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réfugiés climatiques
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Partir face aux désastres climatiques

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Equilibres rompus. Le réchauffement climatique multiplie les situations de crise. Par effet de cascades. Il faut bien admettre que les guerres en Syrie et en Irak, comme les exactions perpétrées en Afrique de l’Est, sont une des conséquences des sécheresses et pertes de subsistances. Et les habitants des atolls et des deltas le savent, l’augmentation de 2°C probable d’ici 2050 est véritablement insoutenable. Ils l’ont bien répété et mis à l’agenda de la dernière conférence COP21 de Paris. L’horizon qui risque de s’imposer à très court terme est le déplacement des quelques 250 millions de personnes situées à très basse altitude. Comment faire face à cette vague humaine à l’heure où des milliers de réfugiés déferlent déjà en l’Europe ? 
 
Tuvalu est un archipel entre l’Australie et Hawaï dont la plus haute colline culmine à … quatre mètres. Les dix mille habitants qui peuplent les neuf îles observent l’érosion des côtes et la salinité accrue des sols qui rend toute culture quasi impossible. Et chaque année en mars-avril, ce sont les « king tides » ou grandes marées qui inondent d’immenses surfaces et infiltrent les sols qui témoignent de la montée des eaux… Déjà trois mille Tuvaléens sont partis s’installer en Nouvelle-Zélande, qui a signé des accords de migration. 
 
Cette situation illustre ce qui attend de très nombreuses populations fragilisées, déstabilisées, confrontées aux risques d’événements extrêmes ou simplement à la salinisation des terres. Cyclones, ouragans, sécheresse, canicule, pluies diluviennes, inondations, tempêtes, ont vu leur nombre et leur intensité progresser de façon significative depuis les années 1980, et cette progression est une conséquence directe du réchauffement planétaire, selon l’avis des climatologues du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Depuis 2004, une très forte saison cyclonique est constatée par les météorologues : Katrina à la Nouvelle Orléans, Rita dans le Golfe du Mexique, Wilma dans la mer des Caraïbes, Sidr au Bangladesh, Nargis en Birmanie…
L’Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC) basé à Genève réalise depuis 2008 un suivi des migrations climatiques. Cet organisme estime qu’en 2014, 19,3 millions de personnes ont été déplacées par des catastrophes naturelles dont 17,5 millions (92%) par des catastrophes liées au climat, essentiellement des inondations et des cyclones. Entre 2008 et 2014, chaque année 26,4 millions de personnes en moyenne ont été déplacées par des catastrophes naturelles – c’est une personne par seconde. C’est en Asie que se produit la très grande majorité de ces déplacements. 
 
Photo : ©Niels Busch / Cultura Creative/AFP 
 
« Les migrations liées à l’environnement sont loin d’être un phénomène nouveau, souligne François Gemenne, chercheur en sciences politiques et spécialiste des questions d’environnement à l’Université Versailles Saint Quentin et à Sciences-Po et auteur de « Géopolitique du Climat » (Armand Colin, 2015). Il rappelle la Grande Dépression américaine des années 30 avec les sécheresses à répétition et tempêtes de sable – le fameux Dust Bowl – dans l’Oklahoma qui poussèrent à l’exode quantité de fermiers. C’est l’histoire que raconte John Steinbeck dans « Les raisins de la colère« .
 
Effets du Dust Bowl, tempête de poussière et de sable, dans le Texas en 1935
 
Il faut attendre 1985 – deux ans avant le rapport Brundtland, Notre avenir à tous – pour que le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) publie son rapport Environmental Refugees (El-Hinnawi, 1985) pour consacrer la notion de Réfugié climatique. Reste à savoir quelle part prend réellement la pression climatique sur l’ensemble des migrants qui sont désormais plus de 900 millions dans le monde ? 
 
François Gémenne s’emploie à montrer l’intrication des phénomènes environnementaux, climatiques et géopolitiques. Et il indique que les régions les plus vulnérables aujourd’hui comme les régions polaires, les deltas ou les îles sont comme les « canaris dans la mine », c’est-à-dire les sentinelles qui manifestent de manière prémonitoire ce qui attend d’autres régions. La fonte du pergélisol va affecter la Russie et les Etats Unis (Alaska). La disparition des glaciers andins va réduire les réserves d’eau douce pour l’agriculture et l’alimentation. La productivité de certaines de cultures va baisser en Amérique latine et l’est de l’Amazonie va devenir une savane d’ici 2050. En Afrique, d’ici 2020, entre 75 et 250 millions d’habitants n’auront pas accès à l’eau potable. Non sans conséquences…
 
On le comprend de plus en plus clairement, le réchauffement climatique est devenu un problème géopolitique. Il survient alors que les réserves d’eau, de minéraux, de terres agricoles s’épuisent par la prédation réalisée depuis plus d’un siècle par l’industrialisation et une économie négligeant les « externalités négatives ». Il oblige véritablement à considérer les interdépendances et à penser juridiquement ces questions nouvelles. 
 
Car il n’y a pas de droit aujourd’hui pour soutenir le statut de réfugié climatique. Pêcheur et agriculteur de subsistance sur son île des Kiribati (centre de l’océan Pacifique), Loane Teitiotaqui a trouvé refuge en Nouvelle-Zélande en 2007,  avait été le premier au monde à demander le statut de réfugié climatique mais n’avait pas eu gain de cause auprès de la Cour suprême néo-zélandaise, et avait été expulsé. La notion de réfugié reste aujourd’hui limitée aux contextes de persécution politique. Si le droit de tout humain à l’eau, à l’air et à l’énergie doit s’appliquer, il faudra nécessairement prendre en considération les situations où ces ressources ont disparu… Assumer ces vulnérabilités sera d’autant plus facile que l’on aura instauré des responsabilités, en amont. Fin des impunités des prédateurs ? 
 
 
 
 

Conférence « Quel sort pour les réfugiés climatiques ? » Le mardi 2 février 2016 de 19h à 21h dans le cadre du Festival Vivant aux mardis de l’Université Populaire de la Mairie du 2e arrondissement, 8, rue de la Banque, 75002 Paris.
E
n partenariat avec UP’ Magazine  et Sciences et Avenir.
Avec Véronique Lassailly-Jacob, professeur émérite de géographie à l’université de Poitiers enseignante dans le Master Migrations internationales, Espaces et Sociétés du laboratoire Migrinter ayant participé au projet Exclim, Exils climatiques  : Les changements climatiques vont menacer près de 200 millions de personnes dans le monde. Comment se prépare-t-on à ces migrations environnementales forcées ? 
Merci de vous inscrire ICI 

Rapport « L’Etat des migrations environnementales pour l’année 2014 » (PDF en anglais), publié par l’Organisation internationale pour les migrations

 
 
 

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