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Le jeu trouble d’Elon Musk en Ukraine

Le jeu trouble d’Elon Musk en Ukraine

Il voudrait dicter la guerre et la paix

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Le milliardaire Elon Musk, patron de Tesla, Space X, entre autres, est un train de mener un jeu des plus troubles dans la guerre en Ukraine. Des médias britanniques et des officiels ukrainiens rapportent que certaines parties du réseau Starlink permettant la circulation d’internet et des communications sur le champ de bataille ont soudainement été désactivées. Ces dysfonctionnements aux conséquences gravissimes interviennent après une série de messages postés par Elon Musk appelant les Ukrainiens à la négociation avec Poutine et à abandonner leurs prétentions sur la Crimée. Un discours dans la droite ligne des intérêts du Kremlin, avec lequel Elon Musk entretiendrait des relations au plus haut niveau. Nous connaissions la dépendance des États entre eux sur les sujets par exemple de l’énergie ; nous découvrons la dépendance des États au bon vouloir d’un homme, seul, détenteur des clés stratégiques du pouvoir numérique.

Un étrange imbroglio a éclaté ces derniers jours au sujet de Starlink, le système Internet mobile par satellite créé par la société SpaceX du milliardaire Elon Musk. Et, bien que cette affaire soit encore partiellement enveloppée dans le brouillard de la guerre, il faut s’y arrêter et en démêler les ressorts et les conséquences possibles.

Retour aux premiers jours de la guerre en Ukraine. Lorsque la Russie a envahi son pays, le tout-jeune vice-Premier ministre ukrainien Mykhailo Fedorov lançait sur Twitter un appel au célèbre milliardaire afin qu’il fournisse des stations Starlink à sa nation. « Pendant que vous essayez de coloniser Mars, La Russie est en train d’occuper l’Ukraine » implorait-il. Un message entendu par Musk qui accepta sur le champ la mise à disposition de son réseau sur l’Ukraine et l’envoi massif de terminaux Starlink dans le pays, afin de fournir de l’Internet aux civils comme aux militaires.

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Ces petits appareils, qui étaient initialement destinés à un marché grand public, fonctionnent via une liaison avec les satellites de SpaceX. Starlink, présente un intérêt majeur en temps de guerre : il est « distribué », c’est-à-dire dispersé et de ce fait beaucoup plus difficile à repérer et détruire par des tirs ennemis. Selon Elon Musk, environ 25.000 Starlinks pour une valeur estimée entre 80 et 100 millions de dollars ont été installés en Ukraine, permettant de maintenir le fonctionnement d’équipements publiques et humanitaires vitaux, allant des hôpitaux aux banques. Mais ce réseau joue aussi un rôle considérable pour les forces armées ukrainiennes. Il leur permet de communiquer et surtout de repérer et guider avec une extrême précision leurs frappes. Musk est ainsi immédiatement devenu un héros aux yeux des Ukrainiens et son visage apparaissait sur toutes les affiches de remerciement des soutiens à l’Ukraine avant qu’il ne soit effacé par des Ukrainiens en colère.

En effet récemment, les choses ont pris une tournure étrange. Le mois dernier, Musk a soudainement tweeté que « Starlink est destiné à un usage pacifique uniquement ». Or il est de notoriété publique que Space X équipe en quantité plusieurs groupes militaires de l’OTAN. Restriction bizarre dans le vocabulaire des usages de Starlink.

Puis, fin septembre, les terminaux Starlink ont cessé de fonctionner dans les régions de l’est et du sud de l’Ukraine que Poutine prétend avoir annexées, mais qui ont été reconquises par l’armée ukrainienne. Les responsables de Kiev affirment que cela a créé des situations « catastrophiques ». Les mêmes responsables ukrainiens ont déclaré la semaine dernière que les coupures étaient survenues au milieu de contre-offensives dans le sud et l’est du pays. Leur récit a été confirmé par des soldats sur la ligne de front et par un opérateur de terminaux Starlink. Celui-ci supervisant des dizaines d’appareils Starlink le long de la ligne de front a déclaré que ceux qui étaient hors ligne dans certaines zones récemment libérées, vendredi dernier, fonctionnaient à nouveau dimanche matin.

Les responsables ukrainiens ont déclaré que le moment choisi pour les interruptions et les rétablissements ultérieurs a fait naître des soupçons selon lesquels les problèmes n’ont pas été causés par des dysfonctionnements techniques, ni par un brouillage par les forces russes, ce qui suggère qu’ils pourraient être le résultat de restrictions géographiques imposées par SpaceX.

L’ancien ministre ukrainien de la défense, Andriy Zagorodnyuk, a déclaré qu’il espérait que Musk n’avait pas rendu les appareils inefficaces dans certaines zones, ajoutant : « S’il l’a fait, c’est inacceptable car cela signifie qu’il a pris une part directe à la guerre en endommageant nos capacités. » « Ce n’est pas à des particuliers ou à des entreprises privées de décider de ce qui relève de l’escalade et de s’immiscer dans les équipements que nos alliés nous ont fournis », a-t-il ajouté.

Alors, problème technique, brouillage russe, interruptions par Spaxe X ? Nul ne le sait pour le moment mais les hypothèses vont bon train et pointent en majorité une intervention d’Elon Musk. Ce dernier contribue à la confusion en postant sur Twitter :  « Ce qui se passe sur le champ de bataille, c’est confidentiel ». Toutefois, des observateurs ukrainiens cités par le Financial Times se demandent si les responsables de SpaceX n’ont pas essayé de ralentir l’avancée de l’Ukraine. Pour ajouter au moulin à rumeurs, toujours selon le même média, Vladimir Solovyov, personnalité de la télévision russe, a déclaré cette semaine que Musk adopterait une position pro-russe pour éviter de déclencher des attaques contre ses satellites.

Elon Musk en est même allé jusqu’à proposer ce 3 octobre un plan de paix sous forme d’un post sur Twitter, la plateforme qu’il est par ailleurs en train d’acquérir. Il propose de « refaire les élections dans les territoires annexés, sous contrôle des Nations-Unies » et enjoint les Ukrainiens à abandonner leurs intentions de récupération de la Crimée « qui appartient à la Russie depuis 1783 ». Il demande aussi que l’Ukraine adopte un statut de neutralité.

 

Ce message a immédiatement provoqué la colère non seulement des Ukrainiens mais aussi d’une grande partie du monde. « C’est de la bêtise, un relais de la propagande du Kremlin, une trahison du courage et du sacrifice ukrainiens », s’est ainsi emporté l’ex-champion du monde d’échecs Garry Kasparov. « Quel Elon Musk préférez-vous, celui qui soutient la Russie ou celui qui soutient l’Ukraine ? », sondait quant à lui, en guise de réponse cinglante, le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur la même plateforme.

Ian Bremmer est un observateur attentif de cette crise. Il dirige le cabinet de conseil Eurasia Group et révèle dans une newsletter publiée lundi qu’Elon Musk a personnellement rejeté une demande ukrainienne d’étendre son service Internet par satellite à la Crimée, craignant qu’un effort pour reprendre la péninsule aux forces russes ne conduise à une escalade du conflit et in fine à une guerre nucléaire.

Selon Ian Bremmer, en effet, Musk a affirmé avoir récemment personnellement parlé au téléphone avec le président russe Poutine, affirmant qu’il était « prêt à négocier. » Musk lui aurait confié que lors de cette conversation, Poutine a menacé d’utiliser des armes nucléaires si l’Ukraine tentait de reprendre la péninsule de Crimée, qui sert de base aux forces navales russes sur la mer Noire.

Elon Musk dément catégoriquement l’existence de cette conversation avec le maître du Kremlin. Il n’en demeure pas moins que plusieurs signes montrent des revirements dans l’appréciation de la guerre par le patron de Space X et son désir d’enrayer le cours des événements. Dimanche dernier, un jour après que le pont qui relie la Crimée à la Russie ait été endommagé lors d’une attaque, Musk a tweeté qu’il avait « passé toute la nuit à essayer de penser à tout moyen possible de désescalader cette guerre ».

Cette affaire pose inévitablement de vastes questions. Elon Musk a certes le droit, en tant qu’individu, d’émettre toutes les opinions qu’il souhaite sur la guerre. Mais Elon Musk n’est pas n’importe qui ; il n’est pas un Etat ou une organisation institutionnelle. C’est un homme, seul, qui dispose à travers ses entreprises d’un pouvoir considérable : celui d’octroyer ou de retirer à tout moment des moyens stratégiques vitaux. Peut-on accepter, qu’en plein conflit armé, un individu, tout milliardaire qu’il soit, puisse vouloir imposer sa vérité géopolitique et son opinion en intervenant directement sur le champ de bataille alors que les forces ukrainiennes y sont en pleine offensive ?

L’Ukraine est devenue dépendante de l’utilisation de Starlink pour obtenir une couverture Internet cette année, car elle devait agir rapidement, et le système était bien meilleur que les alternatives, et initialement assez bon marché. Mais cette dépendance crée également une vulnérabilité potentielle, qui n’est pas sans rappeler la forte utilisation du gaz russe par l’Allemagne ou la dépendance vis-à-vis des puces informatiques taïwanaises.

Nous connaissions la dépendance des États aux sources d’énergie et autres ressources stratégiques. Mais cette dépendance se jouait au niveau des États. Aujourd’hui, un homme seul peut prendre en otage le sort de la guerre en Ukraine, conflit qui est loin d’être anodin, : tout le monde craignant qu’il ne tourne à la guerre totale.  

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