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Des croûtes de plastique colonisent les rochers du littoral

transition écologique
Vu de loin, cela ressemble à d’immenses morceaux de chewing-gum accrochés aux rochers. En s’approchant un peu plus, on comprend que cette matière étrange incrustée dans les rocs, faisant littéralement corps avec eux, est du plastique. Rejetés dans les océans puis battus par les vagues, les sacs et tous les déchets en plastique semblent se transformer en une matière organique qui, comme les algues et les lichens, s’insinue dans les moindres interstices des rochers. Le plastique devient minéral et transforme les paysages côtiers et les habitats de la faune maritime.
 
On croyait avoir fait le tour de la pollution par le plastique et des dégâts que ce matériau, partout utilisé dans le monde, faisait à l’environnement quand il était rejeté sans retenue. On connait maintenant malheureusement bien ce « septième continent », poubelle géante flottant sur l’océan. Des détritus à perte de vue qui s’agglutinent au gré des courants formant de gigantesques îles de déchets, des continents de plastique. On sait qu’au rythme où nous rejetons du plastique, il y aura bientôt plus de plastique que de poissons dans les mers du globe.
 
 
Ce que l’on sait aussi c’est que ce plastique, quand il flotte à la surface des océans, est fragmenté par les vagues et les rayons du soleil en particules de plus en plus petites qui se mettent à ressembler à la nourriture des poissons. Il est désormais avéré que les animaux marins mangent le plastique. Ce matériau se retrouve alors forcément dans la chaîne alimentaire. Une partie est vraisemblablement dissoute par les toxines du poisson mais il est certain qu’une autre partie se retrouve sur les étals de nos marchés ou dans nos boîtes de conserve de thon ou d’espadon.
 
On sait aussi depuis peu que si les poissons dévorent une partie du plastique que nous rejetons, le reste se décompose en particules de plus en plus fines voguant au gré des courants. Ces masses de particules décomposées sont enrichies par les rejets de microbilles de plastiques, de plus en plus présentes dans un très grand nombre de produits de consommation courante et surtout dans nos produits cosmétiques – gommages pour la peau, shampoing, dentifrices, savons….
 
 

Naissance d’un hybride minéral-plastique

Ce que l’on ne savait pas c’est que tous ces déchets de plastique et ces particules plus ou moins fines, quand ils sont battus par les vagues à l’approche des côtes, s‘agglomèrent avec les rochers et forment une croûte de matière hybride minérale et plastique. C’est ce qu’a découvert une équipe du Centre des sciences de la mer et de l’environnement (MARE) au Portugal, qui surveille l’accumulation de matières plastiques le long de la côte de l’île volcanique de Madère et évalue leur impact ultérieur sur l’écosystème local. Ils viennent de publier leurs travaux dans la revue Science of the Total Environment. « Les croûtes ont probablement pris naissance lors de l’écrasement de morceaux de plastique contre le rivage rocheux, ce qui a entraîné la formation de croûtes de plastique sur la roche de la même façon que le font les algues ou les lichens », a déclaré Ignacio Gestoso, écologiste marin. « On dirait, précise-t-il, que quelqu’un a laissé un chewing-gum mâché sur les rochers. La forme ressemble à celle d’organismes naturels qui s’incrustent de la même façon dans les roches.
 
 
L’analyse chimique a révélé que la croûte est en effet constituée de polyéthylène, matériau largement utilisé dans les sacs plastiques et les emballages alimentaires. Selon les chercheurs, le polyéthylène qui s’accroche au rivage couvre maintenant près de 10 % de la surface des roches. L’équipe a également trouvé des preuves que les escargots de mer mangeurs d’algues (Littorina littorea) étaient aussi à l’aise sur la croûte de plastique que sur la roche, ce qui suggère qu’ils pourraient ingérer du plastique aussi bien que des algues. D’autres recherches devraient nous dire à quel point le problème est répandu et quel impact il pourrait avoir sur la faune environnante, mais pour l’instant, les scientifiques veulent simplement attirer l’attention sur ce problème.
 

Marqueurs de l’Anthropocène

Cette découverte est à rapprocher de celle faite en 2014 par des équipes de recherche de l’Université de l’Ontario ayant mis à jour comment le plastique fabriqué par l’homme parvient à se lier intimement avec la roche, de telle sorte qu’apparaît un nouveau matériau, les plastiglomerates, des substances ressemblant à la roche faite de plastique fondu et de débris organiques.
 
Selon ces recherches, la dégradation de la matière plastique est un processus lent qui peut se produire mécaniquement, chimiquement (thermo – ou photo-oxydation), et à un degré moindre, biologiquement. La persistance de plastique dans l’environnement a été estimée être de l’ordre de centaines de milliers d’années, bien que cette longévité puisse encore augmenter selon les climats. Une étude récente examinant l’accumulation de débris de l’océan dans la baie de Monterey en Californie, à des profondeurs de 25 à 3971 mètres sur une période de 22 ans, montre que 33% de tous ces débris sont composés de déchets de plastique. Compte-tenu des températures de l’eau et d’une diminution de l’exposition à la lumière UV à de plus grandes profondeurs à l’intérieur et au-dessous de la zone photique, les débris de plastique ont, à cette profondeur, un bon potentiel de persistance et, éventuellement, font progressivement partie de l’histoire des roches. En effet, piégés dans les sédiments, les plastiques se mélangent avec le substrat et créent de nouveaux fragments de plus grande densité, les « plastiglomerates ».
 
 
Ce terme désigne un matériau multi-composite, endurci par agglutination de roches et de plastiques fondus. Ce matériau est formé de combinaisons de basalte, de coraux, de coquillages, et de débris ligneux cimentés entre eux avec des grains de sable dans une matrice plastique.
Les chercheurs ont pu identifier toutes sortes de plastiques entrant dans la composition de ces nouvelles roches : fragments de cordes et de filets de pêche, restes de bouteilles et emballages, tuyaux, couvercles, etc.
Pour les chercheurs, ce nouveau matériau, dont il est vraisemblable qu’il sera retrouvé partout sur la planète, est un nouveau marqueur géologique, celui de l’Anthropocène. Cette expression forgée en 2000 par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen sert à identifier l’époque géologique dans laquelle nous vivons ; époque qui aurait débuté avec la révolution industrielle, et succéderait ainsi à l’Holocène.
À l’échelle géologique, nos plastiques deviennent ainsi les futurs fossiles de notre époque. Et il n’y a pas de quoi s’en réjouir.
 
 

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