe : Isabelle Daëron, Pauline Avrillon, Bureau d’études OGI (Amal Jolles, Philippe Carton). Avec la participation des services de la Ville de Paris (DPE, DVD, DEVE, Eau de Paris) et la Mairie du 20ème arrondissement.
Avec le soutien de DPE – Direction de la Propreté et de l’Eau, DEVE – Direction des Espaces Verts et de l’Environnement, DVD – Direction de la Voirie et des Déplacements, Eau de Paris et la Mairie du 20e.

AIR DES CARRIERES d’ALT, ARCHITECTES // Emma LELONG ET Rémi NGUYEN, Designers

Installation en 2020
 
Paris possède dans son sous-sol un large réseau de carrières dont l’air est à une température moyenne constante de 14 degrés et cela malgré les variations de température en surface. Réinterprétant le principe du puit canadien, le banc climatique, en terre crue, exploite l’air frais disponible dans les carrières parisiennes pour rafraîchir ponctuellement l’espace public parisien en période estivale.
 
 
Les architectes et les designers du projet expliquent : « Lorsque la température monte, le milieu urbain parisien est responsable de surchauffes difficilement supportables. Pour lutter contre ce phénomène, appelé Îlots de Chaleur Urbains (ICU), la ville de Paris développe des outils qui permettront dans le futur une meilleure résilience des milieux urbains face à ces enjeux climatiques.
 
Réinterprétant le principe du puits canadien pour amener à la surface l’air frais disponible dans les carrières parisiennes, notre proposition met à profit une ressource gratuite, inexploitée et naturellement renouvelable pour améliorer les conditions d’accueil de l’espace public. Notre équipe pluridisciplinaire composée de designers, d’architectes et d’urbanistes s’est penchée sur cette question urgente et propose une solution simple et efficace pour apporter de la fraîcheur en période estivale.
 
Paris possède dans son sous-sol un large réseau de carrières dont l’air est à une température moyenne constante de 14 degrés et cela malgré les variations de température en surface. Ce constat nous a conduit à imaginer une solution pour rafraîchir ponctuellement l’espace public par le biais d’un nouveau type de mobilier urbain, accentuant la fonction d’accueil lors d’épisode de chaleur et permettant l’émergence de nouveaux usages spontanés.
L’installation se compose de trois modules de hauteurs et profondeurs variables permettant d’accueillir différentes postures. Ils sont obtenus par compression de terre crue dans des moules et assemblés au mortier. Ces modules sont conçus avec des entretoises qui, une fois assemblés, dessinent des interstices réguliers qui laissent passer l’air des carrières entre les modules. Pour se raccorder facilement aux carrières, l’installation est positionnée à la sortie de puits de service existants, lui permettant de bénéficier d’une prise d’air frais extraite par le biais d’une simple pompe à moteur électrique disposé en sous-sol.
 
En plus d’être un matériau local, la terre crue est connue pour ses qualités d’effusivité thermique lui permettant d’emmagasiner la chaleur tout en conservant une surface fraîche au toucher. Prenant en compte la nécessité qu’a la Ville de Paris de rationaliser l’encombrement de son espace public, notre projet de mobilier urbain est facilement montable et démontable afin de ne pas encombrer l’espace public en dehors des périodes d’usage.
 
Une fois le moule créé, les modules sont produits en grand nombre et à faible coup, permettant une installation, un démontage et un recyclage entre les périodes d’utilisation. Inspirées des mobiliers déjà présents dans l’espace urbain que sont le banc, la colonne et la table, ces nouvelles ventilations urbaines s’appuient sur la dimension patrimoniale et symbolique des carrières, pour apporter une image singulière et un effet vitrine non négligeable au projet. De plus, son positionnement environnemental peut susciter l’intérêt d’usagers et de partenaires. En phase avec les réflexions de la ville de Paris sur son mobilier urbain et répondant à des problématiques de développement durable, notre proposition initie une réflexion sur des aménagements à court terme, permettant d’améliorer l’utilisation des espaces urbains pendant les périodes de grandes chaleurs estivales en attendant la concrétisation de réflexions urbaines à plus grande échelle. » (Source)
 
Projet de Frédéric Blaise, Guillaume Duranel et Julia Lenoir, architectes ; Emma Lelong et Rémi Nguyen, designers
En partenariat l’Inspection Générale des Carrières et CLIMESPACE

ARBRE DE PLUIE de Clément et Antoine BERTIN, Architecte et artisan sonore

Prototype expérimenté dans le Square Schwartzenberg, Paris Xe en juillet 2018
 
L’arbre de pluie, véritable dispositif de rafraîchissement urbain pour lutter contre les îlots de chaleur, est une installation technique sonore et de jeux d’eau qui se greffent sur des arbres existants pour inventer un « arbre augmenté » qui fait tomber la pluie lorsqu’il détecte un cri. Les fines gouttes de pluies se dispersent à travers les feuilles et créent des reflets pour les yeux et les oreilles. La bruine ainsi produite permet d’abaisser la température dans des environnements citadins et minéraux.
 
Une première expérimentation à Paris Xe en 2018
 
Alors que les températures quotidiennes parisiennes dépassent les 30°C, le Pavillon de l’Arsenal a expérimenté pour quelques jours, dans le Xe arrondissement, l’arbre de pluie, dispositif de rafraîchissement urbain pour lutter contre les îlots de chaleur.
Conçu par Clément et Antoine Bertin, architecte et artiste sonore et réalisé en collaboration avec Artists & Engineers, l’arbre de pluie est une installation technique sonore et de jeux d’eau qui, grâce à ses fines gouttes de pluies se dispersent à travers les feuilles et le passage et créent des reflets pour les yeux et les oreilles. La bruine ainsi produite permet d’abaisser la température dans des environnement citadins et minéraux comme cela avait été réalisé en 2018 dans le Square Schwartzenberg.
 
 
Clément Bertin est architecte. En 2013, il fonde le collectif d’architecture radiophonique CARACALLA. Quant à Antoine Bertin, artiste, il écoute. Il écoute les frottements, les frictions, les hiatus ou encore les dissonances qui émanent des tensions entre documentaire et fiction, poésie et politique, vivant et virtuel. Ce qu’il entend, il nous le fait écouter à notre tour à travers des narrations audio et radio, des marches sonores, des sculptures et publications variées. Entrelaçant la technologie à l’art de conter, il cherche à mettre en jeu notre relation à notre environnement, à ce qui ne peut jamais être atteint et au concept de progrès.
 
A travers les âges et le monde, les danses de pluies estivales autour des arbres ont toujours souhaité influencer le climat, éviter les sécheresses et favoriser les récoltes. Retranscrites aujourd’hui en ville à une époque où le changement climatique semble diviser, l’interprétation contemporaine de ces cérémonies pourrait, grâce à la mise en place de ces arbres de pluie, offrir tant l’opportunité de se réunir que de se rafraîchir.
 
Réalisé dans le cadre du programme FAIRE lancé par le Pavillon de l’Arsenal avec le soutien de la Ville de Paris, de la Caisse des Dépôts et en partenariat avec l’Ordre régional des architectes d’Île-de-France, l’arbre de pluie est un démonstrateur et une expérimentation unique réalisée grâce au soutien de la mairie du Xe arrondissement, Sound anything, Artists & ingeniors et Immaters.
 

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