La mutation du secteur agricole par la production d’énergie

énergie renouvelable
Et si l’agriculture française devenait le premier fournisseur d’énergie renouvelable ? Car les enjeux liés à l’énergie, aux Gaz à effet de serre (GES) et au changement climatique interpellent de plus en plus les agriculteurs. Toutefois, les agriculteurs qui possèdent une quantité suffisante de déchets n’ont parfois pas les ressources financières pour investir dans des unités de production de bio gaz. Alors que 80% du système énergétique repose sur les énergies fossiles, l’accompagnement des agriculteurs devient alors un enjeu important de cette mutation.
 
En 2015, le secteur agricole contribuait directement et indirectement à la production de 20% des énergies renouvelables (EnR) nationales (1), essentiellement liées à la production de bio gaz et au développement de l’éolien sur des terres agricoles. Selon l’ADEME, à l’horizon 2030, la contribution des exploitations agricoles dans la production d’énergie renouvelable sera multipliée par 2.
C’est pourquoi la majorité des développeurs de projets qui souhaitent s’investir dans la création d’unité de production de bio gaz se tournent vers le monde agricole. Détenteur de 80 % du potentiel méthanogène français avec ses déchets, le secteur agricole est également responsable de la production de 20% des gaz à effet de serre. En produisant de l’énergie, les agriculteurs s’inscrivent dans un modèle d’économie circulaire, en réutilisant le méthane produit pour fabriquer du gaz ils donnent ainsi une utilité à ces déchets et compensent en partie les conséquences environnementales. La méthanisation a le double avantage de séquestrer le méthane des déjections d’élevage (qui s’échappe dans l’atmosphère) et de le transformer sous forme d’énergie (électricité, chaleur, gaz). Elle permet également de valoriser des matières organiques fermentescibles en énergies et fertilisants. Des projets territorialisés peuvent être construits en associant collectivités et industries pour le traitement de leurs déchets.
 
Toutefois, les agriculteurs qui possèdent une quantité suffisante de déchets n’ont parfois pas les ressources financières pour investir dans des unités de production de bio gaz. Alors que 80% du système énergétique repose sur les énergies fossiles, l’accompagnement des agriculteurs devient alors un enjeu important de cette mutation.
 

Il était une fois dans l’ouest…

Remy Companyo est co-fondateur d’ilek, fournisseur d’énergie verte et française, qui est en contact avec plusieurs agriculteurs pour proposer de l’électricité et du gaz français à des particuliers. Il revient notamment sur l’expérience de la famille Laurent, producteur laitier et de gaz bio de Milizac en Bretagne. 
Le site de production de gaz bio de Milizac, situé à quelques kilomètres de Brest, a été installé en juin 2018. Ce site peut produire jusqu’à 8,94 GWh par an et permet d’alimenter 744 foyers. La famille Laurent, composée d’éleveurs et producteurs de lait, est la première à produire du gaz bio, en Bretagne, injecté sur le réseau national de gaz pour être vendu à des particuliers sur le site du fournisseur ilek.
 
Lancé en 2016, ilek est le premier fournisseur d’énergies 100 % vert, gaz et électricité. Il entend révolutionner le rapport entre les populations et l’énergie en étant acteur de la transition écologique. La plateforme permet aux producteurs d’énergies renouvelables de vendre directement leur électricité et leur gaz bio aux particuliers et aux TPE/PME. Selon le classement Greenpeace 2018, ilek fait partie des meilleurs fournisseurs d’électricité verte de France.
 
Méthanisation à la ferme de Yannick Laurent
 
UP’ : Quels sont les avantages d’une installation de structure de méthanisation pour les agriculteurs ?
 
Yannick Laurent : Le principal avantage pour un agriculteur est de pouvoir valoriser une activité, à savoir le retraitement des déchets qui n’avait pas de valeur auparavant. L’agriculteur peut facilement intégrer ce mécanisme dans son activité quotidienne sans allouer beaucoup de moyens supplémentaires. La gestion des déchets est déjà une continuité dans son activité ; étant donné que l’agriculteur prend déjà en charge la mission d’épandage sur les champs (pratique agricole qui consiste à répandre sur un champ des fertilisants/pesticide). L’agriculteur peut ainsi intégrer une phase supplémentaire : le stockage dans des silos pour permettre le phénomène de fermentation, créateur de gaz avant d’épandre le résidu dans les champs.
 
Yannick Laurent et sa famille sont un vrai exemple d’économie circulaire. Pour fabriquer du gaz bio, ils réutilisent les déchets de leur production laitière et récupèrent également les déchets agricoles de leurs voisins : les feuilles des tomates, les légumes rebutés, comme les choux. Les résidus, issus de la production du gaz bio, sont ensuite utilisés comme engrais naturel pour les plantations permettant de préserver la qualité des sols.
Souvent conçue comme une opportunité économique par le secteur agricole, parfois imaginée comme vecteur de dynamisation du territoire par les acteurs locaux, la production d’énergie renouvelable est fréquemment conditionnée par la seule volonté de trouver une « niche » économique.
 
UP’ : Produire de l’énergie peut-il être un moyen pour les agriculteurs d’obtenir des revenus supplémentaires tout en maintenant leur activité principale ?
 
YL : La fabrication de gaz vert (biométhane) peut devenir une source significative dans les revenus de l’exploitation. L’agriculteur ou le regroupement d’agriculteurs doivent pérenniser leur activité principale pour récolter une quantité minimale de déchets organiques nécessaires pour la production de gaz.
Le digestat (appareil permettant de créer du gaz) doit être approvisionné en continu pour produire du gaz en bout de chaine. Une exploitation de 700 vaches laitières permettra de rendre une exploitation de biométhane autonome en approvisionnement et générer jusqu’à 50% des revenus de l’exploitation.
La production de la famille Laurent leur permet à la fois de valoriser les déchets de l’exploitation agricole mais aussi de compléter leurs revenus basés initialement sur les produits de leur élevage (le lait principalement). Aujourd’hui, la production d’énergie leur permet d’avoir autant de revenus qu’en production agricole et de recruter des salariés supplémentaires.
 
UP’ : Cela peut-il être également un moyen de s’engager écologiquement dans la transition énergétique ?
 
YL : Il est néanmoins important d’ouvrir une parenthèse pour clarifier que le biogaz est différent du gaz naturel, malgré son appellation qui peut porter à confusion. Ce dernier est désigné comme naturel du fait de sa source. Le gaz, comme le pétrole, se trouve dans les profondeurs du sous-sol depuis des millions d’années. Le gaz naturel est issu de la transformation naturelle de matières organiques, par exemple des algues. Ce processus prend des milliers d’années, faisant du gaz naturel une énergie fossile, comme le pétrole, bien que beaucoup moins polluant. La consommation de gaz en France est importée pour plus de 99% à travers un gaz naturel générant un 443g de CO2e/kWh quand un gaz issu de la méthanisation génère seulement 11g de CO2e/kWh. En ce qui concerne le biogaz, sa méthode de production permet de recycler des déchets dont la quantité augmente chaque année. L’impact écologique de produire et de consommer a un impact écologique et social fort qui valorise une modèle agricole circulaire plus responsable.
 
UP’ : Quels sont les freins qui empêchent les agriculteurs de se lancer dans la production de bio gaz ?
 
YL : Le modèle de développement de centrale de biométhane est dépendant du développement d’une filière et des aides qui sont octroyées aux porteurs de projets. Les premiers agriculteurs visionnaires ont sauté le pas. En fonction du contexte réglementaire, le nombre de nouveaux projets devraient augmenter plus ou moins vite. D’autre part, la production de gaz vert impose aux agriculteurs de devoir diversifier leur activité et leur mode de travail. La diversification à travers la valorisation des déchets doit être intégrée dans un changement structurel et durable du monde agricole.
 

Nos ressources font notre énergie 

Les EnR constituent une nouvelle filière pour le monde agricole en plein développement. Elles représentent une opportunité économique en tant qu’activité en développement qu’il faut nécessairement organiser et accompagner. Compte tenu des perspectives, l’ADEME recommande le renforcement d’une animation locale axée sur la fourniture de conseils techniques, administratifs et financiers, ainsi que celle d’un accompagnement au montage de projets. Les objectifs sont d’accélérer la diffusion des EnR et de permettre à l’agriculture d’être un véritable acteur de la transition énergétique.
De plus, les projets d’EnR collectifs intégrés aux territoires contribuent à l’acceptation des EnR par la société, et développent une image positive de l’agriculture utile aux défis énergétiques et climatiques de nos sociétés (2).
 
Pour exemple, Le Sud Touraine produit 23,8% de l’électricité renouvelable tourangelle et les deux tiers de l’électricité produite par biomasse proviennent de notre territoire grâce à la création de deux plateformes de production créées en Sud Touraine, au Grand-Pressigny et chez un agriculteur à Genillé pour récupérer et broyer les sous-produits d’exploitation forestière, les bois déclassés, les essences de bois secondaires mal valorisables, etc. Treize chaufferies collectives biomasse ont d’ores-et-déjà été installées dans les communes du Sud Touraine, mais aussi dans un ESAT et un village-vacances. 1500 tonnes de plaquettes sont consommées chaque année sur le territoire et ce chiffre est en hausse : les entreprises et les particuliers se montrent de plus en plus intéréssés par ce mode de chauffage 100% local qui évite chaque année la production de 900 tonnes de CO2 (Source : sudtouraineactive.com).
 
 
(2) Source : Agriculture et énergies renouvelables – Contributions et opportunités pour les exploitations agricoles – Février 2018
 

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