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Le monde est assis sur une bombe à retardement
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Le monde est assis sur une bombe à retardement

Les réserves mondiales de combustibles fossiles pourraient émettre 3500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre

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La combustion des réserves mondiales d’énergies fossiles pourrait émettre 3500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre. Cette quantité correspond à ce qui serait libéré dans l’atmosphère si les réserves de pétrole, de gaz et de charbon étaient totalement produites et utilisées ; elle représente sept fois le budget carbone restant pour plafonner le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius, selon le premier inventaire public des hydrocarbures publié ce 19 septembre.

L’activité humaine depuis la révolution industrielle, largement alimentée par le charbon, le pétrole et le gaz, a entraîné un réchauffement d’un peu moins de 1,2 degré Celsius et s’est accompagnée de sécheresses, d’inondations et de tempêtes de plus en plus violentes, amplifiées par la montée des eaux.

Les Nations unies estiment que le budget carbone restant de la Terre – c’est-à-dire la quantité de pollution que nous pouvons encore ajouter à l’atmosphère avant d’atteindre le seuil fatidique de température de 1,5 degré Celsius fixé par l’accord de Paris – est d’environ 360 milliards de tonnes d’équivalent CO2, soit 9 ans aux niveaux d’émission actuels. Or, l’évaluation annuelle réalisée par les Nations unies l’année dernière a révélé que les gouvernements prévoient de brûler, d’ici à 2030, plus du double des combustibles fossiles qui seraient nécessaires pour atteindre l’objectif de 1,5 degré Celsius.

Un inventaire mondial des réserves fossiles

Paradoxalement, il n’existait pas jusqu’à présent d’inventaire mondial complet des réserves restantes des pays. Le Registre mondial des combustibles fossiles, créé par le think tank britannique Carbon Tracker et l’ONG américaine Global Energy Monitor, vise à fournir des informations plus claires sur les réserves de pétrole, de gaz et de charbon afin de combler les lacunes dans les connaissances sur l’offre mondiale et d’aider les décideurs à mieux gérer leurs réductions progressives.

Le registre, qui recense plus de 50 000 gisements répartis dans 89 pays, révèle que certains pays détiennent à eux seuls des réserves contenant suffisamment de combustibles fossiles pour épuiser le budget carbone mondial. Cela équivaut à « plus que toutes les émissions produites depuis la révolution industrielle » et « plus de sept fois le budget carbone restant pour respecter la température limite de 1,5 °C », précisent les auteurs. Cette notion de « budget » carbone renvoie à la quantité de CO2 pouvant être émise pour un résultat donné, en l’occurrence l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris sur le climat.

Par exemple, les réserves de charbon américaines renferment 520 milliards de tonnes d’équivalent CO2. La Chine, la Russie et l’Australie détiennent toutes suffisamment de réserves pour faire exploser l’ensemble du budget carbone mondial, même si tous les autres pays cessaient immédiatement leur production.

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Une bombe à retardement écologique

Tous pays confondus, il y a suffisamment de combustibles fossiles pour faire sauter sept fois ce budget restant, propulsant les populations et les écosystèmes dans des vagues de chaleur, des inondations, des sécheresses et d’autres impacts désastreux jamais vus dans l’histoire de l’humanité. Les gouvernements ont accepté de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, mais ont largement refusé d’arrêter activement les nouvelles locations ou extractions de combustibles fossiles.

« Vous avez des gouvernements qui délivrent de nouvelles licences ou permis pour le charbon qui sont complètement découplés de leurs propres engagements climatiques », regrette Mark Campanale, fondateur de Carbon Tracker Initiative, qui lance le nouveau Registre mondial des combustibles fossiles avec Global Energy Monitor ce 19 septembre.

« C’est comme si un pays annonçait qu’il se mettait au régime pour lutter contre le changement climatique et qu’il allait manger de la salade pour le déjeuner, puis qu’il revenait furtivement à son bureau pour se frayer un chemin à travers une boîte de beignets », a-t-il ajouté. « Vous n’êtes pas au régime si vous vous gavez de beignets, mais c’est ce qui se passe avec les pays et leurs développeurs de combustibles fossiles. »

« Nous avons très peu de temps pour nous attaquer au budget carbone restant », a déclaré Rebecca Byrnes, directrice adjointe du Traité de non-prolifération des combustibles fossiles, qui a participé à la compilation du registre. « Tant que nous ne mesurons pas ce qui est produit, il est incroyablement difficile de mesurer ou de réguler cette production », a-t-elle déclaré à l’AFP. « Nous ne nous faisons pas d’illusions sur le fait que le registre débouchera du jour au lendemain sur une sorte de régime de gouvernance massive des combustibles fossiles. Mais il permet de faire la lumière sur les lieux de production des combustibles fossiles pour que les investisseurs et les autres acteurs puissent demander des comptes à leurs gouvernements. »

Transparence et responsabilité des États

Le registre contient des données sur les émissions de chaque projet pétrolier, gazier ou charbonnier. Sur les 50 000 champs recensés, la source d’émissions la plus puissante est le champ pétrolier de Ghawar, en Arabie saoudite, qui produit chaque année quelque 525 millions de tonnes d’émissions de carbone. Les 12 sites les plus polluants se trouvent tous dans le Golfe ou en Russie, selon la base de données.

Rebecca Byrnes fait remarquer que l’inventaire pourrait contribuer à faire pression sur les investisseurs dans les pays disposant d’importantes réserves d’hydrocarbures, mais qu’elle voyait peu de chances que la population se détourne des combustibles fossiles. Pour que le monde ait une chance égale d’éviter un réchauffement global de 1,5°C ou plus, les scientifiques ont estimé que les États ne peuvent émettre que 400 à 500 milliards de tonnes supplémentaires de gaz à effet de serre. Cela impliquerait de réduire les émissions de moitié environ au cours de la présente décennie, avant de les supprimer totalement d’ici le milieu du siècle.

Or, les États-Unis ont à eux seuls le potentiel de libérer 577 milliards de tonnes d’émissions, dont la plupart proviennent du charbon, grâce à leurs réserves connues de combustibles fossiles. Alors que Joe Biden a présidé à l’adoption de la toute première législation américaine sur le changement climatique et a promis de s’attaquer à ce qu’il a qualifié de « menace existentielle pour l’humanité », son administration a continué à accorder des concessions pour le forage de puits de pétrole et de gaz, y compris dans de vastes étendues du golfe du Mexique, où s’est produite la catastrophe de la marée noire de BP, Deepwater Horizon.

La Russie, quant à elle, possède suffisamment de combustibles fossiles identifiés pour libérer 490 milliards de tonnes de gaz à effet de serre et développe actuellement des projets qui devraient émettre 11 milliards de tonnes.

La Chine, l’Inde et l’Australie possèdent également toutes trois suffisamment de réserves de combustibles fossiles pour pousser le monde au bord de la rupture climatique.

Alors que les pays ont convenu, dans les accords de Paris sur le climat de 2015, de freiner le réchauffement de la planète, trois décennies de négociations internationales n’ont débouché sur aucun engagement visant à réduire réellement la cause première de l’urgence climatique, à savoir la combustion de combustibles fossiles. Lors des négociations de l’ONU l’année dernière à Glasgow, les diplomates ont promis de réduire progressivement l’utilisation du charbon, mais pas de l’éliminer.

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La course aux fossiles sous pression

De nombreuses grandes entreprises poursuivent leurs activités dans l’hypothèse d’une utilisation accrue des combustibles fossiles, malgré les engagements pris par les gouvernements. En mai, The Guardian a révélé que près de 200 projets de « bombe à carbone » étaient en cours dans le monde, sous la houlette de sociétés telles qu’Exxon, Total, BP et Shell, et qu’ils entraîneraient chacun l’émission d’au moins un milliard de tonnes de dioxyde de carbone au cours de leur durée de vie.

Les sociétés de capital-investissement continuent elles aussi à déverser des milliards de dollars dans le secteur.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a exacerbé cette situation en faisant grimper les prix du pétrole et du gaz et en poussant les dirigeants européens à chercher à développer les importations de gaz du monde entier.

Toutefois, selon Mark Campanale, de Carbon Tracker Initiative, les nouvelles installations d’importation de gaz « risquent de rester en rade » car elles sont remplacées par des énergies renouvelables bon marché, telles que l’énergie solaire et l’énergie éolienne, ce qui incite les investisseurs à faire pression sur les entreprises pour qu’elles adoptent plus rapidement un avenir plus vert afin d’éviter un effondrement financier.

Cette pression s’intensifie. La semaine dernière, plus de 200 organisations de santé, dont l’Organisation mondiale de la santé, ont appelé à l’adoption d’un traité mondial de « non-prolifération » des combustibles fossiles. Lors des prochaines négociations des Nations unies sur le climat, qui se tiendront en Égypte, les militants demanderont aux pays de mettre fin à l’octroi de baux miniers.

Mais António Guterres, secrétaire général des Nations unies, a prévenu que le rythme de la transition énergétique n’était pas assez rapide, les émissions mondiales ayant déjà retrouvé des niveaux prépandémiques. Les récentes vagues de chaleur en Europe, aux États-Unis et en Chine, ainsi que les inondations cataclysmiques au Pakistan sont le « prix de la dépendance de l’humanité aux combustibles fossiles », a déclaré António Guterres. « L’actuelle course aux combustibles fossiles doit cesser maintenant », a ajouté le secrétaire général de l’ONU, promettant, en cas d’échec, « un chaos climatique et une souffrance permanents ».

Avec AFP

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jm.mocaer@ecomail.bzh
9 jours

Les activités humaines depuis la révolution industrielle ont entrainé une élévation des températures moyennes terrestres d’un peu moins de 1,2°C.
Mais sur ces 1,2°C, la presque totalité a été gagnée depuis 1980. Depuis, les émissions ne cessent de croitre, on constate de plus en plus le résultat.

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