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Après le coronavirus, la canicule ?

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Pendant que nous étions bien confinés, dans la crainte qu’un méchant virus ne nous envoie ad patres, le réchauffement climatique continuait tranquillement sa progression. Nous ne nous en sommes pas trop rendus compte, privé de la liberté d’aller à l’extérieur, mais le thermomètre a affiché, en ce mois d’avril, des valeurs record. L’été promet d’être chaud, très chaud et ce n’est qu’un début. Une étude publiée cette semaine fait état d’une augmentation continue de la chaleur au cours des trente prochaines années ; un à trois milliards d’êtres humains pourraient subir une température insoutenable, impropre à la vie.

Le coronavirus vous a fait peur ? Les canicules prévues devraient vous inquiéter encore plus et pousser toute la planète à agir. Le temps est venu de ne pas nous désarmer face au climat comme nous l’avons fait face à la pandémie pourtant annoncée.

La température depuis le début de l’année 2020 atteint, en moyenne sur la France, 9,6 °C, soit une anomalie de +2,3 °C par rapport à la normale 1981-2010. Cette température est la plus chaude mesurée sur la même période depuis le début du XXe siècle.

Écart à la normale 1981-2010 de la température maximale – Période du 1er janvier au 23 avril 2020 (source Météo France – Données du 24/04/2020)

Le bulletin de Météo France précise qu’après des mois de janvier et février remarquablement chauds pour la saison (+2,2 °C et +3,6 °C) et un mois de mars également doux (+0,7°C), « avril 2020 pourrait figurer sur le podium des mois d’avril les plus chauds » avec une température +3 °C au-dessus de la normale.

Les températures douces depuis début janvier sont particulièrement chaudes l’après-midi, avec des maximales exceptionnelles 2 à 3 °C supérieures aux normales et jusqu’à 4 °C sur un large quart Nord-Est (voir carte). Depuis le 1er janvier, l’anomalie de température maximale est en moyenne de +3.8 °C à Lyon et atteint +4 °C à Strasbourg.

Situation anormale

Une situation anormale qui fait craindre des épisodes de canicule et de sécheresse cet été. Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire s’est inquiétée dans un point presse de la situation hydrologique de la France, s’attendant à des situations de pénuries d’eau dans certains territoires.

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En effet, les précipitations de l’automne et de l’hiver 2019-2020 ont permis une recharge importante des ressources en eau souterraine partout dans l’hexagone, sauf dans le sud de l’Alsace, des couloirs de la Saône et du Rhône et de l’Est du Massif central. Cependant, les conditions anticycloniques de ces dernières semaines et les faibles précipitations sur l’ensemble du pays ont entrainé un assèchement des sols, et en particulier sur la moitié Est. Des débits déjà faibles sur l’amont du bassin de la Loire et sur le bassin de l’Allier ont déjà été observés.

La situation est plus inquiétante Outremer où une sécheresse touche particulièrement les Antilles (Guadeloupe et Martinique) ; des pénuries d’eau affectent déjà la distribution d’eau potable et conduisent à des restrictions importantes.

Cette situation de chaleur record est enregistrée dans d’autres endroits du globe : en Europe occidentale, en Sibérie, en Afrique centrale et du nord-ouest, ainsi qu’en Australie occidentale et au Mexique. Un rapport du service Copernicus Climate Change précise aussi que les températures étaient également bien au-dessus de la moyenne dans certaines parties du Groenland et de l’Antarctique. Un nouveau coup de chaud qui a eu pour effet d’accélérer la désintégration des calottes glaciaires.

Anomalies de températures de l’air de surface pour avril 2020 par rapport à la moyenne d’avril pour la période 1981-2010. (Sources : Copernicus Climate Change Service / ECMWF)

Risque pour la vie humaine

Ces anomalies de température représentent un risque pour la vie humaine. On l’oublie parfois, mais nous sommes comme tous les animaux. Les humains vivent, comme les ours, les oiseaux ou les abeilles, dans une niche de température particulière, favorable à leur vie. La plupart des humains vivant sur cette planète, habitent des régions dans lesquelles les températures moyennes annuelles s’échelonnent entre 11 et 15°C.

Des chercheurs viennent de publier une étude alarmante dans la revue Proceeding of National Academy of Sciences. Selon eux, avec l’augmentation des températures causées par le dérèglement climatique, un bon tiers de la population mondiale se situerait en 2070 dans une zone géographique où les températures moyennes annuelles dépasseraient les 29°C.  Le double de la normale.

Ce scénario est calculé sur l’hypothèse où la population humaine s’établirait à 11 milliards de personnes et où les températures moyennes du globe auraient augmenté de 3.2°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Rappelons que l’Accord de Paris fixe un seuil à ne pas dépasser de 1.5° que nous sommes loin d’être en situation d’atteindre puisque certaines estimations nous projettent vers 4° voire plus de 6°C d’augmentation si nous continuons avec nos habitudes fossiles.

Dans les hypothèses des auteurs de l’article publié dans PNAS, 1 à 3.5 milliards d’être humains vivraient dans des régions où la température annuelle moyenne dépasse 29°C, c’est-à-dire des régions où la vie est impossible. Ces zones géographiques correspondent aux régions les plus pauvres du monde.

20 % de la surface de la Terre devenue inhabitable

Il existe aujourd’hui des régions du monde où les températures annuelles moyennes atteignent déjà 29°C. Elles se situent autour du Sahara et du Golfe Persique ; représentant moins de 1% des surfaces du globe, elles sont occupées actuellement par une vingtaine de millions de personnes. Mais avec le réchauffement climatique, les zones ultra-chaudes vont concerner, d’ici cinquante ans, 20 % de la surface de la Terre et hébergeront 1 à 3.5 milliards de personnes. Les chercheurs ont conclu que de vastes étendues d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud et d’Australie se situeront probablement dans ces plages de températures extrêmes.

Carte des régions où les températures annuelles dépassent 29 °C en 2070 © Chi Xu et al. PNAS

Il est évident que, face à un environnement soumis à une température de cette nature, le choix est rapide : rester et mourir ; ou partir. Sauf à doter ces régions d’infrastructures permettant aux populations de survivre dans des chaleurs extrêmes, les climatologues estiment à au moins trois milliards, le nombre de réfugiés climatiques qui devraient s’exiler vers des régions plus tempérées.

L’un des auteurs de l’étude, l’écologiste Marten Scheffer, de l’Université de Wageningen aux Pays-Bas estime qu’avec chaque augmentation de 1,8 degré de la température annuelle moyenne mondiale, due au changement climatique d’origine humaine, environ un milliard de personnes se retrouveront dans des zones beaucoup trop chaudes pour être habitables.

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Le temps est venu

La crise du coronavirus n’est pas terminée mais elle nous a d’ores et déjà appris une grande leçon : les dirigeants —comme les opinions publiques— n’entendent jamais les alertes et pratiquent la politique du déni face aux catastrophes annoncées. Un déni qui se traduit par une incurie incompréhensible mais singulièrement coupable quand les faits adviennent.

Les prévisions d’une crise pandémique majeure étaient innombrables, publiées, sues et vues. Mais elles sont restées inouïes jusqu’à ces derniers jours de décembre 2019, quand le feu a pris dans un marché du bout du monde.  

Les climatologues nous alertent depuis des années : les températures augmentent dangereusement. Nous courons à la catastrophe. De 1900 à 1980, un nouveau record de chaleur annuel est enregistré tous les treize ans et demi ; depuis 1981, c’est désormais tous les trois ans que la température bat des records détaillent les décodeurs du Monde. Les alertes se succèdent, les voyants sont au rouge vif, l’État le reconnaît lui-même avouant que 62 % de la population française est exposée de manière forte ou très forte à des risques climatiques.

Pourtant, alors que la machine climatique s’emballe, les actions pour la juguler et anticiper les risques font défaut. Au mieux, quand ils sont menés, ils ne sont pas à la hauteur des enjeux. Or ce qui est annoncé n’est pas seulement un « changement climatique », une blessure à l’environnement. C’est un ensemble d’événements majeurs, de toutes natures —sanitaire, économique, sociale, politique, géopolitique— qui se profile sur un horizon de plus en plus proche. Le coronavirus a mis l’économie du monde à plat, elle a forcé les populations à obéir à des mesures coercitives de restriction de leurs libertés, elle a produit des morts par milliers et des morts sociaux dans des proportions non encore évaluées.

Covid-19 a été le révélateur des fragilités de notre monde, soumis à des risques globaux et croissants. Certains esprits comme l’emblématique Nicolas Hulot estiment que « le temps est venu » ; le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité, les inégalités croissantes écrit-il sont des risques qui nous menacent tout autant que le Covid-19. Ils « nécessitent des réponses d’ampleur dans les plus brefs délais » alors que « le retour aux vieilles habitudes se profile ». 

Dans un manifeste publié sur son site internet, l’ancien ministre de l’Écologie présente 100 principes pour alerter « sur le fait que si nous ne tirons pas les enseignements de cette crise, si nous ne décidons pas de regarder dans la même direction, transition écologique, justice sociale et prospérité économique ne resteront que des vœux pieux ».

La crise du Covid-19 a démontré notre fragilité et notre communauté de destin. Mais elle a aussi montré que face aux dangers tangibles et immédiats on savait s’affranchir des dogmes politiques et économiques. La crise du coronavirus a ouvert une fenêtre, changé les états d’esprit et fait entrevoir un horizon commun à toute l’humanité. Face aux dérèglements climatiques, cet instant cruel mais magique ne doit pas s’éteindre, même si la flamme est fragile.

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